XI - XV Du journal d'un disciple, Shri Sarat Chandra Chakravarty
Cette traduction a été produite à l’aide d’outils d’IA et peut contenir des erreurs. Pour le texte de référence, veuillez consulter l’anglais original.
AI-translated. May contain errors. For accurate text, refer to the original English.
Français
XI
(Traduit du bengali)
L'Inde n'a pas besoin de discours mais d'action — Le problème criant en Inde est la pauvreté — De jeunes sannyasins (renonçants) doivent être formés comme enseignants et travailleurs séculiers et spirituels pour les masses — Exhortations aux jeunes hommes à TRAVAILLER pour les autres
(Extrait du journal d'un disciple)
(Le disciple dans cette conversation et celles qui suivent est Sharat Chandra Chakravarty.)
Disciple : Comment se fait-il, Swamiji, que vous ne donniez pas de conférences dans ce pays ? Vous avez remué l'Europe et l'Amérique par vos discours, mais en revenant ici, vous gardez le silence.
Swamiji : Dans ce pays, il faut d'abord préparer le terrain ; alors, si l'on sème la graine, la plante poussera au mieux. Le terrain en Occident, en Europe et en Amérique, est très fertile et propice aux semailles. Là-bas, ils ont atteint le sommet du Bhoga (la jouissance). Étant rassasiés de Bhoga jusqu'à satiété, leurs esprits ne trouvent plus la paix même dans ces jouissances, et ils éprouvent le besoin de quelque chose d'autre. Dans ce pays, vous n'avez ni Bhoga ni Yoga (discipline d'union spirituelle). Quand on est rassasié de Bhoga, c'est alors que l'on écoute et comprend les enseignements sur le Yoga. À quoi serviraient des conférences dans un pays comme l'Inde, devenu le berceau de la maladie, de la douleur et de l'affliction, où les hommes sont émaciés par la famine et affaiblis d'esprit ?
Disciple : Comment cela ? Ne dites-vous pas que la nôtre est la terre de la religion et qu'ici les gens comprennent la religion comme nulle part ailleurs ? Pourquoi alors ce pays ne serait-il pas animé par votre éloquence inspirante et n'en recueillerait-il pas pleinement les fruits ?
Swamiji : Comprenez maintenant ce que signifie la religion. La première chose requise est l'adoration de l'Incarnation Kurma (la tortue), et le dieu du ventre est ce Kurma, pour ainsi dire. Tant que vous ne l'avez pas apaisé, personne n'accueillera vos paroles sur la religion. L'Inde est tourmentée par la question de savoir comment affronter ce spectre de la faim. L'épuisement des meilleures ressources du pays par les étrangers, les exportations sans restriction de marchandises, et par-dessus tout, l'abominable jalousie naturelle aux esclaves rongent les entrailles de l'Inde. Avant tout, vous devez éliminer ce mal de la faim et de la famine, cette anxiété constante pour la simple survie, chez ceux à qui vous voulez prêcher la religion ; sinon, les conférences et autres choses de ce genre ne seront d'aucun profit.
Disciple : Que devons-nous faire alors pour éliminer ce mal ?
Swamiji : D'abord, il faut quelques jeunes hommes pleins de l'esprit de renoncement — ceux qui seront prêts à sacrifier leur vie pour les autres, au lieu de se consacrer à leur propre bonheur. C'est dans ce but que j'établirai un Math pour former de jeunes sannyasins, qui iront de porte en porte faire prendre conscience au peuple de sa condition pitoyable par les faits et le raisonnement, et l'instruiront sur les voies et moyens de son bien-être, tout en lui expliquant aussi clairement que possible, dans un langage très simple et accessible, les vérités supérieures de la religion. Les masses de notre pays sont comme le Léviathan endormi. L'éducation dispensée par le système universitaire actuel n'atteint qu'un ou deux pour cent des masses. Et même ceux qui la reçoivent ne réussissent pas dans leurs efforts pour faire du bien à leur pays. Mais ce n'est pas leur faute, les pauvres ! Dès qu'ils sortent de leur université, ils se retrouvent pères de plusieurs enfants ! Tant bien que mal, ils parviennent à obtenir un poste de commis ou, tout au plus, de magistrat adjoint. Voilà le point final de l'éducation ! Avec le fardeau d'une famille sur le dos, ils ne trouvent pas le temps de faire quoi que ce soit de grand ni de penser à quoi que ce soit de noble. Ils ne trouvent même pas les moyens suffisants pour satisfaire leurs besoins et intérêts personnels ; alors, que peut-on attendre d'eux en matière de service aux autres ?
Disciple : N'y a-t-il donc aucune issue pour nous ?
Swamiji : Assurément, il y en a une. Ceci est la terre de la Religion Éternelle. Le pays est tombé, sans aucun doute, mais il se relèvera tout aussi sûrement, et ce soulèvement stupéfiera le monde. Plus les creux que creusent les vagues sont profonds, plus haut et avec plus de force elles se relèveront.
Disciple : Comment l'Inde se relèvera-t-elle ?
Swamiji : Ne voyez-vous pas ? L'aurore a déjà paru dans le ciel oriental, et le soleil ne tardera guère à se lever. Mettez-vous tous à l'ouvrage ! À quoi sert de faire du monde un tout et de penser « Mon Samsâra (famille et biens), mon Samsâra » ? Votre devoir présent est d'aller d'une région du pays à l'autre, de village en village, et de faire comprendre au peuple que rester assis sans rien faire ne suffira plus. Faites-leur comprendre leur vraie condition et dites-leur : « Ô frères, levez-vous ! Éveillez-vous ! Combien de temps encore resteriez-vous endormis ! » Allez les conseiller sur la façon d'améliorer leur propre condition et faites-leur comprendre les vérités sublimes des Shâstras (les écritures), en les présentant de manière limpide et populaire. Depuis trop longtemps, les brahmanes ont monopolisé la religion ; mais puisqu'ils ne peuvent tenir face au puissant courant du temps, allez prendre les mesures nécessaires pour que tous dans le pays puissent accéder à cette religion. Imprimez dans leurs esprits qu'ils ont le même droit à la religion que les brahmanes. Initiez tous, jusqu'aux Chandâlas (les gens des castes les plus basses), à ces Mantras ardents. Instruisez-les également, en termes simples, sur les nécessités de la vie, le commerce, l'agriculture, etc. Si vous ne pouvez pas faire cela, alors maudite soit votre éducation et votre culture, et maudit soit votre étude des Vedas (les écritures les plus anciennes) et du Vedanta (la tradition philosophique védantique) !
Disciple : Mais où est cette force en nous ? Je me serais estimé béni si j'avais possédé un centième de vos pouvoirs, Swamiji.
Swamiji : Quelle sottise ! Le pouvoir et les choses de ce genre viendront d'eux-mêmes. Mettez-vous au travail, et vous trouverez un pouvoir si formidable venir à vous que vous aurez du mal à le supporter. Même le moindre travail accompli pour autrui éveille la puissance intérieure ; même penser le moindre bien d'autrui instille graduellement dans le cœur la force d'un lion. Je vous aime tous infiniment, mais je souhaite que vous mouriez tous en travaillant pour les autres — je serais plutôt heureux de vous voir faire cela !
Disciple : Mais que deviendront alors ceux qui dépendent de moi ?
Swamiji : Si vous êtes prêt à sacrifier votre vie pour les autres, Dieu pourvoira certainement à leurs besoins d'une façon ou d'une autre. N'avez-vous pas lu dans la Gita (VI. 40) les paroles de Shri Krishna : « न हि कल्याणकृत्कश्चित् दुर्गतिं तात गच्छति — Jamais un faiseur de bien, ô mon bien-aimé, ne connaît le malheur » ?
Disciple : Je comprends, Monsieur.
Swamiji : L'essentiel est le renoncement. Sans renoncement, nul ne peut donner tout son cœur au service des autres. L'homme de renoncement voit tout d'un œil égal et se consacre au service de tous. Notre Vedanta ne nous enseigne-t-il pas aussi à voir tout d'un œil égal ? Pourquoi alors chérissez-vous l'idée que votre femme et vos enfants sont plus vôtres que les autres ? À votre seuil même, Nârâyana Lui-même, sous la forme d'un pauvre mendiant, est en train de mourir de faim ! Au lieu de lui donner quoi que ce soit, ne voudriez-vous que satisfaire les appétits de votre femme et de vos enfants avec des mets délicats ? C'est bestial !
Disciple : Pour travailler au service d'autrui, il faut parfois beaucoup d'argent, et où le trouverai-je ?
Swamiji : Pourquoi ne pas faire autant qu'il est en votre pouvoir ? Même si vous ne pouvez rien donner aux autres faute d'argent, vous pouvez sûrement au moins souffler à leurs oreilles quelques bonnes paroles ou leur transmettre quelque bonne instruction, n'est-ce pas ? Ou bien cela aussi nécessite-t-il de l'argent ?
Disciple : Oui, Monsieur, cela, je peux le faire.
Swamiji : Mais dire « je peux » ne suffira pas. Montrez-moi par l'action ce que vous pouvez faire, et alors seulement je saurai que votre venue auprès de moi aura porté fruit. Debout, et mettez l'épaule à la roue — combien de temps dure cette vie ? Puisque vous êtes venu en ce monde, laissez-y une trace. Sinon, quelle différence y a-t-il entre vous et les arbres et les pierres ? Eux aussi viennent à l'existence, se dégradent et meurent. Si vous aimez naître et mourir comme eux, vous êtes libre de le faire. Montrez-moi par vos actions que votre lecture du Vedanta a porté le fruit du bien suprême. Allez et dites à tous : « En chacun de vous repose cette Puissance Éternelle », et essayez de l'éveiller. Que ferez-vous du salut individuel ? C'est du pur égoïsme. Jetez au loin votre méditation, jetez votre salut et toutes ces choses ! Mettez tout votre cœur et toute votre âme dans l'œuvre à laquelle je me suis consacré.
Le souffle coupé, le disciple écouta ces paroles inspirantes, et Swamiji poursuivit avec sa fougue et son éloquence habituelles.
Swamiji : Avant tout, préparez le terrain, et des milliers de Vivekananda naîtront en temps voulu dans ce monde pour donner des conférences sur la religion. Vous n'avez pas à vous en soucier ! Ne voyez-vous pas pourquoi je fonde des orphelinats, des œuvres de secours contre la famine, etc. ? Ne voyez-vous pas comment Sœur Nivedita, une dame britannique, a appris à servir si bien les Indiens, en accomplissant même des tâches serviles pour eux ? Et ne pouvez-vous pas, vous qui êtes Indiens, servir de même vos propres compatriotes ? Allez, vous tous, partout où sévit une épidémie de peste ou de famine, ou partout où le peuple est en détresse, et soulagez ses souffrances. Tout au plus pourrez-vous mourir dans cette tentative — qu'importe ? Combien comme vous naissent et meurent comme des vers chaque jour ? Quelle différence cela fait-il pour le monde ? Mourir, vous le devez, mais ayez un grand idéal pour lequel mourir, et il vaut mieux mourir avec un grand idéal dans la vie. Prêchez cet idéal de porte en porte, et vous en bénéficierez vous-mêmes tout en faisant du bien à votre pays. Sur vous reposent les espoirs futurs de notre pays. J'éprouve une douleur extrême à vous voir mener une vie d'inaction. Mettez-vous au travail — au travail ! Ne tardez pas — le jour de la mort approche de jour en jour ! Ne restez pas oisifs, pensant que tout sera fait en temps voulu, plus tard ! Attention — rien ne se fera de cette façon !
XII
Réconciliation du Jnana (la connaissance spirituelle) et de la Bhakti (la dévotion aimante) — Sat-Chit-Ananda — Comment naît le sectarisme — Introduire la Shraddha et le culte de Shakti et des avataras — L'idéal du héros dont nous avons besoin maintenant, et non le Madhura-Bhava — Shri Ramakrishna — Avataras
Disciple : Je vous prie, Swamiji, comment peut-on réconcilier le Jnana et la Bhakti ? Nous voyons les adeptes de la voie de la dévotion (Bhaktas) se boucher les oreilles au nom de Shankara, et à leur tour, les adeptes de la voie de la connaissance (Jnanis) traiter les Bhaktas de fanatiques en les voyant pleurer à torrents, ou chanter et danser en extase, au nom du Seigneur.
