Mon maître
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Français
« Chaque fois que la vertu décline et que le vice prévaut, Je descends pour secourir l'humanité », déclare Krishna dans la Bhagavad-Gîtâ. Chaque fois que notre monde, en raison de sa croissance, en raison de circonstances nouvelles, nécessite un nouvel ajustement, une vague de puissance survient ; et comme l'homme agit sur deux plans, le spirituel et le matériel, des vagues d'ajustement se produisent sur les deux plans. D'un côté, pour l'ajustement sur le plan matériel, l'Europe a principalement constitué la base aux temps modernes ; et pour l'ajustement sur l'autre plan, le plan spirituel, l'Asie a été la base tout au long de l'histoire du monde. Aujourd'hui, l'homme a besoin d'un ajustement supplémentaire sur le plan spirituel ; aujourd'hui, quand les idées matérielles sont à l'apogée de leur gloire et de leur puissance, aujourd'hui, quand l'homme risque d'oublier sa nature divine à cause de sa dépendance croissante à la matière, et risque d'être réduit à une simple machine à faire de l'argent, un ajustement est nécessaire ; la voix a parlé, et la puissance vient dissiper les nuages du matérialisme qui s'amoncellent. La puissance a été mise en mouvement qui, dans un avenir proche, rendra une fois encore à l'humanité le souvenir de sa vraie nature ; et encore une fois, le lieu d'où partira cette puissance sera l'Asie.
Notre monde repose sur le principe de la division du travail. Il est vain de prétendre qu'un seul homme possédera tout. Et pourtant, comme nous sommes puérils ! Le bébé, dans son ignorance, pense que sa poupée est le seul bien digne de convoitise dans tout l'univers. De même, une nation puissante par ses possessions matérielles pense que c'est là tout ce qu'il faut convoiter, que c'est là tout ce que signifie le progrès, que c'est là tout ce que signifie la civilisation, et que s'il existe d'autres nations qui ne se soucient pas de la possession et ne détiennent pas cette puissance, elles ne méritent pas de vivre, leur existence entière est inutile ! D'autre part, une autre nation peut penser que la civilisation purement matérielle est totalement inutile. De l'Orient est venue la voix qui a dit un jour au monde que si un homme possède tout ce qui est sous le soleil mais ne possède pas la spiritualité, à quoi cela lui sert-il ? Tel est le type oriental ; l'autre est le type occidental.
Chacun de ces types a sa grandeur, chacun a sa gloire. L'ajustement présent sera l'harmonisation, le mélange de ces deux idéaux. Pour l'Oriental, le monde de l'esprit est aussi réel que l'est pour l'Occidental le monde des sens. Dans le spirituel, l'Oriental trouve tout ce qu'il désire ou espère ; c'est en lui qu'il trouve tout ce qui rend la vie réelle à ses yeux. Pour l'Occidental, il est un rêveur ; pour l'Oriental, l'Occidental est un rêveur jouant avec des jouets éphémères, et il rit à la pensée que des hommes et des femmes adultes fassent tant de cas d'une poignée de matière qu'ils devront abandonner tôt ou tard. Chacun qualifie l'autre de rêveur. Mais l'idéal oriental est aussi nécessaire au progrès de la race humaine que l'idéal occidental, et je pense qu'il l'est davantage. Les machines n'ont jamais rendu l'humanité heureuse et ne le feront jamais. Celui qui tente de nous faire croire cela prétendra que le bonheur réside dans la machine ; mais il réside toujours dans l'esprit. Seul l'homme qui est maître de son esprit peut devenir heureux, et nul autre. Et qu'est-ce, après tout, que cette puissance des machines ? Pourquoi un homme capable d'envoyer un courant électrique à travers un fil devrait-il être appelé un très grand homme et un homme très intelligent ? La nature ne fait-elle pas un million de fois plus que cela à chaque instant ? Pourquoi ne pas alors se prosterner et adorer la nature ? À quoi sert-il d'avoir du pouvoir sur le monde entier, d'avoir maîtrisé chaque atome de l'univers ? Cela ne vous rendra pas heureux à moins que vous n'ayez en vous-même le pouvoir du bonheur, tant que vous ne vous êtes pas conquis vous-même. L'homme est né pour conquérir la nature, c'est vrai, mais l'Occidental n'entend par « nature » que la nature physique ou extérieure. Il est vrai que la nature extérieure est majestueuse, avec ses montagnes, ses océans et ses fleuves, avec ses puissances et ses variétés infinies. Pourtant, il existe une nature intérieure de l'homme plus majestueuse encore, plus haute que le soleil, la lune et les étoiles, plus haute que cette terre qui est la nôtre, plus haute que l'univers physique, transcendant ces petites vies qui sont les nôtres ; et elle offre un autre champ d'étude. C'est là que les Orientaux excellent, tout comme les Occidentaux excellent dans l'autre domaine. Il est donc naturel que, chaque fois qu'un ajustement spirituel est nécessaire, il vienne de l'Orient. Il est également naturel que lorsque l'Oriental veut apprendre à fabriquer des machines, il s'assoie aux pieds de l'Occidental pour apprendre de lui. Quand l'Occident veut apprendre sur l'esprit, sur Dieu, sur l'âme (Atman, le Soi éternel), sur le sens et le mystère de cet univers, il doit s'asseoir aux pieds de l'Orient pour apprendre.
Je vais vous présenter la vie d'un homme qui a mis en mouvement une telle vague en Inde. Mais avant d'entrer dans la vie de cet homme, j'essaierai de vous exposer le secret de l'Inde, ce que l'Inde signifie. Si ceux dont les yeux ont été aveuglés par l'éclat des choses matérielles, dont toute la vie est vouée à manger, à boire et à jouir, dont l'idéal de possession est la terre et l'or, dont l'idéal de plaisir est celui des sens, dont le Dieu est l'argent, et dont le but est une vie de facilité et de confort en ce monde puis la mort ensuite, dont l'esprit ne regarde jamais en avant, et qui pensent rarement à quoi que ce soit de plus élevé que les objets des sens au milieu desquels ils vivent — si de tels hommes vont en Inde, que voient-ils ? La pauvreté, la misère, la superstition, l'obscurité, la laideur partout. Pourquoi ? Parce que dans leur esprit, les lumières signifient l'habillement, l'éducation, la politesse sociale. Alors que les nations occidentales ont déployé tous leurs efforts pour améliorer leur condition matérielle, l'Inde a agi différemment. Là vivent les seuls hommes au monde qui, dans toute l'histoire de l'humanité, ne sont jamais allés au-delà de leurs frontières pour conquérir qui que ce soit, qui n'ont jamais convoité ce qui appartenait à autrui, dont le seul défaut était que leurs terres étaient si fertiles, et qu'ils accumulaient des richesses par le dur labeur de leurs mains, tentant ainsi d'autres nations de venir les dépouiller. Ils se contentent d'être dépouillés et d'être appelés barbares ; et en retour, ils veulent envoyer au monde des visions du Suprême, dévoiler au monde les secrets de la nature humaine, déchirer le voile qui cache l'homme véritable, car ils connaissent le rêve, car ils savent que derrière ce matérialisme vit la vraie nature divine de l'homme qu'aucun péché ne peut ternir, qu'aucun crime ne peut corrompre, qu'aucune convoitise ne peut souiller, que le feu ne peut brûler, que l'eau ne peut mouiller, que la chaleur ne peut dessécher ni la mort tuer. Et pour eux, cette vraie nature de l'homme est aussi réelle que n'importe quel objet matériel l'est pour les sens d'un Occidental.
De même que vous êtes courageux pour vous jeter à la gueule d'un canon avec un hourra, de même que vous êtes courageux au nom du patriotisme pour vous lever et donner votre vie pour votre pays, de même sont-ils courageux au nom de Dieu. C'est là que lorsqu'un homme déclare que ceci est un monde d'idées, que tout n'est qu'un rêve, il rejette vêtements et biens pour démontrer que ce qu'il croit et pense est vrai. C'est là qu'un homme s'assied au bord d'une rivière, quand il a compris que la vie est éternelle, et veut abandonner son corps comme un rien, tout comme vous pouvez abandonner un brin de paille. C'est en cela que réside leur héroïsme : ils sont prêts à affronter la mort comme un frère, car ils sont convaincus qu'il n'y a pas de mort pour eux. C'est en cela que réside la force qui les a rendus invincibles à travers des centaines d'années d'oppression, d'invasion étrangère et de tyrannie. La nation vit aujourd'hui, et dans cette nation, même aux jours des catastrophes les plus terribles, des géants spirituels n'ont jamais cessé de surgir. L'Asie produit des géants en spiritualité, tout comme l'Occident produit des géants en politique, des géants en science. Au début du siècle présent, quand l'influence occidentale commença à se déverser en Inde, quand les conquérants occidentaux, l'épée à la main, vinrent démontrer aux enfants des sages qu'ils n'étaient que des barbares, une race de rêveurs, que leur religion n'était que mythologie, et que Dieu, l'âme et tout ce pour quoi ils avaient lutté n'étaient que des mots vides de sens, que les milliers d'années de lutte, les milliers d'années de renoncement sans fin, avaient tous été vains, la question commença à agiter les jeunes gens dans les universités : toute l'existence nationale jusqu'alors avait-elle été un échec, devaient-ils tout recommencer selon le plan occidental, déchirer leurs vieux livres, brûler leurs philosophies, chasser leurs prédicateurs et abattre leurs temples ? Le conquérant occidental, l'homme qui démontrait sa religion par l'épée et le fusil, n'avait-il pas dit que toutes les anciennes voies n'étaient que superstition et idolâtrie ? Les enfants élevés et éduqués dans les nouvelles écoles fondées sur le plan occidental absorbèrent ces idées dès leur enfance ; et il n'est pas étonnant que des doutes aient surgi. Mais au lieu de rejeter la superstition et de mener une véritable recherche de la vérité, le critère de la vérité devint : « Que dit l'Occident ? » Les prêtres doivent partir, les Vedas (les Écritures sacrées de l'Inde) doivent être brûlés, parce que l'Occident l'a dit. Du sentiment d'inquiétude ainsi engendré surgit une vague de soi-disant réforme en Inde.
Si vous souhaitez être un vrai réformateur, trois choses sont nécessaires. La première est de ressentir. Ressentez-vous vraiment pour vos frères ? Ressentez-vous vraiment qu'il y a tant de misère dans le monde, tant d'ignorance et de superstition ? Ressentez-vous vraiment que les hommes sont vos frères ? Cette idée imprègne-t-elle tout votre être ? Coule-t-elle dans votre sang ? Vibre-t-elle dans vos veines ? Parcourt-elle chaque nerf et chaque fibre de votre corps ? Êtes-vous rempli de cette idée de sympathie ? Si oui, ce n'est que le premier pas. Vous devez ensuite réfléchir : avez-vous trouvé un remède ? Les anciennes idées sont peut-être toutes superstition, mais dans et autour de ces masses de superstition se trouvent des pépites d'or et de vérité. Avez-vous découvert les moyens de garder cet or seul, sans aucune scorie ? Si vous l'avez fait, ce n'est que le deuxième pas ; une chose de plus est nécessaire. Quel est votre motif ? Êtes-vous sûr de ne pas être mû par l'avidité de l'or, par la soif de célébrité ou de pouvoir ? Êtes-vous vraiment sûr de pouvoir vous tenir à vos idéaux et travailler, même si le monde entier veut vous écraser ? Êtes-vous sûr de savoir ce que vous voulez et d'accomplir votre devoir (dharma, la loi sacrée), et celui-là seul, même si votre vie est en jeu ? Êtes-vous sûr de persévérer aussi longtemps que la vie durera, aussi longtemps qu'il y aura une pulsation dans le cœur ? Alors vous êtes un vrai réformateur, vous êtes un maître (guru, le guide spirituel), une bénédiction pour l'humanité. Mais l'homme est si impatient, si myope ! Il n'a pas la patience d'attendre, il n'a pas le pouvoir de voir. Il veut régner, il veut des résultats immédiats. Pourquoi ? Il veut récolter les fruits lui-même, et ne se soucie pas vraiment des autres. Le devoir pour le devoir n'est pas ce qu'il veut. « Tu as droit à l'action, mais non à ses fruits », dit Krishna. Pourquoi s'accrocher aux résultats ? Les devoirs nous appartiennent. Laissons les fruits prendre soin d'eux-mêmes. Mais l'homme n'a pas de patience. Il adopte n'importe quel projet. Le plus grand nombre de prétendus réformateurs à travers le monde peut être classé sous cette catégorie.
Comme je l'ai dit, l'idée de réforme vint en Inde quand il semblait que la vague de matérialisme qui avait envahi ses rivages allait emporter les enseignements des sages. Mais la nation avait subi les chocs d'un millier de telles vagues de changement. Celle-ci était douce en comparaison. Vague après vague avait submergé le pays, brisant et écrasant tout pendant des centaines d'années. L'épée avait brillé, et « Victoire à Allah » avait déchiré les cieux de l'Inde ; mais ces flots s'étaient retirés, laissant les idéaux nationaux intacts.
La nation indienne ne peut être tuée. Immortelle, elle se tient debout, et elle se tiendra debout aussi longtemps que cet esprit demeurera en toile de fond, aussi longtemps que son peuple ne renoncera pas à sa spiritualité. Mendiants ils peuvent rester, pauvres et démunis, la saleté et la misère peuvent les entourer peut-être à travers tous les temps, mais qu'ils ne renoncent pas à leur Dieu, qu'ils n'oublient pas qu'ils sont les enfants des sages. De même qu'en Occident, même l'homme de la rue veut faire remonter sa lignée à quelque baron brigand du Moyen Âge, de même en Inde, même un Empereur sur le trône veut faire remonter sa lignée à quelque sage mendiant dans la forêt, à un homme qui portait l'écorce d'un arbre, vivait des fruits de la forêt et communiait avec Dieu. C'est ce type de descendance que nous voulons ; et aussi longtemps que la sainteté sera ainsi suprêmement vénérée, l'Inde ne peut mourir.
Beaucoup d'entre vous ont peut-être lu l'article du professeur Max Müller dans un récent numéro du Nineteenth Century, intitulé « Un vrai Mahâtman ». La vie de Shrî Ramakrishna est intéressante, car elle fut une illustration vivante des idées qu'il prêchait. Elle sera peut-être un peu romantique pour vous qui vivez en Occident, dans une atmosphère entièrement différente de celle de l'Inde. Car les méthodes et les manières dans le tourbillon de la vie occidentale diffèrent entièrement de celles de l'Inde. Pourtant, elle n'en sera peut-être que plus intéressante, car elle mettra en lumière des choses dont beaucoup ont déjà entendu parler.
