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Les méthodes et le but de la religion

Volume6 lecture
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LES MÉTHODES ET LE BUT DE LA RELIGION

En étudiant les religions du monde, nous trouvons généralement deux modes de procéder. Le premier va de Dieu à l'homme. C'est-à-dire que nous avons le groupe sémitique de religions dans lequel l'idée de Dieu apparaît presque dès le commencement et, chose assez étrange, sans aucune idée de l'âme. Il était tout à fait remarquable chez les anciens Hébreux que, jusqu'à des périodes très récentes de leur histoire, ils n'aient jamais développé une quelconque idée de l'âme humaine. L'homme était composé de certaines particules mentales et matérielles, et c'était tout. Avec la mort, tout prenait fin. Mais, en revanche, il y eut une idée des plus admirables de Dieu élaborée par cette même race. Tel est l'un des modes de procéder. L'autre passe par l'homme pour aller vers Dieu. Le second est particulièrement aryen, et le premier est particulièrement sémitique.

L'Aryen commença d'abord par l'âme. Ses idées de Dieu étaient vagues, indistinctes, peu claires ; mais, à mesure que son idée de l'âme humaine devint plus nette, son idée de Dieu gagna en clarté dans la même proportion. Aussi l'enquête dans les Vedas (les écritures les plus anciennes) s'est-elle toujours faite à travers l'âme. Toute la connaissance que les Aryens acquirent de Dieu passa par l'âme humaine ; et, de ce fait, l'empreinte particulière qui a marqué tout leur cycle philosophique est cette recherche introspective du divin. L'homme aryen cherchait toujours la divinité au-dedans de lui-même. Cela devint, avec le temps, naturel, caractéristique. On le remarque dans leur art et dans leurs relations les plus ordinaires. Même à l'heure actuelle, si nous prenons un tableau européen représentant un homme dans une attitude religieuse, le peintre fait toujours lever les yeux de son sujet vers le haut, cherchant Dieu hors de la nature, regardant vers le ciel. En Inde, en revanche, l'attitude religieuse est toujours représentée en faisant fermer les yeux au sujet. Il regarde, pour ainsi dire, vers l'intérieur.

Tels sont les deux sujets d'étude pour l'homme : la nature extérieure et la nature intérieure ; et bien qu'au premier abord elles semblent contradictoires, pourtant la nature extérieure doit, pour l'homme ordinaire, être entièrement composée de nature intérieure, le monde de la pensée. La majorité des philosophies dans chaque pays, en particulier en Occident, sont parties de l'hypothèse que ces deux réalités, la matière et l'esprit, sont des existences contradictoires ; mais à la longue nous découvrirons qu'elles convergent l'une vers l'autre et finissent par s'unir pour former un tout infini. Il ne s'agit donc pas, par cette analyse, d'indiquer un point de vue supérieur ou inférieur concernant le sujet. Je ne prétends pas que ceux qui veulent chercher la vérité à travers la nature extérieure se trompent, ni que ceux qui veulent la chercher à travers la nature intérieure sont supérieurs. Ce sont les deux modes de procéder. Tous deux doivent subsister ; tous deux doivent être étudiés ; et à la fin nous trouverons qu'ils se rejoignent. Nous verrons que le corps n'est pas antagoniste de l'esprit, ni l'esprit antagoniste du corps, bien que nous trouvions nombre de personnes pour penser que ce corps n'est rien. Jadis, chaque pays regorgeait de gens qui considéraient ce corps comme une simple maladie, un péché, ou quelque chose de ce genre. Plus tard, cependant, nous voyons comment, ainsi que l'enseignent les Vedas, ce corps se fond dans l'esprit, et l'esprit dans le corps.

Il vous faut retenir le thème unique qui traverse tous les Vedas : « De même que par la connaissance d'un seul morceau d'argile nous connaissons toute l'argile de l'univers, qu'est-ce donc que cette chose dont la connaissance nous fait tout connaître ? » Voilà, exprimé avec plus ou moins de clarté, le thème de toute connaissance humaine. C'est la découverte d'une unité vers laquelle nous tendons tous. Chaque action de nos vies — la plus matérielle, la plus grossière aussi bien que la plus fine, la plus haute, la plus spirituelle — tend pareillement vers cet unique idéal : la découverte de l'unité. Un homme est seul. Il se marie. Apparemment, cela peut être un acte égoïste, mais en même temps, l'impulsion, la force motrice, est de trouver cette unité. Il a des enfants, des amis, il aime son pays, il aime le monde, et finit par aimer l'univers entier. Irrésistiblement, nous sommes poussés vers cette perfection qui consiste à trouver l'unité, à tuer ce petit moi et à nous rendre de plus en plus vastes. Tel est le but, la fin vers laquelle l'univers se précipite. Chaque atome cherche à aller rejoindre l'atome voisin. Des atomes et encore des atomes se combinent, formant d'immenses sphères, les terres, les soleils, les lunes, les étoiles, les planètes. Ceux-ci, à leur tour, tendent à se précipiter les uns vers les autres, et en fin de compte, nous savons que l'univers tout entier, mental et matériel, se fondra en un seul.

Le processus qui s'accomplit dans le cosmos à grande échelle est le même que celui qui s'accomplit dans le microcosme à plus petite échelle. De même que cet univers a son existence dans la séparation, dans la distinction, et que pendant tout ce temps il se précipite vers l'unité, la non-séparation, de même dans nos petits mondes chaque âme naît, pour ainsi dire, coupée du reste du monde. Plus l'âme est ignorante, plus elle est privée de lumière, plus elle croit être séparée du reste de l'univers. Plus la personne est ignorante, plus elle pense qu'elle mourra ou qu'elle naîtra, et ainsi de suite — autant d'idées qui expriment cette séparation. Mais nous constatons que, à mesure que la connaissance vient, l'homme grandit, la moralité évolue et l'idée de non-séparation commence à poindre. Que les hommes le comprennent ou non, ils sont poussés par cette force qui les dépasse à devenir désintéressés. C'est là le fondement de toute moralité. C'est la quintessence de toute éthique, prêchée en quelque langue que ce soit, dans quelque religion que ce soit, ou par quelque prophète que ce soit dans le monde. « Sois désintéressé », « Non pas ‹ moi ›, mais ‹ toi › » — voilà l'arrière-plan de tous les codes éthiques. Et ce que l'on entend par là est la reconnaissance de la non-individualité — que tu es une part de moi, et moi de toi ; la reconnaissance que te faire du mal, c'est m'en faire à moi-même, et que t'aider, c'est m'aider moi-même ; la reconnaissance qu'il ne peut y avoir de mort pour moi tant que tu vis. Quand un seul ver vit dans cet univers, comment pourrais-je mourir ? Car ma vie est dans la vie de ce ver. En même temps, cela nous enseignera que nous ne pouvons laisser un seul de nos semblables sans l'aider, que dans son bien réside notre bien.

