VI - X Shri Priya Nath Sinha
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Français
VI
Réminiscences — Le problème des famines en Inde et les travailleurs dévoués — Orient et Occident — Est-ce le Sattva ou le Tamas — Une nation de mendiants — La politique du « donnant-donnant » — Dire ses défauts à un homme directement mais louer ses vertus devant les autres — Tout le monde peut devenir un Vivekananda — Le brahmacharya (la continence spirituelle) ininterrompu est le secret de la puissance — Samadhi (l'absorption contemplative) et travail
[Shri Priya Nath Sinha]
Notre maison était très proche de celle de Swamiji, et comme nous étions des garçons du même quartier de la ville, je jouais souvent avec lui. Depuis mon enfance, j'éprouvais une attirance particulière pour lui, et j'avais la conviction sincère qu'il deviendrait un grand homme. Quand il devint sannyasin (renonçant), nous pensâmes que la promesse d'une carrière brillante pour un tel homme était désormais vaine.
Par la suite, quand il se rendit en Amérique, je lus dans les journaux les comptes rendus de ses conférences au Parlement des Religions de Chicago et d'autres discours prononcés en divers lieux d'Amérique, et je pensai que le feu ne peut jamais rester caché sous un drap ; le feu qui était en Swamiji avait maintenant éclaté en une flamme ; le bourgeon, après tant d'années, avait fleuri.
Au bout d'un certain temps, j'appris qu'il était revenu en Inde et qu'il avait prononcé des conférences enflammées à Madras. Je les lus et m'émerveillai que de si sublimes vérités existassent dans la religion hindoue et qu'elles pussent être expliquées si clairement. Quelle puissance extraordinaire il possédait ! Était-il un homme ou un dieu ?
Un grand enthousiasme régna quand Swamiji vint à Calcutta, et nous le suivîmes jusqu'à la maison-jardin des Sil, sur le Gange, à Cossipore. Quelques jours plus tard, à la résidence du Raja Radhakanta Dev, le « garçon de Calcutta » prononça un discours inspirant devant une immense assemblée en réponse à une adresse de bienvenue, et Calcutta l'entendit pour la première fois et fut perdue d'admiration. Mais ce sont là des faits connus de tous.
Après son arrivée à Calcutta, j'étais très impatient de le voir seul et de pouvoir converser librement avec lui comme dans notre enfance. Mais il y avait toujours autour de lui un rassemblement d'enquêteurs avides, et les conversations se poursuivaient sans interruption ; aussi ne trouvai-je pas d'occasion pendant quelque temps, jusqu'au jour où nous sortîmes nous promener dans le jardin du côté du Gange. Il se mit aussitôt à me parler, comme autrefois, à moi, le compagnon de jeux de son enfance. À peine quelques mots avaient-ils été échangés entre nous que des appels répétés nous parvinrent, l'informant que de nombreux messieurs étaient venus le voir. Il devint enfin un peu impatient et dit au messager : « Accorde-moi un peu de répit, mon fils ; laisse-moi échanger quelques mots avec ce compagnon de mon enfance ; laisse-moi rester un moment au grand air. Va souhaiter la bienvenue à ceux qui sont venus, prie-les de s'asseoir, offre-leur du tabac, et demande-leur de patienter un peu. »
Quand nous fûmes de nouveau seuls, je lui demandai : « Eh bien, Swamiji, vous êtes un Sâdhu (saint homme). De l'argent a été recueilli par souscription pour votre réception ici, et je pensais, vu la famine dans ce pays, que vous auriez télégraphié avant votre arrivée à Calcutta pour dire : « Ne dépensez pas un seul pice pour ma réception, contribuez plutôt la somme entière au fonds de secours contre la famine » ; mais je constatai que vous n'aviez rien fait de tel. Comment cela se fait-il ? »
Swamiji : C'est que je souhaitais plutôt qu'un grand enthousiasme fût suscité. Ne voyez-vous pas que, sans quelque chose de semblable, comment le peuple serait-il attiré vers Shri Ramakrishna et enflammé en son nom ? Cette ovation m'était-elle adressée personnellement, ou n'est-ce pas son nom qui a été glorifié par cela ? Voyez combien de soif a été créée dans l'esprit des hommes pour le connaître ! Maintenant ils viendront le connaître progressivement, et cela ne sera-t-il pas propice au bien du pays ? Si le peuple ne connaît pas celui qui est venu pour le bien-être du pays, comment le bien peut-il leur advenir ? Quand ils sauront ce qu'il était vraiment, alors des hommes — de vrais hommes — seront formés ; et quand il y aura de tels hommes, combien de temps faudra-t-il pour chasser les famines et autres fléaux de cette terre ? Voilà pourquoi je dis que j'ai plutôt souhaité qu'il y eût quelque animation et agitation à Calcutta, afin que le public fût enclin à croire en la mission de Shri Ramakrishna ; autrement, à quoi bon tant de tapage pour moi ? Que m'importe ? Suis-je devenu plus grand maintenant que lorsque je jouais avec vous dans votre maison ? Je suis le même maintenant qu'autrefois. Dites-moi, trouvez-vous un changement en moi ?
Bien que j'aie répondu : « Non, je ne trouve pas de changement notable à signaler », pourtant dans mon esprit je pensais : « Vous êtes maintenant, en vérité, devenu un dieu. »
Swamiji poursuivit : « La famine est devenue une constante dans notre pays, et c'est désormais, pour ainsi dire, une sorte de fléau qui pèse sur nous. Trouve-t-on dans un autre pays de si fréquents ravages causés par la famine ? Non, car il y a des hommes dans les autres pays, tandis que chez nous, les hommes sont devenus semblables à la matière morte, tout à fait inertes. Que le peuple apprenne d'abord à renoncer à sa nature égoïste en étudiant Shri Ramakrishna, en le connaissant tel qu'il était vraiment, et alors jailliront de lui de véritables efforts pour mettre fin aux famines sans cesse récurrentes. Petit à petit, je ferai aussi des efforts dans cette direction ; vous verrez. »
Moi-même : Ce sera une bonne chose. Alors vous allez prononcer de nombreuses conférences ici, je présume ; autrement, comment son nom sera-t-il prêché ?
Swamiji : Quelle absurdité ! Rien de la sorte !
Tout ce par quoi son nom peut être connu n'a-t-il pas déjà été accompli ? Assez a été fait en ce sens. Les conférences ne serviront à rien dans ce pays. Nos compatriotes instruits les écouteraient et, au mieux, applaudiraient en criant « Bravo ! » ; c'est tout. Puis ils rentreraient chez eux et digéreraient, comme on dit, tout ce qu'ils ont entendu, avec leur repas ! À quoi bon marteler un morceau de fer vieux et rouillé ? Il ne fera que s'émietter. Il faut d'abord le chauffer au rouge, et alors on peut le modeler en n'importe quelle forme en le martelant. Rien ne servira dans notre pays sans que l'on présente au peuple un exemple vivant et ardent. Ce qu'il nous faut, ce sont quelques jeunes hommes qui renonceront à tout et sacrifieront leur vie pour la cause de leur pays. Nous devons d'abord former leurs vies, et alors on pourra s'attendre à un vrai travail.
Moi-même : Eh bien, Swamiji, cela m'a toujours intrigué que, tandis que les hommes de notre pays, incapables de comprendre leur propre religion, embrassaient des religions étrangères, telles que le christianisme, le mahométisme, etc., vous, au lieu de faire quoi que ce soit pour eux, êtes allé en Angleterre et en Amérique prêcher l'hindouisme.
Swamiji : Ne voyez-vous pas que les circonstances ont changé maintenant ? Les hommes de notre pays ont-ils encore la force d'adopter et de pratiquer la vraie religion ? Ce qu'ils possèdent n'est que l'orgueil d'être très sâttviques. Il fut un temps où ils étaient sâttviques, sans doute, mais à présent ils sont tombés très bas. La chute depuis le Sattva précipite droit dans le Tamas (l'inertie ténébreuse) ! C'est ce qui leur est arrivé. Pensez-vous qu'un homme qui ne fait aucun effort, qui se contente de prendre le nom de Hari en s'enfermant dans une chambre, qui reste tranquille et indifférent même en voyant une énorme quantité d'injustices et de violences commises envers autrui sous ses propres yeux, possède la qualité du Sattva ? Pas du tout, il n'est qu'enveloppé de sombre Tamas. Comment le peuple d'un pays peut-il pratiquer la religion quand il n'obtient même pas assez de nourriture pour apaiser sa faim ? Comment le renoncement peut-il advenir au peuple d'un pays dans l'esprit duquel les désirs de Bhoga (la jouissance) n'ont pas été le moindrement satisfaits ? Pour cette raison, trouvez d'abord les voies et les moyens par lesquels les hommes puissent manger à leur faim et avoir assez de luxe pour leur permettre de jouir un peu de la vie ; et alors progressivement, le vrai Vairâgya (le détachement) viendra, et ils seront aptes et prêts à réaliser la religion dans la vie. Le peuple d'Angleterre et d'Amérique, comme il est plein de Rajas (l'énergie dynamique) ! Il est rassasié de toutes sortes de jouissances mondaines. De plus, le christianisme, étant une religion de foi et de superstition, occupe le même rang que notre religion des Purânas. Avec la diffusion de l'éducation et de la culture, le peuple de l'Occident ne peut plus trouver la paix en cela. Sa condition actuelle est telle qu'un seul élan le fera atteindre le Sattva. De plus, de nos jours, accepteriez-vous les paroles d'un sannyasin vêtu de haillons au même degré que celles d'un visage blanc (un Occidental) qui viendrait vous parler de votre propre religion ?
Moi-même : Tout à fait, Swamiji ! M. N. N. Ghosh dit exactement la même chose.
Swamiji : Oui, quand mes disciples occidentaux, après avoir acquis la formation et l'illumination appropriées, viendront ici en nombre et vous demanderont : « Que faites-vous tous ? Pourquoi avez-vous si peu de foi ? En quoi vos rites et votre religion, vos manières, vos coutumes et votre morale sont-ils en quoi que ce soit inférieurs ? Nous considérons même votre religion comme la plus élevée ! » — alors vous verrez que beaucoup de nos personnages importants et influents les écouteront. Ainsi ils pourront faire un bien immense à ce pays. Ne pensez pas un instant qu'ils viendront occuper la position de maîtres de religion pour vous. Ils seront, sans aucun doute, vos guru (maîtres spirituels) en ce qui concerne les sciences pratiques, etc., pour l'amélioration des conditions matérielles, et le peuple de notre pays sera leur guru en tout ce qui touche à la religion. Cette relation de guru et de disciple dans le domaine de la religion existera à jamais entre l'Inde et le reste du monde.
Moi-même : Comment cela est-il possible, Swamiji ? Étant donné le sentiment de haine avec lequel ils nous regardent, il ne semble pas probable qu'ils feront jamais du bien pour nous, par un motif purement désintéressé.
Swamiji : Ils trouvent bien des raisons de nous haïr, et ils peuvent ainsi se justifier de le faire. En premier lieu, nous sommes un peuple conquis, et de plus il n'existe nulle part au monde une telle nation de mendiants que la nôtre ! Les masses qui composent les castes les plus basses, à travers des siècles de tyrannie constante de la part des castes supérieures et parce qu'elles ont été traitées par celles-ci à coups de poings et de pieds à chaque pas, ont totalement perdu leur virilité et sont devenues comme des mendiants professionnels ; et ceux qui sont d'un échelon plus élevé que ceux-là, ayant lu quelques pages d'anglais, font antichambre au seuil des bureaux publics avec des pétitions à la main. Quand un poste de vingt ou trente roupies se libère, cinq cents licenciés et docteurs postuleront ! Et, mon Dieu, comme ces pétitions sont curieusement rédigées ! « Je n'ai rien à manger chez moi, monsieur, ma femme et mes enfants meurent de faim ; je vous implore très humblement, monsieur, de me donner quelque moyen de subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille, ou nous mourrons de faim ! » Même quand ils entrent en service, ils jettent tout amour-propre aux vents, et la servitude sous sa pire forme est ce qu'ils pratiquent. Telle est donc la condition des masses. Les hommes hautement instruits et éminents parmi vous forment des sociétés et clament au sommet de leur voix : « Hélas, l'Inde va à la ruine, jour après jour ! Ô dirigeants anglais, admettez nos compatriotes aux plus hautes fonctions de l'État, délivrez-nous des famines ! » et ainsi de suite, déchirant l'air, jour et nuit, avec l'éternel cri de « Donnez ! » et « Donnez ! » Le fardeau de tout leur discours est : « Donnez-nous, donnez-nous davantage, ô Anglais ! » Mon Dieu ! que vous donneront-ils de plus ? Ils ont donné les chemins de fer, les télégraphes, une administration bien ordonnée au pays — ils ont presque entièrement supprimé les brigands, ils ont donné l'éducation scientifique — que donneront-ils de plus ? Qui donne quoi que ce soit aux autres avec un parfait désintéressement ? Eh bien, ils vous ont tant donné ; permettez-moi de demander, que leur avez-vous donné en retour ?
