Mon plan de campagne
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MON PLAN DE CAMPAGNE
(Prononcé au Victoria Hall, Madras)
Comme l'autre jour nous n'avons pu continuer, en raison de la foule, je saisirai cette occasion de remercier le peuple de Madras pour la bonté constante qu'il m'a témoignée. Je ne sais comment mieux exprimer ma gratitude pour les belles paroles qui ont été exprimées dans les adresses qu'en priant le Seigneur de me rendre digne de ces expressions si aimables et si généreuses, et en travaillant toute ma vie pour la cause de notre religion et pour servir notre mère patrie ; et puisse le Seigneur me rendre digne d'eux.
Avec tous mes défauts, je crois avoir un peu d'audace. J'avais un message de l'Inde pour l'Occident, et hardiment je l'ai donné au peuple américain et au peuple anglais. Avant d'entrer dans le sujet du jour, je veux vous adresser à tous quelques paroles audacieuses. Certaines circonstances se sont développées autour de moi, tendant à me contrecarrer, à s'opposer à ma progression, et à m'écraser si elles le pouvaient. Dieu merci, elles ont échoué, comme de telles tentatives échoueront toujours. Mais il y a eu, pendant les trois dernières années, un certain malentendu, et tant que j'étais en terre étrangère, j'ai gardé le silence et n'ai pas même prononcé un seul mot ; mais maintenant, debout sur le sol de ma mère patrie, je veux donner quelques mots d'explication. Non que je me soucie du résultat de ces mots — non que je me soucie du sentiment que j'éveillerai chez vous par ces mots. Cela m'importe très peu, car je suis le même Sannyâsin (moine renonçant) qui est entré dans votre ville il y a environ quatre ans avec ce bâton et ce Kamandalu (pot à eau du moine) ; le même vaste monde est devant moi. Sans plus de préambule, permettez-moi de commencer.
Tout d'abord, j'ai à dire quelques mots au sujet de la Société Théosophique. Il va sans dire qu'un certain bien a été fait pour l'Inde par cette Société ; à ce titre, chaque Hindou lui en est reconnaissant, et spécialement à Mme Besant ; car bien que je la connaisse très peu, le peu que je connais m'a impressionné par l'idée qu'elle est une amie sincère de notre mère patrie, et qu'elle fait de son mieux pour élever notre pays. Pour cela, l'éternelle gratitude de tout vrai fils de l'Inde lui appartient, et que toutes les bénédictions soient sur elle et les siens à jamais. Mais cela est une chose — et rejoindre la Société des Théosophes en est une autre. Le respect, l'estime et l'amour sont une chose, et avaler tout ce que quelqu'un a à dire, sans raisonner, sans critiquer, sans analyser, en est une tout autre. Il circule un rapport selon lequel les Théosophes auraient aidé mes modestes réalisations en Amérique et en Angleterre. Je dois vous dire clairement que chaque mot en est faux, chaque mot en est inexact. Nous entendons tant de grands discours en ce monde, sur les idées libérales et la sympathie pour les différences d'opinion. C'est très bien, mais en fait, nous trouvons que l'on sympathise avec un autre seulement tant que cet autre croit en tout ce qu'on a à lui dire, mais dès qu'il ose différer, cette sympathie disparaît, cet amour s'évanouit. Il y en a d'autres, encore, qui ont leurs propres intérêts à servir, et si quelque chose survient dans un pays qui empêche la poursuite de ces intérêts, leurs cœurs brûlent, une quantité de haine sort, et ils ne savent que faire. Quel mal cela fait-il au missionnaire chrétien que les Hindous essaient de faire le ménage dans leur propre maison ? Quelle blessure cela fera-t-il au Brâhmo Samâj et aux autres organismes de réforme que les Hindous fassent de leur mieux pour se réformer eux-mêmes ? Pourquoi devraient-ils se dresser en opposition ? Pourquoi devraient-ils être les plus grands ennemis de ces mouvements ? Pourquoi ? — je le demande. Il me semble que leur haine et leur jalousie sont si amères qu'on ne peut y chercher aucun pourquoi ni aucun comment.