Swamiji : Le fait est que tout ce conflit se situe dans les étapes préliminaires (préparatoires) du Jnana et de la Bhakti. N'avez-vous pas entendu l'histoire de Shri Ramakrishna sur les démons de Shiva et les singes de Râma ?
Disciple : Oui, Monsieur, je l'ai entendue.
Swamiji : Mais il n'y a aucune différence entre la Bhakti suprême et le Jnana suprême. La Bhakti suprême consiste à réaliser Dieu comme la forme même du Prema (l'amour). Si vous voyez la forme aimante de Dieu se manifester partout et en toute chose, comment pourriez-vous haïr ou blesser autrui ? Cette réalisation de l'amour ne peut jamais advenir tant qu'il reste le moindre désir dans le cœur, ou ce que Shri Ramakrishna appelait l'attachement au Kâma-Kânchana (le plaisir des sens et la richesse). Dans la réalisation parfaite de l'amour, même la conscience de son propre corps n'existe plus. De même, le Jnana suprême consiste à réaliser l'Unité partout, à voir son propre Soi comme l'Atman (le Soi véritable) en toute chose. Cela non plus ne peut advenir tant que subsiste la moindre conscience de l'ego (Aham).
Disciple : Alors ce que vous appelez amour est la même chose que la connaissance suprême ?
Swamiji : Exactement. La réalisation de l'amour ne vient à personne à moins de devenir un parfait Jnani. Le Vedanta ne dit-il pas que Brahman (la Réalité absolue) est Sat-Chit-Ânanda — l'Existence-Connaissance-Béatitude absolues ?
Disciple : Oui, Monsieur.
Swamiji : L'expression Sat-Chit-Ananda signifie : Sat, c'est-à-dire l'existence, Chit, c'est-à-dire la conscience ou connaissance, et Ananda, c'est-à-dire la béatitude, qui est la même chose que l'amour. Il n'y a aucune controverse entre le Bhakta et le Jnani concernant l'aspect Sat de Brahman. Seulement, les Jnanis mettent davantage l'accent sur Son aspect de Chit ou connaissance, tandis que les Bhaktas gardent davantage en vue l'aspect d'Ananda ou amour. Mais dès que l'essence du Chit est réalisée, l'essence de l'Ananda l'est également. Car ce qui est Chit est véritablement la même chose qu'Ananda.
Disciple : Pourquoi alors y a-t-il tant de sectarisme en Inde ? Et pourquoi y a-t-il tant de controverse entre les écritures sur la Bhakti et le Jnana ?
Swamiji : Le fait est que toute cette guerre et cette controverse concernent les idéaux préliminaires, c'est-à-dire les idéaux que les hommes adoptent pour atteindre le vrai Jnana ou la vraie Bhakti. Mais lequel, selon vous, est le plus élevé — la fin ou les moyens ? Assurément, les moyens ne peuvent jamais être plus élevés que la fin, car les moyens de réaliser la même fin doivent être nombreux, variant selon le tempérament ou les capacités mentales des différents adeptes. L'égrenage du chapelet, la méditation, le culte, les oblations dans le feu sacré — tout cela et d'autres pratiques semblables sont les membres de la religion ; ce ne sont que des moyens ; et atteindre la dévotion suprême (Parâ-Bhakti) ou la plus haute réalisation de Brahman est la fin par excellence. Si vous regardez un peu plus profondément, vous comprendrez sur quoi ils se battent. L'un dit : « Si vous priez Dieu face à l'Est, alors vous L'atteindrez. » « Non, dit un autre, vous devrez vous asseoir face à l'Ouest, et alors seulement vous Le verrez. » Peut-être quelqu'un a-t-il réalisé Dieu en méditation, il y a des siècles, assis face à l'Est, et ses disciples ont aussitôt commencé à prêcher cette attitude, affirmant que nul ne peut jamais voir Dieu à moins d'adopter cette position. Un autre parti s'avance et demande : « Comment cela se peut-il ? Telle ou telle personne a réalisé Dieu face à l'Ouest, et nous l'avons vu de nos propres yeux. » C'est ainsi que toutes ces sectes ont pris naissance. Quelqu'un a pu atteindre la dévotion suprême en répétant le nom du Seigneur comme Hari, et aussitôt cela est entré dans la composition du Shâstra ainsi :
हरेर्नाम हरेर्नाम हरेर्नामैव केवलम् । कलौ नास्त्येव नास्त्येव नास्त्येव गतिरन्यथा ॥
हरेर्नाम हरेर्नाम हरेर्नामैव केवलम् । कलौ नास्त्येव नास्त्येव नास्त्येव गतिरन्यथा ॥
— « Le nom du Seigneur Hari, le nom du Seigneur Hari, le nom du Seigneur Hari seul. En vérité, il n'y a pas d'autre, pas d'autre, pas d'autre voie que celle-ci en cet âge de Kali. »
Supposons encore que quelqu'un ait pu atteindre la perfection avec le nom d'Allah, et aussitôt un autre credo fondé par lui commença à se répandre, et ainsi de suite. Mais nous devons voir quelle est la fin vers laquelle tendent toutes ces formes de culte et autres pratiques religieuses. La fin est la Shraddhâ. Nous n'avons pas de synonyme dans notre langue bengali pour exprimer le mot sanscrit Shraddha. L'Upanishad (Katha) dit que la Shraddha entra dans le cœur de Nachiketâ. Même avec le mot Ekâgratâ (concentration en un point) nous ne pouvons exprimer toute la signification du mot Shraddha. Le mot Ekâgranishthâ (dévotion concentrée en un point) transmet, dans une certaine mesure, le sens du mot Shraddha. Si vous méditez sur n'importe quelle vérité avec une dévotion et une concentration inébranlables, vous verrez que l'esprit tend de plus en plus vers l'Unité, c'est-à-dire vous conduit vers la réalisation de l'Existence-Connaissance-Béatitude absolues. Les écritures sur la Bhakti ou le Jnana donnent le conseil particulier aux hommes d'adopter dans la vie l'une ou l'autre de ces Nishthas (persévérance scrupuleuse) et de la faire leur. Avec le passage des siècles, ces grandes vérités se déforment et se transforment graduellement en Deshâchâras ou en coutumes dominantes d'un pays. Cela s'est produit non seulement en Inde, mais dans chaque nation et chaque société du monde. Et les gens du commun, manquant de discernement, en font un objet de querelle et se battent entre eux. Ils ont perdu de vue la fin, et c'est pourquoi le sectarisme, les disputes et les combats continuent.
Disciple : Quel est alors le moyen de salut, Swamiji ?
Swamiji : Cette vraie Shraddha, comme autrefois, doit être ramenée. Les mauvaises herbes doivent être arrachées par les racines. Dans chaque foi et dans chaque voie, il y a sans doute des vérités qui transcendent le temps et l'espace, mais une bonne quantité de débris s'est accumulée par-dessus. Il faut les déblayer, et les vrais principes éternels doivent être présentés au peuple ; alors seulement notre religion et notre pays en bénéficieront réellement.
Disciple : Comment cela se réalisera-t-il ?
Swamiji : Eh bien, tout d'abord, nous devons introduire le culte des grands saints. Ces grandes âmes qui ont réalisé les vérités éternelles doivent être présentées au peuple comme les idéaux à suivre ; comme dans le cas de l'Inde — Shri Râmachandra, Shri Krishna, Mahâvira et Shri Ramakrishna, entre autres. Pouvez-vous introduire le culte de Shri Ramachandra et de Mahavira dans ce pays ? Mettez de côté pour l'instant l'aspect Vrindâvan de Shri Krishna, et répandez loin et partout le culte de Shri Krishna rugissant la Gita d'une voix de lion. Et introduisez dans la pratique quotidienne le culte de Shakti — la Mère divine, source de tout pouvoir.
Disciple : Le jeu divin de Shri Krishna avec les Gopis de Vrindavan n'est-il pas bon, alors ?
Swamiji : Dans les circonstances présentes, ce culte ne vous est d'aucune utilité. Jouer de la flûte et ainsi de suite ne régénérera pas le pays. Nous avons surtout besoin maintenant de l'idéal d'un héros, avec l'esprit formidable du Rajas frémissant dans ses veines de la tête aux pieds — le héros qui osera et mourra pour connaître la Vérité — le héros dont l'armure est le renoncement, dont l'épée est la sagesse. Nous voulons maintenant l'esprit du brave guerrier sur le champ de bataille de la vie, et non celui de l'amant langoureux qui regarde la vie comme un jardin de plaisance !
Disciple : La voie de l'amour, telle qu'elle est dépeinte dans l'idéal des Gopis, est-elle alors fausse ?
Swamiji : Qui dit cela ? Pas moi ! C'est une forme très supérieure de pratique spirituelle (Sâdhanâ). En cet âge de formidable attachement au plaisir des sens et à la richesse, bien peu sont capables même de comprendre ces idéaux plus élevés.
Disciple : Alors, ceux qui adorent Dieu comme époux ou amant (Madhura) ne suivent-ils pas la voie juste ?
Swamiji : J'ose dire que non. Il peut y avoir quelques exceptions honorables parmi eux, mais sachez que la plus grande partie d'entre eux sont d'une nature Tâmasika sombre. La plupart sont pleins de morbidité et affectés d'une faiblesse exceptionnelle. Le pays doit être relevé. Le culte de Mahavira doit être introduit ; le Shakti-pujâ doit faire partie de notre pratique quotidienne ; Shri Ramachandra doit être adoré dans chaque foyer. Là réside votre bien-être, là réside le bien du pays — il n'y a pas d'autre voie.
Disciple : Mais j'ai entendu dire que Bhagavan Shri Ramakrishna chantait beaucoup le nom de Dieu ?
Swamiji : Tout à fait, mais son cas était différent. Quelle comparaison peut-il y avoir entre lui et les hommes ordinaires ? Il a pratiqué dans sa vie tous les différents idéaux de la religion pour montrer que chacun d'eux ne conduit qu'à l'Unique Vérité. Vous ou moi, serons-nous jamais capables de faire tout ce qu'il a fait ? Aucun d'entre nous ne l'a pleinement compris. C'est pourquoi je ne me hasarde pas à parler de lui en tout lieu et à tout moment. Lui seul sait ce qu'il était vraiment ; son enveloppe était humaine, mais tout le reste en lui était entièrement différent des autres.
Disciple : Croyez-vous, puis-je demander, qu'il soit un Avatara (Incarnation de Dieu) ?
Swamiji : Dites-moi d'abord — que voulez-vous dire par un Avatara ?
Disciple : Eh bien, j'entends quelqu'un comme Shri Ramachandra, Shri Krishna, Shri Gauranga, Bouddha, Jésus et d'autres.
Swamiji : Je sais que Bhagavan Shri Ramakrishna est encore plus grand que ceux que vous venez de nommer. Il ne s'agit pas de croire, ce qui est une chose mesquine — je sais ! Laissons toutefois ce sujet pour l'instant ; nous en reparlerons une autre fois.
Après une pause, Swamiji continua : Pour rétablir le Dharma (la loi juste), il vient des Mahâpurushas (grands maîtres de l'humanité), adaptés aux besoins de l'époque et de la société. Appelez-les comme vous voudrez — Mahapurushas ou Avataras — peu importe. Ils révèlent, chacun dans sa vie, l'idéal. Puis, par degrés, des formes sont façonnées dans leurs moules — des HOMMES sont formés ! Graduellement, des sectes naissent et se répandent. Avec le temps, ces sectes dégénèrent, et des réformateurs semblables viennent à nouveau. Cela a été la loi s'écoulant en une succession ininterrompue, comme un courant, à travers les âges.
Disciple : Pourquoi ne prêchez-vous pas Shri Ramakrishna comme un Avatara ? Vous avez, en effet, le pouvoir, l'éloquence et tout ce qui est nécessaire pour cela.
Swamiji : En vérité, je vous le dis, je ne l'ai compris que très peu. Il me paraît avoir été si grand que, chaque fois que je dois dire quelque chose de lui, je crains de méconnaître ou d'esquiver la vérité, de peur que mon petit pouvoir ne suffise pas, de peur qu'en essayant de l'exalter, je ne présente son portrait en le peignant selon mes propres lumières et ne le diminue par là même !