Tel est le thème qui parcourt l'ensemble du Vedanta (la tradition philosophique védantique) et qui parcourt chaque autre religion. Car, il vous faut le retenir, les religions se divisent généralement en trois parties. Il y a d'abord la partie qui consiste en la philosophie, l'essence, les principes de chaque religion. Ces principes trouvent leur expression dans la mythologie — vies de saints ou de héros, demi-dieux, dieux ou êtres divins ; et l'idée centrale de toute cette mythologie est celle de la puissance. Et dans les mythologies inférieures — les primitives — l'expression de cette puissance est dans les muscles ; leurs héros sont forts, gigantesques. Un héros conquiert le monde entier. À mesure que l'homme avance, il lui faut trouver une expression de son énergie plus haute que dans les muscles ; aussi ses héros trouvent-ils également leur expression dans quelque chose de plus élevé. Les mythologies supérieures ont des héros qui sont de gigantesques hommes moraux. Leur force se manifeste en devenant moraux et purs. Ils peuvent se tenir seuls, ils peuvent repousser le flot montant de l'égoïsme et de l'immoralité. La troisième partie de toutes les religions est le symbolisme, ce que vous appelez cérémonies et formes. Même l'expression à travers la mythologie, les vies de héros, ne suffit pas à tous. Il y a des esprits encore plus modestes. Comme des enfants, il leur faut leur jardin d'enfants de la religion, et ces symbologies sont élaborées — exemples concrets qu'ils peuvent manier, saisir et comprendre, qu'ils peuvent voir et toucher comme des réalités matérielles.

Ainsi, dans chaque religion, vous trouverez ces trois stades : la philosophie, la mythologie et le cérémonial. Il y a un avantage que l'on peut revendiquer pour le Vedanta : c'est qu'en Inde, heureusement, ces trois stades ont été nettement définis. Dans les autres religions, les principes sont si intimement mêlés à la mythologie qu'il est très difficile de les distinguer les uns des autres. La mythologie règne en maîtresse, engloutissant les principes ; et, au fil des siècles, les principes sont perdus de vue. L'explication, l'illustration du principe, engloutit le principe, et les gens ne voient plus que l'explication, le prophète, le prédicateur, tandis que les principes ont presque cessé d'exister — à tel point que, même aujourd'hui, si un homme ose prêcher les principes du christianisme indépendamment du Christ, on tentera de l'attaquer et l'on pensera qu'il a tort et qu'il porte des coups au christianisme. De la même façon, si un homme veut prêcher les principes de l'islam, les musulmans penseront la même chose ; car les idées concrètes, les vies de grands hommes et de prophètes, ont entièrement éclipsé les principes.

Dans le Vedanta, le principal avantage est qu'il n'a pas été l'œuvre d'un seul homme ; et par conséquent, naturellement, à la différence du bouddhisme, du christianisme ou de l'islam, le prophète ou l'enseignant n'a pas entièrement englouti ni éclipsé les principes. Les principes vivent, et les prophètes, pour ainsi dire, forment un groupe secondaire, inconnu du Vedanta. Les Upanishads (les traités philosophiques des Vedas) ne parlent d'aucun prophète en particulier, mais elles parlent de divers prophètes et prophétesses. Les anciens Hébreux avaient quelque chose de cette idée ; pourtant nous trouvons Moïse occupant la plus grande partie de l'espace dans la littérature hébraïque. Certes, je ne veux pas dire qu'il est mauvais que ces prophètes exercent une emprise religieuse sur un peuple ; mais il est assurément très nuisible que tout le champ des principes soit perdu de vue. Nous pouvons nous accorder assez facilement sur les principes, mais beaucoup moins sur les personnes. Les personnes font appel à nos émotions ; et les principes, à quelque chose de plus élevé, à notre jugement serein. Les principes doivent vaincre à la longue, car c'est là la virilité de l'homme. Les émotions nous entraînent maintes fois au niveau des animaux. Les émotions ont plus de rapport avec les sens qu'avec la faculté de raison ; et, par conséquent, lorsque les principes sont entièrement perdus de vue et que les émotions l'emportent, les religions dégénèrent en fanatisme et en sectarisme. Elles ne valent pas mieux que la politique de parti et choses semblables. Les notions les plus horriblement ignorantes seront adoptées, et pour ces idées des milliers de gens seront prêts à égorger leurs frères. C'est la raison pour laquelle, bien que ces grandes personnalités et ces prophètes soient de formidables forces motrices pour le bien, en même temps leurs vies sont tout à fait dangereuses lorsqu'elles conduisent au mépris des principes qu'ils représentent. Cela a toujours mené au fanatisme et a noyé le monde dans le sang. Le Vedanta peut éviter cette difficulté, car il n'a pas un seul prophète particulier. Il a de nombreux Voyants, appelés Rishis ou sages. Voyants — c'est la traduction littérale — ceux qui voient ces vérités, les Mantras (formules sacrées).

Le mot Mantra signifie « pensé », médité par l'esprit ; et le Rishi est le voyant de ces pensées. Elles ne sont la propriété de personne en particulier, ni la propriété exclusive d'aucun homme ou femme, si grand soit-il ou soit-elle ; ni même la propriété exclusive des plus grands esprits — les Bouddhas ou les Christs — que le monde ait produits. Elles appartiennent tout autant au plus humble des humbles qu'à un Bouddha, et tout autant au plus petit ver qui rampe qu'au Christ, car ce sont des principes universels. Elles n'ont jamais été créées. Ces principes ont existé de tout temps ; et ils existeront toujours. Ils sont incréés — non créés par aucune loi telle que la science nous l'enseigne aujourd'hui. Ils demeurent voilés puis se trouvent découverts, mais ils existent à travers toute éternité dans la nature. Si Newton n'était pas né, la loi de la gravitation serait restée la même et aurait fonctionné de la même façon. C'est le génie de Newton qui l'a formulée, découverte, portée à la conscience, rendue consciente pour le genre humain. Il en va de même pour ces lois religieuses, les grandes vérités de la spiritualité. Elles agissent en tout temps. Si tous les Vedas et les Bibles et les Corans n'existaient pas du tout, si les voyants et les prophètes n'étaient jamais nés, ces lois existeraient néanmoins. Elles seraient simplement tenues en suspens, et lentement mais sûrement agiraient pour élever la race humaine, pour élever la nature humaine. Mais ce sont les prophètes qui les voient, qui les découvrent, et ces prophètes sont des découvreurs dans le domaine de la spiritualité. De même que Newton et Galilée furent des prophètes de la science physique, de même ceux-ci sont des prophètes de la spiritualité. Ils ne peuvent revendiquer aucun droit exclusif sur l'une quelconque de ces lois ; elles sont la propriété commune de toute la nature.

