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IX Monsieur

Volume6 letter
1,165 mots · 5 min de lecture · Epistles - Second Series

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Français

IX

(Traduit du bengali)

17 août 1889.

CHER MONSIEUR,

Vous avez exprimé de l'embarras dans votre dernière lettre pour avoir été traité avec révérence. Mais le blâme ne m'en revient pas : il revient à vos propres qualités excellentes. J'ai écrit dans une précédente lettre que, vu l'attrait que j'éprouve pour vos hautes vertus, il semble que nous ayons eu quelque affinité dans des vies antérieures. Je ne fais aucune distinction entre le maître de maison et le sannyasin (renonçant) sur ce point : ma tête s'inclinera toujours avec révérence partout où je verrai la grandeur, la largeur de cœur et la sainteté — Shantih ! Shantih ! Shantih ! Ma prière est que, parmi les nombreuses personnes qui embrassent aujourd'hui le sannyasa, avides d'honneurs, affichant le renoncement pour assurer leur subsistance et déchues de l'idéal des deux côtés, il s'en trouve au moins une sur cent mille qui soit d'une âme aussi élevée que la vôtre ! Mes condisciples brahmanes, qui ont entendu parler de vos nobles vertus, vous adressent leurs plus sincères prosternations.

Sur l'une de mes nombreuses questions auxquelles vous avez bien voulu répondre, mon idée erronée a été corrigée. Je vous en resterai à jamais redevable. Une autre de ces questions était la suivante : l'Acharya Shankara donne-t-il une conclusion quelconque sur la question des castes fondées sur les gunas (les qualités fondamentales), telles qu'elles sont mentionnées dans des Puranas comme le Mahabharata ? Si oui, où la trouve-t-on ? Je ne doute pas que, selon la conception ancienne en ce pays, la caste était héréditaire, et l'on ne peut douter non plus que les Shudras étaient parfois opprimés plus durement que les hilotes chez les Spartiates et les noirs chez les Américains ! Quant à moi, je n'ai de parti pris pour aucun camp dans cette question des castes, car je sais qu'il s'agit d'une loi sociale fondée sur la diversité des gunas et du karma (la loi de l'action et de ses effets). Il y a également un grave danger à ce qu'un homme qui aspire à dépasser les gunas et le karma entretienne dans son esprit des distinctions de caste. En ces matières, j'ai acquis quelques idées arrêtées par la grâce de mon guru (maître spirituel) ; mais si je venais à connaître vos vues, je pourrais confirmer certains points ou en rectifier d'autres. Le miel ne coule pas à moins qu'on ne touche à la ruche — aussi vais-je vous poser encore quelques questions ; et, me considérant comme un ignorant et comme un enfant, veuillez y répondre convenablement sans en prendre ombrage.

1. La Mukti dont parlent les Vedanta-Sutras est-elle une seule et même chose que le Nirvana de l'Avadhuta-Gita et d'autres textes ?

2. Quel est le vrai sens du Nirvana si, selon l'aphorisme « Sans la fonction de création, etc. » (ibid., IV. iv. 7), nul ne peut atteindre la pleine divinité ?

3. On dit que Chaitanya-deva aurait dit à Sarvabhauma à Puri : « Je comprends les Sutras de Vyasa, ils sont dualistes ; mais le commentateur les rend monistes, ce que je ne comprends pas. » Est-ce vrai ? La tradition rapporte que Chaitanya-deva eut une dispute avec Prakashananda Sarasvati sur ce point, et que Chaitanya-deva l'emporta. On disait qu'un commentaire de Chaitanya-deva existait encore dans le Math de Prakashananda.

4. Dans le Tantra, l'Acharya Shankara a été qualifié de crypto-bouddhiste ; les vues exprimées dans la Prajnaparamita, l'ouvrage bouddhiste du Mahayana, correspondent parfaitement aux vues vedantiques exposées par l'Acharya. L'auteur du Panchadashi dit aussi : « Ce que nous appelons Brahman (la Réalité absolue) est la même vérité que le Shunya des bouddhistes. » Que signifie tout cela ?

5. Pourquoi n'a-t-on avancé dans les Vedanta-Sutras aucun fondement pour l'autorité des Vedas (les écritures les plus anciennes) ? D'abord, il est dit que les Vedas sont l'autorité attestant l'existence de Dieu, puis il est argué que l'autorité des Vedas repose sur le texte : « C'est le souffle de Dieu. » Or, cette affirmation n'est-elle pas viciée par ce que la logique occidentale appelle un cercle vicieux ?