Moi-même : Qu'avons-nous à donner, Swamiji ? Nous payons des impôts.
Swamiji : Vraiment ? Leur donnez-vous des impôts de votre plein gré, ou les exigent-ils par contrainte parce qu'ils maintiennent la paix dans le pays ? Dites-moi franchement, que leur donnez-vous en retour de tout ce qu'ils ont fait pour vous ? Vous aussi avez quelque chose à leur donner qu'ils n'ont pas. Vous allez en Angleterre, mais c'est aussi dans le costume d'un mendiant — en quémandant l'éducation. Certains y vont, et ce qu'ils y font au plus est peut-être d'applaudir la religion de l'Occidental dans quelques discours, puis de rentrer. Quel accomplissement, en vérité ! Eh quoi, n'avez-vous rien à leur donner ? Un trésor inestimable vous est acquis, que vous pouvez donner — donnez-leur votre religion, donnez-leur votre philosophie ! Étudiez l'histoire du monde entier, et vous verrez que chaque idéal élevé que vous rencontrez quelque part a eu son origine en Inde. Depuis des temps immémoriaux, l'Inde a été la mine d'idées précieuses pour la société humaine ; engendrant elle-même de hauts idéaux, elle les a librement distribués à travers le monde entier. Les Anglais sont en Inde aujourd'hui pour recueillir ces idéaux plus élevés, pour acquérir une connaissance du Vedanta (la tradition philosophique védantique), pour pénétrer les profonds mystères de cette religion éternelle qui est la vôtre. Donnez ces joyaux inestimables en échange de ce que vous recevez d'eux. Le Seigneur m'a emmené dans leur pays pour effacer cet opprobre de mendiant qui nous est attribué par eux. Il n'est pas juste d'aller en Angleterre dans le seul but de mendier. Pourquoi devraient-ils toujours nous faire l'aumône ? Quelqu'un fait-il cela éternellement ? Ce n'est pas la loi de la nature que de toujours recevoir des dons les mains tendues comme des mendiants. Donner et recevoir est la loi de la nature. Tout individu, toute classe ou toute nation qui n'obéit pas à cette loi ne prospère jamais dans la vie. Nous aussi devons suivre cette loi. C'est pourquoi je suis allé en Amérique. Si grande est maintenant la soif de religion chez le peuple là-bas qu'il y a assez de place même si des milliers d'hommes comme moi y vont. Ils vous ont donné depuis longtemps de la richesse qu'ils possèdent, et maintenant est venu le temps pour vous de partager votre trésor inestimable avec eux. Et vous verrez comme leurs sentiments de haine seront rapidement remplacés par ceux de la foi, de la dévotion et de la révérence envers vous, et comme ils feront du bien à votre pays même sans qu'on le leur demande. Ce sont une nation de héros — jamais ils n'oublient le bien qu'on leur a fait.
Moi-même : Eh bien, Swamiji, dans vos conférences en Occident, vous vous êtes fréquemment et éloquemment étendu sur nos talents et nos vertus caractéristiques, et vous avez avancé de nombreuses preuves convaincantes pour montrer notre amour entier de la religion ; mais maintenant vous dites que nous sommes devenus pleins de Tamas ; et en même temps vous nous accréditez comme les maîtres de la religion éternelle des Rishis au monde ! Comment est-ce possible ?
Swamiji : Voulez-vous dire que je devrais aller de pays en pays, étalant vos défaillances devant le public ? Ne devrais-je pas plutôt présenter devant eux les vertus caractéristiques qui vous distinguent comme nation ? Il est toujours bon de dire à un homme ses défauts de manière directe et dans un esprit amical pour l'en convaincre, afin qu'il puisse se corriger — mais il faut proclamer ses vertus devant les autres. Shri Ramakrishna avait coutume de dire que si l'on dit répétitivement à un homme mauvais qu'il est bon, il finit par le devenir avec le temps ; de même, un homme bon devient mauvais si on le lui dit sans cesse. Là-bas, en Occident, j'ai assez dit au peuple ses défauts. Sachez que, jusqu'à mon époque, tous ceux qui sont allés en Occident depuis notre pays leur ont chanté des panégyriques en louant leurs vertus et n'ont fait résonner à leurs oreilles que nos imperfections. En conséquence, il n'est pas étonnant qu'ils aient appris à nous haïr. C'est pour cette raison que j'ai exposé devant eux vos vertus et leur ai montré leurs vices, tout comme je vous dis maintenant vos faiblesses et leurs qualités. Si pleins de Tamas que vous soyez devenus, quelque chose de la nature des anciens Rishis, si peu que ce soit, est indubitablement encore en vous — au moins la charpente. Mais cela ne veut pas dire qu'on doive se hâter de prendre aussitôt le rôle d'un maître de religion et d'aller en Occident pour la prêcher. Avant tout, il faut modeler complètement sa vie religieuse dans la solitude, être parfait dans le renoncement et préserver le brahmacharya sans interruption. Le Tamas est entré en vous — et alors ? Le Tamas ne peut-il pas être détruit ? Cela peut se faire en un rien de temps ! C'est pour la destruction de ce Tamas que Bhagavân Shri Ramakrishna est venu parmi nous.
Moi-même : Mais qui peut aspirer à être comme vous, Swamiji ?
Swamiji : Pensez-vous qu'il n'y aura plus de Vivekananda après ma mort ! Ce groupe de jeunes hommes qui sont venus jouer de la musique devant moi il y a un moment, que vous méprisez tous parce qu'ils s'adonnent aux drogues intoxicantes et que vous considérez comme des vauriens, si le Seigneur le veut, chacun d'entre eux peut devenir un Vivekananda ! Il ne manquera pas de Vivekananda, si le monde en a besoin — des milliers et des millions de Vivekananda apparaîtront — d'où, qui le sait ! Sachez avec certitude que l'œuvre accomplie par moi n'est pas l'œuvre de Vivekananda, c'est Son œuvre — l'œuvre propre du Seigneur ! Si un gouverneur général se retire, l'Empereur en enverra certainement un autre à sa place. Enveloppés de Tamas autant que vous pouvez l'être, sachez que tout cela se dissipera si vous prenez refuge en Lui en étant sincères au plus profond de votre cœur. Le moment est opportun maintenant, car le médecin de la maladie du monde est venu. En prenant Son nom, si vous vous mettez au travail, Il accomplira tout Lui-même à travers vous. Le Tamas lui-même sera transformé en le plus haut Sattva !
Moi-même : Quoi que vous puissiez dire, je ne parviens pas à croire en ces paroles. Qui peut acquérir cette puissance oratoire d'exposer la philosophie que vous possédez ?
Swamiji : Vous ne savez pas ! Cette puissance peut venir à tous. Cette puissance vient à celui qui observe le brahmacharya ininterrompu pendant une période de douze ans, avec pour seul objectif la réalisation de Dieu. J'ai moi-même pratiqué ce genre de brahmacharya, et ainsi un voile a été retiré, pour ainsi dire, de mon cerveau. Pour cette raison, je n'ai plus besoin de réfléchir ni de me préparer pour des conférences sur un sujet aussi subtil que la philosophie. Supposons que je doive donner une conférence demain ; tout ce dont je parlerai passera cette nuit devant mes yeux comme autant de tableaux ; et le lendemain je mettrai en mots durant ma conférence toutes ces choses que j'ai vues. Vous comprendrez donc maintenant que ce n'est pas un pouvoir qui m'appartient exclusivement. Quiconque pratiquera le brahmacharya ininterrompu pendant douze ans l'obtiendra assurément. Si vous le faites, vous aussi l'obtiendrez. Nos Shâstras ne disent pas que seule telle ou telle personne l'obtiendra et pas les autres !
Moi-même : Vous rappelez-vous, Swamiji, un jour, avant que vous ne preniez le Sannyâsa, nous étions assis dans la maison de —, et vous essayiez de nous expliquer le mystère du Samâdhi. Et quand je mis en question la vérité de vos paroles, disant que le Samâdhi n'était pas possible en ce Kali Yuga, vous déclarâtes avec emphase : « Voulez-vous voir le Samâdhi ou l'avoir vous-même ? J'atteins moi-même le Samâdhi, et je peux vous le faire atteindre ! » Vous n'aviez pas plus tôt fini de dire cela qu'un étranger survint et nous n'approfondîmes pas davantage ce sujet.
Swamiji : Oui, je me souviens de cette occasion.
Plus tard, comme j'insistais pour qu'il me fît atteindre le Samâdhi, il dit : « Voyez-vous, ayant continuellement donné des conférences et travaillé dur pendant plusieurs années, la qualité de Rajas est devenue trop prédominante en moi. De ce fait, ce pouvoir gît couvert, pour ainsi dire, en moi maintenant. Si je laissais tout travail et allais dans l'Himalaya méditer dans la solitude pendant quelque temps, alors ce pouvoir ressortirait en moi. »
VII
Réminiscences — Pranayama — Lecture de pensée — Connaissance des vies antérieures
Un jour ou deux plus tard, comme je sortais de chez moi avec l'intention de rendre visite à Swamiji, je rencontrai deux de mes amis qui exprimèrent le souhait de m'accompagner, car ils voulaient interroger Swamiji sur le Prânâyâma (la maîtrise du souffle). J'avais entendu dire qu'on ne devait pas visiter un temple ou un sannyasin sans apporter quelque chose en offrande ; nous prîmes donc des fruits et des sucreries avec nous et les plaçâmes devant lui. Swamiji les prit dans ses mains, les porta à sa tête et s'inclina devant nous avant même que nous lui eussions fait notre obeisance. L'un des deux amis qui m'accompagnaient avait été son condisciple. Swamiji le reconnut aussitôt et s'enquit de sa santé et de son bien-être. Puis il nous fit asseoir auprès de lui. Il y avait là bien d'autres personnes venues le voir et l'entendre. Après avoir répondu à quelques questions posées par certains messieurs, Swamiji, au cours de sa conversation, se mit à parler du Pranayama. Il expliqua d'abord, par le biais de la science moderne, l'origine de la matière à partir de l'esprit, puis entreprit de montrer ce qu'est le Pranayama. Nous avions tous trois lu attentivement au préalable son livre intitulé Râja-Yoga (la discipline d'union spirituelle royale). Mais d'après ce que nous entendîmes de lui ce jour-là sur le Pranayama, il me sembla que bien peu de la connaissance qui était en lui avait été consignée dans ce livre. Je compris aussi que ce qu'il disait n'était pas un simple savoir livresque, car qui pourrait expliquer si clairement et si exhaustivement tous les problèmes complexes de la religion, même avec l'aide de la science, sans avoir lui-même réalisé la Vérité ?
Sa conversation sur le Pranayama se poursuivit de trois heures et demie de l'après-midi jusqu'à sept heures et demie du soir. Quand la réunion se dispersa et que nous prîmes congé, mes compagnons me demandèrent comment Swamiji avait pu connaître les questions qui étaient dans leur cœur, et si je lui avais communiqué leur désir de poser ces questions.
Quelques jours après cette occasion, je vis Swamiji dans la maison du défunt Priya Nath Mukherjee à Baghbazar. Étaient présents Swami Brahmananda, Swami Yogananda, M. G. C. Ghosh, Atul Babu et un ou deux autres amis. Je dis : « Eh bien, Swamiji, les deux messieurs qui sont venus vous voir l'autre jour voulaient vous poser des questions sur le Pranayama, qui avaient surgi dans leur esprit en lisant votre livre sur le Raja-Yoga un certain temps avant votre retour dans ce pays, et ils m'en avaient alors parlé. Mais ce jour-là, avant qu'ils ne vous eussent rien demandé, vous avez vous-même soulevé les doutes qui les avaient assaillis et les avez résolus ! Ils furent très surpris et me demandèrent si je vous avais fait connaître leurs doutes au préalable. » Swamiji répondit : « Des occurrences semblables s'étant produites bien des fois en Occident, on me demandait souvent : « Comment avez-vous pu connaître les questions qui agitaient nos esprits ? » Cette connaissance ne me survient pas si souvent, mais chez Shri Ramakrishna elle était presque toujours présente. »
À ce propos, Atul Babu lui demanda : « Vous avez dit dans le Raja-Yoga que l'on peut parvenir à connaître tout de ses vies antérieures. Les connaissez-vous vous-même ? »
Swamiji : Oui.
Atul Babu : Que savez-vous ? Avez-vous quelque objection à le dire ?
Swamiji : Je peux les connaître — je les connais — mais je préfère ne rien dire en détail.