C'est tandis que des réformes de toutes sortes étaient inaugurées en Inde qu'un enfant naquit de parents brahmanes pauvres, le dix-huit février 1836, dans un des villages reculés du Bengale. Le père et la mère étaient des gens très orthodoxes. La vie d'un brahmane véritablement orthodoxe est une vie de renoncement continu. Il y a très peu de choses qu'il puisse faire ; et au-delà, le brahmane orthodoxe ne doit s'occuper d'aucune activité séculière. En même temps, il ne doit pas recevoir de dons de n'importe qui. Vous pouvez imaginer combien cette vie devient rigoureuse. Vous avez entendu parler des brahmanes et de leur pouvoir sacerdotal maintes fois, mais très peu d'entre vous se sont jamais arrêtés pour se demander ce qui fait de cette admirable confrérie d'hommes les guides de leurs semblables. Ils sont les plus pauvres de toutes les classes du pays ; et le secret de leur pouvoir réside dans leur renoncement. Ils ne convoitent jamais la richesse. Le leur est le sacerdoce le plus pauvre du monde, et c'est pourquoi le plus puissant. Même dans cette pauvreté, la femme d'un brahmane ne laissera jamais un homme pauvre traverser le village sans lui donner quelque chose à manger. C'est considéré comme le plus haut devoir de la mère en Inde ; et parce qu'elle est la mère, son devoir est d'être servie en dernier ; elle doit s'assurer que tout le monde est servi avant que son tour ne vienne. C'est pourquoi la mère est considérée comme Dieu en Inde. Cette femme particulière, la mère de notre sujet, était le type même de la mère hindoue. Plus la caste est élevée, plus les restrictions sont grandes. Les gens des castes les plus basses peuvent manger et boire tout ce qu'ils veulent. Mais à mesure que les hommes s'élèvent dans l'échelle sociale, les restrictions augmentent ; et quand ils atteignent la caste la plus haute, celle des brahmanes, le sacerdoce héréditaire de l'Inde, leur vie, comme je l'ai dit, est très circonscrite. Comparée aux mœurs occidentales, leur vie est une ascèse continue. Les hindous sont peut-être la nation la plus exclusive au monde. Ils ont la même grande constance que les Anglais, mais bien plus amplifiée. Quand ils saisissent une idée, ils la poursuivent jusqu'à sa conclusion ultime, et ils s'y tiennent de génération en génération jusqu'à en tirer quelque chose. Donnez-leur une idée, et il n'est pas facile de la leur reprendre ; mais il est difficile de leur faire saisir une idée nouvelle.
Les hindous orthodoxes sont donc très exclusifs, vivant entièrement dans leur propre horizon de pensée et de sentiment. Leur vie est codifiée dans nos anciens livres jusque dans le moindre détail, et le moindre détail est saisi avec une fermeté quasi adamantine. Ils préféreraient mourir de faim plutôt que de manger un repas préparé par les mains d'un homme n'appartenant pas à leur propre petite section de caste. Mais avec tout cela, ils ont de l'intensité et un sérieux formidable. Cette force de foi intense et de vie religieuse se rencontre souvent chez les hindous orthodoxes, car leur orthodoxie même vient d'une conviction profonde que c'est juste. Nous ne pensons peut-être pas tous que ce à quoi ils s'accrochent avec une telle persévérance est juste ; mais pour eux, cela l'est. Or il est écrit dans nos livres qu'un homme doit toujours être charitable, même à l'extrême. Si un homme se laisse mourir de faim pour aider un autre homme, pour sauver la vie de cet homme, c'est bien ; il est même tenu qu'un homme devrait faire cela. Et il est attendu d'un brahmane qu'il porte cette idée jusqu'à l'extrême. Ceux qui connaissent la littérature de l'Inde se souviendront d'une belle histoire ancienne sur cette charité extrême, comment une famille entière, telle que relatée dans le Mahâbhârata, se laissa mourir de faim et donna son dernier repas à un mendiant. Ce n'est pas une exagération, car de telles choses se produisent encore. Le caractère du père et de la mère de mon Maître était très semblable à cela. Très pauvres ils étaient, et pourtant bien des fois la mère se privait de nourriture toute une journée pour aider un homme pauvre. C'est d'eux que naquit cet enfant ; et c'était un enfant singulier dès sa plus tendre enfance. Il se souvenait de son passé depuis sa naissance et était conscient du but pour lequel il était venu au monde, et chaque pouvoir était consacré à l'accomplissement de ce but.
Alors qu'il était encore très jeune, son père mourut ; et le garçon fut envoyé à l'école. Le fils d'un brahmane doit aller à l'école ; la caste le limite à une profession savante uniquement. L'ancien système d'éducation en Inde, encore en vigueur dans de nombreuses parties du pays, notamment en lien avec les sannyasins (les moines renonçants), est très différent du système moderne. Les étudiants n'avaient pas à payer. On estimait que le savoir est si sacré qu'aucun homme ne devrait le vendre. Le savoir devait être donné librement et sans aucun prix. Les maîtres prenaient des étudiants sans frais, et non seulement cela, la plupart d'entre eux donnaient à leurs étudiants nourriture et vêtements. Pour soutenir ces maîtres, les familles riches, à certaines occasions, comme un mariage ou les cérémonies pour les morts, leur faisaient des dons. Ils étaient considérés comme les premiers et les plus légitimes bénéficiaires de certains dons ; et eux, à leur tour, devaient entretenir leurs étudiants. Ainsi, chaque fois qu'il y a un mariage, en particulier dans une famille riche, ces professeurs sont invités, et ils viennent et discutent de divers sujets. Ce garçon se rendit à l'un de ces rassemblements de professeurs, et les professeurs discutaient de divers sujets, comme la logique ou l'astronomie, des sujets bien au-delà de son âge. Le garçon était singulier, comme je l'ai dit, et il en tira cette leçon morale : « Voilà le résultat de tout leur savoir. Pourquoi se battent-ils si ardemment ? C'est simplement pour de l'argent ; celui qui peut montrer le plus grand savoir ici obtiendra la meilleure paire d'étoffe, et c'est tout ce pour quoi ces gens luttent. Je n'irai plus à l'école. » Et il n'y alla plus ; ce fut la fin de sa scolarité. Mais ce garçon avait un frère aîné, un professeur savant, qui l'emmena à Calcutta pour étudier avec lui. Au bout de peu de temps, le garçon devint pleinement convaincu que le but de tout savoir profane n'était que l'avancement matériel, et rien de plus, et il résolut d'abandonner les études et de se consacrer uniquement à la poursuite de la connaissance spirituelle. Le père étant mort, la famille était très pauvre ; et ce garçon devait gagner sa propre vie. Il se rendit dans un lieu près de Calcutta et devint prêtre de temple. Devenir prêtre de temple est considéré comme très dégradant pour un brahmane. Nos temples ne sont pas des églises au sens où vous l'entendez, ce ne sont pas des lieux de culte public ; car, à proprement parler, il n'existe rien de tel que le culte public en Inde. Les temples sont érigés le plus souvent par des personnes riches comme un acte religieux méritoire.
Si un homme possède beaucoup de biens, il veut construire un temple. Il y place un symbole ou une image d'une Incarnation de Dieu, et le consacre au culte au nom de Dieu. Le culte ressemble à celui qui est conduit dans les églises catholiques romaines, très semblable à la messe, lisant certaines sentences des livres sacrés, agitant une lumière devant l'image, et traitant l'image à tous égards comme nous traitons un grand homme. C'est tout ce qui se fait dans le temple. L'homme qui va au temple n'est pas pour autant considéré comme meilleur que celui qui n'y va jamais. Plus justement, ce dernier est considéré comme le plus religieux, car la religion en Inde est pour chaque homme une affaire privée. Dans la maison de chaque homme, il y a soit une petite chapelle, soit une pièce réservée, et là il va matin et soir, s'assied dans un coin, et là accomplit son culte. Et ce culte est entièrement mental, car un autre homme n'entend ni ne sait ce qu'il fait. Il le voit seulement assis là, et peut-être remuant les doigts d'une manière particulière, ou fermant les narines et respirant d'une manière particulière. Au-delà de cela, il ne sait pas ce que fait son frère ; même sa femme, peut-être, ne le saura pas. Ainsi, tout le culte se déroule dans l'intimité de son propre foyer. Ceux qui ne peuvent se permettre d'avoir une chapelle vont sur les rives d'un fleuve, d'un lac ou de la mer s'ils vivent au bord de la mer, mais les gens vont parfois au temple pour faire une salutation à l'image. Là s'arrête leur obligation envers le temple. C'est pourquoi, vous le voyez, il est tenu depuis les temps les plus anciens dans notre pays, légiféré par Manu, que c'est une occupation dégradante de devenir prêtre de temple. Certains livres disent que c'est si dégradant que cela rend un brahmane digne de reproche. Comme pour l'éducation, mais dans un sens bien plus intense pour la religion, il y a derrière cela cette autre idée que les prêtres de temple qui reçoivent des honoraires pour leur travail font commerce de choses sacrées. Vous pouvez donc imaginer les sentiments de ce garçon quand il fut contraint par la pauvreté d'embrasser la seule occupation qui s'offrait à lui, celle de prêtre de temple.
Il y a eu en divers poètes au Bengale dont les chansons se sont transmises au peuple ; elles sont chantées dans les rues de Calcutta et dans chaque village. La plupart sont des chants religieux, et leur idée centrale unique, qui est peut-être particulière aux religions de l'Inde, est l'idée de réalisation. Il n'y a pas un livre en Inde sur la religion qui ne respire cette idée. L'homme doit réaliser Dieu, sentir Dieu, voir Dieu, parler à Dieu. Voilà la religion. L'atmosphère indienne regorge d'histoires de saints personnages ayant eu des visions de Dieu. De telles doctrines forment le fondement de leur religion ; et tous ces livres et écritures anciens sont les écrits de personnes qui entrèrent en contact direct avec les réalités spirituelles. Ces livres ne furent pas écrits pour l'intellect, et aucun raisonnement ne peut les comprendre, car ils furent écrits par des hommes qui virent les choses dont ils écrivaient, et ils ne peuvent être compris que par des hommes qui se sont élevés à la même hauteur. Ils disent qu'il existe une chose telle que la réalisation, même en cette vie, et qu'elle est ouverte à tous, et que la religion commence avec l'ouverture de cette faculté, si je puis l'appeler ainsi. C'est l'idée centrale de toutes les religions, et c'est pourquoi nous pouvons trouver un homme doté des plus achevées puissances oratoires, ou de la logique la plus convaincante, prêchant les plus hautes doctrines et pourtant incapable de se faire écouter, tandis que nous pouvons en trouver un autre, un homme pauvre, qui peut à peine parler la langue de sa propre mère patrie, et pourtant la moitié de la nation le vénère de son vivant comme Dieu. Quand en Inde l'idée se répand, d'une façon ou d'une autre, qu'un homme s'est élevé à cet état de réalisation, que la religion n'est plus pour lui une question de conjecture, qu'il ne tâtonne plus dans l'obscurité sur des questions aussi capitales que la religion, l'immortalité de l'âme et Dieu, les gens viennent de tous les horizons pour le voir et progressivement ils commencent à le vénérer.
Dans le temple se trouvait une image de la « Bienheureuse Mère ». Ce garçon devait conduire le culte matin et soir, et peu à peu cette unique idée remplit son esprit : « Y a-t-il quelque chose derrière cette image ? Est-il vrai qu'il existe une Mère de la Béatitude dans l'univers ? Est-il vrai qu'Elle vit et guide l'univers, ou tout cela n'est-il qu'un rêve ? Y a-t-il une quelconque réalité dans la religion ? » Ce scepticisme vient à l'enfant hindou. C'est le scepticisme de notre pays : ce que nous faisons est-il réel ? Et les théories ne nous satisferont pas, bien qu'il y ait à portée de main presque toutes les théories qui aient jamais été élaborées au sujet de Dieu et de l'âme (Atman, le Soi éternel). Ni les livres ni les théories ne peuvent nous satisfaire ; l'unique idée qui saisit des milliers de nos compatriotes est cette idée de réalisation. Est-il vrai qu'il existe un Dieu ? Si c'est vrai, puis-je Le voir ? Puis-je réaliser la vérité ? L'esprit occidental jugera peut-être tout cela très impraticable, mais pour nous, c'est intensément pratique. Car c'est pour cela qu'ils vivent. Vous venez d'entendre comment, depuis les temps les plus reculés, il y eut des personnes qui renoncèrent à tout confort et à tout luxe pour vivre dans des grottes, et des centaines renoncèrent à leur foyer pour pleurer d'amères larmes de souffrance, sur les rives des fleuves sacrés, afin de réaliser cette idée — non pas connaître au sens ordinaire du terme, non pas une compréhension intellectuelle, non pas une simple appréhension rationaliste de la chose réelle, non pas un simple tâtonnement dans l'obscurité, mais une réalisation intense, bien plus réelle que ce monde ne l'est pour nos sens. Telle est l'idée. Je n'avance aucune proposition à ce sujet pour l'instant, mais c'est le seul fait qui s'est imprimé en eux. Des milliers seront tués, d'autres milliers seront prêts. C'est ainsi que sur cette unique idée, la nation entière pendant des milliers d'années s'est reniée et sacrifiée. Pour cette idée, des milliers d'hindous chaque année abandonnent leur foyer, et beaucoup d'entre eux meurent des épreuves qu'ils doivent endurer. Pour l'esprit occidental, cela doit paraître des plus chimériques, et je peux comprendre la raison de ce point de vue. Mais bien que j'aie résidé en Occident, je pense toujours que cette idée est la chose la plus pratique de la vie.
Chaque instant que je pense à autre chose est pour moi une perte — même les merveilles des sciences terrestres ; tout est vain si cela m'éloigne de cette pensée. La vie n'est qu'un instant, que vous ayez la connaissance d'un ange ou l'ignorance d'un animal. La vie n'est qu'un instant, que vous ayez la pauvreté du plus pauvre en haillons ou la richesse de la personne vivante la plus opulente. La vie n'est qu'un instant, que vous soyez un homme accablé vivant dans une des grandes rues des grandes villes de l'Occident ou un Empereur couronné régnant sur des millions de sujets. La vie n'est qu'un instant, que vous ayez la meilleure santé ou la pire. La vie n'est qu'un instant, que vous ayez le tempérament le plus poétique ou le plus cruel. Il n'y a qu'une solution à la vie, dit l'hindou, et cette solution est ce qu'il appelle Dieu et la religion. Si ceux-ci sont vrais, la vie s'explique, la vie devient supportable, elle devient agréable. Sinon, la vie n'est qu'un fardeau inutile. Telle est notre idée, mais aucun raisonnement ne peut la démontrer ; il peut seulement la rendre probable, et là cela s'arrête. La plus haute démonstration du raisonnement que nous possédions dans toute branche du savoir ne peut que rendre un fait probable, et rien de plus. Les faits les plus démontrables de la science physique ne sont que des probabilités, pas encore des faits. Les faits ne sont que dans les sens. Les faits doivent être perçus, et nous devons percevoir la religion pour nous la démontrer à nous-mêmes. Nous devons sentir Dieu pour être convaincus qu'il existe un Dieu. Nous devons sentir les faits de la religion pour savoir que ce sont des faits. Rien d'autre, et aucune quantité de raisonnement, sinon notre propre perception ne peut rendre ces choses réelles pour nous, ne peut rendre ma croyance ferme comme le roc. Telle est mon idée, et telle est l'idée indienne.
Cette idée prit possession du garçon et toute sa vie se concentra sur elle. Jour après jour il pleurait et disait : « Mère, est-il vrai que Tu existes, ou tout cela n'est-il que poésie ? La Bienheureuse Mère est-elle une imagination de poètes et de gens égarés, ou existe-t-il une telle Réalité ? » Nous avons vu que de livres, d'éducation au sens où nous l'entendons, il n'en avait point, et d'autant plus naturel, d'autant plus sain, était son esprit, d'autant plus pures ses pensées, non diluées par l'absorption des pensées d'autrui. Parce qu'il n'alla pas à l'université, il pensa par lui-même. Parce que nous avons passé la moitié de nos vies à l'université, nous sommes remplis d'une collection de pensées d'autres gens. Le professeur Max Müller a bien dit, dans l'article auquel je viens de faire référence, que c'était un homme pur et original ; et le secret de cette originalité était qu'il n'avait pas été élevé dans l'enceinte d'une université. Cependant, cette pensée — Dieu peut-il être vu ? — qui était au premier plan de son esprit gagnait en force chaque jour jusqu'à ce qu'il ne pût penser à rien d'autre. Il ne pouvait plus conduire le culte convenablement, il ne pouvait plus s'occuper des divers détails dans toute leur minutie. Souvent il oubliait de placer l'offrande de nourriture devant l'image, parfois il oubliait d'agiter la lumière ; d'autres fois il l'agitait pendant des heures, et oubliait tout le reste.