6. Le Vedanta (la tradition philosophique vedantique) exige de nous la foi, car on ne peut parvenir à la certitude par la seule argumentation. Pourquoi alors le moindre défaut décelé dans la position des écoles du Sankhya et du Nyaya a-t-il été submergé sous un feu roulant de dialectique ? En qui, de surcroît, devons-nous mettre notre foi ? Chacun semble être pris de folie pour établir son propre point de vue ; si, selon Vyasa, même le grand Muni Kapila, « le plus grand parmi les âmes parfaites », est lui-même profondément plongé dans l'erreur, qui peut affirmer que Vyasa n'est pas engagé dans une erreur plus grande encore ? Kapila a-t-il échoué à comprendre les Vedas ?

7. Selon le Nyaya, « Shabda ou Veda (le critère de la vérité) est la parole de ceux qui ont réalisé le plus haut » ; les Rishis, en tant que tels, sont donc omniscients. Comment alors se trouve-t-il prouvé, d'après le Surya-siddhanta, qu'ils ignoraient des vérités astronomiques aussi simples ? Comment pouvons-nous accepter leur intelligence comme le refuge qui nous fera traverser l'océan de l'existence transmigrante, quand ils décrivent la terre comme triangulaire et le serpent Vasuki comme le support de la terre, et ainsi de suite ?

8. Si Dieu, dans ses actes de création, dépend des bons et mauvais karmas, à quoi nous sert-il de l'adorer ? Il y a une belle chanson de Nareshchandra où l'on trouve ceci : « Si ce qui est inscrit dans le destin doit de toute façon arriver, ô Mère, alors à quoi bon toutes ces invocations au saint nom de Durga ? »

9. Il est vrai qu'il est incorrect de considérer de nombreux textes sur un même sujet comme réfutés par un ou deux. Mais pourquoi alors les coutumes longtemps établies comme le Madhuparka et autres sont-elles abrogées par un ou deux textes tels que « Le sacrifice du cheval, le sacrifice de la vache, le sannyasa, les offrandes de viande dans le Shraddha », etc. ? Si les Vedas sont éternels, quels sont le sens et la justification de spécifications telles que « cette règle du dharma (la loi juste) est pour l'âge de Dvapara », « celle-ci pour l'âge de Kali », et ainsi de suite ?

10. Le même Dieu qui donne les Vedas redevient Bouddha pour les annuler ; laquelle de ces dispensations faut-il suivre ? Laquelle reste faisant autorité, la première ou la dernière ?

11. Le Tantra dit qu'à l'âge de Kali-Yuga, les mantras (formules sacrées) des Vedas sont sans effet. Quel commandement de Dieu, le Shiva, faut-il donc suivre ?

12. Vyasa montre dans les Vedanta-Sutras qu'il est erroné d'adorer la tétrade des manifestations divines — Vasudeva, Sankarshana, etc. — et ce même Vyasa s'étend longuement sur les grands mérites de cette adoration dans le Bhagavata ! Ce Vyasa est-il un fou ?

J'ai bien d'autres doutes que ceux-ci, et, espérant les voir dissipés de mon esprit par votre bonté, je vous les soumettrai à l'avenir. De telles questions ne peuvent toutes être exposées que lors d'un entretien en personne ; et l'on ne peut non plus en retirer autant de satisfaction qu'on l'espère. J'ai donc l'intention de vous soumettre tous ces points lorsque je me présenterai devant vous, ce qui, je l'espère, sera très bientôt, par la grâce du guru.

J'ai entendu dire que sans progrès intérieur dans la pratique de la religion, aucune conclusion véritable ne peut être atteinte en ces matières par le seul moyen du raisonnement ; mais une satisfaction, au moins dans une certaine mesure, semble nécessaire dès le départ.

Votre dévoué,

Vivekananda.

English

IX

(Translated from Bengali)

17th Aug., 1889.

DEAR SIR,

You have expressed embarrassment in your last favour for being addressed reverentially. But the blame attaches not to me but to your own excellent qualities. I wrote in one letter before that from the way I feel attracted by your lofty virtues, it seems we had some affinity from previous births. I make no distinction as to householder or Sannyasin in this, that for all time my head shall bend low in reverence wherever I see greatness, broadness of heart, and holiness—Shântih! Shântih! Shântih! My prayer is that among the many people embracing Sannyâsa nowadays, greedy of honour, posing renunciation for the sake of a living, and fallen off from the ideal on both sides, may one in a lakh at least become high-souled like you! To you my Brahmin fellow-disciples who have heard of your noble virtues tender their best prostrations.