VIII
L'art et la science de la musique, orientale et occidentale
C'était un soir de juillet 1898, au Math, dans la maison-jardin de Nilambar Mukerjee, à Belur. Swamiji avec tous ses disciples avait médité, et à la fin de la méditation il sortit et s'assit dans l'une des pièces. Comme il pleuvait fort et qu'un vent froid soufflait, il ferma la porte et se mit à chanter accompagné du Tânpurâ. Le chant terminé, une longue conversation sur la musique s'ensuivit. Swami Shivananda lui demanda : « Comment est la musique occidentale ? »
Swamiji : Oh, elle est très bonne ; il y a en elle une perfection de l'harmonie que nous n'avons pas atteinte. Seulement, pour nos oreilles non exercées, elle ne sonne pas bien, d'où notre déplaisir, et nous pensons que les chanteurs hurlent comme des chacals. J'avais moi aussi la même sorte d'impression, mais quand je me mis à écouter la musique avec attention et à l'étudier minutieusement, je fus de plus en plus saisi d'admiration. Il en est ainsi de tout art. En jetant un coup d'œil sur une peinture hautement achevée, nous ne pouvons pas comprendre où réside sa beauté. De plus, à moins que l'œil ne soit, dans une certaine mesure, exercé, on ne peut apprécier les touches et les mélanges subtils, le génie intérieur d'une œuvre d'art. La vraie musique que nous possédons réside dans le Kirtana et le Dhrupada ; le reste a été gâté par une modulation selon les méthodes islamiques. Pensez-vous que chanter les airs courts et légers des chansons Tappâ d'une voix nasale et voltiger comme l'éclair d'une note à l'autre par saccades soit ce qu'il y a de mieux au monde en matière de musique ? Point du tout. À moins que chaque note ne reçoive son plein développement dans chaque gamme, toute la science de la musique est gâchée. En peinture, en restant en contact avec la nature, on peut la rendre aussi artistique qu'on le souhaite ; il n'y a aucun mal à cela, et le résultat ne sera que bénéfique. De même, en musique, on peut déployer tout le talent que l'on veut en respectant la science, et ce sera agréable à l'oreille. Les Mahométans s'emparèrent des différents Râgas et Râginis après leur arrivée en Inde. Mais ils imprimèrent une telle marque de leur propre coloration sur l'art des chansons Tappa que toute la science musicale fut détruite.
Q. Pourquoi, Mahârâj ? Qui n'aime pas la musique en Tappa ?
Swamiji : Le chant des grillons semble très plaisant à certains. Les Santâls considèrent aussi leur musique comme la meilleure de toutes. Vous ne semblez pas comprendre que lorsqu'une note vient sur une autre en si rapide succession, cela non seulement prive la musique de toute grâce, mais au contraire crée plutôt de la discordance. Les permutations et combinaisons des sept notes fondamentales ne forment-elles pas l'une ou l'autre des différentes mélodies de la musique, connues sous le nom de Ragas et Raginis ? Or, dans le Tappa, si l'on escamote toute une mélodie (Raga) pour créer un nouvel air, et si par-dessus cela la voix est portée au plus haut registre par une modulation tremblante, dites-moi, comment le Raga peut-il rester intact ? De plus, la poésie de la musique est complètement détruite s'il y a en elle un usage aussi profus d'airs légers et courts uniquement pour l'effet. Chanter en s'attachant à l'idée que la chanson est censée transmettre a totalement disparu de notre pays quand les Tappas sont devenus à la mode. De nos jours, il semble que l'art véritable revit un peu avec l'amélioration des théâtres ; mais, d'un autre côté, tout respect pour les Ragas et Raginis est de plus en plus jeté aux vents.
En conséquence, pour ceux qui sont passés maîtres dans l'art de chanter le Dhrupada, il est pénible d'entendre des Tappas. Mais dans notre musique, la cadence, ou une montée et une descente dûment réglées de la voix ou du son, est très bonne. Les Français détectèrent et apprécièrent ce trait les premiers, et tentèrent de l'adapter et de l'introduire dans leur musique. Après qu'ils eurent fait cela, toute l'Europe l'a maintenant parfaitement maîtrisé.
Q. Maharaj, leur musique semble être éminemment martiale, tandis que cet élément paraît être tout à fait absent dans la nôtre.
Swamiji : Oh, non, nous l'avons aussi. Dans la musique martiale, l'harmonie est grandement nécessaire. Nous manquons cruellement d'harmonie, c'est pourquoi elle ne se manifeste pas autant. Notre musique s'était améliorée régulièrement. Mais quand les Mahométans sont venus, ils se sont emparés d'elle de telle manière que l'arbre de la musique n'a pu croître davantage. La musique des Occidentaux est très avancée. Ils ont le sentiment du pathétique aussi bien que de l'héroïsme dans leur musique, ce qui est comme il se doit. Mais notre antique instrument de musique fait à partir de la calebasse n'a pas été amélioré davantage.
Q. Lesquels des Ragas et Raginis sont de tonalité martiale ?
Swamiji : Tout Raga peut être rendu martial si on le met en harmonie et si les instruments sont accordés en conséquence. Certaines des Raginis peuvent aussi devenir martiales.
La conversation prit alors fin, car c'était l'heure du souper. Après le souper, Swamiji s'enquit des dispositions de couchage pour les invités venus de Calcutta au Math pour y passer la nuit, puis il se retira dans sa chambre.
IX
L'ancienne institution de la vie auprès du guru — Le système universitaire actuel — Le manque de Shraddha — Nous avons une histoire nationale — La science occidentale alliée au Vedanta — La soi-disant instruction supérieure — Le besoin d'un enseignement technique et d'une éducation fondée sur des bases nationales — L'histoire de Satyakama — Le simple savoir livresque et l'éducation sous la direction des Tyagis — Shri Ramakrishna et les Pandits — Établissement de Maths avec des Sadhus à la tête des collèges — Manuels scolaires à composer pour les garçons — Arrêtez les mariages précoces ! — Projet d'envoyer des diplômés célibataires au Japon — Le secret de la grandeur du Japon — L'art, asiatique et européen — Art et utilité — Les styles vestimentaires — La question alimentaire et la pauvreté.
Cela faisait environ deux ans que le nouveau Math avait été construit et que tous les Swamis y vivaient quand je vins un matin rendre visite à mon guru. En me voyant, Swamiji sourit et après s'être enquis de mon bien-être, etc., dit : « Vous allez rester aujourd'hui, n'est-ce pas ? »
« Certainement », dis-je, et après diverses questions je demandai : « Eh bien, Mahârâj, quelle est votre idée pour éduquer nos garçons ? »
Swamiji : Guru-griha-vâsa — vivre auprès du guru.
Q. Comment ?
Swamiji : De la même manière qu'autrefois. Mais à cette éducation doit être combinée la science occidentale moderne. Les deux sont nécessaires.
Q. Pourquoi, quel est le défaut du système universitaire actuel ?
Swamiji : Il est presque entièrement constitué de défauts. C'est qu'il n'est rien d'autre qu'une machine parfaite pour fabriquer des employés de bureau. Je rendrais encore grâce au ciel s'il n'y avait que cela. Mais non ! Voyez comment les hommes se dépouillent de Shraddhâ (la foi révérencielle) et de foi. Ils affirment que la Gita n'est qu'une interpolation et que les Védas (les écritures les plus anciennes) ne sont que des chants rustiques ! Ils aiment maîtriser chaque détail concernant les choses et les nations en dehors de l'Inde, mais si vous les interrogez, ils ne connaissent même pas les noms de leurs propres ancêtres jusqu'à la septième génération, sans parler de la quatorzième !
Q. Mais qu'est-ce que cela fait ? Qu'importe s'ils ne connaissent pas les noms de leurs ancêtres ?
Swamiji : Ne pensez pas ainsi. Une nation qui n'a pas d'histoire propre n'a rien en ce monde. Croyez-vous que celui qui a assez de foi et de fierté pour sentir « je suis de noble descendance » puisse jamais mal tourner ? Comment cela serait-il possible ? Cette foi en lui-même réfrènerait ses actions et ses sentiments, à tel point qu'il préférerait mourir plutôt que de commettre une faute. Ainsi, une histoire nationale maintient une nation bien contenue et ne lui permet pas de sombrer si bas. Oh, je sais que vous allez dire : « Mais nous n'avons pas une telle histoire ! » Non, il n'y en a pas, selon ceux qui pensent comme vous. Il n'y en a pas non plus selon vos grands universitaires ; et c'est ce que pensent aussi ceux qui, ayant traversé l'Occident dans une grande précipitation, reviennent vêtus à l'européenne et affirment : « Nous n'avons rien, nous sommes des barbares. » Bien sûr, nous n'avons pas d'histoire exactement semblable à celle des autres pays. Supposons que nous mangions du riz et que les Anglais n'en mangent pas. Imagineriez-vous pour cette raison qu'ils meurent tous de faim et vont être exterminés ? Ils vivent fort bien de ce qu'ils peuvent aisément se procurer ou produire dans leur propre pays et de ce qui leur convient. De même, nous avons notre propre histoire exactement telle qu'elle devait être pour nous. Cette histoire sera-t-elle anéantie en fermant les yeux et en criant : « Hélas ! nous n'avons pas d'histoire ! » Ceux qui ont des yeux pour voir y trouvent une histoire lumineuse, et c'est grâce à elle qu'ils savent que la nation est encore vivante. Mais cette histoire doit être réécrite. Elle doit être reformulée et adaptée à la compréhension et aux modes de pensée que nos hommes ont acquis à l'époque actuelle par le biais de l'éducation occidentale.
Q. Comment cela doit-il être fait ?
Swamiji : C'est un sujet trop vaste pour une conversation maintenant. Cependant, pour y parvenir, l'ancienne institution de « vivre auprès du guru » et des systèmes similaires d'enseignement sont nécessaires. Ce qu'il nous faut, c'est la science occidentale alliée au Vedanta, le brahmacharya comme devise directrice, ainsi que la Shraddhâ et la foi en soi-même. Une autre chose que nous voulons, c'est l'abolition de ce système qui vise à éduquer nos garçons de la même manière que l'homme qui battait son âne, ayant reçu le conseil que celui-ci pourrait ainsi être transformé en cheval.
Q. Que voulez-vous dire par là ?
Swamiji : Voyez-vous, personne ne peut enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit. Le maître gâte tout en pensant qu'il enseigne. Ainsi le Vedanta dit que toute connaissance est à l'intérieur de l'homme — même chez un garçon elle est là — et qu'il ne faut qu'un éveil, et c'est la seule tâche d'un maître. Nous n'avons qu'à faire ceci pour les garçons : qu'ils apprennent à appliquer leur propre intelligence à l'usage approprié de leurs mains, de leurs jambes, de leurs oreilles, de leurs yeux, etc., et finalement tout deviendra facile. Mais la racine, c'est la religion. La religion est comme le riz, et tout le reste, comme les currys. Prendre seulement les currys cause l'indigestion, et il en est de même quand on ne prend que du riz. Nos pédagogues font des perroquets de nos garçons et ruinent leurs cerveaux en leur fourrant un tas de matières dans la tête. Vu d'un certain angle, vous devriez plutôt être reconnaissants envers le Vice-Roi pour sa proposition de réformer le système universitaire, ce qui revient pratiquement à abolir l'instruction supérieure ; le pays, au moins, ressentira quelque soulagement en ayant un temps de répit. Grand Dieu ! Quel tapage et quelle fureur autour de l'obtention des diplômes, et au bout de quelques jours tout retombe ! Et après tout cela, qu'apprennent-ils sinon que notre religion et nos coutumes sont toutes mauvaises, et que ce que possèdent les Occidentaux est tout bon ! Au bout du compte, ils ne peuvent même pas joindre les deux bouts ! Qu'importe que cette instruction supérieure subsiste ou disparaisse ? Il vaudrait mieux que le peuple reçoive un peu d'éducation technique, afin de pouvoir trouver du travail et gagner son pain, au lieu de flâner et de réclamer des postes.
Q. Oui, les Marwaris sont plus sages, puisqu'ils n'acceptent pas de servir et que la plupart d'entre eux s'engagent dans quelque commerce.
Swamiji : Absurdité ! Ils sont en train de mener le pays à la ruine. Ils ont peu de compréhension de leurs propres intérêts. Vous valez bien mieux, parce que vous avez davantage l'œil tourné vers les manufactures. Si l'argent qu'ils investissent dans leurs affaires et avec lequel ils ne font qu'un petit pourcentage de profit était utilisé pour diriger quelques usines et ateliers, au lieu de remplir les poches des Européens en les laissant recueillir le bénéfice de la plupart des transactions, alors cela ne contribuerait pas seulement au bien-être du pays mais rapporterait de loin un plus grand bénéfice à eux aussi. Ce sont seulement les Kaboulis qui ne se soucient pas du service — l'esprit d'indépendance est dans leurs os et dans leur moelle. Proposez à n'importe lequel d'entre eux de prendre un emploi, et vous verrez ce qui s'ensuit !
Q. Eh bien, Maharaj, dans le cas où l'instruction supérieure serait abolie, les hommes ne deviendront-ils pas aussi stupides que des vaches, comme ils l'étaient auparavant ?