Et cette unique idée était dans son esprit chaque jour : « Est-il vrai que Tu existes, ô Mère ? Pourquoi ne parles-Tu pas ? Es-Tu morte ? » Peut-être certains d'entre nous ici se souviendront qu'il y a des moments dans nos vies où, fatigués de toutes ces ratiocinations d'une logique terne et morte, fatigués de peiner sur des livres — qui après tout ne nous enseignent rien, ne deviennent rien d'autre qu'une sorte d'opium intellectuel — nous devons en prendre à heures fixes ou nous mourons — fatigués de tout cela, le cœur de nos cœurs lance un appel : « N'y a-t-il personne dans cet univers qui puisse me montrer la lumière ? Si Tu es, montre-moi la lumière. Pourquoi ne parles-Tu pas ? Pourquoi Te rends-Tu si rare, pourquoi envoies-Tu tant de messagers et ne viens-Tu pas Toi-même à moi ? Dans ce monde de combats et de factions, qui dois-je suivre et croire ? Si Tu es le Dieu de chaque homme et de chaque femme, pourquoi ne viens-Tu pas parler à Ton enfant et voir s'il n'est pas prêt ? » Eh bien, de telles pensées viennent à nous tous dans les moments de grande détresse ; mais telles sont les tentations qui nous entourent que l'instant d'après nous oublions. L'espace d'un instant, il semblait que les portes des cieux allaient s'ouvrir, l'espace d'un instant, il semblait que nous allions plonger dans la lumière resplendissante ; mais l'homme animal secoue de nouveau toutes ces visions angéliques. Nous retombons, homme animal encore une fois mangeant et buvant et mourant, et mourant et buvant et mangeant encore et encore. Mais il y a des esprits exceptionnels qui ne se laissent pas détourner si facilement, qui, une fois attirés, ne peuvent jamais être ramenés en arrière, quelle que soit la tentation sur le chemin, qui veulent voir la Vérité sachant que la vie doit s'en aller. Ils disent : qu'elle s'en aille dans une noble conquête, et quelle conquête est plus noble que la conquête de l'homme inférieur, que cette solution du problème de la vie et de la mort, du bien et du mal ?
Finalement, il lui devint impossible de servir dans le temple. Il le quitta et entra dans un petit bois qui se trouvait à proximité et y vécut. À propos de cette partie de sa vie, il me raconta maintes fois qu'il ne pouvait dire quand le soleil se levait ou se couchait, ni comment il vivait. Il perdit toute pensée de lui-même et oublia de manger. Pendant cette période, il fut amoureusement veillé par un parent qui mettait dans sa bouche de la nourriture qu'il avalait machinalement.
Les jours et les nuits passèrent ainsi avec le garçon. Quand une journée entière s'écoulait, vers le soir quand le son des cloches dans les temples et les voix chantantes atteignaient le bois, cela rendait le garçon très triste, et il pleurait : « Un autre jour est passé en vain, Mère, et Tu n'es pas venue. Un autre jour de cette courte vie s'en est allé, et je n'ai pas connu la Vérité. » Dans l'agonie de son âme, parfois il frottait son visage contre le sol et pleurait, et cette unique prière jaillissait : « Manifeste-Toi en moi, Toi Mère de l'univers ! Vois que j'ai besoin de Toi et de rien d'autre ! » En vérité, il voulait être fidèle à son propre idéal. Il avait entendu dire que la Mère ne venait jamais tant que tout n'avait pas été abandonné pour Elle. Il avait entendu dire que la Mère voulait venir à chacun, mais qu'ils ne pouvaient pas La recevoir, que les gens voulaient toutes sortes de petites idoles ridicules pour prier, qu'ils voulaient leurs propres jouissances et non la Mère, et que l'instant où ils La désireraient vraiment de toute leur âme, et rien d'autre, à cet instant Elle viendrait. Alors il commença à se forger dans cette idée ; il voulait être exact, même sur le plan matériel. Il jeta le peu de biens qu'il possédait et fit le vœu de ne jamais toucher à l'argent, et cette unique idée, « je ne toucherai pas à l'argent », devint une partie de lui-même. Cela peut sembler relever de l'occulte, mais même dans sa vie ultérieure, quand il dormait, si je le touchais avec une pièce de monnaie, sa main se courbait et tout son corps devenait, pour ainsi dire, paralysé. L'autre idée qui lui vint à l'esprit était que la convoitise charnelle était l'autre ennemi. L'homme est une âme, et l'âme est au-delà du sexe, ni homme ni femme. L'idée de sexe et l'idée d'argent étaient les deux choses qui, pensait-il, l'empêchaient de voir la Mère. Tout cet univers est la manifestation de la Mère, et Elle vit dans le corps de chaque femme. « Chaque femme représente la Mère ; comment puis-je penser à la femme dans une simple relation sexuelle ? » Telle était l'idée : chaque femme était sa Mère, il devait se mettre dans l'état où il ne verrait rien d'autre que la Mère en chaque femme. Et il le mit en pratique dans sa vie.
Telle est la soif formidable qui saisit le cœur humain. Plus tard, cet homme même me dit : « Mon enfant, suppose qu'il y ait un sac d'or dans une pièce et un voleur dans la pièce d'à côté ; penses-tu que le voleur puisse dormir ? Il ne le peut pas. Son esprit pensera toujours à la façon d'entrer dans cette pièce et de s'emparer de cet or. Penses-tu alors qu'un homme, fermement persuadé qu'il existe une Réalité derrière toutes ces apparences, qu'il existe un Dieu, qu'il en est Un qui ne meurt jamais, Un qui est béatitude infinie, une béatitude comparée à laquelle ces plaisirs des sens ne sont que des jouets, puisse rester satisfait sans lutter pour L'atteindre ? Peut-il cesser ses efforts un seul instant ? Non. Il deviendra fou de désir ardent. » Cette folie divine s'empara du garçon. À cette époque, il n'avait pas de maître (guru, le guide spirituel), personne pour lui dire quoi que ce soit, et tout le monde pensait qu'il avait perdu la raison. C'est la condition ordinaire des choses. Si un homme rejette les vanités du monde, nous entendons dire qu'il est fou. Mais de tels hommes sont le sel de la terre. De cette folie sont venues les puissances qui ont mis en mouvement ce monde qui est le nôtre, et de cette folie seule viendront les puissances de l'avenir qui mettront le monde en mouvement.
Ainsi des jours, des semaines, des mois passèrent dans une lutte continue de l'âme pour atteindre la vérité. Le garçon commença à avoir des visions, à voir des choses merveilleuses ; les secrets de sa nature commençaient à s'ouvrir à lui. Voile après voile était, pour ainsi dire, retiré. La Mère Elle-même devint le maître et initia le garçon aux vérités qu'il cherchait. En ce temps-là, vint en ce lieu une femme d'une belle apparence, savante au-delà de toute comparaison. Plus tard, ce saint avait coutume de dire à son sujet qu'elle n'était pas savante, mais qu'elle était l'incarnation du savoir ; elle était le savoir même, sous forme humaine. Là aussi, vous trouvez la particularité de la nation indienne. Au milieu de l'ignorance dans laquelle vit la femme hindoue moyenne, au milieu de ce qu'on appelle dans les pays occidentaux son manque de liberté, il pouvait surgir une femme de spiritualité suprême. C'était une sannyasini (une moniale renonçante) ; car les femmes aussi renoncent au monde, abandonnent leurs biens, ne se marient pas, et se consacrent au culte du Seigneur. Elle vint ; et quand elle entendit parler de ce garçon dans le bois, elle offrit d'aller le voir ; et la sienne fut la première aide qu'il reçut. Aussitôt elle reconnut quel était son tourment, et elle lui dit : « Mon fils, béni est l'homme sur qui descend une telle folie. Le monde entier est fou — certains pour la richesse, d'autres pour le plaisir, d'autres pour la renommée, d'autres pour cent autres choses. Ils sont fous d'or, de maris ou d'épouses, de bagatelles, fous de tyranniser quelqu'un, fous de devenir riches, fous de toute chose insensée sauf de Dieu. Et ils ne peuvent comprendre que leur propre folie. Quand un autre homme est fou d'or, ils éprouvent de la sympathie et de la solidarité pour lui, et disent que c'est un homme bien, comme des fous pensent que seuls les fous sont sains d'esprit. Mais si un homme est fou du Bien-Aimé, du Seigneur, comment pourraient-ils comprendre ? Ils pensent qu'il a perdu la raison ; et ils disent : « N'ayez rien à faire avec lui. » C'est pourquoi ils te disent fou ; mais la tienne est la bonne sorte de folie. Béni est l'homme qui est fou de Dieu. De tels hommes sont très rares. » Cette femme demeura près du garçon pendant des années, lui enseigna les formes des religions de l'Inde, l'initia aux différentes pratiques du yoga (la discipline spirituelle d'union avec le Divin), et, pour ainsi dire, guida et harmonisa ce formidable fleuve de spiritualité.
Plus tard vint dans le même bois un sannyasin (un moine renonçant), l'un des moines mendiants de l'Inde, un homme savant, un philosophe. C'était un homme particulier, c'était un idéaliste. Il ne croyait pas que ce monde existait en réalité ; et pour le démontrer, il ne se mettait jamais sous un toit, il vivait toujours en plein air, sous l'orage et le soleil. Cet homme commença à enseigner au garçon la philosophie du Vedanta (la doctrine de la connaissance ultime de Brahman, la Réalité absolue) ; et il découvrit très vite, à sa grande stupéfaction, que l'élève était à certains égards plus sage que le maître. Il passa plusieurs mois avec le garçon, après quoi il l'initia dans l'ordre des sannyasins, et prit congé.
Quand, en tant que prêtre de temple, son culte extraordinaire fit croire aux gens qu'il avait l'esprit dérangé, ses parents le ramenèrent à la maison et le marièrent à une petite fille, pensant que cela détournerait ses pensées et rétablirait l'équilibre de son esprit. Mais il revint et, comme nous l'avons vu, s'enfonça plus profondément dans sa folie. Parfois, dans notre pays, les garçons sont mariés enfants et n'ont pas voix au chapitre ; leurs parents les marient. Bien entendu, un tel mariage n'est guère plus que des fiançailles. Quand ils sont mariés, ils continuent de vivre avec leurs parents, et le vrai mariage a lieu quand l'épouse a grandi. Il est alors d'usage que le mari aille chercher son épouse pour l'amener dans son propre foyer. Dans ce cas, cependant, le mari avait entièrement oublié qu'il avait une épouse. Dans sa maison lointaine, la jeune fille avait entendu dire que son mari était devenu un enthousiaste religieux, et qu'il était même considéré comme fou par beaucoup. Elle résolut de découvrir la vérité par elle-même, si bien qu'elle se mit en route et marcha jusqu'au lieu où se trouvait son mari. Quand enfin elle se tint devant son mari, il reconnut aussitôt son droit sur sa vie, bien qu'en Inde toute personne, homme ou femme, qui embrasse une vie religieuse, soit par là même libérée de toute autre obligation. Le jeune homme se jeta aux pieds de sa femme et dit : « Quant à moi, la Mère m'a montré qu'Elle réside en chaque femme, et ainsi j'ai appris à regarder chaque femme comme la Mère. C'est la seule idée que je puisse avoir à ton sujet ; mais si tu souhaites me ramener dans le monde, puisque j'ai été marié à toi, je suis à ton service. »
La jeune fille était une âme pure et noble, et elle fut capable de comprendre les aspirations de son mari et de sympathiser avec elles. Elle lui dit promptement qu'elle ne souhaitait nullement le ramener à une vie mondaine ; mais que tout ce qu'elle désirait était de rester près de lui, de le servir et d'apprendre de lui. Elle devint l'une de ses disciples les plus dévouées, le révérant toujours comme un être divin. Ainsi, par le consentement de sa femme, la dernière barrière fut levée, et il fut libre de mener la vie qu'il avait choisie.
Le désir suivant qui s'empara de l'âme de cet homme fut de connaître la vérité sur les différentes religions. Jusqu'alors il ne connaissait d'autre religion que la sienne. Il voulait comprendre ce qu'étaient les autres religions. Alors il chercha des maîtres d'autres religions. Par maîtres, vous devez toujours vous rappeler ce que nous entendons en Inde : non pas un rat de bibliothèque, mais un homme de réalisation, quelqu'un qui connaît la vérité de première main et non par un intermédiaire. Il trouva un saint musulman et se plaça sous sa direction ; il subit les disciplines prescrites par lui, et à sa grande stupéfaction découvrit que, fidèlement pratiquées, ces méthodes dévotionnelles le conduisaient au même but qu'il avait déjà atteint. Il recueillit une expérience similaire en suivant la vraie religion de Jésus le Christ. Il alla vers toutes les sectes qu'il put trouver, et tout ce qu'il entreprenait, il s'y jetait de tout son cœur. Il faisait exactement ce qu'on lui disait, et dans chaque cas il arrivait au même résultat. Ainsi, par l'expérience directe, il en vint à savoir que le but de chaque religion est le même, que chacune essaie d'enseigner la même chose, la différence résidant largement dans la méthode et plus encore dans le langage. Au fond, toutes les sectes et toutes les religions ont le même objectif ; et elles ne se querellaient que pour leurs propres fins égoïstes — elles ne se souciaient pas de la vérité, mais de « mon nom » et de « ton nom ». Deux d'entre elles prêchaient la même vérité, mais l'un disait : « Cela ne peut pas être vrai, car je n'y ai pas apposé le sceau de mon nom. Ne l'écoutez donc pas. » Et l'autre disait : « Ne l'écoutez pas, bien qu'il prêche à peu près la même chose, ce n'est pourtant pas vrai parce qu'il ne le prêche pas en mon nom. »
Voilà ce que mon Maître découvrit, et il entreprit alors d'apprendre l'humilité, car il avait trouvé que l'unique idée de toutes les religions est : « non pas moi, mais Toi », et celui qui dit « non pas moi », le Seigneur remplit son cœur. Moins il y a de ce petit « moi », plus il y a de Dieu en lui. Il trouva que c'était la vérité dans chaque religion du monde, et il se donna pour tâche de l'accomplir. Comme je vous l'ai dit, chaque fois qu'il voulait faire quelque chose, il ne se confinait jamais à de belles théories, mais entrait immédiatement dans la pratique ; nous voyons beaucoup de personnes parler des choses les plus merveilleusement belles sur la charité, l'égalité et les droits d'autrui et tout le reste, mais ce n'est qu'en théorie. J'ai eu la chance de trouver quelqu'un qui était capable de porter la théorie dans la pratique. Il avait la faculté la plus merveilleuse de mettre en pratique tout ce qu'il jugeait juste.