Il y a quatre ans, quand, pauvre Sannyâsin inconnu et sans amis, j'allais en Amérique, traversant les mers pour l'Amérique sans aucune lettre d'introduction ni amis là-bas, je rendis visite au dirigeant de la Société Théosophique. Naturellement, je pensai que lui, étant Américain et ami de l'Inde, me donnerait peut-être une lettre d'introduction pour quelqu'un là-bas. Il me demanda : « Voulez-vous rejoindre ma Société ? » « Non, » répondis-je, « comment le pourrais-je ? Car je ne crois pas à la plupart de vos doctrines. » « Alors, je suis désolé, je ne peux rien faire pour vous, » répondit-il. Ce n'était pas me préparer le chemin. J'arrivai en Amérique, comme vous le savez, grâce à l'aide de quelques amis de Madras. La plupart d'entre eux sont présents ici. Un seul est absent, M. le Juge Subramania Iyer, à qui ma plus profonde gratitude est due. Il a la perspicacité d'un génie et est l'un des plus fidèles amis que j'aie en cette vie, un vrai ami en effet, un vrai enfant de l'Inde. J'arrivai en Amérique plusieurs mois avant le début du Parlement des Religions. L'argent que j'avais avec moi était peu, et il fut bientôt dépensé. L'hiver approchait, et je n'avais que de légers vêtements d'été. Je ne savais que faire dans ce climat froid et morne, car si j'étais allé mendier dans les rues, le résultat aurait été qu'on m'aurait envoyé en prison. J'étais là avec les derniers dollars dans ma poche. J'envoyai un télégramme à mes amis à Madras. Cela fut connu des Théosophes, et l'un d'eux écrivit : « Maintenant le diable va mourir ; Dieu nous bénisse tous. » Était-ce me préparer le chemin ? Je n'aurais pas mentionné ceci maintenant ; mais, comme mes compatriotes voulaient savoir, cela doit sortir. Pendant trois ans, je n'ai pas ouvert les lèvres sur ces choses ; le silence a été ma devise ; mais aujourd'hui la chose est sortie. Ce n'était pas tout. Je vis quelques Théosophes au Parlement des Religions, et je voulus parler et me mêler à eux. Je me souviens des regards de mépris qu'ils avaient sur le visage, comme pour dire : « De quel droit le ver est-il ici au milieu des dieux ? » Après que j'eus acquis nom et renommée au Parlement des Religions, alors commença un travail formidable pour moi ; mais à chaque tournant, les Théosophes essayèrent de me dénigrer. On conseilla aux Théosophes de ne pas venir entendre mes conférences, car par là ils perdraient toute la sympathie de la Société, parce que les lois de la section ésotérique déclarent que tout homme qui rejoint cette section ésotérique doit recevoir l'instruction de Kuthumi et de Moria, bien sûr par l'intermédiaire de leurs représentants visibles — M. Judge et Mme Besant — de sorte que rejoindre la section ésotérique signifie abandonner son indépendance. Certes, je ne pouvais faire une telle chose, et je ne pourrais appeler Hindou quiconque ferait une telle chose. J'avais un grand respect pour M. Judge. C'était un homme digne, ouvert, loyal, simple, et il était le meilleur représentant que les Théosophes aient jamais eu. Je n'ai pas le droit de critiquer le différend entre lui et Mme Besant quand chacun prétend que son Mahâtmâ (grand maître) a raison. Et le plus étrange est que le même Mahatma est revendiqué par les deux. Le Seigneur connaît la vérité : Il est le Juge, et nul n'a le droit de porter un jugement quand la balance est égale. C'est ainsi qu'ils m'ont préparé le chemin dans toute l'Amérique !
Ils rejoignirent l'autre opposition — les missionnaires chrétiens. Il n'est pas un seul mensonge noir imaginable que ces derniers n'aient inventé contre moi. Ils noircirent mon caractère de ville en ville, bien que je fusse pauvre et sans amis dans un pays étranger. Ils essayèrent de me chasser de chaque maison et de faire de chaque homme devenu mon ami mon ennemi. Ils essayèrent de me faire mourir de faim ; et j'ai le regret de dire qu'un de mes propres compatriotes prit parti contre moi dans cette affaire. C'est le dirigeant d'un parti réformateur en Inde. Ce monsieur déclare chaque jour : « Le Christ est venu en Inde. » Est-ce la manière dont le Christ doit venir en Inde ? Est-ce la manière de réformer l'Inde ? Et ce monsieur, je le connaissais depuis mon enfance ; c'était l'un de mes meilleurs amis ; quand je le vis — je n'avais pas rencontré depuis longtemps un de mes compatriotes — je fus si heureux, et voilà le traitement que je reçus de sa part. Le jour où le Parlement m'acclama, le jour où je devins populaire à Chicago, à partir de ce jour son ton changea ; et de façon sournoise, il essaya de faire tout son possible pour me nuire. Est-ce la manière dont le Christ viendra en Inde ? Est-ce la leçon qu'il avait apprise après avoir siégé vingt ans aux pieds du Christ ? Nos grands réformateurs déclarent que le christianisme et la puissance chrétienne vont élever le peuple indien. Est-ce la manière de le faire ? Assurément, si ce monsieur en est l'illustration, cela ne semble pas très prometteur.