Les Vedas, comme le disent les Hindous, sont éternels. Nous comprenons à présent ce qu'ils entendent par leur éternité, à savoir que les lois n'ont ni commencement ni fin, de même que la nature n'a ni commencement ni fin. Terre après terre, système après système évolueront, fonctionneront pendant un certain temps, puis se dissoudront de nouveau dans le chaos ; mais l'univers demeure le même. Des millions et des millions de systèmes naissent, tandis que des millions sont détruits. L'univers demeure le même. Le commencement et la fin du temps peuvent être indiqués en ce qui concerne une certaine planète ; mais en ce qui concerne l'univers, le temps n'a aucun sens. Il en va de même pour les lois de la nature, les lois physiques, les lois mentales, les lois spirituelles. Sans commencement et sans fin sont-elles ; et c'est en quelques années, comparativement parlant, quelques milliers d'années tout au plus, que l'homme a tenté de les révéler. La masse infinie demeure devant nous. C'est pourquoi la grande leçon que nous apprenons des Vedas, dès le départ, est que la religion ne fait que commencer. L'océan infini de la vérité spirituelle s'étend devant nous, attendant d'être exploré, découvert, intégré dans nos vies. Le monde a vu des milliers de prophètes, et le monde doit encore en voir des millions.

Il fut des temps jadis où les prophètes étaient nombreux dans chaque société. Le temps viendra où les prophètes parcourront chaque rue de chaque ville du monde. Dans les temps anciens, des personnes particulières et singulières étaient, pour ainsi dire, désignées par les opérations des lois de la société pour devenir prophètes. Le temps vient où nous comprendrons que devenir religieux signifie devenir prophète, que nul ne peut devenir religieux s'il ne devient prophète. Nous en viendrons à comprendre que le secret de la religion n'est pas d'être capable de penser et de dire toutes ces pensées ; mais, comme l'enseignent les Vedas, de les réaliser, d'en réaliser de plus hautes et de plus nouvelles que celles qui ont jamais été réalisées, de les découvrir, de les apporter à la société ; et l'étude de la religion devrait être la formation pour faire des prophètes. Les écoles et les collèges devraient être des terrains d'entraînement pour les prophètes. L'univers entier doit devenir prophète ; et tant qu'un homme ne sera pas devenu prophète, la religion sera pour lui une dérision et un mot vide. Nous devons voir la religion, la sentir, la réaliser dans un sens mille fois plus intense que celui dans lequel nous voyons le mur.

Mais il y a un principe qui sous-tend toutes ces diverses manifestations de la religion et qui a déjà été tracé pour nous. Chaque science doit s'arrêter là où elle trouve une unité, car nous ne pouvons aller plus loin. Lorsqu'une unité parfaite est atteinte, cette science n'a plus rien à nous dire en matière de principes. Tout le travail que les religions ont à faire est d'en élaborer les détails. Prenez une science quelconque, la chimie, par exemple. Supposez que nous puissions trouver un élément à partir duquel nous pourrions fabriquer tous les autres éléments. Alors la chimie, en tant que science, serait devenue parfaite. Ce qui nous resterait serait de découvrir chaque jour de nouvelles combinaisons de ce seul matériau et l'application de ces combinaisons à tous les desseins de la vie. Il en va de même pour la religion. Les principes gigantesques, la portée, le plan de la religion furent déjà découverts il y a des siècles, lorsque l'homme trouva les paroles ultimes, comme on les appelle, des Vedas — « Je suis Lui » — qu'il y a Celui en qui tout cet univers de matière et d'esprit trouve son unité, que l'on nomme Dieu, ou Brahman (la Réalité absolue), ou Allah, ou Jéhovah, ou tout autre nom. Nous ne pouvons aller au-delà. Le grand principe a déjà été tracé pour nous. Notre travail consiste à le remplir, à l'élaborer, à l'appliquer à chaque aspect de nos vies. Nous devons travailler maintenant pour que chacun devienne prophète. Une grande œuvre nous attend.

Dans les temps anciens, beaucoup ne comprenaient pas ce que signifiait un prophète. Ils pensaient que c'était quelque chose dû au hasard, que par un simple décret de la volonté ou quelque intelligence supérieure, un homme accédait à une connaissance supérieure. À l'époque moderne, nous sommes prêts à démontrer que cette connaissance est le droit inné de tout être vivant, quel qu'il soit et où qu'il se trouve, et qu'il n'y a pas de hasard dans cet univers. Chaque homme qui, croyons-nous, obtient quelque chose par hasard, y a travaillé lentement et sûrement à travers les âges. Et toute la question revient à ceci : « Voulons-nous être prophètes ? » Si nous le voulons, nous le serons.

Ceci, la formation des prophètes, est la grande œuvre qui nous attend ; et, consciemment ou inconsciemment, tous les grands systèmes de religion travaillent vers cet unique et grand but, avec seulement cette différence que, dans de nombreuses religions, vous trouverez qu'on y déclare que cette perception directe de la spiritualité n'est pas accessible dans cette vie, que l'homme doit mourir, et qu'après sa mort viendra un temps dans un autre monde où il aura des visions de la spiritualité, où il réalisera des choses auxquelles il doit maintenant croire. Mais le Vedanta demandera à tous ceux qui font de telles assertions : « Alors comment savez-vous que la spiritualité existe ? » Et ils devront répondre qu'il y a toujours eu certaines personnes particulières qui, même dans cette vie, ont entrevu des choses inconnues et inconnaissables.

Même cela soulève une difficulté. Si c'étaient des personnes singulières, possédant ce pouvoir simplement par hasard, nous n'avons aucun droit de croire en elles. Ce serait un péché de croire en quoi que ce soit qui relève du hasard, car nous ne pouvons le connaître. Que signifie la connaissance ? La destruction de la singularité. Supposez qu'un garçon aille dans une rue ou une ménagerie et voie un animal de forme singulière. Il ne sait pas ce que c'est. Puis il se rend dans un pays où il y en a des centaines semblables, et il est satisfait, il connaît l'espèce. Notre connaissance consiste à connaître le principe. Notre ignorance consiste à trouver le particulier sans référence au principe. Lorsque nous trouvons un cas ou quelques cas séparés du principe, sans aucune référence au principe, nous sommes dans l'obscurité et nous ne savons pas. Or, si ces prophètes, comme on le dit, étaient des personnes singulières qui seules avaient le droit d'entrevoir ce qui est au-delà et que nul autre n'a ce droit, nous ne devrions pas croire en ces prophètes, parce qu'ils sont des cas singuliers sans aucune référence à un principe. Nous ne pouvons croire en eux que si nous-mêmes devenons prophètes.