Or il y avait une famille de Parias vivant près de ce lieu. Les Parias comptent plusieurs millions dans l'ensemble de l'Inde et sont une caste de gens si basse que certains de nos livres disent que si un brahmane sortant de sa maison voit le visage d'un Paria, il doit jeûner ce jour-là et réciter certaines prières avant de redevenir saint. Dans certaines villes hindoues, quand un Paria entre, il doit porter une plume de corbeau sur sa tête comme signe qu'il est un Paria, et il doit crier à haute voix : « Sauvez-vous, le Paria passe dans la rue », et vous trouverez les gens qui s'enfuient loin de lui comme par magie, parce que s'ils le touchent par hasard, ils devront changer de vêtements, se baigner et faire d'autres choses. Et le Paria, pendant des milliers d'années, a cru que c'était parfaitement juste ; que son toucher rendait tout le monde impur. Or mon Maître allait chez un Paria et demandait la permission de nettoyer sa maison. Le métier du Paria est de nettoyer les rues des villes et d'entretenir les maisons. Il ne peut entrer dans la maison par la porte de devant ; c'est par la porte de derrière qu'il entre ; et dès qu'il est parti, tout l'endroit par lequel il est passé est aspergé et purifié par un peu d'eau du Gange. Par naissance, le brahmane représente la sainteté, et le Paria le contraire absolu. Et ce brahmane demandait la permission de faire les travaux serviles dans la maison du Paria. Le Paria, bien sûr, ne pouvait pas le permettre, car ils pensent tous que s'ils laissent un brahmane faire un travail aussi servile, ce sera un péché effroyable, et ils disparaîtront. Le Paria ne le permit pas ; aussi, au cœur de la nuit, quand tous dormaient, Ramakrishna entrait dans la maison. Il avait de longs cheveux, et avec ses cheveux il essuyait l'endroit, disant : « Ô ma Mère, fais de moi le serviteur du Paria, fais-moi sentir que je suis plus bas encore que le Paria. » « Ceux qui M'adorent le mieux sont ceux qui adorent Mes fidèles. Ce sont tous Mes enfants et votre privilège est de les servir » — tel est l'enseignement des écritures hindoues.
Il y eut diverses autres préparations qu'il serait long de relater, et je veux vous donner seulement une esquisse de sa vie. Pendant des années, il s'éduqua ainsi. L'une des sâdhanâs (disciplines spirituelles) était de déraciner l'idée de sexe. L'âme n'a pas de sexe, elle n'est ni mâle ni femelle. Ce n'est que dans le corps que le sexe existe, et l'homme qui désire atteindre l'esprit ne peut en même temps s'accrocher aux distinctions de sexe. Étant né dans un corps masculin, cet homme voulut introduire l'idée féminine en toute chose. Il commença à penser qu'il était une femme, il s'habilla comme une femme, parla comme une femme, abandonna les occupations des hommes, et vécut dans la maisonnée parmi les femmes d'une bonne famille, jusqu'à ce que, après des années de cette discipline, son esprit fût changé, et il oublia entièrement l'idée de sexe ; ainsi toute sa vision de la vie fut transformée.
Nous entendons en Occident parler de vénérer la femme, mais c'est habituellement pour sa jeunesse et sa beauté. Cet homme entendait par vénérer la femme que pour lui, le visage de chaque femme était celui de la Bienheureuse Mère, et rien d'autre. J'ai moi-même vu cet homme se tenir devant ces femmes que la société ne daignerait pas toucher, et se jeter à leurs pieds baigné de larmes, disant : « Mère, sous une forme Tu es dans la rue, et sous une autre forme Tu es l'univers. Je Te salue, Mère, je Te salue. » Pensez à la bénédiction de cette vie d'où toute sensualité a disparu, qui peut regarder chaque femme avec cet amour et cette révérence, quand le visage de chaque femme se transfigure et que seul le visage de la Mère divine, la Bienheureuse, la Protectrice de la race humaine, y rayonne ! Voilà ce que nous voulons. Voulez-vous dire que la divinité derrière une femme peut jamais être trompée ? Elle ne l'a jamais été et ne le sera jamais. Toujours elle s'affirme. Infailliblement elle détecte la fraude, elle détecte l'hypocrisie, infailliblement elle ressent la chaleur de la vérité, la lumière de la spiritualité, la sainteté de la pureté. Une telle pureté est absolument nécessaire si l'on veut atteindre une véritable spiritualité.
Cette pureté rigoureuse et sans tache entra dans la vie de cet homme. Toutes les luttes que nous menons dans nos vies étaient passées pour lui. Ses joyaux de spiritualité durement acquis, pour lesquels il avait donné les trois quarts de sa vie, étaient maintenant prêts à être offerts à l'humanité, et alors sa mission commença. Son enseignement et sa prédication étaient singuliers. Dans notre pays, un maître est une personne hautement vénérée, il est considéré comme Dieu Lui-même. Nous n'avons même pas le même respect pour notre père et notre mère. Le père et la mère nous donnent notre corps, mais le maître nous montre la voie du salut. Nous sommes ses enfants, nous sommes nés dans la lignée spirituelle du maître. Tous les hindous viennent rendre hommage à un maître extraordinaire, ils se pressent autour de lui. Et voici un tel maître, mais ce maître n'avait aucune pensée quant à savoir s'il devait être respecté ou non, il n'avait pas la moindre idée qu'il était un grand maître, il pensait que c'était la Mère qui faisait tout et non pas lui. Il disait toujours : « Si quelque bien sort de mes lèvres, c'est la Mère qui parle ; qu'ai-je à y voir ? » Telle était son unique idée de son œuvre, et jusqu'au jour de sa mort il ne l'abandonna jamais. Cet homme ne cherchait personne. Son principe était : d'abord former le caractère, d'abord acquérir la spiritualité, et les résultats viendront d'eux-mêmes. Son illustration favorite était : « Quand le lotus s'ouvre, les abeilles viennent d'elles-mêmes chercher le miel ; alors, que le lotus de votre caractère soit en pleine floraison, et les résultats suivront. » C'est une grande leçon à retenir. Mon Maître m'enseigna cette leçon des centaines de fois, et pourtant je l'oublie souvent. Peu de gens comprennent la puissance de la pensée. Si un homme entre dans une grotte, s'y enferme et pense une seule pensée véritablement grande et meurt, cette pensée pénétrera les murs de cette grotte, vibrera à travers l'espace, et finira par imprégner la race humaine tout entière. Telle est la puissance de la pensée ; ne soyez donc pas pressé de donner vos pensées aux autres. D'abord, ayez quelque chose à donner. Seul enseigne celui qui a quelque chose à donner, car enseigner ce n'est pas parler, enseigner ce n'est pas transmettre des doctrines, c'est communiquer. La spiritualité peut être communiquée tout aussi réellement que je peux vous donner une fleur. Cela est vrai au sens le plus littéral. Cette idée est très ancienne en Inde et trouve son illustration en Occident dans la théorie, dans la croyance en la succession apostolique. Par conséquent, formez d'abord votre caractère — c'est le plus haut devoir (dharma, la loi sacrée) que vous puissiez accomplir. Connaissez la Vérité par vous-même, et il y aura ensuite beaucoup de gens à qui vous pourrez l'enseigner ; ils viendront tous. Telle était l'attitude de mon Maître. Il ne critiquait personne. Pendant des années j'ai vécu avec cet homme, mais jamais je n'ai entendu ces lèvres prononcer un seul mot de condamnation envers quelque secte que ce soit. Il avait la même sympathie pour toutes les sectes ; il avait trouvé l'harmonie entre elles. Un homme peut être intellectuel, ou dévotionnel, ou mystique, ou actif ; les diverses religions représentent l'un ou l'autre de ces types. Pourtant, il est possible de combiner les quatre en un seul homme, et c'est ce que l'humanité future fera. Telle était son idée. Il ne condamnait personne, mais voyait le bien en tout.
Les gens venaient par milliers pour voir et entendre cet homme merveilleux qui parlait un patois dont chaque mot était puissant et animé de lumière. Car ce n'est pas ce qui est dit, et bien moins encore la langue dans laquelle c'est dit, mais c'est la personnalité de celui qui parle, qui habite dans tout ce qu'il dit, qui porte du poids. Chacun de nous le ressent parfois. Nous entendons les oraisons les plus splendides, les discours les plus merveilleusement raisonnés, et nous rentrons chez nous et les oublions tous. En d'autres occasions, nous entendons quelques mots dans le langage le plus simple, et ils entrent dans nos vies, deviennent partie intégrante de nous-mêmes et produisent des résultats durables. Les paroles d'un homme qui peut y mettre sa personnalité font effet, mais il faut qu'il ait une personnalité formidable. Tout enseignement implique le don et la réception : le maître (guru, le guide spirituel) donne et l'élève reçoit, mais l'un doit avoir quelque chose à donner, et l'autre doit être ouvert pour recevoir.
Cet homme vint vivre près de Calcutta, la capitale de l'Inde, la ville universitaire la plus importante de notre pays, qui produisait des sceptiques et des matérialistes par centaines chaque année. Pourtant, beaucoup de ces universitaires — sceptiques et agnostiques — venaient l'écouter. J'entendis parler de cet homme et j'allai l'entendre. Il avait l'air d'un homme ordinaire, sans rien de remarquable. Il utilisait le langage le plus simple, et je pensai : « Cet homme peut-il être un grand maître ? » — je me glissai près de lui et lui posai la question que j'avais posée aux autres toute ma vie : « Croyez-vous en Dieu, Monsieur ? » « Oui », répondit-il. « Pouvez-vous le prouver, Monsieur ? » « Oui. » « Comment ? » « Parce que je Le vois tout comme je vous vois ici, seulement dans un sens bien plus intense. » Cela m'impressionna aussitôt. Pour la première fois je trouvai un homme qui osait dire qu'il voyait Dieu, que la religion était une réalité à sentir, à percevoir d'une façon infiniment plus intense que nous ne pouvons percevoir le monde. Je commençai à aller voir cet homme, jour après jour, et je vis effectivement que la religion pouvait être donnée. Un seul contact, un seul regard, peut changer toute une vie. J'ai lu au sujet du Bouddha et du Christ et de Mahomet, de tous ces différents luminaires des temps anciens, comment ils se levaient et disaient : « Sois guéri », et l'homme était guéri. Je trouvai alors que c'était vrai, et quand je vis moi-même cet homme, tout scepticisme fut balayé. C'était possible ; et mon Maître avait coutume de dire : « La religion peut être donnée et reçue de façon plus tangible, plus réelle que n'importe quoi d'autre au monde. » Soyez donc spirituels d'abord ; ayez quelque chose à donner et puis tenez-vous devant le monde et donnez-le. La religion n'est pas discours, ni doctrines, ni théories ; elle n'est pas non plus sectarisme. La religion ne peut vivre dans les sectes et les sociétés. Elle est la relation entre l'âme (Atman, le Soi éternel) et Dieu ; comment peut-on en faire une société ? Elle dégénérerait alors en affaire, et partout où il y a des affaires et des principes commerciaux dans la religion, la spiritualité meurt. La religion ne consiste pas à ériger des temples, ni à bâtir des églises, ni à participer au culte public. Elle ne se trouve pas dans les livres, ni dans les paroles, ni dans les discours, ni dans les organisations. La religion consiste en la réalisation. En fait, nous savons tous que rien ne nous satisfera tant que nous ne connaîtrons pas la vérité par nous-mêmes. Si fort que nous argumentions, si longtemps que nous écoutions, une seule chose nous satisfera, et c'est notre propre réalisation ; et une telle expérience est possible pour chacun de nous si seulement nous voulons essayer. Le premier idéal de cette tentative de réaliser la religion est celui du renoncement. Autant que nous le pouvons, nous devons renoncer. Ténèbres et lumière, jouissance du monde et jouissance de Dieu n'iront jamais ensemble. « Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon. » Que les gens essaient s'ils le veulent, et j'en ai vu des millions dans chaque pays qui ont essayé ; mais après tout, cela ne mène à rien. Si une parole reste vraie dans le précepte, c'est : renoncez à tout pour le Seigneur. C'est une tâche dure et longue, mais vous pouvez la commencer ici et maintenant. Petit à petit, nous devons y tendre.
La deuxième idée que j'appris de mon Maître, et qui est peut-être la plus vitale, est la vérité merveilleuse que les religions du monde ne sont ni contradictoires ni antagonistes. Elles ne sont que des phases diverses d'une seule religion éternelle. Cette unique religion éternelle est appliquée aux différents plans d'existence, est appliquée aux opinions de divers esprits et de diverses races. Il n'y a jamais eu ma religion ou la vôtre, ma religion nationale ou votre religion nationale ; il n'a jamais existé de nombreuses religions, il n'y en a qu'une seule. Une religion infinie a existé à travers toute l'éternité et existera toujours, et cette religion s'exprime dans divers pays de diverses manières. C'est pourquoi nous devons respecter toutes les religions et nous devons essayer de les accepter toutes autant que nous le pouvons. Les religions se manifestent non seulement selon la race et la position géographique, mais selon les capacités individuelles. Chez un homme, la religion se manifeste comme activité intense, comme œuvre. Chez un autre, elle se manifeste comme dévotion intense (bhakti, l'amour dévotionnel envers Dieu), chez un autre encore, comme mysticisme, chez d'autres comme philosophie (jnana, la voie de la connaissance), et ainsi de suite. Il est faux de dire aux autres : « Vos méthodes ne sont pas justes. » Un homme dont la nature est celle de l'amour pense peut-être que celui qui fait du bien aux autres ne suit pas la bonne voie vers la religion, parce que ce n'est pas sa propre voie, et donc c'est faux. Si le philosophe pense : « Oh, ces pauvres ignorants, que savent-ils d'un Dieu d'Amour et de L'aimer ? Ils ne savent pas ce qu'ils disent », il a tort, car ils peuvent avoir raison, et lui aussi.
Apprendre ce secret central que la vérité peut être une et pourtant multiple en même temps, que nous pouvons avoir différentes visions de la même vérité depuis différents points de vue, voilà exactement ce qui doit être fait. Alors, au lieu d'antagonisme envers quiconque, nous aurons une sympathie infinie pour tous. Sachant que tant qu'il naîtra dans ce monde des natures différentes, la même vérité religieuse nécessitera des adaptations différentes, nous comprendrons que nous sommes tenus d'avoir de l'indulgence les uns envers les autres. Tout comme la nature est unité dans la variété — une variation infinie dans le phénoménal — comme dans et à travers toutes ces variations du phénoménal court l'Infini, l'Immuable, l'Unité Absolue (Brahman, la Réalité suprême), ainsi en est-il de chaque homme ; le microcosme n'est qu'une répétition miniature du macrocosme ; en dépit de toutes ces variations, dans et à travers elles toutes court cette harmonie éternelle, et nous devons la reconnaître. Cette idée, par-dessus toutes les autres idées, me semble être le besoin criant de l'heure. Venant d'un pays qui est un foyer de sectes religieuses — et vers lequel, par bonne ou mauvaise fortune, quiconque a une idée religieuse veut envoyer une avant-garde — j'ai été familiarisé dès mon enfance avec les diverses sectes du monde. Même les mormons viennent prêcher en Inde. Bienvenue à tous ! C'est le sol sur lequel prêcher la religion. Là elle prend racine plus que dans tout autre pays. Si vous venez enseigner la politique aux hindous, ils ne comprennent pas ; mais si vous venez prêcher la religion, aussi curieuse soit-elle, vous aurez des centaines et des milliers de fidèles en un rien de temps, et vous avez toutes les chances de devenir un Dieu vivant de votre vivant. Je suis heureux qu'il en soit ainsi, c'est la seule chose dont nous avons besoin en Inde.