Un mot de plus : je lis dans l'organe des réformateurs sociaux que je suis appelé Shûdra (la quatrième classe sociale) et que l'on me demande de quel droit un Shûdra peut devenir Sannyâsin. À quoi je réponds : Je fais remonter ma descendance à celui aux pieds de qui chaque Brâhmane dépose des fleurs quand il prononce les mots — yamâya dharmarâjâya chitraguптâya vai namah — et dont les descendants sont les plus purs des Kshatriyas (la classe guerrière). Si vous croyez en votre mythologie ou en vos Écritures Paurâniques, que ces soi-disant réformateurs sachent que ma caste, outre d'autres services dans le passé, a gouverné la moitié de l'Inde pendant des siècles. Si l'on met ma caste de côté, que restera-t-il de la civilisation actuelle de l'Inde ? Au Bengale seul, mon sang lui a fourni son plus grand philosophe, le plus grand poète, le plus grand historien, le plus grand archéologue, le plus grand prédicateur religieux ; mon sang a fourni à l'Inde le plus grand de ses scientifiques modernes. Ces détracteurs auraient dû connaître un peu notre propre histoire, et avoir étudié nos trois castes, et appris que le Brâhmane, le Kshatriya et le Vaishya ont un droit égal à être Sannyâsins : les Traivarnikas ont un droit égal aux Vedas. Ceci n'est dit qu'en passant. J'y fais juste référence, mais je ne suis nullement blessé s'ils m'appellent Shûdra. Ce sera un peu de réparation pour la tyrannie de mes ancêtres sur les pauvres. Si je suis un Paria, j'en serai d'autant plus heureux, car je suis le disciple d'un homme qui — le Brâhmane des Brâhmanes — voulait nettoyer la maison d'un Paria. Bien sûr, le Paria ne voulait pas le permettre ; comment pouvait-il laisser ce Brâhmane Sannyâsin venir nettoyer sa maison ! Et cet homme se réveilla au milieu de la nuit, entra subrepticement dans la maison de ce Paria, nettoya ses latrines, et de ses longs cheveux essuya l'endroit, et cela il le fit jour après jour afin de se faire le serviteur de tous. Je porte les pieds de cet homme sur ma tête ; il est mon héros ; c'est la vie de ce héros que j'essaierai d'imiter. C'est en étant le serviteur de tous qu'un Hindou cherche à s'élever. C'est ainsi que les Hindous devraient élever les masses, et non en cherchant quelque influence étrangère. Vingt ans de civilisation occidentale m'apportent à l'esprit l'illustration de l'homme qui veut affamer son propre ami en terre étrangère, simplement parce que cet ami est populaire, simplement parce qu'il pense que cet homme se tient sur le chemin par lequel il gagne sa vie. Et l'autre est l'illustration de ce que l'hindouisme authentique et orthodoxe fera lui-même à la maison. Que n'importe lequel de nos réformateurs produise cette vie, prête à servir même un Paria, et alors je m'assiérai à ses pieds et j'apprendrai, et pas avant. Une once de pratique vaut vingt mille tonnes de grandes paroles.
Maintenant j'en viens aux sociétés de réforme de Madras. Elles ont été très aimables avec moi. Elles m'ont adressé de très bonnes paroles, et elles ont souligné, et je suis de tout cœur d'accord avec elles, qu'il y a une différence entre les réformateurs du Bengale et ceux de Madras. Beaucoup d'entre vous se souviendront de ce que je vous ai très souvent dit, que Madras est dans un très bel état en ce moment. Il n'est pas entré dans le jeu d'action et de réaction comme le Bengale l'a fait. Ici, il y a un progrès constant et lent tout au long ; ici, il y a croissance, et non réaction. Dans bien des cas, et dans une certaine mesure, il y a un réveil au Bengale ; mais à Madras ce n'est pas un réveil, c'est une croissance, une croissance naturelle. En tant que tel, je suis entièrement d'accord avec ce que les réformateurs soulignent comme la différence entre les deux peuples ; mais il y a une différence qu'ils ne comprennent pas. Certaines de ces sociétés, je le crains, essaient de m'intimider pour que je les rejoigne. C'est une chose étrange de leur part que de tenter cela. Un homme qui a affronté la famine pendant quatorze ans de sa vie, qui n'a pas su où il prendrait son prochain repas ni où il dormirait, ne peut être intimidé si facilement. Un homme, presque sans vêtements, qui a osé vivre là où le thermomètre marquait trente degrés au-dessous de zéro, sans savoir d'où viendrait le prochain repas, ne peut être intimidé si facilement en Inde. C'est la première chose que je leur dirai — j'ai un petit peu de volonté propre. J'ai aussi ma petite expérience ; et j'ai un message pour le monde que je délivrerai sans crainte et sans souci de l'avenir. Aux réformateurs, je ferai remarquer que je suis un plus grand réformateur qu'aucun d'entre eux. Ils veulent réformer seulement de petits morceaux. Moi, je veux une réforme radicale, de la racine aux branches. Là où nous différons, c'est dans la méthode. La leur est la méthode de la destruction, la mienne est celle de la construction. Je ne crois pas en la réforme ; je crois en la croissance. Je n'ose pas me mettre à la place de Dieu et dicter à notre société : « Par ici tu dois aller et non par là. » Je veux simplement être comme l'écureuil