Swamiji : Quelle absurdité ! Un lion peut-il jamais devenir un chacal ? Que voulez-vous dire ? Est-il jamais possible que les fils de la terre qui a nourri le monde entier de connaissance depuis des temps immémoriaux deviennent aussi stupides que des vaches, à cause de l'abolition de l'instruction supérieure par Lord Curzon ?
Q. Mais pensez à ce qu'étaient nos gens avant l'avènement des Anglais, et à ce qu'ils sont maintenant.
Swamiji : L'instruction supérieure consiste-t-elle en la simple étude des sciences matérielles et en la fabrication d'objets d'usage courant par la machinerie ? L'utilité de l'instruction supérieure est de découvrir comment résoudre les problèmes de la vie, et c'est ce qui occupe la pensée profonde du monde civilisé moderne, mais cela a été résolu dans notre pays il y a des milliers d'années.
Q. Mais votre Vedanta aussi était sur le point de disparaître ?
Swamiji : Il se peut. Dans le cours du temps, la lumière du Vedanta semble parfois sur le point de s'éteindre, et quand cela arrive, le Seigneur doit s'incarner dans le corps humain ; Il infuse alors une telle vie et une telle force dans la religion que celle-ci continue pendant quelque temps avec une vigueur irrésistible. Cette vie et cette force y sont de nouveau entrées.
Q. Quelle preuve y a-t-il, Maharaj, que l'Inde ait librement contribué sa connaissance au reste du monde ?
Swamiji : L'histoire elle-même témoigne de ce fait. Toutes les idées qui élèvent l'âme et les différentes branches du savoir qui existent dans le monde se trouvent, à l'examen, avoir leurs racines en Inde.
Enflammé d'enthousiasme, Swamiji s'étendit longuement sur ce sujet. Sa santé était très mauvaise à ce moment-là, et de plus, à cause de la chaleur intense de l'été, il avait soif et buvait de l'eau trop souvent. À la fin il dit : « Cher Singhi, apportez-moi un verre d'eau glacée s'il vous plaît, je vous expliquerai tout clairement. » Après avoir bu l'eau glacée, il recommença.
Swamiji : Ce dont nous avons besoin, voyez-vous, c'est d'étudier, indépendamment de tout contrôle étranger, les différentes branches du savoir qui est le nôtre, et avec lui la langue anglaise et la science occidentale ; nous avons besoin d'un enseignement technique et de tout ce qui peut développer les industries. Ainsi les hommes, au lieu de chercher des postes, pourront gagner assez pour subvenir à leurs besoins et mettre quelque chose de côté pour les jours de pluie.
Q. Qu'alliez-vous dire l'autre jour à propos du système des tol (pensionnats sanskrits) ?
Swamiji : N'avez-vous pas lu les récits des Upanishads ? Je vais vous en raconter un. Satyakâma alla vivre la vie de Brahmachârin auprès de son guru. Le guru lui confia des vaches et l'envoya dans la forêt avec elles. De nombreux mois passèrent, et quand Satyakama vit que le nombre de vaches avait doublé, il pensa à retourner auprès de son guru. Sur le chemin du retour, l'un des taureaux, le feu et d'autres animaux lui donnèrent des instructions sur le Brahman (la Réalité absolue) suprême. Quand le disciple revint, le guru vit aussitôt, d'un simple regard sur son visage, que le disciple avait appris la connaissance du Brahman suprême. Or, la morale que cette histoire est censée enseigner est que la véritable éducation s'acquiert en vivant constamment en communion avec la nature.
La connaissance devrait être acquise de cette manière, sinon en vous éduquant dans le tol d'un Pandit vous ne serez qu'un singe humain toute votre vie. Il faut vivre dès sa plus tendre enfance avec quelqu'un dont le caractère est comme un feu ardent et avoir devant soi un exemple vivant du plus haut enseignement. La simple lecture qu'il est péché de mentir ne servira à rien. Chaque garçon devrait être formé à pratiquer le brahmacharya absolu, et alors, et alors seulement, la foi — la Shraddha — viendra. Autrement, pourquoi celui qui n'a pas de Shraddha ne dirait-il pas un mensonge ? Dans notre pays, la transmission du savoir s'est toujours faite par des hommes de renoncement. Plus tard, les Pandits, en monopolisant tout le savoir et en le restreignant aux tols, n'ont fait que mener le pays au bord de la ruine. L'Inde avait de bonnes perspectives tant que les Tyâgis (hommes de renoncement) transmettaient le savoir.
Q. Que voulez-vous dire, Maharaj ? Il n'y a pas de sannyâsins dans les autres pays, mais voyez comme, par la force de leur savoir, l'Inde est prosternée à leurs pieds !
Swamiji : Ne dites pas de sottises, mon cher, écoutez ce que je dis. L'Inde devra porter les chaussures des autres pour toujours sur sa tête si la charge de transmettre le savoir à ses fils ne retombe pas sur les épaules des Tyagis. Ne savez-vous pas comment un garçon illettré, possédé par le renoncement, a fait tourner la tête à vos grands vieux Pandits ? Un jour, au temple de Dakshineswar, le Brâhmane qui avait la charge du culte de Vishnou brisa une jambe de l'image. Des Pandits furent réunis en assemblée pour donner leurs avis, et ils déclarèrent, après avoir consulté de vieux livres et manuscrits, que le culte de cette image brisée ne pouvait être sanctionné selon les Shâstras et qu'une nouvelle image devrait être consacrée. Il y eut, en conséquence, une grande agitation. Shri Ramakrishna fut appelé en dernier. Il écouta et demanda : « Une épouse abandonne-t-elle son mari au cas où il deviendrait boiteux ? » Que s'ensuivit-il ? Les Pandits restèrent muets, tous leurs commentaires shâstriques et leur érudition ne purent résister à la force de cette simple déclaration. Si ce que vous dites était vrai, pourquoi Shri Ramakrishna serait-il venu sur cette terre, et pourquoi aurait-il tant découragé le simple savoir livresque ? Cette nouvelle force vitale qu'il a apportée avec lui doit être instillée dans le savoir et l'éducation, et alors le vrai travail sera accompli.
Q. Mais c'est plus facile à dire qu'à faire.
Swamiji : Si cela avait été facile, il n'aurait pas été nécessaire qu'il vînt. Ce que vous devez faire maintenant, c'est établir un Math dans chaque ville et dans chaque village. Pouvez-vous faire cela ? Faites au moins quelque chose. Fondez un grand Math au cœur de Calcutta. Un Sâdhu bien instruit devrait être à la tête de ce centre et, sous sa direction, il devrait y avoir des départements pour enseigner les sciences et les arts pratiques, avec un sannyasin spécialisé responsable de chacun de ces départements.
Q. Où trouverez-vous de tels Sadhus ?
Swamiji : Nous devrons les former. C'est pourquoi je dis toujours que quelques jeunes hommes brûlant de patriotisme et de renoncement sont nécessaires. Personne ne peut maîtriser une chose aussi parfaitement en si peu de temps que les Tyagis le feront.
Après un court silence, Swamiji dit : « Singhi, il y a tant de choses qui restent à faire pour notre pays que des milliers comme vous et moi sont nécessaires. À quoi serviront de simples paroles ? Voyez à quel misérable état le pays est réduit ; maintenant faites quelque chose ! Nous n'avons même pas un seul livre bien adapté aux petits garçons. »
Q. Pourquoi, il y a tant de livres d'Ishwar Chandra Vidyâsâgar pour les garçons !
À peine avais-je dit cela qu'il éclata de rire et dit : Oui, là vous lisez « Ishvar Nirakar Chaitanya Svarup » — (Dieu est sans forme et de l'essence de la pure connaissance) ; « Subal ati subodh bâlak » — (Subal est un très bon garçon), et ainsi de suite. Cela ne suffira pas. Nous devons composer quelques livres en bengali ainsi qu'en anglais avec de courts récits tirés du Râmâyana, du Mahâbhârata, des Upanishads, etc., dans un langage très facile et simple, et ceux-ci doivent être donnés à lire à nos petits garçons.
Il était environ onze heures à ce moment-là. Le ciel se couvrit soudainement, et une brise fraîche se mit à souffler. Swamiji fut grandement ravi de la perspective de la pluie. Il se leva et dit : « Allons, Singhi, nous promener au bord du Gange. » Nous le fîmes, et il récita de nombreuses strophes du Meghaduta de Kâlidâsa, mais le seul courant de pensée sous-jacent qui traversait constamment son esprit était le bien de l'Inde. Il s'exclama : « Écoutez, Singhi, pouvez-vous faire une chose ? Pouvez-vous mettre un terme au mariage de nos garçons pour quelque temps ? »
Je dis : « Eh bien, Maharaj, comment pouvons-nous y songer alors que les Babus essaient, d'un autre côté, toutes sortes de moyens pour rendre le mariage moins coûteux ? »
Swamiji : Ne vous cassez pas la tête à ce sujet ; qui peut arrêter la marée du temps ! Toutes ces agitations se termineront en vain tapage, c'est tout. Plus les mariages deviendront chers, mieux ce sera pour le pays. Quel empressement à passer des examens et à se marier aussitôt après ! On dirait que personne ne doit rester célibataire, mais c'est la même chose qui se répète, l'année suivante !
Après un court silence, Swamiji dit encore : « Si je peux trouver quelques diplômés célibataires, je pourrais essayer de les envoyer au Japon et de prendre des dispositions pour leur éducation technique là-bas, afin qu'à leur retour, ils puissent mettre leur savoir au meilleur service de l'Inde. Quelle bonne chose ce serait ! »
Q. Pourquoi, Maharaj, est-il mieux pour nous d'aller au Japon qu'en Angleterre ?
Swamiji : Certainement ! À mon avis, si tous nos hommes riches et instruits allaient une fois voir le Japon, leurs yeux seraient ouverts.
Q. Comment ?
Swamiji : Là-bas, au Japon, vous trouvez une belle assimilation du savoir, et non son indigestion, comme nous l'avons ici. Ils ont tout pris des Européens, mais ils restent japonais quand même, et ne sont pas devenus européens ; tandis que dans notre pays, la terrible manie de s'occidentaliser s'est abattue sur nous comme une peste.
Je dis : « Maharaj, j'ai vu quelques peintures japonaises ; on ne peut que s'émerveiller devant leur art. Son inspiration semble être quelque chose qui leur est propre et qui dépasse l'imitation. »
Swamiji : Tout à fait. Ils sont grands en tant que nation grâce à leur art. Ne voyez-vous pas qu'ils sont asiatiques, comme nous ? Et bien que nous ayons perdu presque tout, ce que nous avons encore est merveilleux. L'âme même de l'Asiatique est entrelacée avec l'art. L'Asiatique n'utilise jamais un objet s'il n'y a pas d'art en lui. Ne savez-vous pas que l'art est, chez nous, une partie de la religion ? Combien une dame est admirée, chez nous, quand elle peut joliment peindre les sols et les murs, lors d'occasions propices, avec la pâte de farine de riz ? Quel grand artiste était Shri Ramakrishna lui-même !
Q. L'art anglais est aussi bon, n'est-ce pas ?
Swamiji : Quel imbécile vous faites ! Mais à quoi bon vous blâmer quand cela semble être la façon de penser dominante ! Hélas, à un tel état notre pays est-il réduit ! Le peuple regardera son propre or comme du cuivre, tandis que le cuivre de l'étranger sera de l'or pour lui ! C'est, en vérité, la magie opérée par l'éducation moderne ! Sachez que depuis le temps où les Européens sont entrés en contact avec l'Asie, ils essaient d'insuffler l'art dans leur propre vie.
Moi-même : Si d'autres vous entendent parler ainsi, Maharaj, ils penseront que vous avez une vision pessimiste des choses.
Swamiji : Naturellement ! Que peuvent-ils penser d'autre, ceux qui suivent leur ornière ! Comme je voudrais pouvoir vous montrer tout à travers mes yeux ! Regardez leurs bâtiments — comme ils sont banals, comme ils sont dénués de sens ! Regardez ces grands bâtiments gouvernementaux ; pouvez-vous, rien qu'en voyant leur extérieur, deviner la signification de chacun d'entre eux ? Non, parce qu'ils sont tous si dépourvus de symboles. Prenez encore le vêtement des Occidentaux : leurs manteaux raides et leurs pantalons droits, moulant presque le corps, sont, à notre estimation, à peine décents. N'est-ce pas ? Et, oh, quelle beauté, en vérité, là-dedans ! Maintenant, parcourez toute notre mère patrie et voyez si vous ne pouvez pas lire correctement, par leur seule apparence, la signification que représentent nos bâtiments, et combien d'art il y a en eux ! Le verre est leur récipient à boire, et le nôtre est le Ghati (en forme de cruche) en métal ; lequel des deux est le plus artistique ? Avez-vous vu les maisons de nos paysans dans les villages ?
Moi-même : Oui, je les ai vues, bien sûr.
Swamiji : Qu'avez-vous vu en elles ?