Les sectes parmi les hindous sont diverses, en très grand nombre, et certaines d'entre elles apparemment irrémédiablement contradictoires. Pourtant, elles vous disent toutes qu'elles ne sont que différentes manifestations de la religion. « Comme différents fleuves, prenant leur source dans différentes montagnes, coulant en méandres ou en ligne droite, viennent tous mêler leurs eaux dans l'océan, ainsi les différentes sectes, avec leurs différents points de vue, finissent toutes par venir à Toi. » Ce n'est pas une théorie, c'est quelque chose qui doit être reconnu, mais non de cette manière condescendante que l'on voit chez certaines personnes : « Oh oui, il y a de très bonnes choses là-dedans. Ce sont ce que nous appelons les religions ethniques. Ces religions ethniques ont du bon en elles. » Certains ont même l'idée la plus merveilleusement libérale que les autres religions sont toutes de petits fragments d'une évolution préhistorique, mais « la nôtre est l'accomplissement de toutes choses ». L'un dit, parce que la sienne est la plus ancienne religion, qu'elle est la meilleure ; un autre fait la même prétention parce que la sienne est la plus récente.
Nous devons reconnaître que chacune d'elles a le même pouvoir salvateur que l'autre. Ce que vous avez entendu dire sur leurs différences, que ce soit dans le temple ou dans l'église, est un amas de superstition. Le même Dieu répond à tous ; et ce n'est ni vous, ni moi, ni aucun groupe d'hommes qui est responsable de la sécurité et du salut de la moindre parcelle de l'âme ; le même Dieu tout-puissant est responsable de tous. Je ne comprends pas comment les gens se déclarent croyants en Dieu, et en même temps pensent que Dieu a confié à un petit groupe d'hommes toute la vérité, et qu'ils sont les gardiens du reste de l'humanité. Comment pouvez-vous appeler cela religion ? La religion est réalisation ; mais le simple discours — le simple fait d'essayer de croire, de simplement tâtonner dans l'obscurité, de simplement répéter comme un perroquet les paroles des ancêtres et de penser que c'est la religion, de simplement faire de la politique avec les vérités de la religion — n'est pas du tout de la religion. Dans chaque secte — même parmi les musulmans que nous considérons toujours comme les plus exclusifs — même parmi eux nous trouvons que partout où il y avait un homme qui essayait de réaliser la religion, de ses lèvres sont sortis les mots ardents : « Tu es le Seigneur de tous, Tu es dans le cœur de tous, Tu es le guide de tous, Tu es le Maître de tous, et Tu Te soucies infiniment plus du pays de Tes enfants que nous ne pourrons jamais le faire. » N'essayez pas de troubler la foi d'aucun homme. Si vous le pouvez, donnez-lui quelque chose de meilleur ; si vous le pouvez, prenez un homme là où il se trouve et donnez-lui une poussée vers le haut ; faites-le, mais ne détruisez pas ce qu'il a. Le seul vrai maître est celui qui peut se convertir, pour ainsi dire, en mille personnes à l'instant même. Le seul vrai maître est celui qui peut immédiatement descendre au niveau de l'élève, transférer son âme dans l'âme de l'élève et voir à travers les yeux de l'élève, entendre à travers ses oreilles et comprendre à travers son esprit. Un tel maître peut vraiment enseigner, et nul autre. Tous ces maîtres négatifs, destructeurs, qui ne font que démolir et qui sont dans le monde ne peuvent jamais faire de bien.
En la présence de mon Maître, je découvris que l'homme pouvait être parfait, même dans ce corps. Ces lèvres ne maudirent jamais personne, ne critiquèrent même jamais personne. Ces yeux étaient au-delà de la possibilité de voir le mal, cet esprit avait perdu le pouvoir de penser le mal. Il ne voyait que le bien. Cette formidable pureté, ce formidable renoncement est le seul secret de la spiritualité. « Ni par la richesse, ni par la postérité, mais par le renoncement seul l'immortalité est atteinte », disent les Vedas (les Écritures sacrées). « Vends tout ce que tu as et donne-le aux pauvres, et suis-moi », dit le Christ. Ainsi tous les grands saints et Prophètes l'ont exprimé et l'ont mis en pratique dans leur vie. Comment une grande spiritualité peut-elle venir sans ce renoncement ? Le renoncement est l'arrière-plan de toute pensée religieuse où qu'elle soit, et vous trouverez toujours que, à mesure que cette idée de renoncement décline, d'autant plus les sens s'insinueront dans le domaine de la religion, et la spiritualité déclinera dans la même proportion.
Cet homme était l'incarnation du renoncement. Dans notre pays, il est nécessaire pour un homme qui devient sannyasin (moine renonçant) d'abandonner toute richesse et toute position mondaines, et cela, mon Maître le mit en pratique à la lettre. Il y avait beaucoup de gens qui se seraient sentis bénis s'il avait seulement accepté un présent de leurs mains, qui lui auraient volontiers donné des milliers de roupies s'il les avait acceptées, mais ceux-là étaient les seuls hommes dont il se détournait. Il était un exemple triomphant, une réalisation vivante de la conquête complète de la convoitise charnelle et du désir d'argent. Il était au-delà de toute idée de l'un et de l'autre, et de tels hommes sont nécessaires pour ce siècle. Un tel renoncement est nécessaire en ces temps où les hommes ont commencé à penser qu'ils ne peuvent vivre un mois sans ce qu'ils appellent leurs « nécessités », et qu'ils augmentent dans des proportions démesurées. Il est nécessaire en un temps comme celui-ci qu'un homme surgisse pour démontrer aux sceptiques du monde qu'il respire encore un homme qui ne se soucie pas le moins du monde de tout l'or ou de toute la gloire de l'univers. Pourtant, de tels hommes existent.
L'autre idée de sa vie était un amour intense pour les autres. La première partie de la vie de mon Maître fut consacrée à acquérir la spiritualité, et les années restantes à la distribuer. Les gens dans notre pays n'ont pas les mêmes coutumes que vous pour visiter un maître religieux ou un sannyasin. Quelqu'un venait lui poser une question, certains peut-être venaient de centaines de kilomètres, marchant tout le trajet, juste pour poser une seule question, pour entendre un seul mot de lui : « Dites-moi un mot pour mon salut. » C'est ainsi qu'ils viennent. Ils viennent en nombre, sans cérémonie, au lieu où il se trouve le plus souvent ; ils peuvent le trouver sous un arbre et l'interroger ; et avant qu'un groupe de personnes ne soit parti, d'autres sont arrivés. Ainsi, si un homme est grandement révéré, il n'aura parfois de repos ni jour ni nuit. Il devra parler constamment. Pendant des heures les gens afflueront, et cet homme leur enseignera.
Ainsi les hommes venaient en foule pour l'entendre, et il parlait vingt heures sur vingt-quatre, et cela non pas un seul jour, mais pendant des mois et des mois, jusqu'à ce que finalement le corps s'effondrât sous la pression de cette tension formidable. Son amour intense pour l'humanité ne lui permettait pas de refuser d'aider même le plus humble des milliers qui cherchaient son aide. Progressivement se développa un grave mal de gorge, et pourtant on ne pouvait le persuader de s'abstenir de ces efforts. Dès qu'il entendait que des gens demandaient à le voir, il insistait pour qu'on les fît entrer et répondait à toutes leurs questions. Quand on lui faisait des remontrances, il répondait : « Je ne m'en soucie pas. Je donnerai vingt mille corps comme celui-ci pour aider un seul homme. C'est glorieux d'aider ne serait-ce qu'un seul homme. » Il n'y avait pas de repos pour lui. Un jour, un homme lui demanda : « Monsieur, vous êtes un grand yogi (un pratiquant du yoga, la discipline d'union avec le Divin). Pourquoi ne tournez-vous pas un peu votre esprit vers votre corps et ne guérissez-vous pas votre maladie ? » D'abord il ne répondit pas, mais quand la question eut été répétée, il dit doucement : « Mon ami, je pensais que vous étiez un sage, mais vous parlez comme les autres hommes du monde. Cet esprit a été donné au Seigneur. Voulez-vous dire que je devrais le reprendre et le mettre sur le corps, qui n'est qu'une simple cage de l'âme ? »
Ainsi il continua à prêcher au peuple, et la nouvelle se répandit que son corps allait bientôt s'en aller, et les gens commencèrent à affluer vers lui en foules plus grandes que jamais. Vous ne pouvez imaginer la manière dont ils viennent vers ces grands maîtres religieux en Inde, comment ils se pressent autour d'eux et en font des dieux alors qu'ils sont encore vivants. Des milliers attendent simplement pour toucher le bord de leurs vêtements. C'est par cette appréciation de la spiritualité chez les autres que la spiritualité est produite. Ce que l'homme désire et apprécie, il l'obtiendra ; et il en est de même pour les nations. Si vous allez en Inde et prononcez un discours politique, aussi grandiose soit-il, vous ne trouverez guère de gens pour vous écouter ; mais allez simplement enseigner la religion, vivez-la, ne vous contentez pas d'en parler, et des centaines se presseront simplement pour vous regarder, pour toucher vos pieds. Quand les gens apprirent que cet homme saint allait probablement les quitter bientôt, ils commencèrent à venir autour de lui plus que jamais, et mon Maître continua à les enseigner sans le moindre égard pour sa santé. Nous ne pouvions l'en empêcher. Beaucoup de gens venaient de loin, et il ne se reposait pas tant qu'il n'avait pas répondu à leurs questions. « Tant que je pourrai parler, je dois leur enseigner », disait-il, et il tenait parole. Un jour, il nous dit qu'il quitterait le corps ce jour-là, et répétant le mot le plus sacré des Vedas, il entra en samâdhi (l'absorption suprême dans le Divin) et s'en alla.
Ses pensées et son message n'étaient connus que de très peu de personnes capables de les transmettre. Entre autres, il laissa quelques jeunes garçons qui avaient renoncé au monde et étaient prêts à poursuivre son œuvre. Des tentatives furent faites pour les écraser. Mais ils tinrent bon, ayant devant eux l'inspiration de cette grande vie. Ayant eu le contact de cette vie bénie pendant des années, ils ne cédèrent pas. Ces jeunes hommes, vivant comme des sannyasins, mendiaient dans les rues de la ville où ils étaient nés, bien que certains d'entre eux fussent issus de familles aisées. Au début ils rencontrèrent une grande hostilité, mais ils persévérèrent et continuèrent jour après jour à répandre dans toute l'Inde le message de ce grand homme, jusqu'à ce que tout le pays fût imprégné des idées qu'il avait prêchées. Cet homme, issu d'un village reculé du Bengale, sans éducation, par la seule force de sa propre détermination, réalisa la vérité et la donna aux autres, ne laissant que quelques jeunes garçons pour la maintenir vivante.
Aujourd'hui, le nom de Shrî Ramakrishna Paramahamsa est connu dans toute l'Inde par ses millions d'habitants. Bien plus, la puissance de cet homme s'est propagée au-delà de l'Inde ; et si jamais il y eut une parole de vérité, une parole de spiritualité que j'aie prononcée n'importe où dans le monde, je la dois à mon Maître ; seules les erreurs sont miennes.
Voici le message de Shrî Ramakrishna au monde moderne : « Ne vous souciez pas des doctrines, ne vous souciez pas des dogmes, ni des sectes, ni des églises, ni des temples ; ils comptent pour peu comparés à l'essence de l'existence en chaque homme qui est la spiritualité ; et plus celle-ci est développée en un homme, plus il est puissant pour le bien. Acquérez cela d'abord, obtenez cela, et ne critiquez personne, car toutes les doctrines et tous les credos ont du bon en eux. Montrez par vos vies que la religion ne signifie pas des mots, ni des noms, ni des sectes, mais qu'elle signifie réalisation spirituelle. Seuls ceux-là peuvent comprendre qui ont senti. Seuls ceux qui ont atteint la spiritualité peuvent la communiquer aux autres, peuvent être de grands maîtres de l'humanité. Eux seuls sont les puissances de la lumière. »
Plus de tels hommes sont produits dans un pays, plus ce pays sera élevé ; et ce pays où de tels hommes n'existent absolument pas est simplement condamné, rien ne peut le sauver. C'est pourquoi le message de mon Maître à l'humanité est : « Soyez spirituels et réalisez la vérité par vous-mêmes. » Il voudrait que vous renonciez pour le bien de vos semblables. Il voudrait que vous cessiez de parler d'amour pour votre frère, et que vous vous mettiez au travail pour prouver vos paroles. Le temps est venu du renoncement, de la réalisation, et alors vous verrez l'harmonie dans toutes les religions du monde. Vous saurez qu'il n'y a nul besoin de querelle. Et alors seulement serez-vous prêts à aider l'humanité. Proclamer et rendre claire l'unité fondamentale sous-jacente à toutes les religions, telle fut la mission de mon Maître. D'autres maîtres ont enseigné des religions particulières qui portent leur nom, mais ce grand maître du dix-neuvième siècle ne fit aucune revendication pour lui-même. Il laissa chaque religion intacte car il avait réalisé qu'en réalité elles font toutes partie intégrante de l'unique religion éternelle.
Notes
English
"Whenever virtue subsides and vice prevails, I come down to help mankind," declares Krishna, in the Bhagavad-Gitâ. Whenever this world of ours, on account of growth, on account of added circumstances, requires a new adjustment, a wave of power comes; and as a man is acting on two planes, the spiritual and the material, waves of adjustment come on both planes. On the one side, of the adjustment on the material plane, Europe has mainly been the basis during modern times; and of the adjustment on the other, the spiritual plane, Asia has been the basis throughout the history of the world. Today, man requires one more adjustment on the spiritual plane; today when material ideas are at the height of their glory and power, today when man is likely to forget his divine nature, through his growing dependence on matter, and is likely to be reduced to a mere money-making machine, an adjustment is necessary; the voice has spoken, and the power is coming to drive away the clouds of gathering materialism. The power has been set in motion which, at no distant date, will bring unto mankind once more the memory of its real nature; and again the place from which this power will start will be Asia.
This world of ours is on the plan of the division of labour. It is vain to say that one man shall possess everything. Yet how childish we are! The baby in its ignorance thinks that its doll is the only possession that is to be coveted in this whole universe. So a nation which is great in the possession of material power thinks that that is all that is to be coveted, that that is all that is meant by progress, that that is all that is meant by civilisation, and if there are other nations which do not care for possession and do not possess that power, they are not fit to live, their whole existence is useless! On the other hand, another nation may think that mere material civilisation is utterly useless. From the Orient came the voice which once told the world that if a man possesses everything that is under the sun and does not possess spirituality, what avails it? This is the oriental type; the other is the occidental type.