Vous tous, vous entendez parler des diverses plaisanteries qui paraissent dans les journaux au sujet du serpent de mer ; et pourquoi en est-il ainsi ? Parce que quelques personnes, à de longs intervalles, sont venues raconter leurs histoires sur le serpent de mer, et que les autres ne le voient jamais. Ils n'ont aucun principe particulier auquel se référer, et par conséquent le monde n'y croit pas. Si un homme vient me dire qu'un prophète a disparu dans les airs et les a traversés, j'ai le droit de voir cela. Je lui demande : « Votre père ou votre grand-père l'a-t-il vu ? » « Oh non, » répond-il, « mais il y a cinq mille ans, une telle chose est arrivée. » Et si je n'y crois pas, il me faut rôtir pour l'éternité !

Quelle masse de superstition que tout cela ! Et son effet est de dégrader l'homme de sa nature divine au rang de la brute. Pourquoi la raison nous a-t-elle été donnée si nous devons croire ? N'est-ce pas un blasphème épouvantable que de croire contre la raison ? Quel droit avons-nous de ne pas utiliser le plus grand don que Dieu nous ait fait ? Je suis sûr que Dieu pardonnera à un homme qui use de sa raison et ne peut croire, plutôt qu'à un homme qui croit aveuglément au lieu d'utiliser les facultés qu'Il lui a données. Il ne fait que dégrader sa nature et descendre au niveau des bêtes — il dégrade ses sens et meurt. Nous devons raisonner ; et lorsque la raison nous prouvera la vérité de ces prophètes et de ces grands hommes dont les livres anciens parlent dans chaque pays, nous croirons en eux. Nous croirons en eux quand nous verrons de tels prophètes parmi nous. Nous trouverons alors qu'ils n'étaient pas des hommes singuliers, mais seulement les illustrations de certains principes. Ils ont travaillé, et ce principe s'est exprimé naturellement, et nous devrons travailler pour exprimer ce principe en nous. Ils furent des prophètes, nous le croirons, quand nous deviendrons prophètes. Ils furent des voyants de choses divines. Ils pouvaient aller au-delà des bornes des sens et entrevoir ce qui est au-delà. Nous le croirons quand nous serons capables de le faire nous-mêmes et pas avant.

Tel est le seul principe du Vedanta. Le Vedanta déclare que la religion est ici et maintenant, parce que la question de cette vie et de cette autre vie, de la vie et de la mort, de ce monde et de cet autre monde, n'est qu'une affaire de superstition et de préjugé. Il n'y a pas de rupture dans le temps en dehors de celle que nous fabriquons. Quelle différence y a-t-il entre dix heures et midi, sinon celle que nous établissons par certains changements dans la nature ? Le temps s'écoule pareillement. Que signifie donc cette vie ou cette autre vie ? C'est seulement une question de temps, et ce qui est perdu en temps peut être rattrapé par la vitesse dans le travail. Aussi, dit le Vedanta, la religion doit être réalisée maintenant. Et pour vous, devenir religieux signifie que vous commencerez sans aucune religion, que vous vous frayerez un chemin vers le haut et réaliserez les choses, que vous les verrez par vous-même ; et quand vous l'aurez fait, alors, et alors seulement, vous aurez la religion. Avant cela, vous ne valez pas mieux que les athées, ou pire, car l'athée est sincère — il se lève et dit : « Je ne sais rien de ces choses » — tandis que les autres ne savent pas mais parcourent le monde en disant : « Nous sommes des gens très religieux. » Quelle religion ils ont, nul ne le sait, car ils ont avalé quelque conte de grand-mère, et les prêtres leur ont demandé de croire ces choses ; s'ils ne le font pas, alors qu'ils prennent garde. Voilà comment les choses se passent.

La réalisation de la religion est la seule voie. Chacun de nous devra découvrir par lui-même. À quoi servent alors ces livres, ces Bibles du monde ? Ils sont d'une grande utilité, tout comme les cartes géographiques d'un pays. J'ai vu des cartes de l'Angleterre toute ma vie avant de venir ici, et elles m'ont beaucoup aidé à me former une certaine idée de l'Angleterre. Pourtant, lorsque je suis arrivé dans ce pays, quelle différence entre les cartes et le pays lui-même ! Il en est de même pour la différence entre la réalisation et les écritures. Ces livres ne sont que les cartes, les expériences des hommes du passé, servant de force motrice pour que nous osions faire les mêmes expériences et découvrir de la même façon, sinon mieux.

Tel est le premier principe du Vedanta : la réalisation est la religion, et celui qui réalise est l'homme religieux ; et celui qui ne réalise pas ne vaut pas mieux que celui qui dit « je ne sais pas », sinon pire, car l'autre dit « je ne sais pas » et il est sincère. Dans cette réalisation, nous serons encore grandement aidés par ces livres, non seulement comme guides, mais comme donnant des instructions et des exercices ; car chaque science a sa propre méthode d'investigation. Vous trouverez dans ce monde nombre de personnes qui diront : « J'ai voulu devenir religieux, j'ai voulu réaliser ces choses, mais je n'ai pas pu, alors je ne crois en rien. » Même parmi les gens instruits, vous en trouverez. Un grand nombre de personnes vous diront : « J'ai essayé d'être religieux toute ma vie, mais il n'y a rien dedans. » En même temps, vous observerez ce phénomène : supposez qu'un homme soit chimiste, un grand homme de science. Il vient et vous dit cela. Si vous lui répondez : « Je ne crois en rien de la chimie, car j'ai essayé toute ma vie de devenir chimiste et je n'y ai rien trouvé », il vous demandera : « Quand avez-vous essayé ? » « Quand j'allais me coucher, je répétais : ‹ Ô chimie, viens à moi ›, et elle n'est jamais venue. » C'est exactement la même chose. Le chimiste rit de vous et dit : « Oh, ce n'est pas la méthode. Pourquoi n'êtes-vous pas allé au laboratoire vous procurer tous les acides et les alcalis et vous brûler les mains de temps en temps ? Cela seul vous aurait instruit. » Prenez-vous la même peine avec la religion ? Chaque science a sa propre méthode d'apprentissage, et la religion doit s'apprendre de la même façon. Elle a ses propres méthodes, et voici quelque chose que nous pouvons apprendre, et que nous devons apprendre, de tous les anciens prophètes du monde, de tous ceux qui ont trouvé quelque chose, qui ont réalisé la religion. Ils nous donneront les méthodes, les méthodes particulières, par lesquelles seules nous pourrons réaliser les vérités de la religion. Ils ont lutté toute leur vie, découvert des méthodes particulières de culture mentale, amenant l'esprit à un certain état, la perception la plus fine, et à travers cela ils ont perçu les vérités de la religion. Pour devenir religieux, pour percevoir la religion, la sentir, pour devenir prophète, nous devons adopter ces méthodes et les pratiquer ; et alors, si nous ne trouvons rien, nous aurons le droit de dire : « Il n'y a rien dans la religion, car j'ai essayé et j'ai échoué. »