Je ne savais que dire. Cependant, je répondis : « Maharaj, elles sont impeccablement propres et nettes, les cours et les sols étant quotidiennement bien enduits. »
Swamiji : Avez-vous vu leurs greniers pour conserver le riz paddy ? Quel art s'y trouve ! Quelle variété de peintures même sur leurs murs de boue ! Et puis, si vous alliez voir comment les classes inférieures vivent en Occident, vous remarqueriez aussitôt la différence. Leur idéal est l'utilité, le nôtre est l'art. L'Occidental cherche l'utilité en toute chose, tandis que chez nous l'art est partout. Avec l'éducation occidentale, ces beaux Ghatis qui sont les nôtres ont été délaissés, et des verres en émail ont usurpé leur place dans nos foyers ! Ainsi l'idéal d'utilité a été absorbé par nous à un tel point qu'il en est devenu presque ridicule. Or, ce qu'il nous faut, c'est la combinaison de l'art et de l'utilité. Le Japon a fait cela très vite, et c'est pourquoi il a progressé à pas de géant. Maintenant, à leur tour, les Japonais vont enseigner aux Occidentaux.
Q. Maharaj, quelle nation au monde s'habille le mieux ?
Swamiji : Les Aryens ; même les Européens l'admettent. Comme leurs vêtements tombent de manière pittoresque en plis ! Les costumes royaux de la plupart des nations sont, dans une certaine mesure, une sorte d'imitation des Aryens — la même tentative y est faite pour les garder en plis, et ces costumes présentent une différence marquée avec leur style national.
À propos, Singhi, abandonnez cette misérable habitude de porter ces chemises européennes.
Q. Pourquoi, Maharaj ?
Swamiji : Pour la raison qu'elles ne sont utilisées par les Occidentaux que comme sous-vêtements. Ils n'aiment jamais les voir portées à l'extérieur. Quelle erreur de la part des Bengalis de le faire ! Comme si l'on devait porter n'importe quoi, comme s'il n'y avait pas de loi non écrite en matière de vêtement, comme s'il n'y avait pas de style ancestral à suivre ! Notre peuple est mis au ban pour avoir pris la nourriture touchée par les classes inférieures ; il aurait été très bien que la même loi s'appliquât au fait de porter un style de vêtement irrégulier. Pourquoi ne pouvez-vous pas adapter votre tenue d'une certaine façon à notre propre style ? Quel sens y a-t-il à adopter les chemises et les manteaux européens ?
La pluie se mit à tomber maintenant, et la cloche du dîner sonna aussi. Nous allâmes donc prendre part au Prasâda (nourriture consacrée) avec les autres. Durant le repas, Swamiji dit, s'adressant à moi : « Il faudrait prendre des aliments concentrés. Se remplir l'estomac d'une grande quantité de riz est la racine de la paresse. » Peu de temps après, il dit encore : « Regardez les Japonais, ils prennent du riz avec la soupe de pois cassés, deux ou trois fois par jour. Mais même les plus robustes n'en prennent qu'un peu à la fois, bien que le nombre de repas puisse être plus élevé. Ceux d'entre eux qui sont aisés prennent de la viande tous les jours. Tandis que nous, nous nous empiffrons deux fois par jour jusqu'à la gorge, pour ainsi dire, et toute notre énergie est épuisée à digérer une telle quantité de riz ! »
Q. Est-il possible pour nous, Bengalis, pauvres comme nous le sommes, de manger de la viande ?
Swamiji : Pourquoi pas ? Vous pouvez vous permettre d'en avoir en petites quantités. Une demi-livre par jour est tout à fait suffisante. Le vrai mal est l'oisiveté, qui est la principale cause de notre pauvreté. Supposons que le chef d'une entreprise soit mécontent de quelqu'un et diminue sa paie ; ou que parmi trois ou quatre fils gagnant leur vie dans une famille, l'un meure soudainement ; que font-ils ? Eh bien, ils réduisent aussitôt la quantité de lait pour les enfants, ou vivent d'un seul repas par jour, en prenant un peu de riz soufflé ou autre le soir !
Q. Mais que peuvent-ils faire d'autre dans de telles circonstances ?
Swamiji : Pourquoi ne peuvent-ils pas faire des efforts et gagner davantage pour maintenir leur niveau d'alimentation ? Mais non ! Il faut qu'ils aillent à leurs Âddâs (lieux de rencontre) locaux et y gaspillent des heures à ne rien faire ! Oh, s'ils savaient seulement combien ils perdent leur temps !
X
La discrimination des quatre castes selon le Jati et le Guna — Brahmanes et Kshatriyas en Occident — Le système du Kula-Guru au Bengale
Un jour, j'allai voir Swamiji alors qu'il séjournait à Calcutta dans la maison du défunt Balaram Basu. Après une longue conversation sur le Japon et l'Amérique, je lui demandai : « Eh bien, Swamiji, combien de disciples avez-vous en Occident ? »
Swamiji : Un bon nombre.
Q. Deux ou trois mille ?
Swamiji : Peut-être davantage.
Q. Sont-ils tous initiés par vous avec des Mantras ?
Swamiji : Oui.
Q. Leur avez-vous donné la permission de prononcer le Pranava (Om) ?
Swamiji : Oui.
Q. Comment avez-vous pu, Mahârâj ? On dit que les Shudras n'ont pas droit au Pranava, et que personne ne l'a sauf les Brâhmines. De plus, les Occidentaux sont des Mlechchhas, pas même des Shudras.
Swamiji : Comment savez-vous que ceux que j'ai initiés ne sont pas des Brahmines ?
Moi-même : Où pourriez-vous trouver des Brahmines hors de l'Inde, dans les terres des Yavanas et des Mlechchhas ?
Swamiji : Mes disciples sont tous des Brahmines ! J'admets tout à fait la vérité des paroles selon lesquelles seuls les Brahmines ont droit au Pranava. Mais le fils d'un Brahmine n'est pas nécessairement toujours un Brahmine ; bien qu'il ait toutes les chances de l'être, il peut ne pas le devenir. N'avez-vous pas entendu que le neveu d'Aghore Chakravarti de Baghbazar est devenu balayeur et faisait effectivement tous les services ménagers de sa caste adoptive ? N'était-il pas le fils d'un Brahmine ?
La caste brahmane et les qualités de Brâhmanya sont deux choses distinctes. En Inde, on est considéré comme Brahmine par sa caste, mais en Occident, on devrait être reconnu comme tel par ses qualités de Brahmanya. Comme il y a trois Gunas — Sattva, Rajas et Tamas — il y a des Gunas qui montrent qu'un homme est Brahmine, Kshatriya, Vaishya ou Shudra. Les qualités d'être un Brahmine ou un Kshatriya sont en train de mourir dans le pays ; mais en Occident, ils ont maintenant atteint le stade de Kshatriya, dont l'étape suivante est celui de Brahmine ; et nombreux sont ceux qui se sont qualifiés pour cela.
Q. Alors vous appelez Brahmines ceux qui sont sâttviques par nature.
Swamiji : Tout à fait. Comme il y a le Sattva, le Rajas et le Tamas — l'un ou l'autre de ces Gunas plus ou moins — en chaque homme, les qualités qui font un Brahmine, un Kshatriya, un Vaishya ou un Shudra sont inhérentes à chaque homme, plus ou moins. Mais parfois l'une ou l'autre de ces qualités prédomine en lui à des degrés variables, et elle se manifeste en conséquence. Prenez un homme dans ses différentes occupations, par exemple : quand il est engagé au service d'un autre pour un salaire, il est dans l'état de Shudra ; quand il est occupé à effectuer quelque transaction commerciale pour le profit, à son propre compte, il est un Vaishya ; quand il se bat pour redresser les torts, alors les qualités d'un Kshatriya se manifestent en lui ; et quand il médite sur Dieu ou passe son temps en conversation à Son sujet, alors il est un Brahmine. Naturellement, il est tout à fait possible pour quelqu'un de passer d'une caste à une autre. Autrement, comment Vishvâmitra serait-il devenu un Brahmine et Parashurâma un Kshatriya ?
Q. Ce que vous dites semble être tout à fait juste, mais pourquoi alors nos Pandits et nos gurus de famille ne nous enseignent-ils pas la même chose ?
Swamiji : C'est l'un des grands maux de notre pays. Mais laissons la question pour le moment.
Swamiji parla ici avec éloges de l'esprit de sens pratique des Occidentaux, et de la manière dont, quand ils embrassent aussi la religion, cet esprit se manifeste.
Moi-même : C'est vrai, Maharaj, j'ai entendu dire que leurs pouvoirs spirituels et psychiques se développent très rapidement quand ils pratiquent la religion. L'autre jour, Swami Saradananda m'a montré une lettre écrite par l'un de ses disciples occidentaux, décrivant les pouvoirs spirituels hautement développés chez l'auteur par les Sâdhanâs (pratiques spirituelles) suivies pendant seulement quatre mois.
Swamiji : Vous voyez donc ! Maintenant vous comprenez s'il y a des Brahmines en Occident ou non. Vous avez des Brahmines ici aussi, mais ils mènent le pays au bord de la ruine par leur effroyable tyrannie, et en conséquence ce qu'ils ont naturellement s'évanouit peu à peu. Le guru initie son disciple avec un Mantra, mais c'est devenu un commerce pour lui. Et puis, comme elle est merveilleuse, la relation de nos jours entre un guru et son disciple ! Peut-être que le guru n'a rien à manger chez lui, et sa femme porte la chose à son attention en disant : « Je t'en prie, retourne une fois encore chez tes disciples, mon cher. Est-ce que tes parties de dés à longueur de journée nous sauveront de la faim ? » Le Brahmine répond : « Très bien, rappelle-le-moi demain matin. J'ai appris que mon disciple untel a une veine de chance, et de plus, je ne suis pas allé chez lui depuis longtemps. » Voilà ce qu'est devenu votre système de Kula-Guru au Bengale ! Le clergé en Occident n'est pas aussi dégénéré, pour l'instant ; il est dans l'ensemble meilleur que le vôtre !
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English
VI
Reminiscences—The Problem of Famines in India and Self-Sacrificing Workers—East and West—Is it Sattva or Tamas—A Nation of Mendicants—The "Give and Take" Policy—Tell a Man his Defects Directly but Praise his Virtues Before Others—Vivekananda Everyone may Become—Unbroken Brahmacharya is the Secret of Power—Samadhi and Work
[Shri Priya Nath Sinha]
Our house was very close to Swamiji's, and since we were boys of the same section of the town, I often used to play with him. From my boyhood I had a special attraction for him, and I had a sincere belief that he would become a great man. When he became a Sannyasin we thought that the promise of a brilliant career for such a man was all in vain.
Afterwards, when he went to America, I read in newspapers reports of his lectures at the Chicago Parliament of Religions and others delivered in various place, of America, and I thought that fire can never remain hidden under a cloth; the fire that was within Swamiji had now burst into a flame; the bud after so many years had blossomed.
After a time I came to know that he had returned to India, and had been delivering fiery lectures at Madras. I read them and wondered that such sublime truths existed in the Hindu religion and that they could be explained so lucidly. What an extraordinary power he had! Was he a man or a god?
A great enthusiasm prevailed when Swamiji came to Calcutta, and we followed him to the Sil's garden-house, on the Ganga, at Cossipore. A few days later, at the residence of Raja Radhakanta Dev, the "Calcutta boy" delivered an inspiring lecture to a huge concourse of people in reply to an address of welcome, and Calcutta heard him for the first time and was lost in admiration. But these are facts known to all.
After his coming to Calcutta, I was very anxious to see him once alone and be able to talk freely with him as in our boyhood. But there was always a gathering of eager inquirers about him, and conversations were going on without a break; so I did not get an opportunity for some time, until one day when we went out for a walk in the garden on the Ganga side. He at once began to talk, as of old, to me, the playmate of his boyhood. No sooner had a few words passed between us than repeated calls came, informing him that many gentlemen had come to see him. He became a little impatient at last and told the messenger, "Give me a little respite, my son; let me speak a few words with this companion of my boyhood; let me stay in the open air for a while. Go and give a welcome to those who have come, ask them to sit down, offer them tobacco, and request them to wait a little."
When we were alone again, I asked him, "Well, Swamiji, you are a Sâdhu (holy man). Money was raised by subscription for your reception here, and I thought, in view of the famine in this country, that you would wire, before arriving in Calcutta, saying, 'Don't spend a single pice on my reception, rather contribute the whole sum to the famine relief fund'; but I found that you did nothing of the kind. How was that?"