Disciple : Mais beaucoup le prêchent maintenant comme un Avatara.
Swamiji : Qu'ils le fassent s'ils le veulent. Ils le font à la lumière dans laquelle ils l'ont compris. Vous aussi pouvez aller faire de même, si vous l'avez compris.
Disciple : Je ne peux même pas vous saisir, que dire de Shri Ramakrishna ! Je m'estimerais béni dans cette vie si j'obtenais un peu de votre grâce.
XIII
Brahman et la différenciation — Réalisation personnelle de l'Unité — La Béatitude suprême est le but de tous — Penser toujours « Je suis Brahman » — Le discernement et le renoncement sont les moyens — Soyez sans peur
Disciple : Je vous prie, Swamiji, si l'unique Brahman est la seule Réalité, pourquoi alors existe toute cette différenciation dans le monde ?
Swamiji : Ne considérez-vous pas cette question du point de vue de l'existence phénoménale ? En regardant du côté phénoménal de l'existence, on peut, par le raisonnement et le discernement, arriver graduellement à la racine même de l'Unité. Mais si vous étiez fermement établi dans cette Unité, comment, de ce point de vue, dites-moi, pourriez-vous voir cette différenciation ?
Disciple : C'est vrai ; si j'avais existé dans l'Unité, comment aurais-je pu poser cette question du « pourquoi » ? En posant cette question, il est déjà admis que je le fais en voyant cette diversité.
Swamiji : Très bien. Rechercher la racine de l'Unité à travers la diversité de l'existence phénoménale est ce que les Shâstras appellent le raisonnement Vyatireki, ou le processus d'argumentation par la méthode indirecte, c'est-à-dire Adhyâropa et Apavâda : d'abord tenir pour acquis quelque chose d'inexistant ou d'irréel comme existant ou réel, puis montrer par le raisonnement que ce n'est pas une substance existante ou réelle. Vous parlez du processus d'arriver à la vérité en supposant ce qui n'est pas vrai comme vrai — n'est-ce pas ?
Disciple : À mon esprit, l'état de ce qui existe ou de ce qui est vu semble être évident, et donc vrai, et ce qui lui est opposé semble, en revanche, être irréel.
Swamiji : Mais les Vedas disent : « Un seul, sans second. » Et si en réalité il n'existe que l'Un — Brahman — alors votre différenciation est fausse. Vous croyez aux Vedas, je suppose ?
Disciple : Oh oui, pour ma part, je tiens les Vedas pour la plus haute autorité ; mais si, dans une argumentation, quelqu'un ne les accepte pas comme tels, il faut, dans ce cas, le réfuter par d'autres moyens.
Swamiji : Cela aussi peut se faire. Voyez, il arrive un moment où ce que vous appelez différenciation disparaît, et nous ne pouvons plus la percevoir du tout. J'ai moi-même fait l'expérience de cet état dans ma propre vie.
Disciple : Quand l'avez-vous fait ?
Swamiji : Un jour, dans le jardin du temple de Dakshineswar, Shri Ramakrishna me toucha sur le cœur, et tout d'abord je commençai à voir que les maisons — les pièces, les portes, les fenêtres, les vérandas — les arbres, le soleil, la lune — tout s'envolait, se fracassait pour ainsi dire — se réduisait en atomes et en molécules — et se fondait finalement dans l'Âkâsha. Graduellement, l'Akasha aussi s'évanouit, et après cela, ma conscience de l'ego avec lui ; ce qui se passa ensuite, je ne m'en souviens pas. J'eus d'abord peur. En revenant de cet état, je recommençai à voir les maisons, les portes, les fenêtres, les vérandas et les autres choses. En une autre occasion, j'eus exactement la même réalisation au bord d'un lac en Amérique.
Disciple : Cet état ne pourrait-il pas aussi être provoqué par un dérangement du cerveau ? Et je ne comprends pas quel bonheur il peut y avoir à réaliser un tel état.
Swamiji : Un dérangement du cerveau ! Comment pouvez-vous l'appeler ainsi, quand il ne vient ni comme résultat du délire d'une maladie, ni de l'ivresse de la boisson, ni comme une illusion produite par divers exercices respiratoires bizarres — mais quand il vient à un homme normal, en pleine possession de sa santé et de sa raison ? De plus, cette expérience est en parfaite harmonie avec les Vedas. Elle coïncide aussi avec les paroles de réalisation des Rishis et Âchâryas inspirés d'autrefois. Me prenez-vous finalement pour un fou ? (en souriant).
Disciple : Oh non, je ne voulais certainement pas dire cela. Quand on trouve des centaines d'illustrations d'une telle réalisation de l'Unité dans les Shastras, et quand vous dites qu'elle peut être aussi directement réalisée qu'un fruit dans la paume de la main, et quand ce fut votre propre expérience personnelle dans la vie, coïncidant parfaitement avec les paroles des Vedas et autres Shastras — comment oserais-je dire que c'est faux ? Shri Shankaracharya aussi, réalisant cet état, a dit : « Où l'univers a-t-il disparu ? », etc.
Swamiji : Sachez — cette connaissance de l'Unité est ce que les Shastras appellent la réalisation de Brahman, par laquelle on se débarrasse de la peur, et les chaînes de la naissance et de la mort se brisent à jamais. Ayant une fois réalisé cette Béatitude Suprême, on n'est plus submergé par les plaisirs et les peines de ce monde. Les hommes enchaînés par la basse convoitise et la richesse ne peuvent jouir de cette Béatitude de Brahman.
Disciple : S'il en est ainsi, et si nous sommes vraiment de l'essence du Suprême Brahman, alors pourquoi ne faisons-nous pas l'effort de gagner cette Béatitude ? Pourquoi nous précipitons-nous encore et encore dans les mâchoires de la mort, attirés par ce piège sans valeur de la convoitise et de la richesse ?
Swamiji : Vous parlez comme si l'homme ne désirait pas avoir cette Béatitude ! Réfléchissez-y, et vous verrez que quoi que quiconque fasse, il le fait dans l'espoir d'atteindre cette Béatitude Suprême. Seulement, tout le monde n'en est pas conscient et ne peut donc pas le comprendre. Cette Béatitude Suprême existe pleinement en tout, depuis Brahmâ jusqu'au brin d'herbe. Vous aussi, vous êtes ce Brahman indivis. En ce moment même, vous pouvez le réaliser si vous pensez véritablement et absolument que vous l'êtes. Tout n'est que manque de perception directe. Que vous ayez pris un emploi et travailliez si dur pour votre femme montre aussi que le but est finalement d'atteindre cette Béatitude Suprême de Brahman. Étant encore et encore pris dans le labyrinthe complexe de l'illusion et durement frappé par les douleurs et les afflictions, l'œil se tournera de lui-même vers sa propre vraie nature, le Soi Intérieur. C'est grâce à la présence de ce désir de béatitude dans le cœur que l'homme, recevant des chocs durs l'un après l'autre, tourne son regard vers l'intérieur — vers son propre Soi. Un moment vient à coup sûr pour chacun, sans exception, où il le fera : pour l'un, ce peut être dans cette vie, pour un autre, après des milliers d'incarnations.
Disciple : Tout dépend de la bénédiction du Guru (maître spirituel) et de la grâce du Seigneur !
Swamiji : Le vent de la grâce du Seigneur souffle à jamais et pour toujours. Vous n'avez qu'à déployer votre voile. Chaque fois que vous faites quelque chose, faites-le de tout votre cœur concentré. Pensez jour et nuit : « Je suis de l'essence de cette Suprême Existence-Connaissance-Béatitude — quelle peur et quelle anxiété ai-je ? Ce corps, cet esprit et cet intellect sont tous transitoires, et Ce qui est au-delà de tout cela, c'est moi-même. »
Disciple : De telles pensées ne viennent que pour un instant de temps en temps, mais disparaissent vite, et je pense toutes sortes de futilités et d'absurdités.
Swamiji : Cela arrive ainsi au stade initial, mais graduellement cela est surmonté. Mais dès le début, l'intensité du désir dans l'esprit est nécessaire. Pensez toujours : « Je suis éternellement pur, éternellement omniscient et éternellement libre ; comment pourrais-je faire quoi que ce soit de mal ? Puis-je jamais être dupé comme les hommes ordinaires par les charmes insignifiants de la convoitise et de la richesse ? » Fortifiez l'esprit avec de telles pensées. Cela apportera assurément un bien véritable.
Disciple : De temps en temps, la force d'esprit vient. Mais ensuite je me dis que si je me présentais à l'examen de magistrat adjoint, la richesse, le nom et la renommée viendraient et je vivrais bien et heureux.
Swamiji : Chaque fois que de telles pensées viennent à l'esprit, discernez en vous-même entre le réel et l'irréel. N'avez-vous pas lu le Vedanta ? Même quand vous dormez, gardez l'épée du discernement au chevet de votre lit, afin que la convoitise ne puisse vous approcher même en rêve. En pratiquant une telle force, le renoncement viendra graduellement, et alors vous verrez — les portes du ciel sont grandes ouvertes devant vous.
Disciple : S'il en est ainsi, Swamiji, comment se fait-il alors que les textes sur la Bhakti disent que trop de renoncement tue les sentiments qui font la tendresse ?
Swamiji : Jetez au loin, dis-je, les textes qui enseignent de telles choses ! Sans renoncement, sans brûlant détachement envers les objets des sens, sans se détourner de la richesse et de la convoitise comme d'une abomination infecte — « न सिध्यति ब्रह्मशतान्तरेऽपि — jamais on ne peut atteindre le salut, même en des centaines de cycles de Brahmâ ». Répéter les noms du Seigneur, la méditation, le culte, les oblations dans le feu sacré, la pénitence — tout cela est pour faire naître le renoncement. Celui qui n'a pas acquis le renoncement, sachez que ses efforts sont semblables à ceux de l'homme qui tire sur les rames alors que le bateau est à l'ancre. « न प्रजया धनेन त्यागेनैके अमृतत्वमानशुः — ni par la progéniture ni par la richesse, mais par le renoncement seul certains (rares) ont atteint l'immortalité » (Kaivalya Upanishad, 3).
Disciple : Le simple renoncement à la richesse et à la convoitise accomplira-t-il tout ?
Swamiji : Il y a d'autres obstacles sur le chemin même après avoir renoncé à ces deux-là ; viennent alors, par exemple, le nom et la renommée. Très peu d'hommes, à moins d'une force exceptionnelle, peuvent garder leur équilibre sous cela. Les gens les couvrent d'honneurs, et diverses jouissances s'insinuent par degrés. C'est à cause de cela que les trois quarts des Tyâgis sont empêchés de progresser davantage ! Pour établir ce Math et d'autres choses, qui sait si je ne devrai pas revenir encore !
Disciple : Si vous dites des choses comme cela, alors nous sommes perdus !
Swamiji : Quelle peur ? « अभीरभीरभीः — Soyez sans peur, soyez sans peur, soyez sans peur ! » Vous avez vu Nâg Mahâshaya, comment même en vivant la vie d'un maître de maison, il est plus qu'un sannyasin ! C'est très rare ; j'en ai rarement vu un comme lui. Si quelqu'un veut être maître de maison, qu'il soit comme Nag Mahashaya. Il brille comme un astre brillant dans le firmament spirituel du Bengale oriental. Dites aux gens de cette région de lui rendre visite souvent ; cela leur fera beaucoup de bien.
Disciple : Nag Mahashaya semble être la personnification vivante de l'humilité dans le jeu du drame divin de Shri Ramakrishna sur terre.
Swamiji : Assurément, sans l'ombre d'un doute ! J'ai le souhait d'aller le voir une fois. Viendrez-vous avec moi ? J'aime voir les champs inondés d'eau pendant les pluies. Lui écrirez-vous ?
Disciple : Certainement. Il est toujours fou de joie quand il entend parler de vous, et il dit que le Bengale oriental sera sanctifié comme un lieu de pèlerinage par la poussière de vos pieds.
Swamiji : Savez-vous que Shri Ramakrishna avait coutume de parler de Nag Mahashaya comme d'un « feu ardent » ?