dans la construction du pont de Râma, qui se contentait de déposer sur le pont sa petite part de poussière de sable. Telle est ma position. Cette merveilleuse machine nationale a fonctionné à travers les âges, ce merveilleux fleuve de la vie nationale coule devant nous. Qui sait, et qui ose dire s'il est bon et comment il doit se mouvoir ? Des milliers de circonstances l'entourent, lui donnant une impulsion spéciale, le rendant lent à un moment et plus rapide à un autre. Qui ose commander son mouvement ? Le nôtre est seulement de travailler, comme le dit la Gîtâ, sans chercher les résultats. Nourrissez la vie nationale avec le combustible qu'elle veut, mais la croissance lui appartient ; nul ne peut lui dicter sa croissance. Les maux sont abondants dans notre société, mais il y en a aussi dans toute autre société. Ici, la terre est parfois trempée des larmes des veuves ; là-bas en Occident, l'air retentit des soupirs des célibataires. Ici, la pauvreté est le grand fléau de la vie ; là-bas, la lassitude de la vie née du luxe est le grand fléau qui pèse sur la race. Ici, les hommes veulent se suicider parce qu'ils n'ont rien à manger ; là-bas, ils se suicident parce qu'ils ont trop à manger. Le mal est partout ; c'est comme un rhumatisme chronique. Chassez-le du pied, il va à la tête ; chassez-le de là, il va ailleurs. C'est une question de le pourchasser de place en place ; c'est tout. Oui, enfants, essayer de remédier au mal n'est pas la vraie voie. Notre philosophie enseigne que le mal et le bien sont éternellement conjoints, l'avers et le revers de la même pièce. Si vous avez l'un, vous devez avoir l'autre ; une vague dans l'océan doit se faire au prix d'un creux ailleurs. Bien plus, toute vie est mal. Aucun souffle ne peut être pris sans tuer quelqu'un d'autre ; pas une bouchée de nourriture ne peut être mangée sans en priver quelqu'un d'autre. C'est la loi ; c'est la philosophie. Par conséquent, la seule chose que nous pouvons faire est de comprendre que tout ce travail contre le mal est plus subjectif qu'objectif. Le travail contre le mal est plus éducatif qu'effectif, si grands que soient nos discours. C'est là, d'abord, l'idée du travail contre le mal ; et cela devrait nous rendre plus calmes, cela devrait ôter le fanatisme de notre sang. L'histoire du monde nous enseigne que partout où il y a eu des réformes fanatiques, le seul résultat a été qu'elles ont contrecarré leurs propres fins. On ne peut imaginer de plus grand bouleversement pour l'établissement du droit et de la liberté que la guerre pour l'abolition de l'esclavage en Amérique. Vous la connaissez tous. Et quels en ont été les résultats ? Les esclaves sont cent fois plus mal lotis aujourd'hui qu'avant l'abolition. Avant l'abolition, ces pauvres nègres étaient la propriété de quelqu'un, et, en tant que propriétés, on devait veiller sur eux, afin qu'ils ne se détériorent pas. Aujourd'hui, ils ne sont la propriété de personne. Leurs vies n'ont aucune valeur ; on les brûle vifs sous de simples prétextes. On les abat sans aucune loi pour leurs meurtriers ; car ce sont des nègres, ce ne sont pas des êtres humains, ce ne sont même pas des animaux ; et c'est là l'effet de ce retrait violent du mal par la loi ou par le fanatisme. Tel est le témoignage de l'histoire contre tout mouvement fanatique, même pour faire le bien. J'ai vu cela. Ma propre expérience me l'a enseigné. C'est pourquoi je ne peux rejoindre aucune de ces sociétés de condamnation. Pourquoi condamner ? Il y a des maux dans toute société ; tout le monde le sait. Tout enfant d'aujourd'hui le sait ; il peut monter sur une estrade et nous faire une harangue sur les maux affreux de la société hindoue. Tout étranger sans éducation qui vient ici en touriste du globe jette un regard fugitif sur l'Inde depuis le train et fait les conférences les plus savantes sur les maux affreux en Inde. Nous admettons qu'il y a des maux. Chacun peut montrer ce qu'est le mal, mais c'est celui-là l'ami de l'humanité qui trouve une issue à la difficulté. Comme le garçon qui se noie et le philosophe — quand le philosophe lui faisait la leçon, le garçon criait : « Sortez-moi d'abord de l'eau » — de même notre peuple crie : « Nous avons eu assez de conférences, assez de sociétés, assez de journaux ; où est l'homme qui nous tendra la main pour nous tirer de là ? Où est l'homme qui nous aime vraiment ? Où est l'homme qui a de la sympathie pour nous ? » Oui, c'est cet homme-là qui est recherché. C'est là que je diffère entièrement de ces mouvements de réforme. Pendant cent ans ils ont été là. Quel bien a été fait, sinon la création d'une littérature des plus vitupérantes, des plus condamnatoires ? Plût à Dieu qu'elle n'existât pas ! Ils ont critiqué, condamné, injurié les orthodoxes, jusqu'à ce que les orthodoxes aient attrapé leur ton et les aient payés de leur propre monnaie ; et le résultat est la création d'une littérature dans chaque langue vernaculaire qui est la honte de la race, la honte du pays. Est-ce cela la réforme ? Est-ce cela mener la nation à la gloire ? À qui la faute ?