Swamiji: Why, I wished rather that a great enthusiasm should be stirred up. Don't you see, without some such thing how would the people be drawn towards Shri Ramakrishna and be fired in his name? Was this ovation done for me personally, or was not his name glorified by this? See how much thirst has been created in the minds of men to know about him! Now they will come to know of him gradually, and will not that be conducive to the good of the country? If the people do not know him who came for the welfare of the country, how can good befall them? When they know what he really was, then men—real men—will be made; and when will be such men, how long will it take to drive away famines etc. from the land? So I say that I rather desired that there should be some bustle and stir in Calcutta, so that the public might be inclined to believe in the mission of Shri Ramakrishna; otherwise what was the use of making so much fuss for my sake? What do I care for it? Have I become any greater now than when I used to play with you at your house? I am the same now as I was before. Tell me, do you find any change in me?
Though I said, "No, I do not find much change to speak of", yet in my mind I thought, "You have now, indeed, become a god."
Swamiji continued: "Famine has come to be a constant quantity in our country, and now it is, as it were, a sort of blight upon us. Do you find in any other country such frequent ravages of famine? No, because there are men in other countries, while in ours, men have become akin to dead matter, quite inert. Let the people first learn to renounce their selfish nature by studying Shri Ramakrishna, by knowing him as he really was, and then will proceed from them real efforts trying to stop the frequently recurring famines. By and by I shall make efforts in that direction too; you will see."
Myself: That will be good. Then you are going to deliver many lectures here, I presume; otherwise, how will his name be preached?
Swamiji: What nonsense! Nothing of the kind!
Has anything left undone by which his name can be known? Enough has been done in that line. Lectures won't do any good in this country. Our educated countrymen would hear them and, at best, would cheer and clap their hands, saying, "Well done"; that is all. Then they would go home and digest, as we say, everything they had heard, with their meal! What good will hammering do on a piece of rusty old iron? It will only crumble into pieces. First, it should be made red-hot, and then it can be moulded into any shape by hammering. Nothing will avail in our country without setting a glowing and living example before the people. What we want are some young men who will renounce everything and sacrifice their lives for their country's sake. We should first form their lives and then some real work can be expected.
Myself: Well, Swamiji, it has always puzzled me that, while men of our country, unable to understand their own religion, were embracing alien religions, such as Christianity, Mohammedanism, etc., you, instead of doing anything for them, went over to England and America to preach Hinduism.
Swamiji: Don't you see that circumstances have changed now? Have the men of our country the power left in them to take up and practice true religion? What they have is only pride in themselves that they are very Sâttvika. Time was when they were Sattvika, no doubt, but now they have fallen very low. The fall from Sattva brings one down headlong into Tamas! That is what has happened to them. Do you think that a man who does not exert himself at all, who only takes the name of Hari, shutting himself up in a room, who remains quiet and indifferent even when seeing a huge amount of wrong and violence done to others before his very eyes, possesses the quality of Sattva? Nothing of the kind, he is only enshrouded in dark Tamas. How can the people of a country practice religion who do not get even sufficient food to appease their hunger? How can renunciation come to the people of a country in whose minds the desires for Bhoga (enjoyment) have not been in the least satisfied? For this reason, find out, first of all, the ways and means by which men may get enough to eat and have enough luxuries to enable them to enjoy life a little; and then gradually, true Vairâgya (dispassion) will come, and they will be fit and ready to realise religion in life. The people of England and America, how full of Rajas they are! They have become satiated with all sorts of worldly enjoyment. Moreover, Christianity, being a religion of faith and superstition, occupies the same rank as our religion of the Purânas. With the spread of education and culture, the people of the West can no more find peace in that. Their present condition is such that, giving them one lift will make them reach the Sattva. Then again, in these days, would you accept the words of a Sannyasin clad in rags, in the same degree as you would the words of a white-face (Westerner) who might come and speak to you on your own religion?
Myself: Just so, Swamiji! Mr. N. N. Ghosh also speaks exactly to the same effect.
Swamiji: Yes, when my Western disciples after acquiring proper training and illumination will come in numbers here and ask you, "What are you all doing? Why are you of so little faith? How are your rites and religion, manners, customs, and morals in any way inferior? We even regard your religion to be the highest!"—then you will see that lots of our big and influential folk will hear them. Thus they will be able to do immense good to this country. Do not think for a moment that they will come to take up the position of teachers of religion to you. They will, no doubt, be your Guru regarding practical sciences etc., for the improvement of material conditions, and the people of our country will be their Guru in everything pertaining to religion. This relation of Guru and disciple in the domain of religion will for ever exist between India and the rest of the world. Myself: How can that be, Swamiji? Considering the feeling of hatred with which they look upon us, it does not seem probable that they will ever do good to us, purely from an unselfish motive.
Swamiji: They find many reasons to hate us, and so they may justify themselves in doing so. In the first place, we are a conquered race, and moreover there is nowhere in the world such a nation of mendicants as we are! The masses who comprise the lowest castes, through ages of constant tyranny of the higher castes and by being treated by them with blows and kicks at every step they took, have totally lost their manliness and become like professional beggars; and those who are removed one stage higher than these, having read a few pages of English, hang about the thresholds of public offices with petitions in their hands. In the case of a post of twenty or thirty rupees falling vacant, five hundred B.A.s and M.A.s will apply for it! And, dear me! how curiously worded these petitions are! "I have nothing to eat at home, sir, my wife and children are starving; I most humbly implore you, sir, to give me some means to provide for myself and my family, or we shall die of starvation! " Even when they enter into service, they cast all self-respect to the winds, and servitude in its worst form is what they practice. Such is the condition, then, of the masses. The highly-educated, prominent men among you form themselves into societies and clamour at the top of their voices: "Alas, India is going to ruin, day by day! O English rulers, admit our country men to the higher offices of the State, relieve us from famines" and so on, thus rending the air, day and night, with the eternal cry of "Give" and "Give"! The burden of all their speech is, "Give to us, give more to us, O Englishmen! " Dear me! what more will they give to you? They have given railways, telegraphs, well-ordered administration to the country—have almost entirely suppressed robbers, have given education in science—what more will they give? What does anyone give to others with perfect unselfishness? Well, they have given you so much; let me ask, what have you given to them in return?
Myself: What have we to give, Swamiji? We pay taxes.
Swamiji: Do you, really? Do you give taxes to them of your own will, or do they exact them by compulsion because they keep peace in the country? Tell me plainly, what do you give them in return for all that they have done for you? You also have something to give them that they have not. You go to England, but that is also in the garb of a beggar—praying for education. Some go, and what they do there at the most is, perchance, to applaud the Westerner's religion in some speeches and then come back. What an achievement, indeed! Why, have you nothing to give them? An inestimable treasure you have, which you can give—give them your religion, give them your philosophy! Study the history of the whole world, and you will see that every high ideal you meet with anywhere had its origin in India. From time immemorial India has been the mine of precious ideas to human society; giving birth to high ideas herself, she has freely distributed them broadcast over the whole world. The English are in India today, to gather those higher ideals, to acquire a knowledge of the Vedanta, to penetrate into the deep mysteries of that eternal religion which is yours. Give those invaluable gems in exchange for what you receive from them. The Lord took me to their country to remove this opprobrium of the beggar that is attributed by them to us. It is not right to go to England for the purpose of begging only. Why should they always give us alms? Does anyone do so for ever? It is not the law of nature to be always taking gifts with outstretched hands like beggars. To give and take is the law of nature. Any individual or class or nation that does not obey this law never prospers in life. We also must follow that law That is why I went to America. So great is now the thirst for religion in the people there that there is room enough even if thousands of men like me go. They have been for a long time giving you of what wealth they possess, and now is the time for you to share your priceless treasure with them. And you will see how their feelings of hatred will be quickly replaced by those of faith, devotion, and reverence towards you, and how they will do good to your country even unasked. They are a nation of heroes —never do they forget any good done to them.
Myself: Well, Swamiji, in your lectures in the West you have frequently and eloquently dwelt on our characteristic talents and virtues, and many convincing proofs you have put forward to show our whole-souled love of religion; but now you say that we have become full of Tamas; and at the same time you are accrediting us as the teachers of the eternal religion of the Rishis to the world! How is that?
Swamiji: Do you mean to say that I should go about from country to country, expatiating on your failings before the public? Should I not rather hold up before them the characteristic virtues that mark you as a nation? It is always good to tell a man his defects in a direct way and in a friendly spirit to make him convinced of them, so that he may correct himself—but you should trumpet forth his virtues before others. Shri Ramakrishna used to say that if you repeatedly tell a bad man that he is good, he turns in time to be good; similarly, a good man becomes bad if he is incessantly called so. There, in the West, I have said enough to the people of their shortcomings. Mind, up to my time, all who went over to the West from our country have sung paeans to them in praise of their virtues and have trumpeted out only our blemishes to their ears. Consequently, it is no wonder that they have learnt to hate us. For this reason I have laid before them your virtues, and pointed out to them their vices, just as I am now telling you of your weaknesses and their good points. However full of Tamas you may have become, something of the nature of the ancient Rishis, however little it may be, is undoubtedly in you still—at least the framework of it. But that does not show that one should be in a hurry to take up at once the role of a teacher of religion and go over to the West to preach it. First of all, one must completely mould one's religious life in solitude, must be perfect in renunciation and must preserve Brahmacharya without a break. The Tamas has entered into you—what of that? Cannot the Tamas be destroyed? It can be done in less than no time! It was for the destruction of this Tamas that Bhagavân Shri Ramakrishna came to us.
Myself: But who can aspire to be like you, Swamiji ?
Swamiji: Do you think that there will be no more Vivekanandas after I die! That batch of young men who came and played music before me a little while ago, whom you all despise for being addicted to intoxicating drugs and look upon as worthless fellows, if the Lord wishes, each and everyone of them may become a Vivekananda! There will be no lack of Vivekanandas, if the world needs them—thousands and millions of Vivekanandas will appear—from where, who knows! Know for certain that the work done by me is not the work of Vivekananda, it is His work—the Lord's own work! If one governor-general retires, another is sure to be sent in his place by the Emperor. Enveloped in Tamas however much you may be, know all that will clear away if you take refuge in Him by being sincere to the core of your heart. The time is opportune now, as the physician of the world-disease has come. Taking His name, if you set yourself to work, He will accomplish everything Himself through you. Tamas itself will be transformed into the highest Sattva!
Myself: Whatever you may say, I cannot bring myself to believe in these words. Who can come by that oratorical power of expounding philosophy which you have?
Swamiji: You don't know! That power may come to all. That power comes to him who observes unbroken Brahmacharya for a period of twelve years, with the sole object of realising God I have practiced that kind of Brahmacharya myself, and so a screen has been removed, as it were, from my brain. For that reason, I need not any more think over or prepare myself for any lectures on such a subtle subject as philosophy. Suppose I have to lecture tomorrow; all that I shall speak about will pass tonight before my eyes like so many pictures; and the next day I put into words during my lecture all those things that I saw. So you will understand now that it is not any power which is exclusively my own. Whoever will practice unbroken Brahmacharya for twelve years will surely have it. If you do so, you too will get it. Our Shâstras do not say that only such and such a person will get it and not others!
Myself: Do you remember, Swamiji, one day, before you took Sannyâsa, we were sitting in the house of—, and you were trying to explain the mystery of Samâdhi to us. And when I called in question the truth of your words, saying that Samadhi was not possible in this Kali Yuga, you emphatically demanded: "Do you want to see Samadhi or to have it yourself? I get Samadhi myself, and I can make you have it! " No sooner had you finished saying so than a stranger came up and we did not pursue that subject any further.
Swamiji: Yes, I remember the occasion.
Later, on my pressing him to make me get Samadhi, he said, "You see, having continually lectured and worked hard for several years, the quality of Rajas has become too predominant in me. Hence that power is lying covered, as it were, in me now. If I leave all work and go to the Himalayas and meditate in solitude for some time, then that power will again come out in me."
VII
Reminiscences—Pranayama—Thought-Reading—Knowledge of Previous Births
A day or two later, as I was coming out of my house intending to pay a visit to Swamiji, I met two of my friends who expressed a wish to accompany me, for they wanted to ask Swamiji something about Prânâyâma. I had heard that one should not visit a temple or a Sannyâsin without taking something as an offering; so we took some fruits and sweets with us and placed them before him. Swamiji took them in his hands, raised them to his head, and bowed to us before even we made our obeisance to him. One of the two friends with me had been a fellow-student of his. Swamiji recognised him at once and asked about his health and welfare Then he made us sit down by him. There were many others there who had come to see and hear him. After replying to a few questions put by some of the gentlemen, Swamiji, in the course of his conversation, began to speak about Pranayama. First of all, he explained through modern science the origin of matter from the mind, and then went on to show what Pranayama is. All three of us had carefully read beforehand his book called Râja-Yoga. But from what we heard from him that day about Pranayama, it seemed to me that very little of the knowledge that was in him had been recorded in that book. I understand also that what he said was not mere book-learning, for who could explain so lucidly and elaborately all the intricate problems of religion, even with the help of science, without himself realising the Truth?
His conversation on Pranayama went on from half past three o'clock till half past seven in the evening. When the meeting dissolved and we came away, my companions asked me how Swamiji could have known the questions that were in their hearts, and whether I had communicated to him their desire for asking those questions.