Disciple : Oui, c'est ce que j'ai entendu.
À la demande de Swamiji, le disciple prit du Prasâda (nourriture consacrée) et partit pour Calcutta tard dans la soirée ; il méditait profondément sur le message d'intrépidité qu'il avait entendu des lèvres du maître inspiré — « Je suis libre ! » « Je suis libre ! »
XIV
Renoncement au Kama-kanchana — La miséricorde de Dieu tombe sur ceux qui luttent pour la Réalisation — La miséricorde inconditionnelle et Brahman ne font qu'un
Disciple : Shri Ramakrishna disait, Swamiji, qu'un homme ne peut guère progresser vers la réalisation religieuse s'il ne renonce pas d'abord au Kâma-Kânchana (la convoitise et l'avidité). S'il en est ainsi, que deviendront les maîtres de maison ? Car tout leur esprit est fixé sur ces deux choses.
Swamiji : Il est vrai que l'esprit ne peut jamais se tourner vers Dieu tant que le désir de convoitise et de richesse n'en est pas parti, que l'homme soit maître de maison ou sannyasin. Sachez ceci pour un fait : aussi longtemps que l'esprit est pris dans ces choses, la vraie dévotion, la fermeté et la Shraddhâ (la foi) ne peuvent jamais venir.
Disciple : Où en seront les maîtres de maison, alors ? Quelle voie doivent-ils suivre ?
Swamiji : Satisfaire nos plus petits désirs et en finir avec eux pour toujours, et renoncer aux plus grands par le discernement — voilà la voie. Sans renoncement, Dieu ne peut jamais être réalisé — यदि ब्रह्मा स्वयं वदेत् — même si Brahmâ lui-même en ordonnait autrement !
Disciple : Mais le renoncement à tout vient-il dès que l'on devient moine ?
Swamiji : Les sannyasins luttent au moins pour se préparer au renoncement, tandis que les maîtres de maison sont en cette matière comme des bateliers qui rament alors que le bateau est à l'ancre. Le désir de jouissance est-il jamais apaisé ? « भूय एवाभिवर्धते — Il ne fait que croître et croître » (Bhâgavata, IX. xix. 14).
Disciple : Pourquoi ? La lassitude du monde ne peut-elle pas venir, après avoir joui des objets des sens maintes et maintes fois pendant longtemps ?
Swamiji : À combien cela arrive-t-il ? L'esprit se ternit par le contact constant avec les objets des sens et en reçoit une empreinte permanente. Le renoncement, et le renoncement seul, est le vrai secret, le Mulamantra, de toute Réalisation.
Disciple : Mais il y a des injonctions des sages dans les écritures telles que celles-ci : « गृहेषु पञ्चेन्द्रियनिग्रहस्तपः — Maîtriser les cinq sens tout en vivant avec sa femme et ses enfants est Tapas. » « निवृत्तरागस्य गृहं तपोवनम् — Pour celui dont les désirs sont maîtrisés, vivre au milieu de sa famille est pareil à se retirer dans la forêt pour la Tapasya. »
Swamiji : Bénis sont en effet ceux qui peuvent renoncer au Kama-Kanchana tout en vivant dans leur foyer avec leur famille ! Mais combien en sont capables ?
Disciple : Mais alors, qu'en est-il des sannyasins ? Sont-ils tous capables de renoncer pleinement à la convoitise et à l'amour des richesses ?
Swamiji : Comme je viens de le dire, les sannyasins sont sur le chemin du renoncement, ils sont au moins entrés sur le champ de bataille pour combattre en vue du but ; mais les maîtres de maison, en revanche, n'ayant pas encore conscience du danger que représentent la convoitise et l'avidité, ne tentent même pas de réaliser le Soi ; l'idée qu'ils doivent lutter pour se débarrasser de tout cela n'est pas encore entrée dans leur esprit.
Disciple : Mais beaucoup d'entre eux luttent pour cela.
Swamiji : Oh oui, et ceux qui le font renonceront assurément par degrés ; leur attachement démesuré au Kama-Kanchana diminuera graduellement. Mais pour ceux qui tergiversent en disant : « Oh, pas si vite ! Je le ferai quand le temps viendra », la Réalisation du Soi est très lointaine. « Que je réalise la Vérité en cet instant même ! Dans cette vie même ! » — voilà les paroles d'un héros. De tels héros sont toujours prêts à renoncer dès l'instant suivant, et c'est à eux que l'écriture (Jâbâla Upanishad, 3) dit : « यदहरेव विरजेत् तदहरेव प्रव्रजेत — Dès l'instant où tu éprouves le dégoût des vanités du monde, quitte tout et prends la vie de moine. »
Disciple : Mais Shri Ramakrishna n'avait-il pas coutume de dire : « Tous ces attachements disparaissent par la grâce de Dieu quand on Le prie » ?
Swamiji : Oui, c'est ainsi, sans doute, par Sa miséricorde, mais il faut d'abord être pur avant de pouvoir recevoir cette miséricorde — pur en pensée, en parole et en acte ; c'est alors que Sa grâce descend sur soi.
Disciple : Mais de quelle nécessité est la grâce pour celui qui peut se maîtriser en pensée, en parole et en acte ? Car alors il serait capable de se développer sur le chemin de la spiritualité par ses propres efforts !
Swamiji : Le Seigneur est très miséricordieux envers celui qu'Il voit lutter de tout son cœur et de toute son âme pour la Réalisation. Mais restez oisif, sans aucune lutte, et vous verrez que Sa grâce ne viendra jamais.
Disciple : Chacun aspire à être bon, et pourtant l'esprit, pour des raisons insondables, se tourne vers le mal ! Chacun ne souhaite-t-il pas être bon — être parfait — réaliser Dieu ?
Swamiji : Sachez que ceux qui désirent cela luttent déjà. Dieu accorde Sa miséricorde quand cette lutte est maintenue.
Disciple : Dans l'histoire des Incarnations, nous trouvons de nombreuses personnes qui, dirions-nous, avaient mené des vies très dissipées et pourtant furent capables de réaliser Dieu sans grande difficulté et sans accomplir aucune Sâdhanâ ni dévotion. Comment expliquer cela ?
Swamiji : Oui, mais une grande agitation devait déjà s'être emparée d'eux ; la longue jouissance des objets des sens devait déjà avoir créé en eux un profond dégoût. Le manque de paix devait consumer leur cœur même. Si profondément ils avaient déjà ressenti ce vide dans leur cœur que la vie, ne serait-ce qu'un instant, leur était devenue insupportable à moins d'obtenir cette paix qui suit dans le sillage de la miséricorde du Seigneur. C'est pourquoi Dieu fut bon envers eux. Ce développement se fit en eux directement du Tamas au Sattva.
Disciple : Alors, quelle que fût la voie, on peut dire qu'ils ont véritablement réalisé Dieu de cette manière ?
Swamiji : Oui, pourquoi pas ? Mais n'est-il pas préférable d'entrer dans un palais par l'entrée principale plutôt que par la porte du déshonneur ?
Disciple : Sans doute, c'est vrai. Pourtant, le point est établi que c'est par la miséricorde seule que l'on peut réaliser Dieu.
Swamiji : Oh oui, on le peut, mais bien peu nombreux sont ceux qui y parviennent !
Disciple : Il me semble que ceux qui cherchent à réaliser Dieu en maîtrisant leurs sens et en renonçant à la convoitise et à la richesse adhèrent à la théorie de l'effort personnel et de l'autonomie ; et que ceux qui prennent le nom du Seigneur et dépendent de Lui sont libérés par le Seigneur Lui-même de tous les attachements mondains et conduits par Lui à l'étape suprême de la réalisation.
Swamiji : C'est vrai, ce sont les deux points de vue différents, le premier soutenu par les Jnânis, et le second par les Bhaktas. Mais l'idéal du renoncement est la note fondamentale des deux.
Disciple : Sans aucun doute ! Mais Shri Girish Chandra Ghosh m'a dit un jour qu'il ne pouvait y avoir de condition à la miséricorde de Dieu ; il ne pouvait y avoir de loi pour elle ! S'il y en avait, elle ne pourrait plus être appelée miséricorde. Le domaine de la grâce ou de la miséricorde doit transcender toute loi.
Swamiji : Mais il doit y avoir quelque loi plus élevée à l'œuvre dans la sphère à laquelle G. C. fait allusion, dont nous sommes ignorants. Ce sont là des paroles, en effet, pour le dernier stade du développement, qui seul est au-delà du temps, de l'espace et de la causalité. Mais quand nous y parvenons, qui sera miséricordieux, et envers qui, là où il n'y a pas de loi de causalité ? Là, l'adorateur et l'adoré, le méditant et l'objet de méditation, le connaisseur et le connu, tous deviennent un — appelez cela Grâce ou Brahman, si vous voulez. C'est une seule et même entité homogène et uniforme !
Disciple : En entendant ces paroles de vous, Swamiji, j'en suis venu à comprendre l'essence de toute philosophie et de toute religion (les Vedas et le Vedanta) ; il me semble que j'avais jusque-là vécu au milieu de mots grandiloquents dépourvus de sens.
XV
Doctrine de l'Ahimsa et consommation de viande — Sattva, Rajas, Tamas chez l'homme — Nourriture et spiritualité — « Âhâra » — Trois défauts dans la nourriture — L'intouchabilité et les préjugés de caste — Restaurer l'ancien Chaturvarnya et les lois des Rishis
Disciple : Je vous prie, Swamiji, dites-moi s'il y a une relation entre le choix de la nourriture et le développement de la spiritualité chez l'homme.
Swamiji : Oui, il y en a une, plus ou moins.
Disciple : Est-il convenable ou nécessaire de manger du poisson et de la viande ?
Swamiji : Oui, mangez-en, mon garçon ! Et s'il y a quelque tort à le faire, je m'en chargerai. Regardez les masses de notre pays ! Quelle expression de tristesse sur leurs visages et quel manque de courage et d'enthousiasme dans leurs cœurs, avec de gros ventres et aucune force dans les mains et les pieds — une bande de lâches effrayés par la moindre bagatelle !
Disciple : La consommation de poisson et de viande donne-t-elle de la force ? Pourquoi le bouddhisme et le vishnouisme prêchent-ils « अहिंसा परमो धर्मः — la non-violence est la vertu suprême » ?
Swamiji : Le bouddhisme et le vishnouisme ne sont pas deux choses différentes. Pendant le déclin du bouddhisme en Inde, l'hindouisme lui emprunta quelques principes cardinaux de conduite et les fit siens, et ceux-ci sont maintenant connus sous le nom de vishnouisme. Le principe bouddhiste « la non-violence est la vertu suprême » est très bon, mais en essayant de l'imposer à tous par la loi sans tenir compte des capacités du peuple en général, le bouddhisme a causé la ruine de l'Inde. J'ai rencontré en Inde maints « hérons religieux » qui nourrissaient les fourmis de sucre et en même temps n'hésitaient pas à ruiner leur propre frère pour un « vil profit » !
Disciple : Mais dans les Vedas ainsi que dans les lois de Manu, il y a des injonctions de manger du poisson et de la viande.
Swamiji : Oui, et des injonctions de s'abstenir de tuer aussi. Car les Vedas enjoignent : « मा हिंस्यात् सर्वभूतानि — Ne causez de tort à aucun être » ; Manu dit aussi : « निवृत्तिस्तु महाफला — La cessation du désir apporte de grands résultats. » Tuer et ne pas tuer ont tous deux été enjoints, selon la capacité, l'aptitude et l'adaptabilité individuelles de ceux qui observeront l'une ou l'autre pratique.
Disciple : La mode ici de nos jours est d'abandonner le poisson et la viande dès que l'on se tourne vers la religion, et pour beaucoup, il est plus grand péché de ne pas le faire que de commettre des péchés aussi graves que l'adultère. Comment, pensez-vous, de telles notions sont-elles apparues ?
Swamiji : À quoi vous sert de savoir comment elles sont apparues, quand vous voyez clairement, n'est-ce pas, que de telles notions mènent notre pays et notre société à la ruine ? Voyez — les gens du Bengale oriental mangent beaucoup de poisson, de viande et de tortue, et ils sont bien plus en bonne santé que ceux de cette partie du Bengale. Même les hommes riches du Bengale oriental n'ont pas encore pris l'habitude de manger des Loochis ou des Châpâtis le soir, et ils ne souffrent pas d'acidité et de dyspepsie comme nous. J'ai entendu dire que dans les villages du Bengale oriental, les gens n'ont pas la moindre idée de ce que signifie la dyspepsie !