Il y a, donc, une autre grande considération. Ici en Inde, nous avons toujours été gouvernés par des rois ; les rois ont fait toutes nos lois. Maintenant les rois ont disparu, et il ne reste personne pour prendre l'initiative. Le gouvernement n'ose pas ; il doit façonner ses voies selon la croissance de l'opinion publique. Il faut du temps, beaucoup de temps, pour créer une opinion publique saine et forte qui résoudra ses propres problèmes ; et dans l'intervalle, nous devrons attendre. Tout le problème de la réforme sociale se résume donc à ceci : où sont ceux qui veulent la réforme ? Formez-les d'abord. Où est le peuple ? La tyrannie d'une minorité est la pire tyrannie que le monde ait jamais vue. Quelques hommes qui pensent que certaines choses sont mauvaises ne feront pas bouger une nation. Pourquoi la nation ne bouge-t-elle pas ? Éduquez d'abord la nation, créez votre corps législatif, et alors la loi viendra. Créez d'abord le pouvoir, la sanction d'où jaillira la loi. Les rois ont disparu ; où est la nouvelle sanction, le nouveau pouvoir du peuple ? Faites-le surgir. Par conséquent, même pour la réforme sociale, le premier devoir est d'éduquer le peuple, et vous devrez attendre que ce temps vienne. La plupart des réformes qui ont été agitées pendant le siècle passé ont été ornementales. Chacune de ces réformes ne touche que les deux premières castes, et aucune autre. La question du mariage des veuves ne concernerait pas soixante-dix pour cent des femmes indiennes, et toutes ces questions n'atteignent que les castes supérieures du peuple indien qui sont éduquées, notez-le bien, aux frais des masses. Tout effort a été dépensé à nettoyer leurs propres maisons. Mais ce n'est pas cela la réformation. Vous devez descendre à la base de la chose, à la racine même de l'affaire. C'est ce que j'appelle la réforme radicale. Mettez le feu là et laissez-le monter et forger une nation indienne. Et la solution du problème n'est pas si facile, car c'est un problème grand et vaste. Ne soyez pas pressés, ce problème est connu depuis plusieurs centaines d'années.
Aujourd'hui, c'est la mode de parler du bouddhisme et de l'agnosticisme bouddhique, surtout dans le Sud. Ils ne se doutent guère que cette dégradation qui est avec nous aujourd'hui nous a été léguée par le bouddhisme. C'est l'héritage que le bouddhisme nous a laissé. Vous lisez dans des livres écrits par des hommes qui n'avaient jamais étudié l'essor et la chute du bouddhisme que la diffusion du bouddhisme était due à la merveilleuse éthique et à la merveilleuse personnalité de Gautama Bouddha. J'ai tout respect et toute vénération pour le Seigneur Bouddha, mais notez bien mes paroles, la diffusion du bouddhisme fut due moins aux doctrines et à la personnalité du grand prédicateur qu'aux temples qui furent construits, aux idoles qui furent érigées, et aux cérémonies somptueuses qui furent mises devant la nation. C'est ainsi que le bouddhisme progressa. Les petits foyers dans les maisons où le peuple versait ses libations n'étaient pas assez forts pour résister à ces temples et à ces cérémonies somptueux ; mais plus tard, tout l'ensemble dégénéra. Cela devint une masse de corruption dont je ne peux parler devant cet auditoire ; mais ceux qui veulent en savoir quelque chose peuvent en voir un peu dans ces grands temples, pleins de sculptures, dans le Sud de l'Inde ; et c'est là tout l'héritage que nous avons des Bouddhistes.
Alors se leva le grand réformateur Shankarâchârya et ses disciples, et pendant ces centaines d'années, depuis son époque jusqu'à nos jours, il y a eu le lent retour des masses indiennes à la pureté originelle de la religion védântique. Ces réformateurs connaissaient parfaitement les maux qui existaient, pourtant ils ne condamnèrent pas. Ils ne dirent pas : « Tout ce que vous avez est mauvais, et vous devez le jeter. » Il ne peut jamais en être ainsi. Aujourd'hui, je lis que mon ami le Dr Barrows dit qu'en trois cents ans le christianisme a renversé les influences religieuses romaines et grecques. Ce n'est pas la parole d'un homme qui a vu l'Europe, la Grèce et Rome. L'influence de la religion romaine et grecque est toute là, même dans les pays protestants, seulement avec des noms changés — d'anciens dieux rebaptisés d'une nouvelle façon. Ils changent leurs noms ; les déesses deviennent des Maries et les dieux deviennent des saints, et les cérémonies se renouvellent ; même le vieux titre de Pontifex Maximus est là. Ainsi, des changements soudains ne peuvent pas exister et Shankarâchârya le savait. Râmânuja aussi le savait. La seule voie qui leur restait était d'élever lentement la religion existante vers le plus haut idéal. S'ils avaient cherché à appliquer l'autre méthode, ils auraient été des hypocrites, car la doctrine même fondamentale de leur religion est l'évolution, l'âme allant vers le but le plus élevé, à travers toutes