A few days after this occasion, I saw Swamiji in the house of the late Priya Nath Mukherjee at Baghbazar. There were present Swami Brahmananda, Swami Yogananda, Mr. G. C. Ghosh, Atul Babu, and one or two other friends. I said, "Well, Swamiji, the two gentlemen who went to see you the other day wanted to ask you some questions about Pranayama, which had been raised in their minds by reading your book on Raja-Yoga some time before you returned to this country, and they had then told me of them. But that day, before they asked you anything, you yourself raised those doubts that had occurred to them and solved them! They were very much surprised and inquired of me if I had let you know their doubts beforehand." Swamiji replied: "Similar occurrences having come to pass many times in the West, people often used to ask me, 'How could you know the questions that were agitating our minds?' This knowledge does not happen to me so often, but with Shri Ramakrishna it was almost always there."
In this connection Atul Babu asked him: "You have said in Raja-Yoga that one can come to know all about one's previous births. Do you know them yourself?"
Swamiji: Yes, I do.
Atul Babu: What do you know? Have you any objection to tell?
Swamiji: I can know them—I do know them—but I prefer not to say anything in detail.
VIII
The Art and Science of Music, Eastern and Western
It was an evening in July 1898, at the Math, in Nilambar Mukerjee's garden-house, Belur. Swamiji with all his disciples had been meditating, and at the close of the meditation came out and sat in one of the rooms. As it was raining hard and a cold wind was blowing, he shut the door and began to sing to the accompaniment of Tânpurâ. The singing being over, a long conversation on music followed. Swami Shivananda asked him, "What is Western music like?"
Swamiji: Oh, it is very good; there is in it a perfection of harmony, which we have not attained. Only, to our untrained ears, it does not sound well, hence we do not like it, and think that the singers howl like jackals. I also had the same sort of impression, but when I began to listen to the music with attention and study it minutely, I came more and more to understand it, and I was lost in admiration. Such is the case with every art. In glancing at a highly finished painting we cannot understand where its beauty lies. Moreover, unless the eye is, to a certain extent, trained, one cannot appreciate the subtle touches and blendings, the inner genius of a work of art. What real music we have lies in Kirtana and Dhrupada; the rest has been spoiled by being modulated according to the Islamic methods. Do you think that singing the short and light airs of Tappâ songs in a nasal voice and flitting like lightning from one note to another by fits and starts are the best things in the world of music? Not so. Unless each note is given full play in every scale, all the science of music is marred. In painting, by keeping in touch with nature, you can make it as artistic as you like; there is no harm in doing that, and the result will be nothing but good. Similarly, in music, you can display any amount of skill by keeping to science, and it will be pleasing to the ear. The Mohammedans took up the different Râgas and Râginis after coming into India. But they put such a stamp of their own colouring on the art of Tappa songs that all the science in music was destroyed.
Q. Why, Mahârâj (sir)? Who has not a liking for music in Tappa?
Swamiji: The chirping of crickets sounds very good to some. The Santâls think their music also to be the best of all. You do not seem to understand that when one note comes upon another in such quick succession, it not only robs music of all grace, but, on the other hand, creates discordance rather. Do not the permutation and combination of the seven keynotes form one or other of the different melodies of music, known as Ragas and Raginis? Now, in Tappa, if one slurs over a whole melody (Raga) and creates a new tune, and over and above that, if the voice is raised to the highest pitch by tremulous modulation, say, how can the Raga be kept intact? Again, the poetry of music is completely destroyed if there be in it such profuse use of light and short strains just for effect. To sing by keeping to the idea, meant to be conveyed by a song, totally disappeared from our country when Tappas came into vogue. Nowadays, it seems, the true art is reviving a little with the improvement in theatres; but, on the other hand, all regard for Ragas and Raginis is being more and more flung to the winds.
Accordingly, to those who are past masters in the art of singing Dhrupada, it is painful to hear Tappas. But in our music the cadence, or a duly regulated rise and fall of voice or sound, is very good. The French detected and appreciated this trait first, and tried to adapt and introduce it in their music. After their doing this, the whole of Europe has now thoroughly mastered it.
Q. Maharaj, their music seems to be pre-eminently martial, whereas that element appears to be altogether absent in ours.
Swamiji: Oh, no, we have it also. In martial music, harmony is greatly needed. We sadly lack harmony, hence it does not show itself so much. Our music had been improving steadily. But when the Mohammedans came, they took possession of it in such a way that the tree of music could grow no further. The music of the Westerners is much advanced. They have the sentiment of pathos as well as of heroism in their music, which is as it should be. But our antique musical instrument made from the gourd has been improved no further.
Q. Which of the Ragas and Raginis are martial in tune?
Swamiji: Every Raga may be made martial if it is set in harmony and the instruments are tuned accordingly. Some of the Raginis can also become martial.
The conversation was then closed, as it was time for supper. After supper, Swamiji enquired as to the sleeping arrangements for the guests who had come from Calcutta to the Math to pass the night, and he then retired to his bedroom.
IX
The Old Institution of Living with the Guru—The Present University System—Lack of Shraddha—We have a National History—Western Science Coupled with Vedanta—The So-called Higher Education—The Need of Technical Education and Education on National Lines—The Story of Satyakama—Mere Book-Learning and Education under Tyagis—Shri Ramakrishna and the Pandits—Establishment of Maths with Sadhus in Charge of Colleges—Text-Books for Boys to be Compiled—Stop Early Marriage!—Plan of Sending Unmarried Graduates to Japan—The Secret of Japan's Greatness—Art, Asian and European—Art and Utility—Styles of Dress—The Food Question and Poverty.
It was about two years after the new Math had been constructed and while all the Swamis were living there that I came one morning to pay a visit to my Guru. Seeing me, Swamiji smiled and after inquiring of my welfare etc., said, "You are going to stay today, are you not?"
"Certainly", I said, and after various inquiries I asked, "Well, Mahârâj, what is your idea of educating our boys?"
Swamiji: Guru-griha-vâsa—living with the Guru.
Q. How?
Swamiji: In the same way as of old. But with this education has to be combined modern Western science. Both these are necessary.
Q. Why, what is the defect in the present university system?
Swamiji: It is almost wholly one of defects. Why, it is nothing but a perfect machine for turning out clerks. I would even thank my stars if that were all. But no! See how men are becoming destitute of Shraddhâ and faith. They assert that the Gita is only an interpolation, and that the Vedas are but rustic songs! They like to master every detail concerning things and nations outside of India, but if you ask them, they do not know even the names of their own forefathers up to the seventh generation, not to speak of the fourteenth!
Q. But what does that matter? What if they do not know the names of their forefathers?
Swamiji: Don't think so. A nation that has no history of its own has nothing in this world. Do you believe that one who has such faith and pride as to feel, "I come of noble descent", can ever turn out to be bad? How could that be? That faith in himself would curb his actions and feelings, so much so that he would rather die than commit wrong. So a national history keeps a nation well-restrained and does not allow it to sink so low. Oh, I know you will say, "But we have not such a history!" No, there is not any, according to those who think like you. Neither is there any, according to your big university scholars; and so also think those who, having travelled through the West in one great rush, come back dressed in European style and assert, "We have nothing, we are barbarians." Of course, we have no history exactly like that of other countries. Suppose we take rice, and the Englishmen do not. Would you for that reason imagine that they all die of starvation, and are going to be exterminated? They live quite well on what they can easily procure or produce in their own country and what is suited to them. Similarly, we have our own history exactly as it ought to have been for us. Will that history be made extinct by shutting your eyes and crying, "Alas! we have no history!" Those who have eyes to see, find a luminous history there, and on the strength of that they know the nation is still alive. But that history has to be rewritten. It should be restated and suited to the understanding and ways of thinking which our men have acquired in the present age through Western education.
Q. How has that to be done?
Swamiji: That is too big a subject for a talk now. However, to bring that about, the old institution of "living with the Guru" and similar systems of imparting education are needed. What we want are Western science coupled with Vedanta, Brahmacharya as the guiding motto, and also Shraddhâ and faith in one's own self. Another thing that we want is the abolition of that system which aims at educating our boys in the same manner as that of the man who battered his ass, being advised that it could thereby be turned into a horse.
Q. What do you mean by that?
Swamiji: You see, no one can teach anybody. The teacher spoils everything by thinking that he is teaching. Thus Vedanta says that within man is all knowledge—even in a boy it is so—and it requires only an awakening, and that much is the work of a teacher. We have to do only so much for the boys that they may learn to apply their own intellect to the proper use of their hands, legs, ears, eyes, etc., and finally everything will become easy. But the root is religion. Religion is as the rice, and everything else, like the curries. Taking only curries causes indigestion, and so is the case with taking rice alone. Our pedagogues are making parrots of our boys and ruining their brains by cramming a lot of subjects into them. Looking from one standpoint, you should rather be grateful to the Viceroy for his proposal of reforming the university system, which means practically abolishing higher education; the country will, at least, feel some relief by having breathing time. Goodness gracious! What a fuss and fury about graduating, and after a few days all cools down! And after all that, what is it they learn but that what religion and customs we have are all bad, and what the Westerners have are all good! At last, they cannot keep the wolf from the door! What does it matter if this higher education remains or goes? It would be better if the people got a little technical education, so that they might find work and earn their bread, instead of dawdling about and crying for service.
Q. Yes, the Marwaris are wiser, since they do not accept service and most of them engage themselves in some trade.
Swamiji: Nonsense! They are on the way to bringing ruin on the country. They have little understanding of their own interests. You are much better, because you have more of an eye towards manufactures. If the money that they lay out in their business and with which they make only a small percentage of profit were utilised in conducting a few factories and workshops, instead of filling the pockets of Europeans by letting them reap the benefit of most of the transactions, then it would not only conduce to the well-being of the country but bring by far the greater amount of profit to them, as well. It is only the Kabulis who do not care for service—the spirit of independence is in their very bone and marrow. Propose to anyone of them to take service, and you will see what follows!
Q. Well, Maharaj, in case higher education is abolished, will not the men become as stupid as cows, as they were before?
Swamiji: What nonsense! Can ever a lion become a jackal? What do you mean? Is it ever possible for the sons of the land that has nourished the whole world with knowledge from time immemorial to turn as stupid as cows, because of the abolition of higher education by Lord Curzon?
Q. But think what our people were before the advent of the English, and what they are now.
Swamiji: Does higher education mean mere study of material sciences and turning out things of everyday use by machinery? The use of higher education is to find out how to solve the problems of life, and this is what is engaging the profound thought of the modern civilised world, but it was solved in our country thousands of years ago.
Q. But your Vedanta also was about to disappear?
Swamiji: It might be so. In the efflux of time the light of Vedanta now and then seems as if about to be extinguished, and when that happens, the Lord has to incarnate Himself in the human body; He then infuses such life and strength into religion that it goes on again for some time with irresistible vigour. That life and strength has come into it again.
Q. What proof is there, Maharaj, that India has freely contributed her knowledge to the rest of the world?
Swamiji: History itself bears testimony to the fact. All the soul-elevating ideas and the different branches of knowledge that exist in the world are found on proper investigation to have their roots in India.
Aglow with enthusiasm, Swamiji dwelt at length on this topic. His health was very bad at the time, and moreover owing to the intense heat of summer, he was feeling thirsty and drinking water too often. At last he said "Dear Singhi, get a glass of iced water for me please, I shall explain everything to you clearly." After drinking the iced water he began afresh.
Swamiji: What we need, you know, is to study, independent of foreign control, different branches of the knowledge that is our own, and with it the English language and Western science; we need technical education and all else that may develop industries So that men, instead of seeking for service, may earn enough to provide for themselves, and save something against a rainy day.
Q. What were you going to say the other day about the tol (Sanskrit boarding school) system?
Swamiji: Haven't you read the stories from the Upanishads? I will tell you one. Satyakâma went to live the life of a Brahmachârin with his Guru. The Guru gave into his charge some cows and sent him away to the forest with them. Many months passed by, and when Satyakama saw that the number of cows was doubled he thought of returning to his Guru. On his way back, one of the bulls, the fire, and some other animals gave him instructions about the Highest Brahman. When the disciple came back, the Guru at once saw by a mere glance at his face that the disciple had learnt the knowledge of the Supreme Brahman. Now, the moral this story is meant to teach is that true education is gained by constant living in communion with nature.
Knowledge should be acquired in that way, otherwise by educating yourself in the tol of a Pandit you will be only a human ape all your life. One should live from his very boyhood with one whose character is like a blazing fire and should have before him a living example of the highest teaching. Mere reading that it is a sin to tell a lie will be of no use. Every boy should be trained to practice absolute Brahmacharya, and then, and then only, faith —Shraddha—will come. Otherwise, why will not one who has no Shraddha speak an untruth? In our country, the imparting of knowledge has always been through men of renunciation. Later, the Pandits, by monopolising all knowledge and restricting it to the tols, have only brought the country to the brink of ruin. India had all good prospects so long as Tyâgis (men of renunciation) used to impart knowledge.