Each of these types has its grandeur, each has its glory. The present adjustment will be the harmonising, the mingling of these two ideals. To the Oriental, the world of spirit is as real as to the Occidental is the world of senses. In the spiritual, the Oriental finds everything he wants or hopes for; in it he finds all that makes life real to him. To the Occidental he is a dreamer; to the Oriental the Occidental is a dreamer playing with ephemeral toys, and he laughs to think that grown-up men and women should make so much of a handful of matter which they will have to leave sooner or later. Each calls the other a dreamer. But the oriental ideal is as necessary for the progress of the human race as is the occidental, and I think it is more necessary. Machines never made mankind happy and never will make. He who is trying to make us believe this will claim that happiness is in the machine; but it is always in the mind. That man alone who is the lord of his mind can become happy, and none else. And what, after all, is this power of machinery? Why should a man who can send a current of electricity through a wire be called a very great man and a very intelligent man? Does not nature do a million times more than that every moment? Why not then fall down and worship nature? What avails it if you have power over the whole of the world, if you have mastered every atom in the universe? That will not make you happy unless you have the power of happiness in yourself, until you have conquered yourself. Man is born to conquer nature, it is true, but the Occidental means by "nature" only physical or external nature. It is true that external nature is majestic, with its mountains, and oceans, and rivers, and with its infinite powers and varieties. Yet there is a more majestic internal nature of man, higher than the sun, moon, and stars, higher than this earth of ours, higher than the physical universe, transcending these little lives of ours; and it affords another field of study. There the Orientals excel, just as the Occidentals excel in the other. Therefore it is fitting that, whenever there is a spiritual adjustment, it should come from the Orient. It is also fitting that when the Oriental wants to learn about machine-making, he should sit at the feet of the Occidental and learn from him. When the Occident wants to learn about the spirit, about God, about the soul, about the meaning and the mystery of this universe, he must sit at the feet of the Orient to learn.
I am going to present before you the life of one man who has put in motion such a wave in India. But before going into the life of this man, I will try to present before you the secret of India, what India means. If those whose eyes have been blinded by the glamour of material things, whose whole dedication of life is to eating and drinking and enjoying, whose ideal of possession is lands and gold, whose ideal of pleasure is that of the senses, whose God is money, and whose goal is a life of ease and comfort in this world and death after that, whose minds never look forward, and who rarely think of anything higher than the sense-objects in the midst of which they live — if such as these go to India, what do they see? Poverty, squalor, superstition, darkness, hideousness everywhere. Why? Because in their minds enlightenment means dress, education, social politeness. Whereas occidental nations have used every effort to improve their material position, India has done differently. There live the only men in the world who, in the whole history of humanity, never went beyond their frontiers to conquer anyone, who never coveted that which belonged to anyone else, whose only fault was that their lands were so fertile, and they accumulated wealth by the hard labour of their hands, and so tempted other nations to come and despoil them. They are contented to be despoiled, and to be called barbarians; and in return they want to send to this world visions of the Supreme, to lay bare for the world the secrets of human nature, to rend the veil that conceals the real man, because they know the dream, because they know that behind this materialism lives the real, divine nature of man which no sin can tarnish, no crime can spoil, no lust can taint, which fire cannot burn, nor water wet, which heat cannot dry nor death kill. And to them this true nature of man is as real as is any material object to the senses of an Occidental.
Just as you are brave to jump at the mouth of a cannon with a hurrah, just as you are brave in the name of patriotism to stand up and give up your lives for your country, so are they brave in the name of God. There it is that when a man declares that this is a world of ideas, that it is all a dream, he casts off clothes and property to demonstrate that what he believes and thinks is true. There it is that a man sits on the bank of a river, when he has known that life is eternal, and wants to give up his body just as nothing, just as you can give up a bit of straw. Therein lies their heroism, that they are ready to face death as a brother, because they are convinced that there is no death for them. Therein lies the strength that has made them invincible through hundreds of years of oppression and foreign invasion and tyranny. The nation lives today, and in that nation even in the days of the direst disaster, spiritual giants have, never failed to arise. Asia produces giants in spirituality, just as the Occident produces giants in politics, giants in science. In the beginning of the present century, when Western influence began to pour into India, when Western conquerors, sword in hand, came to demonstrate to the children of the sages that they were mere barbarians, a race of dreamers, that their religion was but mythology, and god and soul and everything they had been struggling for were mere words without meaning, that the thousands of years of struggle, the thousands of years of endless renunciation, had all been in vain, the question began to be agitated among young men at the universities whether the whole national existence up to then had been a failure, whether they must begin anew on the occidental plan, tear up their old books, burn their philosophies, drive away their preachers, and break down their temples. Did not the occidental conqueror, the man who demonstrated his religion with sword and gun, say that all the old ways were mere superstition and idolatry? Children brought up and educated in the new schools started on the occidental plan, drank in these ideas, from their childhood; and it is not to be wondered at that doubts arose. But instead of throwing away superstition and making a real search after truth, the test of truth became, "What does the West say?" The priests must go, the Vedas must be burned, because the West has said so. Out of the feeling of unrest thus produced, there arose a wave of so-called reform in India.
If you wish to be a true reformer, three things are necessary. The first is to feel. Do you really feel for your brothers? Do you really feel that there is so much misery in the world, so much ignorance and superstition? Do you really feel that men are your brothers? Does this idea come into your whole being? Does it run with your blood? Does it tingle in your veins? Does it course through every nerve and filament of your body? Are you full of that idea of sympathy? If you are, that is only the first step. You must think next if you have found any remedy. The old ideas may be all superstition, but in and round these masses of superstition are nuggets of gold and truth. Have you discovered means by which to keep that gold alone, without any of the dross? If you have done that, that is only the second step; one more thing is necessary. What is your motive? Are you sure that you are not actuated by greed of gold, by thirst for fame or power? Are you really sure that you can stand to your ideals and work on, even if the whole world wants to crush you down? Are you sure you know what you want and will perform your duty, and that alone, even if your life is at stake? Are you sure that you will persevere so long as life endures, so long as there is one pulsation left in the heart? Then you are a real reformer, you are a teacher, a Master, a blessing to mankind. But man is so impatient, so short-sighted! He has not the patience to wait, he has not the power to see. He wants to rule, he wants results immediately. Why? He wants to reap the fruits himself, and does not really care for others. Duty for duty's sake is not what he wants. "To work you have the right, but not to the fruits thereof," says Krishna. Why cling to results? Ours are the duties. Let the fruits take care of themselves. But man has no patience. He takes up any scheme. The larger number of would-be reformers all over the world can be classed under this heading.
As I have said, the idea of reform came to India when it seemed as if the wave of materialism that had invaded her shores would sweep away the teachings of the sages. But the nation had borne the shocks of a thousand such waves of change. This one was mild in comparison. Wave after wave had flooded the land, breaking and crushing everything for hundreds of years. The sword had flashed, and "Victory unto Allah" had rent the skies of India; but these floods subsided, leaving the national ideals unchanged.
The Indian nation cannot be killed. Deathless it stands, and it will stand so long as that spirit shall remain as the background, so long as her people do not give up their spirituality. Beggars they may remain, poor and poverty-stricken, dirt and squalor may surround them perhaps throughout all time, but let them not give up their God, let them not forget that they are the children of the sages. Just as in the West, even the man in the street wants to trace his descent from some robber-baron of the Middle Ages, so in India, even an Emperor on the throne wants to trace his descent from some beggar-sage in the forest, from a man who wore the bark of a tree, lived upon the fruits of the forest and communed with God. That is the type of descent we want; and so long as holiness is thus supremely venerated, India cannot die.
Many of you perhaps have read the article by Prof. Max Müller in a recent issue of the Nineteenth Century, headed "A Real Mahâtman". The life of Shri Ramakrishna is interesting, as it was a living illustration of the ideas that he preached. Perhaps it will be a little romantic for you who live in the West in an atmosphere entirely different from that of India. For the methods and manners in the busy rush of life in the West vary entirely from those of India. Yet perhaps it will be of all the more interest for that, because it will bring into a newer light, things about which many have already heard.
It was while reforms of various kinds were being inaugurated in India that a child was born of poor Brâhmin parents on the eighteenth of February, 1836, in one of the remote villages of Bengal. The father and mother were very orthodox people. The life of a really orthodox Brahmin is one of continuous renunciation. Very few things can he do; and over and beyond them the orthodox Brahmin must not occupy himself with any secular business. At the same time he must not receive gifts from everybody. You may imagine how rigorous that life becomes. You have heard of the Brahmins and their priestcraft many times, but very few of you have ever stopped to ask what makes this wonderful band of men the rulers of their fellows. They are the poorest of all the classes in the country; and the secret of their power lies in their renunciation. They never covet wealth. Theirs is the poorest priesthood in the world, and therefore the most powerful. Even in this poverty, a Brahmin's wife will never allow a poor man to pass through the village without giving him something to eat. That is considered the highest duty of the mother in India; and because she is the mother it is her duty to be served last; she must see that everyone is served before her turn comes. That is why the mother is regarded as God in India. This particular woman, the mother of our subject, was the very type of a Hindu mother. The higher the caste, the greater the restrictions. The lowest caste people can eat and drink anything they like. But as men rise in the social scale, more and more restrictions come; and when they reach the highest caste, the Brahmin, the hereditary priesthood of India, their lives, as I have said, are very much circumscribed. Compared to Western manners, their lives are of continuous asceticism. The Hindus are perhaps the most exclusive nation in the world. They have the same great steadiness as the English, but much more amplified. When they get hold of an idea they carry it out to its very conclusion, and they, keep hold of it generation after generation until they make something out of it. Once give them an idea, and it is not easy to take it back; but it is hard to make them grasp a new idea.
The orthodox Hindus, therefore, are very exclusive, living entirely within their own horizon of thought and feeling. Their lives are laid down in our old books in every little detail, and the least detail is grasped with almost adamantine firmness by them. They would starve rather than eat a meal cooked by the hands of a man not belonging to their own small section of caste. But withal, they have intensity and tremendous earnestness. That force of intense faith and religious life occurs often among the orthodox Hindus, because their very orthodoxy comes from a tremendous conviction that it is right. We may not all think that what they hold on to with such perseverance is right; but to them it is. Now, it is written in our books that a man should always be charitable even to the extreme. If a man starves himself to death to help another man, to save that man's life, it is all right; it is even held that a man ought to do that. And it is expected of a Brahmin to carry this idea out to the very extreme. Those who are acquainted with the literature of India will remember a beautiful old story about this extreme charity, how a whole family, as related in the Mahâbhârata, starved themselves to death and gave their last meal to a beggar. This is not an exaggeration, for such things still happen. The character of the father and the mother of my Master was very much like that. Very poor they were, and yet many a time the mother would starve herself a whole day to help a poor man. Of them this child was born; and he was a peculiar child from very boyhood. He remembered his past from his birth and was conscious for what purpose he came into the world, and every power was devoted to the fulfilment of that purpose.
While he was quite young, his father died; and the boy was sent to school. A Brahmin's boy must go to school; the caste restricts him to a learned profession only. The old system of education in India, still prevalent in many parts of the country, especially in connection with Sannyasins, is very different from the modern system. The students had not to pay. It was thought that knowledge is so sacred that no man ought to sell it. Knowledge must be given freely and without any price. The teachers used to take students without charge, and not only so, most of them gave their students food and clothes. To support these teachers the wealthy families on certain occasions, such as a marriage festival, or at the ceremonies for the dead, made gifts to them. They were considered the first and foremost claimants to certain gifts; and they in their turn had to maintain their students. So whenever there is a marriage, especially in a rich family, these professors are invited, and they attend and discuss various subjects. This boy went to one of these gatherings of professors, and the professors were discussing various topics, such as logic or astronomy, subjects much beyond his age. The boy was peculiar, as I have said, and he gathered this moral out of it: "This is the outcome of all their knowledge. Why are they fighting so hard? It is simply for money; the man who can show the highest learning here will get the best pair of cloth, and that is all these people are struggling for. I will not go to school any more." And he did not; that was the end of his going to school. But this boy had an elder brother, a learned professor, who took him to Calcutta, however, to study with him. After a short time the boy became fully convinced that the aim of all secular learning was mere material advancement, and nothing more, and he resolved to give up study and devote himself solely to the pursuit of spiritual knowledge. The father being dead, the family was very poor; and this boy had to make his own living. He went to a place near Calcutta and became a temple priest. To become a temple priest is thought very degrading to a Brahmin. Our temples are not churches in your sense of the word, they are not places for public worship; for, properly speaking, there is no such thing as public worship in India. Temples are erected mostly by rich persons as a meritorious religious act.
If a man has much property, he wants to build a temple. In that he puts a symbol or an image of an Incarnation of God, and dedicates it to worship in the name of God. The worship is akin to that which is conducted in Roman Catholic churches, very much like the mass, reading certain sentences from the sacred books, waving a light before the image, and treating the image in every respect as we treat a great man. This is all that is done in the temple. The man who goes to a temple is not considered thereby a better man than he who never goes. More properly, the latter is considered the more religious man, for religion in India is to each man his own private affair. In the house of every man there is either a little chapel, or a room set apart, and there he goes morning and evening, sits down in a corner, and there does his worship. And this worship is entirely mental, for another man does not hear or know what he is doing. He sees him only sitting there, and perhaps moving his fingers in a peculiar fashion, or closing his nostrils and breathing in a peculiar manner. Beyond that, he does not know what his brother is doing; even his wife, perhaps, will not know. Thus, all worship is conducted in the privacy of his own home. Those who cannot afford to have a chapel go to the banks of a river, or a lake, or the sea if they live at the seaside, but people sometimes go to worship in a temple by making salutation to the image. There their duty to the temple ends. Therefore, you see, it has been held from the most ancient times in our country, legislated upon by Manu, that it is a degenerating occupation to become a temple priest. Some of the books say it is so degrading as to make a Brahmin worthy of reproach. Just as with education, but in a far more intense sense with religion, there is the other idea behind it that the temple priests who take fees for their work are making merchandise of sacred things. So you may imagine the feelings of that boy when he was forced through poverty to take up the only occupation open to him, that of a temple priest.
There have been various poets in Bengal whose songs have passed down to the people; they are sung in the streets of Calcutta and in every village. Most of these are religious songs, and their one central idea, which is perhaps peculiar to the religions of India, is the idea of realisation. There is not a book in India on religion which does not breathe this idea. Man must realise God, feel God, see God, talk to God. That is religion. The Indian atmosphere is full of stories of saintly persons having visions of God. Such doctrines form the basis of their religion; and all these ancient books and scriptures are the writings of persons who came into direct contact with spiritual facts. These books were not written for the intellect, nor can any reasoning understand them, because they were written by men who saw the things of which they wrote, and they can be understood only by men who have raised themselves to the same height. They say there is such a thing as realisation even in this life, and it is open to everyone, and religion begins with the opening of this faculty, if I may call it so. This is the central idea in all religions, and this is why we may find one man with the most finished oratorical powers, or the most convincing logic, preaching the highest doctrines and yet unable to get people to listen to him, while we may find another, a poor man, who scarcely can speak the language of his own motherland, yet half the nation worships him in his own lifetime as God. When in India the idea somehow or other gets abroad that a man has raised himself to that state of realisation, that religion is no more a matter of conjecture to him, that he is no more groping in the dark in such momentous questions as religion, the immortality of the soul, and God, people come from all quarters to see him and gradually they begin to worship him.
In the temple was an image of the "Blissful Mother". This boy had to conduct the worship morning and evening, and by degrees this one idea filled his mind: "Is there anything behind this images? Is it true that there is a Mother of Bliss in the universe? Is it true that She lives and guides the universe, or is it all a dream? Is there any reality in religion?"
This scepticism comes to the Hindu child. It is the scepticism of our country: Is this that we are doing real? And theories will not satisfy us, although there are ready at hand almost all the theories that have ever been made with regard to God and soul. Neither books nor theories can satisfy us, the one idea that gets hold of thousands of our people is this idea of realisation. Is it true that there is a God? If it be true, can I see Him? Can I realise the truth? The Western mind may think all this very impracticable, but to us it is intensely practical. For this their lives. You have just heard how from the earliest times there have been persons who have given up all comforts and luxuries to live in caves, and hundreds have given up their homes to weep bitter tears of misery, on the banks of sacred rivers, in order to realise this idea — not to know in the ordinary sense of the word, not intellectual understanding, not a mere rationalistic comprehension of the real thing, not mere groping in the dark, but intense realisation, much more real than this world is to our senses. That is the idea. I do not advance any proposition as to that just now, but that is the one fact that is impressed upon them. Thousands will be killed, other thousands will be ready. So upon this one idea the whole nation for thousands of years have been denying and sacrificing themselves. For this idea thousands of Hindus every year give up their homes, and many of them die through the hardships they have to undergo. To the Western mind this must seem most visionary, and I can see the reason for this point of view. But though I have resided in the West, I still think this idea the most practical thing in life.