C'est là le côté pratique de toutes les religions. Vous le trouverez dans chaque Bible du monde. Non seulement elles enseignent des principes et des doctrines, mais dans les vies des saints vous trouvez des pratiques ; et quand cela n'est pas expressément posé comme règle de conduite, vous trouverez toujours dans les vies de ces prophètes que même eux réglaient parfois leur manger et leur boire. Tout leur mode de vie, leur pratique, leur méthode, tout différait des masses qui les entouraient ; et ce furent là les causes qui leur donnèrent la lumière supérieure, la vision du Divin. Et nous, si nous voulons avoir cette vision, nous devons être prêts à adopter ces méthodes. C'est la pratique, le travail, qui nous y élèvera. Le plan du Vedanta est donc, premièrement, de poser les principes, de tracer pour nous le but, et ensuite de nous enseigner la méthode par laquelle atteindre ce but, comprendre et réaliser la religion.

De plus, ces méthodes doivent être variées. Étant donné que nous sommes si divers dans nos natures, la même méthode peut difficilement être appliquée de la même manière à deux d'entre nous. Nous avons des idiosyncrasies dans nos esprits, chacun de nous ; aussi la méthode doit-elle être variée. Certains, vous le constaterez, sont de nature très émotive ; d'autres très philosophiques, rationnels ; d'autres encore s'attachent à toutes sortes de formes rituelles — ils veulent des choses concrètes. Vous trouverez tel homme qui ne se soucie d'aucune cérémonie ni forme ni rien de ce genre ; elles sont pour lui comme la mort. Et tel autre porte un chargement d'amulettes sur tout son corps ; il aime tant ces symboles ! Un autre homme, de nature émotive, veut manifester des actes de charité envers chacun ; il pleure, il rit, et ainsi de suite. Et tous ceux-là ne peuvent certainement pas avoir la même méthode. S'il n'y avait qu'une seule méthode pour parvenir à la vérité, ce serait la mort pour tous ceux qui ne sont pas constitués de la même façon. C'est pourquoi les méthodes doivent être variées. Le Vedanta le comprend et veut proposer au monde différentes méthodes à travers lesquelles nous pouvons travailler. Adoptez celle que vous voulez ; et si l'une ne vous convient pas, une autre conviendra peut-être. De ce point de vue, nous voyons combien il est glorieux qu'il y ait tant de religions dans le monde, combien il est bon qu'il y ait tant de maîtres et de prophètes, au lieu qu'il n'y en ait qu'un seul, comme beaucoup de personnes aimeraient le voir. Les musulmans veulent que le monde entier soit musulman ; les chrétiens, chrétien ; et les bouddhistes, bouddhiste ; mais le Vedanta dit : « Que chaque personne dans le monde soit distincte, si vous voulez ; le seul principe, les unités seront derrière. Plus il y a de prophètes, plus il y a de livres, plus il y a de voyants, plus il y a de méthodes, tant mieux pour le monde. » De même que dans la vie sociale, plus le nombre de métiers dans une société est grand, mieux cela vaut pour cette société, plus il y a de chance pour chacun dans cette société de gagner sa vie ; de même en va-t-il dans le monde de la pensée et de la religion. Combien la situation est meilleure aujourd'hui, avec tant de divisions de la science — combien plus la possibilité est grande pour chacun d'atteindre une grande culture mentale, avec cette grande variété devant nous ! Combien la situation est meilleure, même sur le plan physique, d'avoir la possibilité de tant de choses diverses étalées devant nous, afin que nous puissions choisir celle que nous voulons, celle qui nous convient le mieux ! Ainsi en est-il du monde des religions. C'est une dispensation des plus glorieuses du Seigneur qu'il y ait tant de religions dans le monde ; et plaise à Dieu qu'elles augmentent chaque jour, jusqu'à ce que chaque homme ait une religion qui lui soit propre !

Le Vedanta comprend cela et prêche par conséquent le principe unique tout en admettant des méthodes variées. Il n'a rien à dire contre quiconque — que vous soyez chrétien, bouddhiste, juif ou hindou, quelle que soit la mythologie en laquelle vous croyez, que vous deviez allégeance au prophète de Nazareth, ou de La Mecque, ou de l'Inde, ou de n'importe où ailleurs, que vous soyez vous-même un prophète — il n'a rien à dire. Il ne prêche que le principe qui est l'arrière-plan de toute religion et dont tous les prophètes, saints et voyants ne sont que les illustrations et les manifestations. Multipliez vos prophètes si vous le voulez ; il n'y fait aucune objection. Il ne prêche que le principe, et la méthode, il vous la laisse. Prenez le chemin que vous voulez ; suivez le prophète que vous voulez ; mais ayez seulement la méthode qui convient à votre propre nature, afin que vous soyez sûr de progresser.

English

THE METHODS AND PURPOSE OF RELIGION

In studying the religions of the world we generally find two methods of procedure. The one is from God to man. That is to say, we have the Semitic group of religions in which the idea of God comes almost from the very first, and, strangely enough, without any idea of soul. It was very remarkable amongst the ancient Hebrews that, until very recent periods in their history, they never evolved any idea of a human soul. Man was composed of certain mind and material particles, and that was all. With death everything ended. But, on the other hand, there was a most wonderful idea of God evolved by the same race. This is one of the methods of procedure. The other is through man to God. The second is peculiarly Aryan, and the first is peculiarly Semitic.

The Aryan first began with the soul. His ideas of God were hazy, indistinguishable, not very clear; but, as his idea of the human soul began to be clearer, his idea of God began to be clearer in the same proportion. So the inquiry in the Vedas was always through the soul. All the knowledge the Aryans got of God was through the human soul; and, as such, the peculiar stamp that has been left upon their whole cycle of philosophy is that introspective search after divinity. The Aryan man was always seeking divinity inside his own self. It became, in course of time, natural, characteristic. It is remarkable in their art and in their commonest dealings. Even at the present time, if we take a European picture of a man in a religious attitude, the painter always makes his subject point his eyes upwards, looking outside of nature for God, looking up into the skies. In India, on the other hand, the religious attitude is always presented by making the subject close his eyes. He is, as it were, looking inward.