Disciple : Tout à fait, Swamiji. Nous ne nous plaignons jamais de dyspepsie dans notre région. J'en ai entendu parler pour la première fois en venant ici. Nous mangeons du poisson avec du riz, matin et soir.
Swamiji : Oui, mangez-en autant que vous pouvez, sans craindre la critique. Le pays a été inondé de Bâbâjis dyspeptiques ne vivant que de légumes. Ce n'est pas un signe de Sattva, mais de profond Tamas — l'ombre de la mort. L'éclat du visage, un enthousiasme intrépide dans le cœur, et une activité formidable — voilà les résultats du Sattva ; tandis que l'oisiveté, la léthargie, l'attachement démesuré et le sommeil sont les signes du Tamas.
Disciple : Mais le poisson et la viande n'augmentent-ils pas le Rajas chez l'homme ?
Swamiji : C'est justement ce que je veux que vous ayez. Le Rajas est terriblement nécessaire en ce moment ! Plus de quatre-vingt-dix pour cent de ceux que vous prenez maintenant pour des hommes dotés de la qualité de Sattva ne sont que plongés dans le plus profond Tamas. C'est déjà bien si vous en trouvez un seizième qui soient vraiment Sâttvika ! Ce qu'il nous faut maintenant, c'est un immense éveil d'énergie Râjasika, car le pays tout entier est enveloppé dans le linceul du Tamas. Les gens de cette terre doivent être nourris et vêtus — doivent être éveillés — doivent être rendus plus pleinement actifs. Sinon, ils deviendront inertes, aussi inertes que les arbres et les pierres. Alors, je dis, mangez de grandes quantités de poisson et de viande, mon garçon !
Disciple : Le goût pour le poisson et la viande subsiste-t-il quand on a pleinement développé la qualité de Sattva ?
Swamiji : Non, il ne subsiste pas. Tout goût pour le poisson et la viande disparaît quand le pur Sattva est hautement développé, et voici les signes de sa manifestation dans une âme : le sacrifice de tout pour les autres, le parfait détachement de la convoitise et de la richesse, l'absence d'orgueil et d'égoïsme. Le désir de nourriture animale s'en va quand ces choses se voient chez un homme. Et là où de tels signes sont absents, et pourtant vous trouvez des hommes se rangeant du côté du parti de la non-violence, sachez avec certitude que là, il y a soit de l'hypocrisie, soit un étalage de religion. Quand vous-même arriverez à ce stade de pur Sattva, renoncez au poisson et à la viande, assurément.
Disciple : Dans le Chhândogya Upanishad (VII. xxvi. 2), il y a ce passage : « आहारशुद्धौ सत्त्वशुद्धिः — Par la nourriture pure, la qualité de Sattva chez l'homme devient pure. »
Swamiji : Oui, je le sais. Shankarâchârya a dit que le mot Âhâra y signifie « objets des sens », tandis que Shri Râmânuja a pris le sens d'Ahara comme « nourriture ». À mon avis, nous devrions prendre le sens du mot qui réconcilie ces deux points de vue. Allons-nous passer notre vie à discuter tout le temps de la pureté et de l'impureté de la nourriture seulement, ou allons-nous pratiquer la maîtrise de nos sens ? Assurément, la maîtrise des sens est l'objectif principal ; et la distinction entre bonne et mauvaise nourriture, pure et impure, n'aide que dans une certaine mesure à atteindre cette fin. Il y a, selon nos écritures, trois choses qui rendent la nourriture impure : (1) Jâti-dosha ou défauts naturels d'une certaine catégorie de nourriture, comme les oignons, l'ail, etc. ; (2) Nimitta-dosha ou défauts provenant de la présence d'impuretés extérieures, comme les insectes morts, la poussière, etc. qui se collent aux confiseries achetées dans les boutiques ; (3) Âshraya-dosha ou défauts qui proviennent de ce que la nourriture vient de sources mauvaises, comme lorsqu'elle a été touchée et manipulée par des personnes malfaisantes. Un soin particulier devrait être pris pour éviter les première et deuxième catégories de défauts. Mais dans ce pays, les hommes n'y prêtent aucune attention et se battent uniquement pour la troisième, celle-là même que seul un Yogi pourrait véritablement discerner ! Le pays, d'un bout à l'autre, est assommé par le cri « Ne touchez pas ! », « Ne touchez pas ! » du parti de l'intouchabilité. Dans leur cercle exclusif aussi, il n'y a aucune discrimination entre bons et mauvais hommes, car leur nourriture peut être prise des mains de quiconque porte un cordon autour du cou et se dit brahmane ! Shri Ramakrishna était tout à fait incapable de prendre de la nourriture de cette manière indiscriminée des mains de n'importe qui. Il arriva maintes fois qu'il n'acceptât pas de nourriture touchée par telle ou telle personne, et qu'à l'investigation rigoureuse, il s'avérât que ceux-ci avaient quelque tache particulière à cacher. Votre religion semble de nos jours se confiner à la marmite seule. Vous mettez de côté les vérités sublimes de la religion et vous battez, comme on dit, pour la peau du fruit et non pour le fruit lui-même !
Disciple : Voulez-vous dire, alors, que nous devrions manger la nourriture préparée par n'importe qui ?
Swamiji : Pourquoi donc ? Voyez ici. Vous étant brahmane d'une certaine classe, disons de la classe Bhattâcharya, pourquoi ne mangeriez-vous pas le riz cuisiné par les brahmanes de toutes les classes ? Pourquoi vous, qui appartenez à la section Rârhi, refuseriez-vous de prendre le riz cuisiné par un brahmane de la section Barendra, ou pourquoi un Barendra refuserait-il de prendre votre riz ? De même, pourquoi les autres sous-castes de l'ouest et du sud de l'Inde, par exemple les Marathi, Telangi, Kanouji, ne feraient-elles pas de même ? Ne voyez-vous pas que des centaines de brahmanes et de Kâyasthas du Bengale vont maintenant secrètement manger des mets délicats dans les restaurants publics, et quand ils en sortent, posent en chefs de la société et élaborent des règles pour soutenir l'intouchabilité ? Notre société doit-elle vraiment être guidée par des lois dictées par de tels hypocrites ? Non, dis-je. Au contraire, nous devons les chasser. Les lois établies par les grands Rishis d'autrefois doivent être ramenées et régner suprêmes une fois de plus. Alors seulement le bien-être national sera nôtre.
Disciple : Alors, les lois établies par les Rishis ne règlent-elles pas et ne guident-elles pas notre société actuelle ?
Swamiji : Vaine illusion ! Où cela est-il le cas de nos jours ? Nulle part je n'ai trouvé les lois des Rishis en vigueur en Inde, même quand, au cours de mes voyages, j'ai cherché soigneusement et minutieusement. Les coutumes aveugles et souvent dénuées de sens sanctionnées par les préjugés et les idées locales du peuple, et les usages et cérémonies prévalant parmi les femmes, voilà ce qui gouverne véritablement la société partout ! Combien se soucient de lire les Shâstras ou de guider la société selon leurs prescriptions après une étude attentive ?
Disciple : Que devons-nous faire, alors ?
Swamiji : Nous devons faire revivre les anciennes lois des Rishis. Nous devons initier le peuple tout entier aux codes de nos anciens Manu et Yâjnavalkya, avec quelques modifications ici et là pour les adapter aux circonstances changeantes du temps. Ne voyez-vous pas que nulle part en Inde les quatre castes originelles (Châturvarnya) ne se retrouvent ? Nous devons rediviser l'ensemble de la population hindoue, en la regroupant sous les quatre castes principales de brahmanes, Kshatriyas, Vaishyas et Shudras, comme autrefois. Les innombrables subdivisions modernes des brahmanes qui les fractionnent en autant de castes, pour ainsi dire, doivent être abolies et une seule caste brahmane doit être constituée en les unissant toutes. Chacune des trois castes restantes devra également être regroupée de manière similaire, comme c'était le cas aux temps védiques. Sans cela, la Mère Patrie sera-t-elle réellement servie par le simple fait que vous criez comme vous le faites de nos jours : « Nous ne vous toucherons pas ! Nous ne le reprendrons pas dans notre caste ! » ? Jamais, mon garçon !
Notes
——
English
XI
(Translated from Bengali)
India Wants not Lecturing but Work—The Crying Problem in India is Poverty—Young Sannyasins to be Trained Both as Secular And Spiritual Teachers and Workers for the Masses—Exhortations to Young Men to WORK for Others
(From the Diary of a disciple)
(The disciple in this and the following conversations is Sharat Chandra Chakravarty.)
Disciple: How is it, Swamiji, that you do not lecture in this country? You have stirred Europe and America with your lectures, but coming back here you have kept silence.
Swamiji: In this country, the ground should be prepared first; then if the seed is sown, the plant will come out best. The ground in the West, in Europe and America is very fertile and fit for sowing seeds. There they have reached the climax of Bhoga (enjoyment). Being satiated with Bhoga to the full, their minds are not getting peace now even in those enjoyments, and they feel as if they wanted something else. In this country you have neither Bhoga nor Yoga (renunciation). When one is satiated with Bhoga, then it is that one will listen to and understand the teachings on Yoga. What good will lectures do in a country like India which has become the birthplace of disease, sorrow, and affliction, and where men are emaciated through starvation, and weak in mind?
Disciple: How is that? Do you not say that ours is the land of religion and that here the people understand religion as they do nowhere else? Why then will not this country be animated by your inspiring eloquence and reap to the full the fruits thereof?
Swamiji: Now understand what religion means. The first thing required is the worship of the Kurma (tortoise) Incarnation, and the belly-god is this Kurma, as it were. Until you pacify this, no one will welcome your words about religion. India is restless with the thought of how to face this spectre of hunger. The draining of the best resources of the country by the foreigners, the unrestricted exports of merchandise, and, above all, the abominable jealousy natural to slaves are eating into the vitals of India. First of all, you must remove this evil of hunger and starvation, this constant anxiety for bare existence, from those to whom you want to preach religion; otherwise, lectures and such things will be of no benefit.
Disciple: What should we do then to remove that evil ?
Swamiji: First, some young men full of the spirit of renunciation are needed —those who will be ready to sacrifice their lives for others, instead of devoting themselves to their own happiness. With this object in view I shall establish a Math to train young Sannyâsins, who will go from door to door and make the people realise their pitiable condition by means of facts and reasoning, and instruct them in the ways and means for their welfare, and at the same time will explain to them as clearly as possible, in very simple and easy language, the higher truths of religion. The masses in our country are like the sleeping Leviathan. The education imparted by the present university system reaches one or two per cent of the masses only. And even those who get that do not succeed in their endeavours of doing any good to their country. But it is not their fault, poor fellows! As soon as they come out of their college, they find themselves fathers of several children! Somehow or other they manage to secure the position of a clerk, or at the most, a deputy magistrate. This is the finale of education! With the burden of a family on their backs, they find no time to do anything great or think anything high. They do not find means enough to fulfil their personal wants and interests; so what can be expected of them in the way of doing anything for others ?
Disciple: Is there then no way out for us?
Swamiji: Certainly there is. This is the land of Religion Eternal. The country has fallen, no doubt, but will as surely rise again, and that upheaval will astound the world. The lower the hollows the billows make, the higher and with greater force will they rise again.
Disciple: How will India rise again?
Swamiji: Do you not see? The dawn has already appeared in the eastern sky, and there is little delay in the sun's rising. You all set your shoulders to the wheel! What is there in making the world all in all, and thinking of "My Samsâra (family and property), my Samsâra"? Your duty at present is to go from one part of the country to another, from village to village, and make the people understand that mere sitting idly won't do any more. Make them understand their real condition and say, "O ye brothers, arise! Awake! How much longer would you remain asleep!" Go and advise them how to improve their own condition, and make them comprehend the sublime truths of the Shâstras (scriptures), by presenting them in a lucid and popular way. So long the Brahmins have monopolised religion; but since they cannot hold their ground against the strong tide of time, go and take steps so that one and all in the land may get that religion. Impress upon their minds that they have the same right to religion as the Brahmins. Initiate all, even down to the Chandâlas (people of the lowest castes), in these fiery Mantras. Also instruct them, in simple words, about the necessities of life, and in trade, commerce, agriculture, etc. If you cannot do this then lie upon your education and culture, and lie upon your studying the Vedas and Vedanta!