ces diverses étapes et phases, qui sont, par conséquent, nécessaires et utiles. Et qui ose les condamner ? C'est devenu un lieu commun de dire que l'idolâtrie est mauvaise, et chacun avale cela à l'heure actuelle sans poser de questions. J'ai moi-même pensé ainsi un jour, et pour en payer le prix j'ai dû apprendre ma leçon assis aux pieds d'un homme qui a tout réalisé par les idoles ; je fais allusion à Râmakrishna Paramahamsa. Si de tels Ramakrishna Paramahamsas sont produits par le culte des idoles, que voulez-vous — le credo du réformateur ou n'importe quel nombre d'idoles ? Je veux une réponse. Prenez mille idoles de plus si vous pouvez produire des Ramakrishna Paramahamsas par le culte des idoles, et que Dieu vous bénisse ! Produisez de si nobles natures par tous les moyens que vous pouvez. Pourtant l'idolâtrie est condamnée ! Pourquoi ? Personne ne le sait. Parce qu'il y a quelques centaines d'années, un homme de sang juif s'est trouvé la condamner ? C'est-à-dire qu'il s'est trouvé condamner les idoles de tout le monde sauf les siennes. Si Dieu est représenté sous une forme belle quelconque ou une forme symbolique quelconque, dit le Juif, c'est terriblement mal ; c'est un péché. Mais s'Il est représenté sous la forme d'un coffre, avec deux anges assis de chaque côté, et un nuage planant au-dessus, c'est le saint des saints. Si Dieu vient sous la forme d'une colombe, c'est sacré. Mais s'Il vient sous la forme d'une vache, c'est de la superstition païenne ; condamnez-la ! C'est ainsi que va le monde. C'est pourquoi le poète dit : « Quels fous nous sommes, nous mortels ! » Comme il est difficile de voir à travers les yeux des autres, et c'est là le fléau de l'humanité. C'est la base de la haine et de la jalousie, de la querelle et du combat. Des gamins, des bébés moustachus, qui ne sont jamais sortis de Madras, se dressant et voulant dicter des lois à trois cents millions de personnes avec des milliers de traditions derrière elles ! N'avez-vous pas honte ? Reculez devant un tel blasphème et apprenez d'abord vos leçons ! Garçons irrévérencieux, simplement parce que vous pouvez griffonner quelques lignes sur du papier et trouver quelque imbécile pour les publier pour vous, vous pensez que vous êtes les éducateurs du monde, vous pensez que vous êtes l'opinion publique de l'Inde ! En est-il ainsi ? Ceci, j'ai à le dire aux réformateurs sociaux de Madras : j'ai le plus grand respect et le plus grand amour pour eux. Je les aime pour leurs grands cœurs et leur amour pour leur pays, pour les pauvres, pour les opprimés. Mais ce que je voudrais leur dire avec un amour fraternel, c'est que leur méthode n'est pas la bonne ; elle a été essayée pendant cent ans et a échoué. Essayons une nouvelle méthode.
L'Inde a-t-elle jamais manqué de réformateurs ? Lisez-vous l'histoire de l'Inde ? Qui était Râmânuja ? Qui était Shankara ? Qui était Nânak ? Qui était Chaitanya ? Qui était Kabîr ? Qui était Dâdu ? Qui étaient tous ces grands prédicateurs, se suivant les uns les autres, une galaxie d'étoiles de première grandeur ? Râmânuja n'avait-il pas le sentiment pour les classes inférieures ? N'essaya-t-il pas toute sa vie d'admettre même le Paria dans sa communauté ? N'essaya-t-il pas d'admettre même les Musulmans dans son propre giron ? Nânak ne conféra-t-il pas avec les Hindous et les Musulmans, et n'essaya-t-il pas d'amener un nouvel état de choses ? Ils ont tous essayé, et leur œuvre continue encore. La différence est la suivante. Ils n'avaient pas la fanfaronnade des réformateurs d'aujourd'hui ; ils n'avaient pas de malédictions sur les lèvres comme les réformateurs modernes ; leurs lèvres ne prononçaient que des bénédictions. Ils ne condamnèrent jamais. Ils dirent au peuple que la race doit toujours croître. Ils regardèrent en arrière et dirent : « Ô Hindous, ce que vous avez fait est bien, mais, mes frères, faisons mieux. » Ils ne dirent pas : « Vous avez été mauvais, maintenant soyons bons. » Ils dirent : « Vous avez été bons, mais maintenant soyons meilleurs. » Cela fait toute la différence au monde. Nous devons croître selon notre nature. Il est vain de tenter les lignes d'action que les sociétés étrangères ont greffées sur nous ; c'est impossible. Gloire à Dieu, c'est impossible, que nous ne pouvons être tordus et torturés dans la forme d'autres nations. Je ne condamne pas les institutions des autres races ; elles sont bonnes pour elles, mais pas pour nous. Ce qui est viande pour elles peut être poison pour nous. C'est la première leçon à apprendre. Avec d'autres sciences, d'autres institutions et d'autres traditions derrière eux, ils ont obtenu leur système actuel. Nous, avec nos traditions, avec des milliers d'années de Karma (action et ses conséquences) derrière nous, ne pouvons naturellement que suivre notre propre penchant, courir dans nos propres ornières ; et c'est ce que nous devrons faire.