These are the two subjects of study for man, external and internal nature; and though at first these seem to be contradictory, yet external nature must, to the ordinary man, be entirely composed of internal nature, the world of thought. The majority of philosophies in every country, especially in the West, have started with the assumption that these two, matter and mind, are contradictory existences; but in the long run we shall find that they converge towards each other and in the end unite and form an infinite whole. So it is not that by this analysis I mean a higher or lower standpoint with regard to the subject. I do not mean that those who want to search after truth through external nature are wrong, nor that those who want to search after truth through internal nature are higher. These are the two modes of procedure. Both of them must live; both of them must be studied; and in the end we shall find that they meet. We shall see that neither is the body antagonistic to the mind, nor the mind to the body, although we find, many persons who think that this body is nothing. In old times, every country was full of people who thought this body was only a disease, a sin, or something of that kind. Later on, however, we see how, as it was taught in the Vedas, this body melts into the mind, and the mind into the body.

You must remember the one theme that runs through all the Vedas: "Just as by the knowledge of one lump of clay we know all the clay that is in the universe, so what is that, knowing which we know everything else?" This, expressed more or less clearly, is the theme of all human knowledge. It is the finding of a unity towards which we are all going. Every action of our lives—the most material, the grossest as well as the finest, the highest, the most spiritual—is alike tending towards this one ideal, the finding of unity. A man is single. He marries. Apparently it may be a selfish act, but at the same time, the impulsion, the motive power, is to find that unity. He has children, he has friends, he loves his country, he loves the world, and ends by loving the whole universe. Irresistibly we are impelled towards that perfection which consists in finding the unity, killing this little self and making ourselves broader and broader. This is the goal, the end towards which the universe is rushing. Every atom is trying to go and join itself to the next atom. Atoms after atoms combine, making huge balls, the earths, the suns, the moons, the stars, the planets. They in their turn, are trying to rush towards each other, and at last, we know that the whole universe, mental and material, will be fused into one.

The process that is going on in the cosmos on a large scale, is the same as that going on in the microcosm on a smaller scale. Just as this universe has its existence in separation, in distinction, and all the while is rushing towards unity, non-separation, so in our little worlds each soul is born, as it were, cut off from the rest of the world. The more ignorant, the more unenlightened the soul, the more it thinks that it is separate from the rest of the universe. The more ignorant the person, the more he thinks, he will die or will be born, and so forth—ideas that are an expression of this separateness. But we find that, as knowledge comes, man grows, morality is evolved and the idea of non-separateness begins. Whether men understand it or not, they are impelled by that power behind to become unselfish. That is the foundation of all morality. It is the quintessence of all ethics, preached in any language, or in any religion, or by any prophet in the world. "Be thou unselfish", "Not 'I', but 'thou'"—that is the background of all ethical codes. And what is meant by this is the recognition of non-individuality—that you are a part of me, and I of you; the recognition that in hurting you I hurt myself, and in helping you I help myself; the recognition that there cannot possibly be death for me when you live. When one worm lives in this universe, how can I die? For my life is in the life of that worm. At the same time it will teach us that we cannot leave one of our fellow-beings without helping him, that in his good consists my good.

This is the theme that runs through the whole of Vedanta, and which runs through every other religion. For, you must remember, religions divide themselves generally into three parts. There is the first part, consisting of the philosophy, the essence, the principles of every religion. These principles find expression in mythology—lives of saints or heroes, demi-gods, or gods, or divine beings; and the whole idea of this mythology is that of power. And in the lower class of mythologies—the primitive— the expression of this power is in the muscles; their heroes are strong, gigantic. One hero conquers the whole world. As man advances, he must find expression for his energy higher than in the muscles; so his heroes also find expression in something higher. The higher mythologies have heroes who are gigantic moral men. Their strength is manifested in becoming moral and pure. They can stand alone, they can beat back the surging tide of selfishness and immorality. The third portion of all religions is symbolism, which you call ceremonials and forms. Even the expression through mythology, the lives of heroes, is not sufficient for all. There are minds still lower. Like children they must have their kindergarten of religion, and these symbologies are evolved—concrete examples which they can handle and grasp and understand, which they can see and feel as material somethings.

So in every religion you find there are the three stages: philosophy, mythology, and ceremonial. There is one advantage which can be pleaded for the Vedanta, that in India, fortunately, these three stages have been sharply defined. In other religions the principles are so interwoven with the mythology that it is very hard to distinguish one from the other. The mythology stands supreme, swallowing up the principles; and in course of centuries the principles are lost sight of. The explanation, the illustration of the principle, swallows up the principle, and the people see only the explanation, the prophet, the preacher, while the principles have gone out of existence almost—so much so that even today, if a man dares to preach the principles of Christianity apart from Christ, they will try to attack him and think he is wrong and dealing blows at Christianity. In the same way, if a man wants to preach the principles of Mohammedanism, Mohammedans will think the same; because concrete ideas, the lives of great men and prophets, have entirely overshadowed the principles.

In Vedanta the chief advantage is that it was not the work of one single man; and therefore, naturally, unlike Buddhism, or Christianity, or Mohammedanism, the prophet or teacher did not entirely swallow up or overshadow the principles. The principles live, and the prophets, as it were, form a secondary group, unknown to Vedanta. The Upanishads speak of no particular prophet, but they speak of various prophets and prophetesses. The old Hebrews had something of that idea; yet we find Moses occupying most of the space of the Hebrew literature. Of course I do not mean that it is bad that these prophets should take religious hold of a nation; but it certainly is very injurious if the whole field of principles is lost sight of. We can very much agree as to principles, but not very much as to persons. The persons appeal to our emotions; and the principles, to something higher, to our calm judgement. Principles must conquer in the long run, for that is the manhood of man. Emotions many times drag us down to the level of animals. Emotions have more connection with the senses than with the faculty of reason; and, therefore, when principles are entirely lost sight of and emotions prevail, religions degenerate into fanaticism and sectarianism. They are no better than party politics and such things. The most horribly ignorant notions will be taken up, and for these ideas thousands will be ready to cut the throats of their brethren. This is the reason that, though these great personalities and prophets are tremendous motive powers for good, at the same time their lives are altogether dangerous when they lead to the disregard of the principles they represent. That has always led to fanaticism, and has deluged the world in blood. Vedanta can avoid this difficulty, because it has not one special prophet. It has many Seers, who are called Rishis or sages. Seers—that is the literal translation—those who see these truths, the Mantras.