Disciple: But where is that strength in us? I should have felt myself blessed if I had a hundredth part of your powers, Swamiji.
Swamiji: How foolish! Power and things like that will come by themselves. Put yourself to work, and you will final such tremendous power coming to you that you will feel it hard to bear. Even the least work done for others awakens the power within; even thinking the least good of others gradually instils into the heart the strength of a lion. I lore you all ever so much, but I wish you all to die working for others—I should rather be glad to see you do that!
Disciple: What will become of those, then, who depend on me?
Swamiji: If you are ready to sacrifice your life for others, God will certainly provide some means for them. Have you not read in the Gita (VI. 40) the words of Shri Krishna, "न हि कल्याणकृत्कश्चित् दुर्गतिं तात गच्छति —Never does a doer of good, O my beloved, come to grief"?
Disciple: I see, sir.
Swamiji: The essential thing is renunciation. With out renunciation none can pour out his whole heart in working for others. The man of renunciation sees all with an equal eye and devotes himself to the service of all. Does not our Vedanta also teach us to see all with an equal eye? Why then do you cherish the idea that the wife and children are your own, more than others? At your very threshold, Nârâyana Himself in the form of a poor beggar is dying of starvation! Instead of giving him anything, would you only satisfy the appetites of your wife and children with delicacies? Why, that is beastly!
Disciple: To work for others requires a good deal of money at times, and where shall I get that?
Swamiji: Why not do as much as lies within your power? Even if you cannot give to others for want of money, surely you can at least breathe into their ears some good words or impart some good instruction, can't you? Or does that also require money?
Disciple: Yes, sir, that I can do.
Swamiji: But saying, "I can", won't do. Show me through action what you can do, and then only I shall know that your coming to me is turned to some good account. Get up, and put your shoulders to the wheel—how long is this life for? As you have come into this world, leave some mark behind. Otherwise, where is the difference between you and the trees and stones? They, too, come into existence, decay and die. If you like to be born and to die like them, you are at liberty to do so. Show me by your actions that your reading the Vedanta has been fruitful of the highest good. Go and tell all, "In every one of you lies that Eternal Power", and try to wake It up. What will you do with individual salvation? That is sheer selfishness. Throw aside your meditation, throw away your salvation and such things! Put your whole heart and soul in the work to which I have consecrated myself.
With bated breath the disciple heard these inspiring words, and Swamiji went on with his usual fire and eloquence.
Swamiji: First of all, make the soil ready, and thousands of Vivekanandas will in time be born into this world to deliver lectures on religion. You needn't worry yourself about that! Don't you see why I am starting orphanages, famine-relief works, etc.? Don't you see how Sister Nivedita, a British lady, has learnt to serve Indians so well, by doing even menial work for them? And can't you, being Indians, similarly serve your own fellow-countrymen? Go, all of you, wherever there is an outbreak of plague or famine, or wherever the people are in distress, and mitigate their sufferings. At the most you may die in the attempt—what of that? How many like you are being born and dying like worms every day? What difference does that make to the world at large? Die you must, but have a great ideal to die for, and it is better to die with a great ideal in life. Preach this ideal from door to door, and you will yourselves be benefited by it at the same time that you are doing good to your country. On you lie the future hopes of our country. I feel extreme pain to see you leading a life of inaction. Set yourselves to work—to work! Do not tarry—the time of death is approaching day by day! Do not sit idle, thinking that everything will be done in time, later on! Mind—nothing will be done that way!
XII
Reconciliation of Jnana and Bhakti—Sat-Chit-Ananda—How Sectarianism Originates—Bring in Shraddha and the Worship of Shakti and avataras—The Ideal of the Hero We Want Now, not the Madhura-Bhava—Shri Ramakrishna—Avataras
Disciple: Pray, Swamiji, how can Jnâna and Bhakti be reconciled? We see the followers of the path of devotion (Bhaktas) close their ears at the name of Shankara, and again, the followers of the path of knowledge (Jnanis) call the Bhaktas fanatics, seeing them weep in torrents, or sing and dance in ecstasy, in the name of the Lord.
Swamiji: The thing is, all this conflict is in the preliminary (preparatory) stages of Jnana and Bhakti. Have you not heard Shri Ramakrishna's story about Shiva's demons and Râma's monkeys?
Disciple: Yes, sir, I have.
Swamiji: But there is no difference between the supreme Bhakti and the supreme Jnana. The supreme Bhakti is to realise God as the form of Prema (love) itself. If you see the loving form of God manifest everywhere and in everything, how can you hate or injure others? That realisation of love can never come so long as there is the least desire in the heart, or what Shri Ramakrishna used to say, attachment for Kâma-Kânchana (sense-pleasure and wealth). In the perfect realisation of love, even the consciousness of one's own body does not exist. Also, the supreme Jnana is to realise the oneness everywhere, to see one's own self as the Self in everything. That too cannot come so long as there is the least consciousness of the ego (Aham).
Disciple: Then what you call love is the same as supreme knowledge?
Swamiji: Exactly so. Realisation of love comes to none unless one becomes a perfect Jnani. Does not the Vedanta say that Brahman is Sat-Chit-Ânanda— the absolute Existence-Knowledge-Bliss?
Disciple: Yes, sir.
Swamiji: The phrase Sat-Chit-Ananda means—Sat, i.e. existence, Chit, i.e. consciousness or knowledge, and Ananda, i.e. bliss which is the same as love. There is no controversy between the Bhakta and the Jnani regarding the Sat aspect of Brahman. Only, the Jnanis lay greater stress on His aspect of Chit or knowledge, while the Bhaktas keep the aspect of Ananda or love more in view. But no sooner is the essence of Chit realised than the essence of Ananda is also realised. Because what is Chit is verily the same as Ananda.
Disciple: Why then is so much sectarianism prevalent in India? And why is there so much controversy between the scriptures on Bhakti and Jnana?
Swamiji: The thing is, all this waging of war and controversy is concerning the preliminary ideals, i.e. those ideals which men take up to attain the real Jnana or real Bhakti. But which do you think is the higher—the end or the means? Surely, the means can never be higher than the end, because the means to realise the same end must be numerous, as they vary according to the temperament or mental capacities of individual followers. The counting of beads, meditation, worship, offering oblations in the sacred fire—all these and such other things are the limbs of religion; they are but means; and to attain to supreme devotion (Parâ-Bhakti) or to the highest realisation of Brahman is the pre-eminent end. If you look a little deeper, you will understand what they are fighting about. One says, "If you pray to God facing the East, then you will reach Him." "No," says another, "you will have to sit facing the West, and then only you will see Him." Perhaps someone realised God in meditation, ages ago, by sitting with his face to the East, and his disciples at once began to preach this attitude, asserting that none can ever see God unless he assumes this position. Another party comes forward and inquires, "How is that? Such and such a person realised God while facing the West, and we have seen this ourselves." In this way all these sects have originated. Someone might have attained supreme devotion by repeating the name of the Lord as Hari, and at once it entered into the composition of the Shâstra as:
हरेर्नाम हरेर्नाम हरेर्नामैव केवलम् । कलौ नास्त्येव नास्त्येव नास्त्येव गतिरन्यथा ॥
हरेर्नाम हरेर्नाम हरेर्नामैव केवलम् । कलौ नास्त्येव नास्त्येव नास्त्येव गतिरन्यथा ॥
—"The name of the Lord Hari, the name of the Lord Hari, the name of the Lord Hari alone. Verily, there is no other, no other, no other path than this in the age of Kali."
Someone, again, let us suppose, might have attained perfection with the name of Allah, and immediately another creed originated by him began to spread, and so on. But we have to see what is the end to which all these forms of worship and other religious practices are intended to lead. The end is Shraddhâ. We have not any synonym in our Bengali language to express the Sanskrit word Shraddha. The (Katha) Upanishad says that Shraddha entered into the heart of Nachiketâ. Even with the word Ekâgratâ (one-pointedness) we cannot express the whole significance of the word Shraddha. The word Ekâgranishthâ (one-pointed devotion) conveys, to a certain extent, the meaning of the word Shraddha. If you meditate on any truth with steadfast devotion and concentration, you will see that the mind is more and more tending onwards to Oneness, i.e. taking you towards the realisation of the absolute Existence-Knowledge-Bliss. The scriptures on Bhakti or Jnana give special advice to men to take up in life the one or the other of such Nishthas (scrupulous persistence) and make it their own. With the lapse of ages, these great truths become distorted and gradually transform themselves into Deshâchâras or the prevailing customs of a country. It has happened, not only in India, but in every nation and every society in the world. And the common people, lacking in discrimination, make these the bone of contention and fight among themselves. They have lost sight of the end, and hence sectarianism, quarrels, and fights continue.
Disciple: What then is the saving means, Swamiji?
Swamiji: That true Shraddha, as of old, has to be brought back again. The weeds have to be taken up by the roots. In every faith and in every path, there are, no doubt, truths which transcend time and space, but a good deal of rubbish has accumulated over them. This has to be cleared away, and the true eternal principles have to be held before the people; and then only, our religion and our country will be really benefited.
Disciple: How will that be effected?
Swamiji: Why, first of all, we have to introduce the worship of the great saints. Those great-souled ones who have realised the eternal truths are to be presented before the people as the ideas to be followed; as in the case of India—Shri Râmachandra, Shri Krishna, Mahâvira and Shri Ramakrishna, among others. Can you bring in the worship of Shri Ramachandra and Mahavira in this country? Keep aside for the present the Vrindâvan aspect of Shri Krishna, and spread far and wide the worship of Shri Krishna roaring the Gita out, with the voice of a Lion. And bring into daily use the worship of Shakti—the divine Mother, the source of all power.
Disciple: Is the divine play of Shri Krishna with the Gopis of Vrindavan not good, then?
Swamiji: Under the present circumstances, that worship is of no good to you. Playing on the flute and so on will not regenerate the country. We now mostly need the ideal of a hero with the tremendous spirit of Rajas thrilling through his veins from head to foot—the hero who will dare and die to know the Truth—the hero whose armour is renunciation, whose sword is wisdom. We want now the spirit of the brave warrior in the battlefield of life, and not of the wooing lover who looks upon life as a pleasure-garden!
Disciple: Is then the path of love, as depicted in the ideal of the Gopis, false?
Swamiji: Who says so? Not I! That is a very superior form of worship (Sâdhanâ). In this age of tremendous attachment to sense-pleasure and wealth, very few are able even to comprehend those higher ideals.
Disciple: Then are not those who are worshipping God as husband or lover (Madhura) following the proper path?
Swamiji: I dare say not. There may be a few honourable exceptions among them, but know, that the greater part of them are possessed of dark Tâmasika nature. Most of them are full of morbidity and affected with exceptional weakness. The country must be raised. The worship of Mahavira must be introduced; the Shakti-pujâ must form a part of our daily practice; Shri Ramachandra must be worshipped in every home. Therein lies your welfare, therein lies the good of the country—there is no other way.
Disciple: But I have heard that Bhagavan Shri Ramakrishna used to sing the name of God very much?
Swamiji: Quite so, but his was a different case. What comparison can there be between him and ordinary men? He practiced in his life all the different ideals of religion to show that each of them leads but to the One Truth. Shall you or I ever be able to do all that he has done? None of us has understood him fully. So, I do not venture to speak about him anywhere and everywhere. He only knows what he himself really was; his frame was a human one only, but everything else about him was entirely different from others.
Disciple: Do you, may I ask, believe him to be an Avatara (Incarnation of God)?
Swamiji: Tell me first—what do you mean by an Avatara?
Disciple: Why, I mean one like Shri Ramachandra, Shri Krishna, Shri Gauranga, Buddha, Jesus, and others.
Swamiji: I know Bhagavan Shri Ramakrishna to be even greater than those you have just named. What to speak of believing, which is a petty thing—I know! Let us, however, drop the subject now; more of it another time.