Quel est donc mon plan ? Mon plan est de suivre les idées des grands Maîtres anciens. J'ai étudié leur œuvre, et il m'a été donné de découvrir la ligne d'action qu'ils ont prise. Ils furent les grands initiateurs de la société. Ils furent les grands donneurs de force, de pureté et de vie. Ils accomplirent une œuvre des plus merveilleuses. Nous avons à accomplir une œuvre des plus merveilleuses aussi. Les circonstances sont devenues un peu différentes, et en conséquence les lignes d'action doivent être un peu changées, et c'est tout. Je vois que chaque nation, comme chaque individu, a un thème dans cette vie, qui est son centre, la note principale autour de laquelle chaque autre note vient former l'harmonie. Dans une nation, le pouvoir politique est sa vitalité, comme en Angleterre, la vie artistique dans une autre, et ainsi de suite. En Inde, la vie religieuse forme le centre, la note dominante de toute la musique de la vie nationale ; et si une nation tente de rejeter sa vitalité nationale — la direction qui est devenue la sienne par la transmission des siècles — cette nation meurt si elle réussit dans sa tentative. Et, par conséquent, si vous réussissez dans la tentative de rejeter votre religion et d'adopter la politique, ou la société, ou toute autre chose comme votre centre, comme la vitalité de votre vie nationale, le résultat sera que vous deviendrez éteints. Pour empêcher cela, vous devez faire travailler tout et chaque chose à travers cette vitalité de votre religion. Que tous vos nerfs vibrent à travers la colonne vertébrale de votre religion. J'ai vu que je ne peux pas prêcher même la religion aux Américains sans leur montrer son effet pratique sur la vie sociale. Je ne pouvais pas prêcher la religion en Angleterre sans montrer les merveilleux changements politiques que le Vedânta apporterait. De même, en Inde, la réforme sociale doit être prêchée en montrant combien la vie que le nouveau système apportera sera plus spirituelle ; et la politique doit être prêchée en montrant combien elle améliorera la seule chose que la nation veut — sa spiritualité. Chaque homme doit faire son propre choix ; ainsi doit le faire chaque nation. Nous avons fait notre choix il y a des âges, et nous devons nous y tenir. Et, après tout, ce n'est pas un si mauvais choix. Est-ce un si mauvais choix en ce monde de penser non à la matière mais à l'esprit, non à l'homme mais à Dieu ? Cette foi intense en un autre monde, cette haine intense pour ce monde, cette puissance intense de renoncement, cette foi intense en Dieu, cette foi intense en l'âme immortelle, sont en vous. Je défie quiconque de les abandonner. Vous ne le pouvez pas. Vous pouvez essayer de m'en imposer en devenant matérialistes, en parlant matérialisme pendant quelques mois, mais je sais ce que vous êtes ; si je vous prends par la main, vous revenez aussi bons théistes que vous avez jamais été. Comment pouvez-vous changer votre nature ?
Ainsi, toute amélioration en Inde nécessite d'abord un soulèvement dans la religion. Avant d'inonder l'Inde d'idées socialistes ou politiques, inondez d'abord le pays d'idées spirituelles. La première œuvre qui réclame notre attention est que les vérités les plus merveilleuses contenues dans nos Upanishads (textes philosophiques des Vedas), dans nos Écritures, dans nos Purânas (textes mythologiques), doivent être tirées des livres, tirées des monastères, tirées des forêts, tirées de la possession de groupes sélectionnés de personnes, et répandues partout à travers le pays, afin que ces vérités puissent courir comme un feu d'un bout à l'autre du pays, du nord au sud et d'est en ouest, de l'Himalaya au cap Comorin, du Sindh au Brahmapoutre. Chacun doit les connaître, car il est dit : « Cela doit d'abord être entendu, puis médité, et ensuite contemplé en profondeur. » Que le peuple entende d'abord, et quiconque aide à faire entendre au peuple les grandes vérités de ses propres Écritures ne peut se créer un meilleur Karma (mérite des actes) aujourd'hui. Dit notre Vyâsa : « Dans le Kali Yuga (l'âge sombre), il reste un seul Karma. Les sacrifices et les formidables Tapasyâ (austérités) n'ont plus d'utilité maintenant. Des Karmas il en reste un, et c'est le Karma du don. » Et de ces dons, le don de la spiritualité et de la connaissance spirituelle est le plus élevé ; le don suivant est le don de la connaissance séculière ; le suivant est le don de la vie ; et le quatrième est le don de la nourriture. Regardez cette race merveilleusement charitable ; regardez la quantité de dons faits dans ce pauvre, pauvre pays ; regardez l'hospitalité où un homme peut voyager du nord au sud, ayant le meilleur du pays, étant traité toujours par chacun comme s'il était un ami, et où aucun mendiant ne meurt de faim tant qu'il y a un morceau de pain quelque part !