The word Mantra means "thought out", cogitated by the mind; and the Rishi is the seer of these thoughts. They are neither the property of particular persons, nor the exclusive property of any man or woman, however great he or she may be; nor even the exclusive property of the greatest spirits—the Buddhas or Christs—whom the world has produced. They are as much the property of the lowest of the low, as they are the property of a Buddha, and as much the property of the smallest worm that crawls as of the Christ, because they are universal principles. They were never created. These principles have existed throughout time; and they will exist. They are non-create—uncreated by any laws which science teaches us today. They remain covered and become discovered, but are existing through all eternity in nature. If Newton had not been born, the law of gravitation would have remained all the same and would have worked all the same. It was Newton's genius which formulated it, discovered it, brought it into consciousness, made it a conscious thing to the human race. So are these religious laws, the grand truths of spirituality. They are working all the time. If all the Vedas and the Bibles and the Korans did not exist at all, if seers and prophets had never been born, yet these laws would exist. They are only held in abeyance, and slowly but surely would work to raise the human race, to raise human nature. But they are the prophets who see them, discover them, and such prophets are discoverers in the field of spirituality. As Newton and Galileo were prophets of physical science, so are they prophets of spirituality. They can claim no exclusive right to any one of these laws; they are the common property of all nature.

The Vedas, as the Hindus say, are eternal. We now understand what they mean by their being eternal, i.e. that the laws have neither beginning nor end, just as nature has neither beginning nor end. Earth after earth, system after system, will evolve, run for a certain time, and then dissolve back again into chaos; but the universe remains the same. Millions and millions of systems are being born, while millions are being destroyed. The universe remains the same. The beginning and the end of time can be told as regards a certain planet; but as regards the universe, time has no meaning at all. So are the laws of nature, the physical laws, the mental laws, the spiritual laws. Without beginning and without end are they; and it is within a few years, comparatively speaking, a few thousand years at best, that man has tried to reveal them. The infinite mass remains before us. Therefore the one great lesson that we learn from the Vedas, at the start, is that religion has just begun. The infinite ocean of spiritual truth lies before us to be worked on, to be discovered, to be brought into our lives. The world has seen thousands of prophets, and the world has yet to see millions.

There were times in olden days when prophets were many in every society. The time is to come when prophets will walk through every street in every city in the world. In olden times, particular, peculiar persons were, so to speak, selected by the operations of the laws of society to become prophets. The time is coming when we shall understand that to become religious means to become a prophet, that none can become religious until he or she becomes a prophet. We shall come to understand that the secret of religion is not being able to think and say all these thoughts; but, as the Vedas teach, to realise them, to realise newer and higher one than have ever been realised, to discover them, bring them to society; and the study of religion should be the training to make prophets. The schools and colleges should be training grounds for prophets. The whole universe must become prophets; and until a man becomes a prophet, religion is a mockery and a byword unto him. We must see religion, feel it, realise it in a thousand times more intense a sense than that in which we see the wall.

But there is one principle which underlies all these various manifestations of religion and which has been already mapped out for us. Every science must end where it finds a unity, because we cannot go any further. When a perfect unity is reached, that science has nothing more of principles to tell us. All the work that religions have to do is to work out the details. Take any science, chemistry, for example. Suppose we can find one element out of which we can manufacture all the other elements. Then chemistry, as a science, will have become perfect. What will remain for us is to discover every day new combinations of that one material and the application of those combinations for all the purposes of life. So with religion. The gigantic principles, the scope, the plan of religion were already discovered ages ago when man found the last words, as they are called, of the Vedas—"I am He" —that there is that One in whom this whole universe of matter and mind finds its unity, whom they call God, or Brahman, or Allah, or Jehovah, or any other name. We cannot go beyond that. The grand principle has been already mapped out for us. Our work lies in filling it in, working it out, applying it to every part of our lives. We have to work now so that every one will become a prophet. There is a great work before us.

In old times, many did not understand what a prophet meant. They thought it was something by chance, that just by a fiat of will or some superior intelligence, a man gained superior knowledge. In modern times, we are prepared to demonstrate that this knowledge is the birthright of every living being, whosoever and wheresoever he be, and that there is no chance in this universe. Every man who, we think, gets something by chance, has been working for it slowly and surely through ages. And the whole question devolves upon us: "Do we want to be prophets?" If we want, we shall be.

This, the training of prophets, is the great work that lies before us; and, consciously or unconsciously, all the great systems of religion are working toward this one great goal, only with this difference, that in many religions you will find they declare that this direct perception of spirituality is not to be had in this life, that man must die, and after his death there will come a time in another world, when he will have visions of spirituality, when he will realise things which now he must believe. But Vedanta will ask all people who make such assertions, "Then how do you know that spirituality exists?" And they will have to answer that there must have been always certain particular people who, even in this life, have got a glimpse of things which are unknown and unknowable.

Even this makes a difficulty. If they were peculiar people, having this power simply by chance, we have no right to believe in them. It would be a sin to believe in anything that is by chance, because we cannot know it. What is meant by knowledge? Destruction of peculiarity. Suppose a boy goes into a street or a menagerie, and sees a peculiarly shaped animal. He does not know what it is. Then he goes to a country where there are hundreds like that one, and he is satisfied, he knows what the species is. Our knowledge is knowing the principle. Our non-knowledge is finding the particular without reference to principle. When we find one case or a few cases separate from the principle, without any reference to the principle, we are in darkness and do not know. Now, if these prophets, as they say, were peculiar persons who alone had the right to catch a glimpse of that which is beyond and no one else has the right, we should not believe in these prophets, because they are peculiar cases without any reference to a principle. We can only believe in them if we ourselves become prophets.

You, all of you, hear about the various jokes that get into the newspapers about the sea-serpent; and why should it be so? Because a few persons, at long intervals, came and told their stories about the sea-serpent, and others never see it. They have no particular principle to which to refer, and therefore the world does not believe. If a man comes to me and says a prophet disappeared into the air and went through it, I have the right to see that. I ask him, "Did your father or grandfather see it?" "Oh, no," he replies, "but five thousand years ago such a thing happened." And if I do not believe it, I have to be barbecued through eternity!