After a pause Swamiji continued: To re-establish the Dharma, there come Mahâpurushas (great teachers of humanity), suited to the needs of the times and society. Call them what you will—either Mahapurushas or Avataras—it matters little. They reveal, each in his life, the ideal. Then, by degrees, shapes are moulded in their matrices—MEN are made! Gradually, sects arise and spread As time goes on, these sects degenerate, and similar reformers come again. This has been the law flowing in uninterrupted succession, like a current, down the ages.
Disciple: Why do you not preach Shri Ramakrishna as an Avatara? You have, indeed, power, eloquence, and everything else needed to do it.
Swamiji: Truly, I tell you, I have understood him very little. He appears to me to have been so great that, whenever I have to speak anything of him, I am afraid lest I ignore or explain away the truth, lest my little power does not suffice, lest in trying to extol him I present his picture by painting him according to my lights and belittle him thereby!
Disciple: But many are now preaching him as an Avatara.
Swamiji: Let them do so if they like. They are doing it in the light in which they have understood him. You too can go and do the same, if you have understood him.
Disciple: I cannot even grasp you, what to say of Shri Ramakrishna! I should consider myself blessed in this life if I get a little of Your grace.
XIII
Brahman and Differentiation—Personal Realisation of Oneness—Supreme Bliss is the Goal of All—Think Always, I am Brahman—Discrimination and Renunciation are the Means—Be Fearless
Disciple: Pray, Swamiji, if the one Brahman is the only Reality, why then exists all this differentiation in the world?
Swamiji: Are you not considering this question from the point of view of phenomenal existence? Looking from the phenomenal side of existence, one can, through reasoning and discrimination, gradually arrive at the very root of Unity. But if you were firmly established in that Unity, how from that standpoint, tell me, could you see this differentiation?
Disciple: True, if I had existed in the Unity, how should I be able to raise this question of "why"? As I put this question, it is already taken for granted that I do so by seeing this diversity.
Swamiji: Very well. To enquire about the root of Oneness through the diversity of phenomenal existence is named by the Shâstras as Vyatireki reasoning, or the process of arguing by the indirect method, that is, Adhyâropa and Apavâda, first taking for granted something that is nonexistent or unreal as existing or real, and then showing through the course of reasoning that that is not a substance existing or real. You are talking of the process of arriving at the truth through assuming that which is not-true as true—are you not?
Disciple: To my mind, the state of the existing or the seen seems to be self-evident, and hence true, and that which is opposite to it seems, on the other hand, to be unreal.
Swamiji: But the Vedas say, "One only without a second". And if in reality there is the One only that exists—the Brahman—then, your differentiation is false. You believe in the Vedas, I suppose?
Disciple: Oh, yes, for me self I hold the Vedas as the highest authority; but if, in argument, one does not accept them to be so, one must, in that case, have to be refuted by other means.
Swamiji: That also can be done. Look here, a time comes when what you call differentiation vanishes, and we cannot perceive it at all. I have experienced that state in my own life.
Disciple: When have you done so?
Swamiji: One day in the temple-garden at Dakshineswar Shri Ramakrishna touched me over the heart, and first of all I began to see that the houses —rooms, doors, windows, verandahs—the trees, the sun, the moon—all were flying off, shattering to pieces as it were—reduced to atoms and molecules —and ultimately became merged in the Âkâsha. Gradually again, the Akasha also vanished, and after that, my consciousness of the ego with it; what happened next I do not recollect. I was at first frightened. Coming back from that state, again I began to see the houses, doors, windows, verandahs, and other things. On another occasion, I had exactly the same realisation by the side of a lake in America.
Disciple: Might not this state as well be brought about by a derangement of the brain? And I do not understand what happiness there can be in realising such a state.
Swamiji: A derangement of the brain! How can you call it so, when it comes neither as the result of delirium from any disease, nor of intoxication from drinking, nor as an illusion produced by various sorts of queer breathing exercises—but when it comes to a normal man in full possession of his health and wits? Then again, this experience is in perfect harmony with the Vedas. It also coincides with the words of realisation of the inspired Rishis and Âchâryas of old. Do you take me, at last, to be a crack-brained man? (smiling).
Disciple: Oh, no, I did not mean that of course. When there are to be found hundreds of illustrations about such realisation of Oneness in the Shastras, and when you say that it can be as directly realised as a fruit in the palm of one's hand, and when it has been your own personal experience in life, perfectly coinciding with the words of the Vedas and other Shastras—how dare I say that it is false? Shri Shankaracharya also realising that state has said, "Where is the universe vanished? " and so on.
Swamiji: Know—this knowledge of Oneness is what the Shastras speak of as realisation of the Brahman, by knowing which, one gets rid of fear, and the shackles of birth and death break for ever. Having once realised that Supreme Bliss, one is no more overwhelmed by pleasure and pain of this world. Men being fettered by base lust-and-wealth cannot enjoy that Bliss of Brahman.
Disciple: If it is so, and if we are really of the essence of the Supreme Brahman, then why do we not exert ourselves to gain that Bliss? Why do we again and again run into the jaws of death, being decoyed by this worthless snare of lust-and-wealth?
Swamiji: You speak as if man does not desire to have that Bliss! Ponder over it, and you will see that whatever anyone is doing, he is doing in the hope of gaining that Supreme Bliss. Only, not everyone is conscious of it and so cannot understand it. That Supreme Bliss fully exists in all, from Brahmâ down to the blade of grass. You are also that undivided Brahman. This very moment you can realise if you think yourself truly and absolutely to be so. It is all mere want of direct perception. That you have taken service and work so hard for the sake of your wife also shows that the aim is ultimately to attain to that Supreme Bliss of Brahman. Being again and again entangled in the intricate maze of delusion and hard hit by sorrows and afflictions, the eye will turn of itself to one's own real nature, the Inner Self. It is owing to the presence of this desire for bliss in the heart, that man, getting hard shocks one after another, turns his eye inwards—to his own Self. A time is sure to come to everyone, without exception, when he will do so to one it may be in this life, to another, after thousands of incarnations.
Disciple: It all depends upon the blessings of the Guru and the grace of the Lord!
Swamiji: The wind of grace of the Lord is blowing on, for ever and ever. You just need to spread your sail. Whenever you do anything, do it with your whole heart concentrated on it. Think day and night, "I am of the essence of that Supreme Existence-Knowledge-Bliss—what fear and anxiety have I? This body, mind, and intellect are all transient, and That which is beyond these is myself."
Disciple: Thoughts like these come only for a while now and then, but quickly vanish, and I think all sorts of trash and nonsense.
Swamiji: It happens like that in the initial stage, but gradually it is overcome. But from the beginning, intensity of desire in the mind is needed. Think always, "I am ever-pure, ever-knowing, and ever-free; how can I do anything evil? Can I ever be befooled like ordinary men with the insignificant charms of lust and wealth?" Strengthen the mind with such thoughts. This will surely bring real good.
Disciple: Once in a while strength of mind comes. But then again I think that if I would appear at the Deputy Magistrateship Examination, wealth and name and fame would come and I should live well and happy
Swamiji: Whenever such thoughts come in the mind, discriminate within yourself between the real and the unreal. Have you not read the Vedanta? Even when you sleep, keep the sword of discrimination at the head of your bed, so that covetousness cannot approach you even in dream. Practising such strength, renunciation will gradually come, and then you will see—the portals of heaven are wide open to you.
Disciple: If it is so, Swamiji, how is it then that the texts on Bhakti say that too much of renunciation kills the feelings that make for tenderness?
Swamiji: Throw away, I say, texts which teach things like that! Without renunciation, without burning dispassion for sense-objects, without turning away from wealth and lust as from filthy abomination— "न सिध्यति ब्रह्मशतान्तरेऽपि—never can one attain salvation even in hundreds of Brahma's cycles". Repeating the names of the Lord, meditation, worship, offering libations in sacred fire, penance—all these are for bringing forth renunciation. One who has not gained renunciation, know his efforts to be like unto those of the man who is pulling at the oars all the while that the boat is at anchor. "न प्रजया धनेन त्यागेनैके अमृतत्वमानशुः—neither by progeny nor by wealth, but by renunciation alone some (rare ones) attained immortality" (Kaivalya Upanishad, 3).
Disciple: Will mere renouncing of wealth and lust accomplish everything?
Swamiji: There are other hindrances on the path even after renouncing those two; then, for example, comes name and fame. Very few men, unless of exceptional strength, can keep their balance under that. People shower honours upon them, and various enjoyments creep in by degrees. It is owing to this that three-fourths of the Tyâgis are debarred from further progress! For establishing this Math and other things, who knows but that I may have to come back again!
Disciple: If you say things like that, then we are undone!
Swamiji: What fear? "अभीरभीरभीः—Be fearless, be fearless, be fearless!" You have seen Nâg Mahâshaya how even while living the life of a householder, he is more than a Sannyâsin! This is very uncommon; I have rarely seen one like him. If anyone wants to be a householder, let him be like Nag Mahashaya. He shines like a brilliant luminary in the spiritual firmament of East Bengal. Ask the people of that part of the country to visit him often; that will do much good to them.
Disciple: Nag Mahashaya, it seems, is the living personification of humility in the play of Shri Ramakrishna's divine drama on earth.
Swamiji: Decidedly so, without a shadow of doubt! I have a wish to go and see him once. Will you go with, me? I love to see fields flooded over with water in the rains. Will you write to him?
Disciple: Certainly I will. He is always mad with joy when he hears about you, and says that East Bengal will be sanctified into a place of pilgrimage by the dust of your feet.
Swamiji: Do you know, Shri Ramakrishna used to speak of Nag Mahashaya as a "flaming fire"?
Disciple: Yes, so I have heard.
At the request of Swamiji, the disciple partook of some Prasâda (consecrated food), and left for Calcutta late in the evening; he was deeply thinking over the message of fearlessness that he had heard from the lips of the inspired teacher—"I am free!" "I am free!"
XIV
Renunciation of Kama-kanchana—God's Mercy Falls on Those Who Struggle for Realisation—Unconditional Mercy and Brahman Are One
Disciple: Shri Ramakrishna used to say, Swamiji, that a man cannot progress far towards religious realisation unless he first relinquishes Kâma-Kânchana (lust and greed). If so, what will become of householders? For their whole minds are set on these two things.
Swamiji: It is true that the mind can never turn to God until the desire for lust and wealth has gone from it, be the man a householder or a Sannyâsin. Know this for a fact, that as long as the mind is caught in these, so long true devotion, firmness, and Shraddhâ (faith) can never come.
Disciple: Where will the householders be, then? What way are they to follow?
Swamiji: To satisfy our smaller desires and have done with them for ever, and to relinquish the greater ones by discrimination—that is the way. Without renunciation God can never be realised—यदि ब्रह्मा स्वयं वदेत्—even if Brahmâ himself enjoined otherwise!
Disciple: But does renunciation of everything come as soon as one becomes a monk?
Swamiji: Sannyasins are at least struggling to make themselves ready for renunciation, whereas householders are in this matter like boatmen who work at their oars while the boat lies at anchor. Is the desire for enjoyment ever appeased? "भूय एवाभिवर्धते—It increases ever and ever" (Bhâgavata, IX. xix. 14).
Disciple: Why? May not world-weariness come, after enjoying the objects of the senses over and over for a long time?
Swamiji: To how many does that come? The mind becomes tarnished by constant contact with the objects of the senses and receives a permanent moulding and impress from them. Renunciation, and renunciation alone, is the real secret, the Mulamantra, of all Realisation.
Disciple: But there are such injunctions of the seers in the scriptures as these: "गृहेषु पञ्चेन्द्रियनिग्रहस्तपः—To restrain the five senses while living with one's wife and children is Tapas." "निवृत्तरागस्य गृहं तपोवनम्—For him whose desires are under control, living in the midst of his family is the same as retiring into a forest for Tapasya."
Swamiji: Blessed indeed are those who can renounce Kama-Kanchana, living in their homes with their family! But how many can do that?
Disciple: But then, what about the Sannyasins? Are they all able to relinquish lust and love for riches fully?