About one amongst my several questions to which you sent your replies, my wrong idea is corrected. For this I shall remain indebted to you for ever. Another of these questions was: Whether Acharya Shankara gives any conclusion regarding caste based on Gunas as mentioned in Puranâs like the Mahabharata. If he does, where is it to be found? I have no doubt that according to the ancient view in this country, caste was hereditary, and it cannot also be doubted that sometimes the Shudras used to be oppressed more than the helots among the Spartans and the negroes among the Americans! As for myself, I have no partiality for any party in this caste question, because I know it is a social law and is based on diversity of Guna and Karma. It also means grave harm if one bent on going beyond Guna and Karma cherishes in mind any caste distinctions. In these matters, I have got some settled ideas through the grace of my Guru but, if I come to know of your views, I may just confirm some points or rectify others in them. One doesn't have honey dripping unless one pokes at the hive—so I shall put you some more questions; and looking upon me as ignorant and as a boy, please give proper replies without taking any offence.

1. Is the Mukti, which the Vedanta-Sutras speaks of, one and the same with the Nirvana of the Avadhuta-Gitâ and other texts?

2. What is really meant by Nirvana if, according to the aphorism, "Without the function of creating etc." (ibid., IV. iv. 7), none can attain to the fullest Godhead?

3. Chaitanya-deva is said to have told Sârvabhauma at Puri, "I understand the Sutras (aphorisms) of Vyasa, they are dualistic; but the commentator makes them, monistic, which I don't understand." Is this true? Tradition says, Chaitanya-deva had a dispute with Prakashananda Sarasvati on the point, and Chaitanya-deva won. One commentary by Chaitanya-deva was rumoured to have been existing in Prakashananda's Math.

4. In the Tantra, Acharya Shankara has been called a crypto-Buddhist; views expressed in Prajnâparamitâ, the Buddhist Mâhâyana book, perfectly tally with the Vedantic views propounded by the Acharya. The author of Panchadashi also says, "What we call Brahman is the same truth as the Shunya of the Buddhist." What does all this mean?

5. Why has no foundation for the authority of the Vedas been adduced in the Vedanta-Satras? First, it has been said that the Vedas are the authority for the existence of God, and then it has been argued that the authority for the Vedas is the text: "It is the breath of God." Now, is this statement not vitiated by what in Western logic is called an argument in a circle?

6. The Vedanta requires of us faith, for conclusiveness cannot be reached by mere argumentation. Then why, has the slightest flaw, detected in the position of the schools of Sânkhya and Nyâya, been overwhelmed with a fusillade of dialectics? In whom, moreover, are we to put our faith? Everybody seems to be mad over establishing his own view; if, according to Vyasa, even the great Muni Kapila, "the greatest among perfected souls", is himself deeply involved in error, then who would say that Vyasa may not be so involved in a greater measure? Did Kapila fail to understand the Vedas?

7. According to the Nyaya, "Shabda or Veda (the criterion of truth), is the word of those who have realised the highest"; so the Rishis as such are omniscient. Then how are they proved, according to the Surya-siddhânta, to be ignorant of such simple astronomical truths? How can we accept their intelligence as the refuge to ferry us across the ocean of transmigratory existence, seeing that they speak of the earth as triangular, of the serpent Vâsuki as the support of the earth and so on?

8. If in His acts of creation God is dependent on good and evil Karmas, then what does it avail us to worship Him? There is a fine song of Nareshchandra, where occurs the following: "If what lies in one's destiny is to happen anyhow, O Mother, then what good all this invoking by the holy name of Durgâ?"

9. True, it is improper to hold many texts on the same subject to be contradicted by one or two. But why then are the long-continued customs of Madhuparka and the like repealed by one or two such texts as, "The horse sacrifice, the cow sacrifice, Sannyasa, meat-offerings in Shrâddha", etc.? If the Vedas are eternal, then what are the meaning and justification of such specifications as "this rule of Dharma is for the age of Dvâpara," "this for the age of Kali", and so forth?

10. The same God who gives out the Vedas becomes Buddha again to annul them; which of these dispensations is to be obeyed? Which of these remains authoritative, the earlier or the later one?

11. The Tantra says, in the Kali-Yuga the Veda-Mantras are futile. So which behest of God, the Shiva, is to be followed?

12. Vyasa makes out in the Vedanta-Sutras that it is wrong to worship the tetrad of divine manifestation, Vâsudeva, Sankarshana, etc., and again that very Vyasa expatiates on the great merits of that worship in the Bhâgavata! Is this Vyasa a madman?

I have many doubts besides these, and, hoping to have them dispelled from my mind through your kindness, I shall lay them before you in future. Such questions cannot be all set forth except in a personal interview; neither can as much satisfaction be obtained as one expects to. So I have a mind to lay before you all these facts when presenting myself to you, which I expect will be very soon, by the grace of the Guru.

I have heard it said that without inner progress in the practice of religion, no true conclusion can be reached concerning these matters, simply by means of reasoning; but satisfaction, at least to some extent, seems to be necessary at the outset.

Yours etc.,

Vivekananda.


Texte issu de Wikisource, domaine public. Publication originale par Advaita Ashrama.