Q. What do you mean, Maharaj ? There are no Sannyâsins in other countries, but see how by dint of their knowledge India is laid prostrate at their feet!
Swamiji: Don't talk nonsense, my dear, hear what I say. India will have to carry others' shoes for ever on her head if the charge of imparting knowledge to her sons does not again fall upon the shoulders Of Tyagis. Don't you know how an illiterate boy, possessed of renunciation, turned the heads of your great old Pandits? Once at the Dakshineswar Temple the Brâhmana who was in charge of the worship of Vishnu broke a leg of the image. Pandits were brought together at a meeting to give their opinions, and they, after consulting old books and manuscripts, declared that the worship of this broken image could not be sanctioned according to the Shâstras and a new image would have to be consecrated. There was, consequently, a great stir. Shri Ramakrishna was called at last. He heard and asked, "Does a wife forsake her husband in case he becomes lame?" What followed? The Pandits were struck dumb, all their Shâstric commentaries and erudition could not withstand the force of this simple statement. If what you say was true, why should Shri Ramakrishna come down to this earth, and why should he discourage mere book-learning so much? That new life-force which he brought with him has to be instilled into learning and education, and then the real work will be done.
Q. But that is easier said than done.
Swamiji: Had it been easy, it would not have been necessary for him to come. What you have to do now is to establish a Math in every town and in every village. Can you do that? Do something at least. Start a big Math in the heart of Calcutta. A well-educated Sâdhu should be at the head of that centre and under him there should be departments for teaching practical science and arts, with a specialist Sannyasin in charge of each of these departments.
Q. Where will you get such Sadhus?
Swamiji: We shall have to manufacture them. Therefore, I always say that some young men with burning patriotism and renunciation are needed. None can master a thing perfectly in so short a time as the Tyagis will.
After a short silence Swamiji said, "Singhi, there are so many things left to be done for our country that thousands like you and me are needed. What will mere talk do? See to what a miserable condition the country is reduced; now do something! We haven't even got a single book well suited for the little boys."
Q. Why, there are so many books of Ishwar Chandra Vidyâsâgar for the boys!
No sooner had I said this than he laughed out and said: Yes, there you read "Ishvar Nirakar Chaitanya Svarup"—(God is without form and of the essence of pure knowledge); "Subal ati subodh bâlak"—(Subal is a very good boy), and so on. That won't do. We must compose some books in Bengali as also in English with short stories from the Râmâyana, the Mahâbhârata, the Upanishads, etc., in very easy and simple language, and these are to be given to our little boys to read.
It was about eleven o'clock by this time. The sky became suddenly overcast, and a cool breeze began to blow. Swamiji was greatly delighted at the prospect of rain. He got up and said, "Let us, Singhi, have a stroll by the side of the Ganga." We did so, and he recited many stanzas from the Meghaduta of Kâlidâsa, but the one undercurrent of thought that was all the time running through his mind was the good of India. He exclaimed, "Look here, Singhi, can you do one thing? Can you put a stop to the marriage of our boys for some time?"
I said, "Well, Maharaj, how can we think of that when the Babus are trying, on the other hand, all sorts of means to make marriage cheaper?"
Swamiji : Don't trouble your head on that score; who can stem the tide of time! All such agitations will end in empty sound, that is all. The dearer the marriages become, the better for the country. What a hurry-scurry of passing examinations and marrying right off! It seems as if no one was to be left a bachelor, but it is just the same thing again, next year!
After a short silence, Swamiji again said, "if I can get some unmarried graduates, I may try to send them over to Japan and make arrangements for their technical education there, so that when they come back, they may turn their knowledge to the best account for India. What a good thing that would be!"
Q. Why, Maharaj, is it better for us to go to Japan than to England?
Swamiji: Certainly! In my opinion, if all our rich and educated men once go and see Japan, their eyes will be opened.
Q. How?
Swamiji: There, in Japan, you find a fine assimilation of knowledge, and not its indigestion, as we have here. They have taken everything from the Europeans, but they remain Japanese all the same, and have not turned European; while in our country, the terrible mania of becoming Westernised has seized upon us like a plague.
I said: "Maharaj, I have seen some Japanese paintings; one cannot but marvel at their art. Its inspiration seems to be something which is their own and beyond imitation."
Swamiji: Quite so. They are great as a nation because of their art. Don't you see they are Asians, as we are? And though we have lost almost everything, yet what we still have is wonderful. The very soul of the Asian is interwoven with art. The Asian never uses a thing unless there be art in it. Don't you knew that art is, with us, a part of religion? How greatly is a lady admired, among us, who can nicely paint the floors and walls, on auspicious occasions, with the paste of rice powder? How great an artist was Shri Ramakrishna himself!
Q. The English art is also good, is it not?
Swamiji: What a stupid fool you are! But what is the use of blaming you when that seems to be the prevailing way of thinking! Alas, to such a state is our country reduced! The people will look upon their own gold as brass, while the brass of the foreigner it gold to them! This is, indeed, the magic wrought by modern education! Know that since the time the Europeans have come into contact with Asia, they are trying to infuse art into their own life.
Myself: If others hear you talk like this, Maharaj they will think that you take a pessimistic view of things.
Swamiji: Naturally! What else can they think who move in a rut! How I wish I could show you everything through my eyes! Look at their buildings—how commonplace, how meaningless, they are! Look at those big government buildings; can you, just by seeing their outside, make out any meaning for which each of them stands? No, because they are all so unsymbolical. Take again the dress of Westerners: their stiff coats and straight pants fitting almost tightly to the body, are, in our estimation hardly decent. Is it not so? And, oh, what beauty indeed, in that! Now, go all over our motherland and see if you cannot read aright, from their very appearance, the meaning for which our buildings stand, and hew much art there is in them! The glass is their drinking vessel, and ours is the metal Ghati (pitcher-shaped); which of the two is artistic? Have you seen the farmers' homes in our villages?
Myself: Yes, I have, of course.
Swamiji: What have you seen of them?
I did not know what to say. However, I replied, "Maharaj, they are faultlessly neat and clean, the yards and floors being daily well plastered over".
Swamiji: Have you seen their granaries for keeping paddy? What an art is there in them! What a variety of paintings even on their mud walls! And then, if you go and see how the lower classes live in the West, you would at once mark the difference. Their ideal is utility, ours art. The Westerner looks for utility in everything, whereas with us art is everywhere. With the Western education, those beautiful Ghatis of ours have been discarded, and enamel glasses have usurped their place in our homes! Thus the ideal of utility has been imbibed by us to such an extent as to make it look little short of the ridiculous. Now what we need is the combination of art and utility. Japan has done that very quickly, and so she has advanced by giant strides. Now, in their turn, the Japanese are going to teach the Westerners.
Q. Maharaj, which nation in the world dresses best?
Swamiji: The Aryans do; even the Europeans admit that. How picturesquely their dresses hang in folds! The royal costumes of most nations are, to some extent, a sort of imitation of the Aryans,'—the same attempt is made there to keep them in folds, and those costumes bear a marked difference to their national style.
By the by, Singhi, leave off that wretched habit of wearing those European shirts.
Q. Why, Maharaj?
Swamiji: For the reason that they are used by the Westerners only as underwear. They never like to see them worn outside. How mistaken of the Bengalis to do so! As if one should wear anything and everything, as if there was no unwritten law about dress, as if there was no ancestral style to follow! Our people are out-casted by taking the food touched by the lower classes it would have been very well if the same law applied to their wearing any irregular style of dress. Why can't you adapt your dress in some way to our own style? What sense is there in your adopting European shirts and coats?
It began to rain now, and the dinner-bell also rang. So we went in to partake of the Prasâda (consecrated food) with others. During the meal, Swamiji said, addressing me: "Concentrated food should be taken. To fill the stomach with a large quantity of rice is the root of laziness." A little while after he said again, "Look at the Japanese, they take rice with the soup of split peas, twice or thrice a day. But even the strongly built take a little at a time, though the number of meals may be more. Those who are well-to-do among them take meat daily. While we stuff ourselves twice a day up to the throat, as it were, and the whole of our energy is exhausted in digesting such a quantity of rice!"
Q. Is it feasible for us Bengalis, poor as we are, to take meat?
Swamiji: Why not? You can afford to have it in small quantities. Half a pound a day is quite enough. The real evil is idleness, which is the principal cause of our poverty. Suppose the head of a firm gets displeased with someone and decreases his pay; or out of three or four bread-winning sons in a family one suddenly dies; what do they do? Why, they at once curtail the quantity of milk for the children, or live on one meal a day, having a little popped rice or so at night!
Q. But what else can they do under the circumstances?
Swamiji: Why can't they exert themselves and earn more to keep up their standard of food? But no! They must go to their local Âddâs (rendezvous) and idle hours away! Oh, if they only knew how they wasted their time!
X
The Discrimination of the Four Castes According to Jati and Guna—Brahmanas and Kshatriyas in the West—The Kula-Guru System in Bengal
Once I went to see Swamiji while he was staying in Calcutta at the house of the late Balaram Basu. After a long conversation about Japan and America, I asked him, "Well, Swamiji, how many disciples have you in the West?"
Swamiji: A good many.
Q. Two or three thousands?
Swamiji: Maybe more than that.
Q. Are they all initiated by you with Mantras?
Swamiji: Yes.
Q. Did you give them permission to utter Pranava (Om) ?
Swamiji: Yes.
Q. How did you, Mahârâj? They say that the Shudras have no right to Pranava, and none has except the Brâhmins. Moreover, the Westerners are Mlechchhas, not even Shudras.
Swamiji: How do you know that those whom I have initiated are not Brahmins?
Myself: Where could you get Brahmins outside India, in the lands of the Yavanas and Mlechchhas?
Swamiji: My disciples are all Brahmins! I quite admit the truth of the words that none except the Brahmins has the right to Pranava. But the son of a Brahmin is not necessarily always a Brahmin; though there is every possibility of his being one, he may not become so. Did you not hear that the nephew of Aghore Chakravarti of Baghbazar became a sweeper and actually used to do all the menial services of his adopted caste? Was he not the son of a Brahmin?
The Brahmin caste and the Brâhmanya qualities are two distinct things. In India, one is held to be a Brahmin by one's caste, but in the West, one should be known as such by one's Brahmanya qualities. As there are three Gunas—Sattva, Rajas, and Tamas—so there are Gunas which show a man to be a Brahmin, Kshatriya, Vaishya or Shudra. The qualities of being a Brahmin or a Kshatriya are dying out from the country; but in the West they have now attained to Kshatriyahood, from which the next step is Brahminhood; and many there are who have qualified themselves for that.
Q. Then you call those Brahmins who are Sâttvika by nature.
Swamiji: Quite so. As there are Sattva, Rajas, and Tamas—one or other of these Gunas more or less—in every man, so the qualities which make a Brahmin, Kshatriya, Vaishya, or Shudra are inherent in every man, more or less. But at times one or other of these qualities predominates in him in varying degrees, and it is manifested accordingly. Take a man in his different pursuits, for example: when he is engaged in serving another for pay, he is in Shudrahood; when he is busy transacting some piece of business for profit, on his own account, he is a Vaishya; when he fights to right wrongs, then the qualities of a Kshatriya come out in him; and when he meditates on God or passes his time in conversation about Him, then he is a Brahmin. Naturally, it is quite possible for one to be changed from one caste into another. Otherwise, how did Vishvâmitra become a Brahmin and Parashurâma a Kshatriya?
Q. What you say seems to be quite right, but why then do not our Pandits and family-Gurus teach us the same thing?
Swamiji: That is one of the great evils of our country. But let the matter rest now.
Swamiji here spoke highly of the Westerners' spirit of practicality, and how, when they take up religion also, that spirit shows itself.
Myself: True, Maharaj, I have heard that their spiritual and psychic powers are very quickly developed when they practice religion. The other day Swami Saradananda showed me a letter written by one of his Western disciples, describing the spiritual powers highly developed in the writer through the Sâdhanâs practiced for only four months.
Swamiji: So you see! Now you understand whether there are Brahmins in the West or not. You have Brahmins here also, but they are bringing the country down to the verge of ruin by their awful tyranny, and consequently what they have naturally is vanishing away by degrees. The Guru initiates his disciple with a Mantra, but that has come to be a trade with him. And then, how wonderful is the relation nowadays between a Guru and his disciple! Perchance, the Guru has nothing to eat at home, and his wife brings the matter to his notice and says, "Pray, go once again to your disciples, dear. Will your playing at dice all day long save us from hunger?" The Brahmin in reply says, "Very well, remind me of it tomorrow morning. I have come to hear that my disciple so-and-so is having a run of luck, and, moreover, I have not been to him for a long time." This is what your Kula-Guru system has come to in Bengal! Priestcraft in the West is not so degenerated, as yet; it is on the whole better than your kind!
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Texte issu de Wikisource, domaine public. Publication originale par Advaita Ashrama.