Swamiji: As I said just now, Sannyasins are on the path of renunciation, they have taken the field, at least, to fight for the goal; but householders, on the other hand, having no knowledge as yet of the danger that comes through lust and greed, do not even attempt to realise the Self; that they must struggle to get rid of these is an idea that has not yet entered their minds.
Disciple: But many of them are struggling for it.
Swamiji: Oh, yes, and those who are doing so will surely renounce by degrees; their inordinate attachment for Kama-Kanchana will diminish gradually. But for those who procrastinate, saying, "Oh, not so soon! I shall do it when the time comes", Self-realisation is very far off. "Let me realise the Truth this moment! In this very life!"—these are the words of a hero. Such heroes are ever ready to renounce the very next moment, and to such the scripture (Jâbâla Upanishad, 3.) says, "यदहरेव विरजेत् तदहरेव प्रव्रजेत— The moment you feel disgust for the vanities of the world, leave it all and take to the life of a monk."
Disciple: But was not Shri Ramakrishna wont to say, "All these attachments vanish through the grace of God when one prays to Him?"
Swamiji: Yes, it is so, no doubt, through His mercy, but one needs to be pure first before one can receive this mercy—pure in thought, word, and deed; then it is that His grace descends on one.
Disciple: But of what necessity is grace to him who can control himself in thought, word, and deed? For then he would be able to develop himself in the path of spirituality by means of his own exertions!
Swamiji: The Lord is very merciful to him whom He sees struggling heart and soul for Realisation. But remain idle, without any struggle, and you will see that His grace will never come.
Disciple: Everyone longs to be good, yet the mind for some inscrutable reasons, turns to evil! Does not everyone wish to be good—to be perfect —to realise God?
Swamiji: Know them to be already struggling who desire this. God bestows His mercy when this struggle is maintained.
Disciple: In the history of the Incarnations, we find many persons who, we should say, had led very dissipated lives and yet were able to realise God without much trouble and without performing any Sâdhanâ or devotion. How is this accounted for?
Swamiji: Yes, but a great restlessness must already have come upon them; long enjoyment of the objects of the senses must already have created in them deep disgust. Want of peace must have been consuming their very hearts. So deeply they had already felt this void in their hearts that life even for a moment had seemed unbearable to them unless they could gain that peace which follows in the train of the Lord's mercy. So God was kind to them. This development took place in them direct from Tamas to Sattva.
Disciple: Then, whatever was the path, they may be said to have realised God truly in that way?
Swamiji: Yes, why not? But is it not better to enter into a mansion by the main entrance than by its doorway of dishonour?
Disciple: No doubt that is true. Yet, the point is established that through mercy alone one can realise God.
Swamiji: Oh, yes, that one can, but few indeed are there who do so!
Disciple: It appears to me that those who seek to realise God by restraining their senses and renouncing lust and wealth hold to the (free-will) theory of self-exertion and self-help; and that those who take the name of the Lord and depend on Him are made free by the Lord Himself of all worldly attachments, and led by Him to the supreme stage of realisation.
Swamiji: True, those are the two different standpoints, the former held by the Jnânis, and the latter by the Bhaktas. But the ideal of renunciation is the keynote of both.
Disciple: No doubt about that! But Shri Girish Chandra Ghosh once said to me that there could be no condition in God's mercy; there could be no law for it! If there were, then it could no longer be termed mercy. The realm of grace or mercy must transcend all law.
Swamiji: But there must be some higher law at work in the sphere alluded to by G. C. of which we are ignorant. Those are words, indeed, for the last stage of development, which alone is beyond time, space, and causation. But, when we get there, who will be merciful, and to whom, where there is no law of causation? There the worshipper and the worshipped, the meditator and the object of meditation, the knower and the known, all become one—call that Grace or Brahman, if you will. It is all one uniform homogeneous entity!
Disciple: Hearing these words from you, Swamiji, I have come to understand the essence of all philosophy and religion (Vedas and Vedanta); it seems as if I had hitherto been living in the midst of high-sounding words without any meaning.
XV
Doctrine of Ahimsa and Meat-Eating—Sattva, Rajas, Tamas in Man—Food And Spirituality—'Âhâra'—Three Defects in Food—Don't-Touchism and Caste-Prejudices—Restoring the Old Chaturvarnya and the Laws of the Rishis
Disciple: Pray, Swamiji, do tell me if there is any relation between the discrimination of food taken and the development of spirituality in man.
Swamiji: Yes, there is, more or less.
Disciple: Is it proper or necessary to take fish and meat?
Swamiji: Ay, take them, my boy! And if there be any harm in doing so, I will take care of that. Look at the masses of our country! What a look of sadness on their faces and want of courage and enthusiasm in their hearts, with large stomachs and no strength in their hands and feet—a set of cowards frightened at every trifle!
Disciple: Does the taking of fish and meat give strength? Why do Buddhism and Vaishnavism preach "अहिंसा परमो धर्मः—Non-killing is the highest virtue"?
Swamiji: Buddhism and Vaishnavism are not two different things. During the decline of Buddhism in India, Hinduism took from her a few cardinal tenets of conduct and made them her own, and these have now come to be known as Vaishnavism. The Buddhist tenet, "Non-killing is supreme virtue", is very good, but in trying to enforce it upon all by legislation without paying any heed to the capacities of the people at large, Buddhism has brought ruin upon India. I have come across many a "religious heron" in India, who fed ants with sugar, and at the same time would not hesitate to bring ruin on his own brother for the sake of "filthy lucre"!
Disciple: But in the Vedas as well as in the laws of Manu, there are injunctions to take fish and meat.
Swamiji: Ay, and injunctions to abstain from killing as well. For the Vedas enjoin, "मा हिंस्यात् सर्वभूतानि—Cause no injury to any being"; Manu also says, "निवृत्तिस्तु महाफला—Cessation of desire brings great results." Killing and non-killing have both been enjoined, according to the individual capacity, or fitness and adaptability on those who will observe the one practice or the other.
Disciple: It is the fashion here nowadays to give up fish and meat as soon as one takes to religion, and to many it is more sinful not to do so than to commit such great sins as adultery. How, do you think, such notions came into existence?
Swamiji: What's the use of your knowing how they came, when you see clearly, do you not, that such notions are working ruin to our country and our society? Just see—the people of East Bengal eat much fish, meat, and turtle, and they are much healthier than those of this part of Bengal. Even the rich men of East Bengal have not yet taken to Loochis or Châpâtis at night, and they do not suffer from acidity and dyspepsia like us. I have heard that in the villages of East Bengal the people have not the slightest idea of what dyspepsia means!
Disciple: Quite so, Swamiji. We never complain of dyspepsia in our part of the country. I first heard of it after coming to these parts. We take fish with rice, mornings and evenings.
Swamiji: Yes, take as much of that as you can, without fearing criticism. The country has been flooded with dyspeptic Bâbâjis living on vegetables only. That is no sign of Sattva, but of deep Tamas—the shadow of death. Brightness in the face, undaunted enthusiasm in the heart, and tremendous activity—these result from Sattva; whereas idleness, lethargy, inordinate attachment, and sleep are the signs of Tamas.
Disciple: But do not fish and meat increase Rajas in man?
Swamiji: That is what I want you to have. Rajas is badly needed just now! More than ninety per cent of those whom you now take to be men with the Sattva, quality are only steeped in the deepest Tamas. Enough, if you find one-sixteenth of them to be really Sâttvika! What we want now is an immense awakening of Râjasika energy, for the whole country is wrapped in the shroud of Tamas. The people of this land must be fed and clothed—must be awakened —must be made more fully active. Otherwise they will become inert, as inert as trees and stones. So, I say, eat large quantities of fish and meat, my boy!
Disciple: Does a liking for fish and meat remain when one has fully developed the Sattva quality?
Swamiji: No, it does not. All liking for fish and meat disappears when pure Sattva is highly developed, and these are the signs of its manifestation in a soul: sacrifice of everything for others, perfect non-attachment to lust and wealth, want of pride and egotism. The desire for animal food goes when these things are seen in a man. And where such indications are absent, and yet you find men sidings with the non-killing party, know it for a certainty that herein, there is either hypocrisy or a show of religion. When you yourself come to that stage of pure Sattva, give up fish and meat, by all means.
Disciple: In the Chhândogya Upanishad (VII. xxvi. 2) there is this passage, "आहारशुद्धौ सत्त्वशुद्धिः—Through pure food the Sattva quality in a man becomes pure."
Swamiji: Yes, I know. Shankarâchârya has said that the word Âhâra there means "objects of the senses", whereas Shri Râmânuja has taken the meaning of Ahara to be "food". In my opinion we should take that meaning of the word which reconciles both these points of view. Are we to pass our lives discussing all the time about the purity and impurity of food only, or are we to practice the restraining of our senses? Surely, the restraining of the senses is the main object; and the discrimination of good and bad, pure and impure foods, only helps one, to a certain extent, in gaining that end. There are, according to our scriptures, three things which make food impure: (1) Jâti-dosha or natural defects of a certain class of food, like onions, garlic, etc.; (2) Nimitta-dosha or defects arising from the presence of external impurities in it, such as dead insects, dust, etc. that attach to sweetmeats bought from shops; (3) Âshraya-dosha or defects that arise by the food coming from evil sources, as when it has been touched and handled by wicked persons. Special care should be taken to avoid the first and second classes of defects. But in this country men pay no regard just to these two, and go on fighting for the third alone, the very one that none but a Yogi could really discriminate! The country from end to end is being bored to extinction by the cry, "Don't touch", "Don't touch", of the non-touchism party. In that exclusive circle of theirs, too, there is no discrimination of good and bad men, for their food may be taken from the hands of anyone who wears a thread round his neck and calls himself a Brâhmin! Shri Ramakrishna was quite unable to take food in this indiscriminate way from the hands of any and all. It happened many a time that he would not accept food touched by a certain person or persons, and on rigorous investigation it would turn out that these had some particular stain to hide. Your religion seems nowadays to be confined to the cooking-pot alone. You put on one side the sublime truths of religion and fight, as they say, for the skin of the fruit and not for the fruit itself!
Disciple: Do you mean, then, that we should eat the food handled by anyone and everyone?
Swamiji: Why so? Look here. You being Brahmin of a certain class, say, of the Bhattâcharya class, why should you not eat rice cooked by Brahmins of all classes? Why should you, who belong to the Rârhi section, object to taking rice cooked by a Brahmin of the Barendra section, or why should a Barendra object to taking your rice? Again, why should not the other subcastes in the west and south of India, e.g. the Marathi, Telangi, Kanouji, do the same? Do you not see that hundreds of Brahmins and Kâyasthas in Bengal now go secretly to eat dainties in public restaurants, and when they come out of those places pose as leaders of society and frame rules to support don't-touchism. Must our society really be guided by laws dictated by such hypocrites? No, I say. On the contrary we must turn them out. The laws laid down by the great Rishis of old must be brought back and be made to rule supreme once more. Then alone can national well-being be ours.
Disciple: Then, do not the laws laid down by the Rishis rule and guide our present society?
Swamiji: Vain delusion! Where indeed is that the case nowadays? Nowhere have I found the laws of the Rishis current in India, even when during my travels I searched carefully and thoroughly. The blind and not unoften meaningless customs sanctioned by the peoples local prejudices and ideas, and the usages and ceremonials prevalent amongst women, are what really govern society everywhere! How many care to read the Shâstras or to lead society according to their ordinances after careful study?
Disciple: What are we to do, then?
Swamiji: We must revive the old laws of the Rishis. We must initiate the whole people into the codes of our old Manu and Yâjnavalkya, with a few modifications here and there to adjust them to the changed circumstances of the time. Do you not see that nowhere in India now are the original four castes (Châturvarnya) to be found? We have to redivide the whole Hindu population, grouping it under the four main castes, of Brahmins, Kshatriyas, Vaishyas, and Shudras, as of old. The numberless modern subdivisions of the Brahmins that split them up into so many castes, as it were, have to be abolished and a single Brahmin caste to be made by uniting them all. Each of the three remaining castes also will have to be brought similarly into single groups, as was the case in Vedic times. Without this will the Motherland be really benefited by your simply crying as you do nowadays, "We won't touch you!; We won't take him back into our caste!"? Never, my boy!
Notes
——
Texte issu de Wikisource, domaine public. Publication originale par Advaita Ashrama.