Every moment I think of anything else is so much loss to me — even the marvels of earthly sciences; everything is vain if it takes me away from that thought. Life is but momentary, whether you have the knowledge of an angel or the ignorance of an animal. Life is but momentary, whether you have the poverty of the poorest man in rags or the wealth of the richest living person. Life is but momentary, whether you are a downtrodden man living in one of the big streets of the big cities of the West or a crowned Emperor ruling over millions. Life is but momentary, whether you have the best of health or the worst. Life is but momentary, whether you have the most poetical temperament or the most cruel. There is but one solution of life, says the Hindu, and that solution is what they call God and religion. If these be true, life becomes explained, life becomes bearable, becomes enjoyable. Otherwise, life is but a useless burden. That is our idea, but no amount of reasoning can demonstrate it; it can only make it probable, and there it rests. The highest demonstration of reasoning that we have in any branch of knowledge can only make a fact probable, and nothing further. The most demonstrable facts of physical science are only probabilities, not facts yet. Facts are only in the senses. Facts have to be perceived, and we have to perceive religion to demonstrate it to ourselves. We have to sense God to be convinced that there is a God. We must sense the facts of religion to know that they are facts. Nothing else, and no amount of reasoning, but our own perception can make these things real to us, can make my belief firm as a rock. That is my idea, and that is the Indian idea.
This idea took possession of the boy and his whole life became concentrated upon that. Day after day he would weep and say, "Mother, is it true that Thou existest, or is it all poetry? Is the Blissful Mother an imagination of poets and misguided people, or is there such a Reality?" We have seen that of books, of education in our sense of the word, he had none, and so much the more natural, so much the more healthy, was his mind, so much the purer his thoughts, undiluted by drinking in the thoughts of others. Because he did not go to the university, therefore he thought for himself. Because we have spent half our lives in the university we are filled with a collection of other people's thoughts. Well has Prof. Max Müller said in the article I have just referred to that this was a clean, original man; and the secret of that originality was that he was not brought up within the precincts of a university. However, this thought — whether God can be seen — which was uppermost in his mind gained in strength every day until he could think of nothing else. He could no more conduct the worship properly, could no more attend to the various details in all their minuteness. Often he would forget to place the food-offering before the image, sometimes he would forget to wave the light; at other times he would wave it for hours, and forget everything else.
And that one idea was in his mind every day: "Is it true that Thou existest, O Mother? Why cost Thou not speak? Art Thou dead?" Perhaps some of us here will remember that there are moments in our lives when, tired of all these ratiocinations of dull and dead logic, tired of plodding through books — which after all teach us nothing, become nothing but a sort of intellectual opium-eating — we must have it at stated times or we die — tired with all this, the heart of our hearts sends out a wail: "Is there no one in this universe who can show me the light? If Thou art, show the light unto me. Why dost Thou not speak? Why dost Thou make Thyself so scarce, why send so many Messengers and not Thyself come to me? In this world of fights and factions whom am I to follow and believe? If Thou art the God of every man and woman alike, why comest Thou not to speak to Thy child and see if he is not ready?" Well, to us all come such thoughts in moments of great depression; but such are the temptations surrounding us, that the next moment we forget. For the moment it seemed that the doors of the heavens were going to be opened, for the moment it seemed as if we were going to plunge into the light effulgent; but the animal man again shakes off all these angelic visions. Down we go, animal man once more eating and drinking and dying, and dying and drinking and eating again and again. But there are exceptional minds which are not turned away so easily, which once attracted can never be turned back, whatever may be the temptation in the way, which want to see the Truth knowing that life must go. They say, let it go in a noble conquest, and what conquest is nobler than the conquest of the lower man, than this solution of the problem of life and death, of good and evil?
At last it became impossible for him to serve in the temple. He left it and entered into a little wood that was near and lived there. About this part of his life, he told me many times that he could not tell when the sun rose or set, or how he lived. He lost all thought of himself and forgot to eat. During this period he was lovingly watched over by a relative who put into his mouth food which he mechanically swallowed.
Days and nights thus passed with the boy. When a whole day would pass, towards the evening when the peal of bells in the temples, and the voices singing, would reach the wood, it would make the boy very sad, and he would cry, "Another day is gone in vain, Mother, and Thou hast not come. Another day of this short life has gone, and I have not known the Truth." In the agony of his soul, sometimes he would rub his face against the ground and weep, and this one prayer burst forth: "Do Thou manifest Thyself in me, Thou Mother of the universe! See that I need Thee and nothing else!" Verily, he wanted to be true to his own ideal. He had heard that the Mother never came until everything had been given up for Her. He had heard that the Mother wanted to come to everyone, but they Could not have Her, that people wanted all sorts of foolish little idols to pray to, that they wanted their own enjoyments, and not the Mother, and that the moment they really wanted Her with their whole soul, and nothing else, that moment She would come. So he began to break himself into that idea; he wanted to be exact, even on the plane of matter. He threw away all the little property he had, and took a vow that he would never touch money, and this one idea, "I will not touch money", became a part of him. It may appear to be something occult, but even in after-life when he was sleeping, if I touched him with a piece of money his hand would become bent, and his whole body would become, as it were, paralysed. The other idea that came into his mind was that lust was the other enemy. Man is a soul, and soul is sexless, neither man nor woman. The idea of sex and the idea of money were the two things, he thought, that prevented him from seeing the Mother. This whole universe is the manifestation of the Mother, and She lives in every woman's body. "Every woman represents the Mother; how can I think of woman in mere sex relation?" That was the idea: Every woman was his Mother, he must bring himself to the state when he would see nothing but Mother in every woman. And he carried it out in his life.
This is the tremendous thirst that seizes the human heart. Later on, this very man said to me, "My child, suppose there is a bag of gold in one room, and a robber in the next room; do you think that the robber can sleep? He cannot. His mind will be always thinking how to get into that room and obtain possession of that gold. Do you think then that a man, firmly persuaded that there is a Reality behind all these appearances, that there is a God, that there is One who never dies, One who is infinite bliss, a bliss compared with which these pleasures of the senses are simply playthings, can rest contented without struggling to attain It? Can he cease his efforts for a moment? No. He will become mad with longing." This divine madness seized the boy. At that time he had no teacher, nobody to tell him anything, and everyone thought that he was out of his mind. This is the ordinary condition of things. If a man throws aside the vanities of the world, we hear him called mad. But such men are the salt of the earth. Out of such madness have come the powers that have moved this world of ours, and out of such madness alone will come the powers of the future that are going to move the world.
So days, weeks, months passed in continuous struggle of the soul to arrive at truth. The boy began to see visions, to see wonderful things; the secrets of his nature were beginning to open to him. Veil after veil was, as it were, being taken off. Mother Herself became the teacher and initiated the boy into the truths he sought. At this time there came to this place a woman of beautiful appearance, learned beyond compare. Later on, this saint used to say about her that she was not learned, but was the embodiment of learning; she was learning itself, in human form. There, too, you find the peculiarity of the Indian nation. In the midst of the ignorance in which the average Hindu woman lives, in the midst of what is called in Western countries her lack of freedom, there could arise a woman of supreme spirituality. She was a Sannyâsini; for women also give up the world, throw away their property, do not marry, and devote themselves to the worship of the Lord. She came; and when she heard of this boy in the grove, she offered to go and see him; and hers was the first help he received. At once she recognised what his trouble was, and she said to him. "My son blessed is the man upon whom such madness comes. The whole of this universe is mad — some for wealth, some for pleasure, some for fame, some for a hundred other things. They are mad for gold, or husbands, or wives, for little trifles, mad to tyrannise over somebody, mad to become rich, mad for every foolish thing except God. And they can understand only their own madness. When another man is mad after gold, they have fellow-feeling and sympathy for him, and they say he is the right man, as lunatics think that lunatics alone are sane. But if a man is mad after the Beloved, after the Lord, how can they understand? They think he has gone crazy; and they say, 'Have nothing to do with him.' That is why they call you mad; but yours is the right kind of madness. Blessed is the man who is mad after God. Such men are very few." This woman remained near the boy for years, taught him the forms of the religions of India, initiated him into the different practices of Yoga, and, as it were, guided and brought into harmony this tremendous river of spirituality.
Later, there came to the same grove a Sannyasin, one of the begging friars of India, a learned man, a philosopher. He was a peculiar man, he was an idealist. He did not believe that this world existed in reality; and to demonstrate that, he would never go under a roof, he would always live out of doors, in storm and sunshine alike. This man began to teach the boy the philosophy of the Vedas; and he found very soon, to his astonishment, that the pupil was in some respects wiser than the master. He spent several months with the boy, after which he initiated him into the order of Sannyasins, and took his departure.
When as a temple priest his extraordinary worship made people think him deranged in his head, his relatives took him home and married him to a little girl, thinking that that would turn his thoughts and restore the balance of his mind. But he came back and, as we have seen, merged deeper in his madness. Sometimes, in our country, boys are married as children and have no voice in the matter; their parents marry them. Of course such a marriage is little more than a betrothal. When they are married they still continue to live with their parents, and the real marriage takes place when the wife grows older, Then it is customary for the husband to go and bring his bride to his own home. In this case, however, the husband had entirely forgotten that he had a wife. In her far off home the girl had heard that her husband had become a religious enthusiast, and that he was even considered insane by many. She resolved to learn the truth for herself, so she set out and walked to the place where her husband was. When at last she stood in her husband's presence, he at once admitted her right to his life, although in India any person, man or woman, who embraces a religious life, is thereby freed from all other obligations. The young man fell at the feet of his wife and said, "As for me, the Mother has shown me that She resides in every woman, and so I have learnt to look upon every woman as Mother. That is the one idea I can have about you; but if you wish to drag me into the world, as I have been married to you, I am at your service."
The maiden was a pure and noble soul and was able to understand her husband's aspirations and sympathise with them. She quickly told him that she had no wish to drag him down to a life of worldliness; but that all she desired was to remain near him, to serve him, and to learn of him. She became one of his most devoted disciples, always revering him as a divine being. Thus through his wife's consent the last barrier was removed, and he was free to lead the life he had chosen.
The next desire that seized upon the soul of this man as to know the truth about the various religions. Up to that time he had not known any religion but his own. He wanted to understand what other religions were like. So he sought teachers of other religions. By teachers you must always remember what we mean in India, not a bookworm, but a man of realisation, one who knows truth a; first hand and not through an intermediary. He found a Mohammedan saint and placed himself under him; he underwent the disciplines prescribed by him, and to his astonishment found that when faithfully carried out, these devotional methods led him to the same goal he had already attained. He gathered similar experience from following the true religion of Jesus the Christ. He went to all the sects he could find, and whatever he took up he went into with his whole heart. He did exactly as he was told, and in every instance he arrived at the same result. Thus from actual experience, he came to know that the goal of every religion is the same, that each is trying to teach the same thing, the difference being largely in method and still more in language. At the core, all sects and all religions have the same aim; and they were only quarrelling for their own selfish purposes — they were not anxious about the truth, but about "my name" and "your name". Two of them preached the same truth, but one of them said, "That cannot be true, because I have not put upon it the seal of my name. Therefore do not listen to him." And the other man said, "Do not hear him, although he is preaching very much the same thing, yet it is not true because he does not preach it in my name."
That is what my Master found, and he then set about to learn humility, because he had found that the one idea in all religions is, "not me, but Thou", and he who says, "not me", the Lord fills his heart. The less of this little "I" the more of God there is in him. That he found to be the truth in every religion in the world, and he set himself to accomplish this. As I have told you, whenever he wanted to do anything he never confined himself to fine theories, but would enter into the practice immediately; We see many persons talking the most wonderfully fine things about charity and about equality and the rights of other people and all that, but it is only in theory. I was so fortunate as to find one who was able to carry theory into practice. He had the most wonderful faculty of carrying everything into practice which he thought was right.
Now, there was a family of Pariahs living near the place. The Pariahs number several millions in the whole of India and are a sect of people so low that some of our books say that if a Brahmin coming out from his house sees the face of a Pariah, he has to fast that day and recite certain prayers before he becomes holy again. In some Hindu cities when a Pariah enters, he has to put a crow's feather on his head as a sign that he is a Pariah, and he has to cry aloud, "Save yourselves, the Pariah is passing through the street", and you will find people flying off from him as if by magic, because if they touch him by chance, they will have to change their clothes, bathe, and do other things. And the Pariah for thousands of years has believed that it is perfectly right; that his touch will make everybody unholy. Now my Master would go to a Pariah and ask to be allowed to clean his house. The business of the Pariah is to clean the streets of the cities and to keep houses clean. He cannot enter the house by the front door; by the back door he enters; and as soon as he has gone, the whole place over which he has passed is sprinkled with and made holy by a little Gangâ water. By birth the Brahmin stands for holiness, and the Pariah for the very reverse. And this Brahmin asked to be allowed to do the menial services in the house of the Pariah. The Pariah of course could not allow that, for they all think that if they allow a Brahmin to do such menial work it will be an awful sin, and they will become extinct. The Pariah would not permit it; so in the dead of night, when all were sleeping, Ramakrishna would enter the house. He had long hair, and with his hair he would wipe the place, saying, "Oh, my Mother, make me the servant of the Pariah, make me feel that I am even lower than the Pariah." "They worship Me best who worship My worshippers. These are all My children and your privilege is to serve them" — is the teaching of Hindu scriptures.
There were various other preparations which would take a long time to relate, and I want to give you just a sketch of his life. For years he thus educated himself. One of the Sâdhanâs was to root out the sex idea. Soul has no sex, it is neither male nor female. It is only in the body that sex exists, and the man who desires to reach the spirit cannot at the same time hold to sex distinctions. Having been born in a masculine body, this man wanted to bring the feminine idea into everything. He began to think that he was a woman, he dressed like a woman, spoke like a woman, gave up the occupations of men, and lived in the household among the women of a good family, until, after years of this discipline, his mind became changed, and he entirely forgot the idea of sex; thus the whole view of life became changed to him.
We hear in the West about worshipping woman, but this is usually for her youth and beauty. This man meant by worshipping woman, that to him every woman's face was that of the Blissful Mother, and nothing but that. I myself have seen this man standing before those women whom society would not touch, and falling at their feet bathed in tears, saying, "Mother, in one form Thou art in the street, and in another form Thou art the universe. I salute Thee, Mother, I salute Thee." Think of the blessedness of that life from which all carnality has vanished, which can look upon every woman with that love and reverence when every woman's face becomes transfigured, and only the face of the Divine Mother, the Blissful One, the Protectress of the human race, shines upon it! That is what we want. Do you mean to say that the divinity back of a woman can ever be cheated? It never was and never will be, It always asserts itself. Unfailingly it detects fraud, it detects hypocrisy, unerringly it feels the warmth of truth, the light of spirituality, the holiness of purity. Such purity is absolutely necessary if real spirituality is to be attained.