What a mass of superstition this is! And its effect is to degrade man from his divine nature to that of brutes. Why was reason given us if we have to believe? Is it not tremendously blasphemous to believe against reason? What right have we not to use the greatest gift that God has given to us? I am sure God will pardon a man who will use his reason and cannot believe, rather than a man who believes blindly instead of using the faculties He has given him. He simply degrades his nature and goes down to the level of the beasts—degrades his senses and dies. We must reason; and when reason proves to us the truth of these prophets and great men about whom the ancient books speak in every country, we shall believe in them. We shall believe in them when we see such prophets among ourselves. We shall then find that they were not peculiar men, but only illustrations of certain principles. They worked, and that principle expressed itself naturally, and we shall have to work to express that principle in us. They were prophets, we shall believe, when we become prophets. They were seers of things divine. They could go beyond the bounds of senses and catch a glimpse of that which is beyond. We shall believe that when we are able to do it ourselves and not before.

That is the one principle of Vedanta. Vedanta declares that religion is here and now, because the question of this life and that life, of life and death, this world and that world, is merely one of superstition and prejudice. There is no break in time beyond what we make. What difference is there between ten and twelve o'clock, except what we make by certain changes in nature? Time flows on the same. So what is meant by this life or that life? It is only a question of time, and what is lost in time may be made up by speed in work. So, says Vedanta, religion is to be realised now. And for you to become religious means that you will start without any religion work your way up and realise things, see things for yourself; and when you have done that, then, and then alone, you have religion. Before that you are no better than atheists, or worse, because the atheist is sincere—he stands up and says, "I do not know about these things—while those others do not know but go about the world, saying, "We arc very religious people." What religion they have no one knows, because they have swallowed some grandmother's story, and priests have asked them to believe these things; if they do not, then let them take care. That is how it is going.

Realisation of religion is the only way. Each one of us will have to discover. Of what use are these books, then, these Bibles of the world? They are of great use, just as maps are of a country. I have seen maps of England all my life before I came here, and they were great helps to me informing some sort of conception of England. Yet, when I arrived in this country, what a difference between the maps and the country itself! So is the difference between realisation and the scriptures. These books are only the maps, the experiences of past men, as a motive power to us to dare to make the same experiences and discover in the same way, if not better.

This is the first principle of Vedanta, that realisation is religion, and he who realises is the religious man; and he who does not is no better than he who says, "I do not know", if not worse, because the other says, "I do not know", and is sincere. In this realisation, again, we shall be helped very much by these books, not only as guides, but as giving instructions and exercises; for every science has its own particular method of investigation. You will find many persons in this world who will say. "I wanted to become religious, I wanted to realise these things, but I have not been able, so I do not believe anything." Even among the educated you will find these. Large numbers of people will tell you, "I have tried to be religious all my life, but there is nothing in it." At the same time you will find this phenomenon: Suppose a man is a chemist, a great scientific man. He comes and tells you this. If you say to him, "I do not believe anything about chemistry, because I have all my life tried to become a chemist and do not find anything in it", he will ask, "When did you try?" "When I went to bed, I repeated, 'O chemistry, come to me', and it never came." That is the very same thing. The chemist laughs at you and says, "Oh, that is not the way. Why did you not go to the laboratory and get all the acids and alkalis and burn your hands from time to time? That alone would have taught you." Do you take the same trouble with religion? Every science has its own method of learning, and religion is to be learnt the same way. It has its own methods, and here is something we can learn, and must learn, from all the ancient prophets of the world, every one who has found something, who has realised religion. They will give us the methods, the particular methods, through which alone we shall be able to realise the truths of religion. They struggled all their lives, discovered particular methods of mental culture, bringing the mind to a certain state, the finest perception, and through that they perceived the truths of religion. To become religious, to perceive religion, feel it, to become a prophet, we have to take these methods and practice them; and then if we find nothing, we shall have the right to say, "There is nothing in religion, for I have tried and failed."

This is the practical side of all religions. You will find it in every Bible in the world. Not only do they teach principles and doctrines, but in the lives of the saints you find practices; and when it is not expressly laid down as a rule of conduct, you will always find in the lives of these prophets that even they regulated their eating and drinking sometimes. Their whole living, their practice, their method, everything was different from the masses who surrounded them; and these were the causes that gave them the higher light, the vision of the Divine. And we, if we want to have this vision, must be ready to take up these methods. It is practice, work, that will bring us up to that. The plan of Vedanta, therefore, is: first, to lay down the principles, map out for us the goal, and then to teach us the method by which to arrive at the goal, to understand and realise religion.

Again, these methods must be various. Seeing that we are so various in our natures, the same method can scarcely be applied to any two of us in the same manner. We have idiosyncrasies in our minds, each one of us; so the method ought to be varied. Some, you will find, are very emotional in their nature; some very philosophical, rational; others cling to all sorts of ritualistic forms—want things which are concrete. You will find that one man does not care for any ceremony or form or anything of the sort; they are like death to him. And another man carries a load of amulets all over his body; he is so fond of these symbols! Another man who is emotional in his nature wants to show acts of charity to everyone; he weeps, he laughs, and so on. And all of these certainly cannot have the same method. If there were only one method to arrive at truth, it would be death for everyone else who is not similarly constituted. Therefore the methods should be various. Vedanta understands that and wants to lay before the world different methods through which we can work. Take up any one you like; and if one does not suit you, another may. From this standpoint we see how glorious it is that there are so many religions in the world, how good it is that there are so many teachers and prophets, instead of there being only one, as many persons would like to have it. The Mohammedans want to have the whole world Mohammedan; the Christians, Christian; and the Buddhists, Buddhist; but Vedanta says, "Let each person in the world be separate, if you will; the one principle, the units will be behind. The more prophets there are, the more books, the more seers, the more methods, so much the better for the world." Just as in social life the greater the number of occupations in every society, the better for that society, the more chance is there for everyone of that society to make a living; so in the world of thought and of religion. How much better it is today when we have so many divisions of science—how much more is it possible for everyone to have great mental culture, with this great variety before us! How much better it is, even on the physical plane, to have the opportunity of so many various things spread before us, so that we may choose any one we like, the one which suits us best! So it is with the world of religions. It is a most glorious dispensation of the Lord that there are so many religions in the world; and would to God that these would increase every day, until every man had a religion unto himself!

Vedanta understands that and therefore preaches the one principle and admits various methods. It has nothing to say against anyone—whether you are a Christian, or a Buddhist, or a Jew, or a Hindu, whatever mythology you believe, whether you owe allegiance to the prophet of Nazareth, or of Mecca, or of India, or of anywhere else, whether you yourself are a prophet—it has nothing to say. It only preaches the principle which is the background of every religion and of which all the prophets and saints and seers are but illustrations and manifestations. Multiply your prophets if you like; it has no objection. It only preaches the principle, and the method it leaves to you. Take any path you like; follow any prophet you like; but have only that method which suits your own nature, so that you will be sure to progress.


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