This rigorous, unsullied purity came into the life of that man. All the struggles which we have in our lives were past for him. His hard-earned jewels of spirituality, for which he had given three-quarters of his life, were now ready to be given to humanity, and then began his mission. His teaching and preaching were peculiar. In our country a teacher is a most highly venerated person, he is regarded as God Himself. We have not even the same respect for our father and mother. Father and mother give us our body, but the teacher shows us the way to salvation. We are his children, we are born in the spiritual line of the teacher. All Hindus come to pay respect to an extraordinary teacher, they crowd around him. And here was such a teacher, but the teacher had no thought whether he was to be respected or not, he had not the least idea that he was a great teacher, he thought that it was Mother who was doing everything and not he. He always said, "If any good comes from my lips, it is the Mother who speaks; what have I to do with it?" That was his one idea about his work, and to the day of his death he never gave it up. This man sought no one. His principle was, first form character, first earn spirituality and results will come of themselves. His favourite illustration was, "When the lotus opens, the bees come of their own accord to seek the honey; so let the lotus of your character be full-blown, and the results will follow." This is a great lesson to learn.
My Master taught me this lesson hundreds of times, yet I often forget it. Few understand the power of thought. If a man goes into a cave, shuts himself in, and thinks one really great thought and dies, that thought will penetrate the walls of that cave, vibrate through space, and at last permeate the whole human race. Such is the power of thought; be in no hurry therefore to give your thoughts to others. First have something to give. He alone teaches who has something to give, for teaching is not talking, teaching is not imparting doctrines, it is communicating. Spirituality can be communicated just as really as I can give you a flower. This is true in the most literal sense. This idea is very old in India and finds illustration in the West in the "theory, in the belief, of apostolic succession. Therefore first make character — that is the highest duty you can perform. Know Truth for yourself, and there will be many to whom you can teach it after wards; they will all come. This was the attitude of my Master. He criticised no one. For years I lived with that man, but never did I hear those lips utter one word of condemnation for any sect. He had the same sympathy for all sects; he had found the harmony between them. A man may be intellectual, or devotional, or mystic, or active; the various religions represent one or the other of these types. Yet it is possible to combine all the four in one man, and this is what future humanity is going to do. That was his idea. He condemned no one, but saw the good in all.
People came by thousands to see and hear this wonderful man who spoke in a patois every word of which was forceful and instinct with light. For it is not what is spoken, much less the language in which it is spoken, but it is the personality of the speaker which dwells in everything he says that carries weight. Every one of us feels this at times. We hear most splendid orations, most wonderfully reasoned-out discourses, and we go home and forget them all. At other times we hear a few words in the simplest language, and they enter into our lives, become part and parcel of ourselves and produce lasting results. The words of a man who can put his personality into them take effect, but he must have tremendous personality. All teaching implies giving and taking, the teacher gives and the taught receives, but the one must have something to give, and the other must be open to receive.
This man came to live near Calcutta, the capital of India, the most important university town in our country which was sending out sceptics and materialists by the hundreds every year. Yet many of these university men — sceptics and agnostics — used to come and listen to him. I heard of this man, and I went to hear him. He looked just like an ordinary man, with nothing remarkable about him. He used the most simple language, and I thought "Can this man be a great teacher?"— crept near to him and asked him the question which I had been asking others all my life: "Do you believe in God, Sir?" "Yes," he replied. "Can you prove it, Sir?" "Yes." "How?" "Because I see Him just as I see you here, only in a much intenser sense." That impressed me at once. For the first time I found a man who dared to say that he saw God that religion was a reality to be felt, to be sensed in an infinitely more intense way than we can sense the world. I began to go to that man, day after day, and I actually saw that religion could be given. One touch, one glance, can change a whole life. I have read about Buddha and Christ and Mohammed, about all those different luminaries of ancient times, how they would stand up and say, "Be thou whole", and the man became whole. I now found it to be true, and when I myself saw this man, all scepticism was brushed aside. It could be done; and my Master used to say, "Religion can be given and taken more tangibly, more really than anything else in the world." Be therefore spiritual first; have something to give and then stand before the world and give it. Religion is not talk, or doctrines, or theories; nor is it sectarianism. Religion cannot live in sects and societies. It is the relation between the soul and God; how can it be made into a society? It would then degenerate into business, and wherever there are business and business principles in religion, spirituality dies. Religion does not consist in erecting temples, or building churches, or attending public worship. It is not to be found in books, or in words, or in lectures, or in organisations. Religion consists in realisation. As a fact, we all know that nothing will satisfy us until we know the truth for ourselves. However we may argue, however much we may hear, but one thing will satisfy us, and that is our own realisation; and such an experience is possible for every one of us if we will only try. The first ideal of this attempt to realise religion is that of renunciation. As far as we can, we must give up. Darkness and light, enjoyment of the world and enjoyment of God will never go together. "Ye cannot serve God and Mammon." Let people try it if they will, and I have seen millions in every country who have tried; but after all, it comes to nothing. If one word remains true in the saying, it is, give up every thing for the sake of the Lord. This is a hard and long task, but you can begin it here and now. Bit by bit we must go towards it.
The second idea that I learnt from my Master, and which is perhaps the most vital, is the wonderful truth that the religions of the world are not contradictory or antagonistic. They are but various phases of one eternal religion. That one eternal religion is applied to different planes of existence, is applied to the opinions of various minds and various races. There never was my religion or yours, my national religion or your national religion; there never existed many religions, there is only the one. One infinite religion existed all through eternity and will ever exist, and this religion is expressing itself in various countries in various ways. Therefore we must respect all religions and we must try to accept them all as far as we can. Religions manifest themselves not only according to race and geographical position, but according to individual powers. In one man religion is manifesting itself as intense activity, as work. In another it is manifesting itself as intense devotion, in yet another, as mysticism, in others as philosophy, and so forth. It is wrong when we say to others, "Your methods are not right." Perhaps a man, whose nature is that of love, thinks that the man who does good to others is not on the right road to religion, because it is not his own way, and is therefore wrong. If the philosopher thinks, "Oh, the poor ignorant people, what do they know about a God of Love, and loving Him? They do not know what they mean," he is wrong, because they may be right and he also.
To learn this central secret that the truth may be one and yet many at the same time, that we may have different visions of the same truth from different standpoints, is exactly what must be done. Then, instead of antagonism to anyone, we shall have infinite sympathy with all. Knowing that as long as there are different natures born in this world, the same religious truth will require different adaptations, we shall understand that we are bound to have forbearance with each other. Just as nature is unity in variety — an infinite variation in the phenomenal — as in and through all these variations of the phenomenal runs the Infinite, the Unchangeable, the Absolute Unity, so it is with every man; the microcosm is but a miniature repetition of the macrocosm; in spite of all these variations, in and through them all runs this eternal harmony, and we have to recognise this. This idea, above all other ideas, I find to be the crying necessity of the day. Coming from a country which is a hotbed of religious sects — and to which, through its good fortune or ill fortune, everyone who has a religious idea wants to send an advance-guard — I have been acquainted from my childhood with the various sects of the world. Even the Mormons come to preach in India. Welcome them all! That is the soil on which to preach religion. There it takes root more than in any other country. If you come and teach politics to the Hindus, they do not understand; but if you come to preach religion, however curious it may be, you will have hundreds and thousands of followers in no time, and you have every chance of becoming a living God in your lifetime. I am glad it is so, it is the one thing we want in India.
The sects among the Hindus are various, a great many in number, and some of them apparently hopelessly contradictory. Yet they all tell you they are but different manifestations of religion. "As different rivers, taking their start from different mountains, running crooked or straight, all come and mingle their waters in the ocean, so the different sects, with their different points of view, at last all come unto Thee." This is not a theory, it has to be recognised, but not in that patronising way which we see with some people: "Oh yes, there are some very good things in it. These are what we call the ethnical religions. These ethnical religions have some good in them." Some even have the most wonderfully liberal idea that other religions are all little bits of a prehistoric evolution, but "ours is the fulfilment of things". One man says, because his is the oldest religion, it is the best: another makes the same claim, because his is the latest.
We have to recognise that each one of them has the same saving power as the other. What you have heard about their difference, whether in the temple or in the church, is a mass of superstition. The same God answers all; and it is not you, or I, or any body of men that is responsible for the safety and salvation of the least little bit of the soul; the same Almighty God is responsible for all. I do not understand how people declare themselves to be believers in God, and at the same time think that God has handed over to a little body of men all truth, and that they are the guardians of the rest of humanity. How can you call that religion? Religion is realisation; but mere talk — mere trying to believe, mere groping in darkness, mere parroting the words of ancestors and thinking it is religion, mere making a political something out of the truths of religion — is not religion at all. In every sect — even among the Mohammedans whom we always regard as the most exclusive — even among them we find that wherever there was a man trying to realise religion, from his lips have come the fiery words: "Thou art the Lord of all, Thou art in the heart of all, Thou art the guide of all, Thou art the Teacher of all, and Thou caress infinitely more for the land of Thy children than we can ever do." Do not try to disturb the faith of any man. If you can, give him something better; if you can, get hold of a man where he stands and give him a push upwards; do so, but do not destroy what he has. The only true teacher is he who can convert himself, as it were, into a thousand persons at a moment's notice. The only true teacher is he who can immediately come down to the level of the student, and transfer his soul to the student's soul and see through the student's eyes and hear through his ears and understand through his mind. Such a teacher can really teach and none else. All these negative, breaking-down, destructive teachers that are in the world can never do any good.
In the presence of my Master I found out that man could be perfect, even in this body. Those lips never cursed anyone, never even criticised anyone. Those eyes were beyond the possibility of seeing evil, that mind had lost the power of thinking evil. He saw nothing but good. That tremendous purity, that tremendous renunciation is the one secret of spirituality. "Neither through wealth, nor through progeny, but through renunciation alone, is immortality to be reached", say the Vedas. "Sell all that thou hast and give to the poor, and follow me", says the Christ. So all great saints and Prophets have expressed it, and have carried it out in their lives. How can great spirituality come without that renunciation? Renunciation is the background of all religious thought wherever it be, and you will always find that as this idea of renunciation lessens, the more will the senses creep into the field of religion, and spirituality will decrease in the same ratio.
That man was the embodiment of renunciation. In our country it is necessary for a man who becomes a Sannyasin to give up all worldly wealth and position, and this my Master carried out literally. There were many who would have felt themselves blest if he would only have accepted a present from their hands, who would gladly have given him thousands of rupees if he would have taken them, but these were the only men from whom he would turn away. He was a triumphant example, a living realisation of the complete conquest of lust and of desire for money. He was beyond all ideas of either, and such men are necessary for this century. Such renunciation is necessary in these days when men have begun to think that they cannot live a month without what they call their "necessities", and which they are increasing out of all proportion. It is necessary in a time like this that a man should arise to demonstrate to the sceptics of the world that there yet breathes a man who does not care a straw for all the gold or all the fame that is in the universe. Yet there are such men.
The other idea of his life was intense love for others. The first part of my Master's life was spent in acquiring spirituality, and the remaining years in distributing it. People in our country have not the same customs as you have in visiting a religious teacher or a Sannyasin. Somebody would come to ask him about something, some perhaps would come hundreds of miles, walking all the way, just to ask one question, to hear one word from him, "Tell me one word for my salvation." That is the way they come. They come in numbers, unceremoniously, to the place where he is mostly to be found; they may find him under a tree and question him; and before one set of people has gone, others have arrived. So if a man is greatly revered, he will sometimes have no rest day or night. He will have to talk constantly. For hours people will come pouring in, and this man will be teaching them.
So men came in crowds to hear him, and he would talk twenty hours in the twenty-four, and that not for one day, but for months and months until at last the body broke down under the pressure of this tremendous strain. His intense love for mankind would not let him refuse to help even the humblest of the thousands who sought his aid. Gradually, there developed a vital throat disorder and yet he could not be persuaded to refrain from these exertions. As soon as he heard that people were asking to see him, he would insist upon having them admitted and would answer all their questions. When expostulated with, he replied, "I do not care. I will give up twenty thousand such bodies to help one man. It is glorious to help even one man." There was no rest for him. Once a man asked him, "Sir, you are a great Yogi. Why do you not put your mind a little on your body and cure your disease? "At first he did not answer, but when the question had been repeated, he gently said, "My friend, I thought you were a sage, but you talk like other men of the world. This mind has been given to the Lord. Do you mean to say that I should take it back and put it upon the body which is but a mere cage of the soul?"
So he went on preaching to the people, and the news spread that his body was about to pass away, and the people began to flock to him in greater crowds than ever. You cannot imagine the way they come to these great religious teachers in India, how they crowd round them and make gods of them while they are yet living. Thousands wait simply to touch the hem of their garments. It is through this appreciation of spirituality in others that spirituality is produced. Whatever man wants and appreciates, he will get; and it is the same with nations. If you go to India and deliver a political lecture, however grand it may be, you will scarcely find people to listen to you but just go and teach religion, live it, not merely talk it, and hundreds will crowd just to look at you, to touch your feet. When the people heard that this holy man was likely to go from them soon, they began to come round him more than ever, and my Master went on teaching them without the least regard for his health. We could not prevent this. Many of the people came from long distances, and he would not rest until he had answered their questions. "While I can speak, I must teach them," he would say, and he was as good as his word. One day, he told us that he would lay down the body that day, and repeating the most sacred word of the Vedas he entered into Samâdhi and passed away.
His thoughts and his message were known to very few capable of giving them out. Among others, he left a few young boys who had renounced the world, and were ready to carry on his work. Attempts were made to crush them. But they stood firm, having the inspiration of that great life before them. Having had the contact of that blessed life for years, they stood their ground. These young men, living as Sannyasins, begged through the streets of the city where they were born, although some of them came from high families. At first they met with great antagonism, but they persevered and went on from day to day spreading all over India the message of that great man, until the whole country was filled with the ideas he had preached. This man, from a remote village of Bengal, without education, by the sheer force of his own determination, realised the truth and gave it to others, leaving only a few young boys to keep it alive.
Today the name of Shri Ramakrishna Paramahamsa is known all over India to its millions of people. Nay, the power of that man has spread beyond India; and if there has ever been a word of truth, a word of spirituality, that I have spoken anywhere in the world, I owe it to my Master; only the mistakes are mine.
This is the message of Shri Ramakrishna to the modern world: "Do not care for doctrines, do not care for dogmas, or sects, or churches, or temples; they count for little compared with the essence of existence in each man which is spirituality; and the more this is developed in a man, the more powerful is he for good. Earn that first, acquire that, and criticise no one, for all doctrines and creeds have some good in them. Show by your lives that religion does not mean words, or names, or sects, but that it means spiritual realisation. Only those can understand who have felt. Only those who have attained to spirituality can communicate it to others, can be great teachers of mankind. They alone are the powers of light."
The more such men are produced in a country, the more that country will be raised; and that country where such men absolutely do not exist is simply doomed nothing can save it. Therefore my Master's message to mankind is: "Be spiritual and realise truth for Yourself." He would have you give up for the sake of your fellow-beings. He would have you cease talking about love for your brother, and set to work to prove your words. The time has come for renunciation, for realisation, and then you will see the harmony in all the religions of the world. You will know that there is no need of any quarrel. And then only will you be ready to help humanity. To proclaim and make clear the fundamental unity underlying all religions was the mission of my Master. Other teachers have taught special religions which bear their names, but this great teacher of the nineteenth century made no claim for himself. He left every religion undisturbed because he had realised that in reality they are all part and parcel of the one eternal religion.
Notes
Texte issu de Wikisource, domaine public. Publication originale par Advaita Ashrama.