Dans cette terre de charité, prenons l'énergie de la première charité, la diffusion de la connaissance spirituelle. Et cette diffusion ne devrait pas être confinée dans les limites de l'Inde ; elle doit s'étendre au monde entier. C'est la coutume. Ceux qui vous disent que la pensée indienne n'est jamais sortie de l'Inde, ceux qui vous disent que je suis le premier Sannyâsin à être allé en terres étrangères pour prêcher, ne connaissent pas l'histoire de leur propre race. Encore et encore ce phénomène s'est produit. Chaque fois que le monde en a eu besoin, cette source intarissable de spiritualité a débordé et inondé le monde. Les dons de connaissance politique peuvent être faits avec le fracas des trompettes et la marche des cohortes. Les dons de connaissance séculière et de connaissance sociale peuvent être faits avec le fer et le feu. Mais la connaissance spirituelle ne peut être donnée que dans le silence comme la rosée qui tombe, invisible et inouïe, et pourtant faisant éclore des masses de roses. C'est là le don de l'Inde au monde, encore et encore. Chaque fois qu'il y a eu une grande race conquérante, unissant les nations du monde, créant des routes et rendant le transit possible, immédiatement l'Inde s'est levée et a donné sa contribution de pouvoir spirituel à la somme totale du progrès du monde. Cela s'est produit des âges avant la naissance du Bouddha, et les vestiges en sont encore en Chine, en Asie Mineure, et au cœur de l'archipel malais. Ce fut le cas quand le grand conquérant grec unit les quatre coins du monde alors connu ; alors jaillit la spiritualité indienne, et la civilisation tant vantée de l'Occident n'est que le vestige de ce déluge. Maintenant la même occasion s'est présentée à nouveau ; la puissance de l'Angleterre a lié les nations du monde ensemble comme jamais auparavant. Les routes et les voies de communication anglaises se précipitent d'un bout du monde à l'autre. Grâce au génie anglais, le monde aujourd'hui a été relié d'une façon qui n'a jamais été faite. Aujourd'hui, des centres de commerce ont été formés tels qu'il n'y en avait jamais eu dans l'histoire de l'humanité. Et immédiatement, consciemment ou inconsciemment, l'Inde se lève et déverse ses dons de spiritualité ; et ils se précipiteront par ces routes jusqu'à ce qu'ils aient atteint les confins mêmes du monde. Que je sois allé en Amérique n'était pas mon fait ni le vôtre ; mais le Dieu de l'Inde qui guide sa destinée m'a envoyé, et enverra des centaines de semblables à toutes les nations du monde. Aucune puissance sur terre ne peut y résister. Cela aussi doit être fait. Vous devez sortir pour prêcher votre religion, la prêcher à chaque nation sous le soleil, la prêcher à chaque peuple. C'est la première chose à faire. Et après avoir prêché la connaissance spirituelle, avec elle viendront la connaissance séculière et toutes les autres connaissances que vous voulez ; mais si vous tentez d'acquérir la connaissance séculière sans la religion, je vous le dis clairement, votre tentative est vaine en Inde, elle n'aura jamais de prise sur le peuple. Même le grand mouvement bouddhiste fut un échec, en partie à cause de cela.
Par conséquent, mes amis, mon plan est de fonder des institutions en Inde, pour former nos jeunes hommes comme prédicateurs des vérités de nos Écritures en Inde et hors de l'Inde. Des hommes, des hommes, voilà ce qui est nécessaire : tout le reste sera prêt, mais des jeunes hommes forts, vigoureux, croyants, sincères jusqu'à la moelle, voilà ce qu'il faut. Une centaine de tels hommes et le monde est révolutionné. La volonté est plus forte que tout le reste. Tout doit céder devant la volonté, car elle vient de Dieu et est Dieu Lui-même ; une volonté pure et forte est omnipotente. N'y croyez-vous pas ? Prêchez, prêchez au monde les grandes vérités de votre religion ; le monde les attend. Pendant des siècles, on a enseigné aux gens des théories de dégradation. On leur a dit qu'ils n'étaient rien. On a dit aux masses dans le monde entier qu'elles n'étaient pas des êtres humains. On les a si effrayées pendant des siècles, qu'elles sont presque devenues des animaux. Jamais on ne leur a permis d'entendre parler de l'Âtman (le Soi). Qu'elles entendent parler de l'Âtman — que même le plus humble des humbles a l'Âtman en lui, qui ne meurt jamais et ne naît jamais — de Lui que l'épée ne peut transpercer, ni le feu brûler, ni l'air dessécher — immortel, sans commencement ni fin, tout-pur, omnipotent et omniscient ! Qu'elles aient foi en elles-mêmes, car qu'est-ce qui fait la différence entre l'Anglais et vous ? Qu'ils parlent de leur religion, de leur devoir, et ainsi de suite. J'ai trouvé la différence. La différence est celle-ci : l'Anglais croit en lui-même et vous non. Il croit en son identité d'Anglais, et il peut tout faire. Cela fait ressortir le Dieu qui est en lui, et il peut faire tout ce qu'il veut. On vous a dit et enseigné que vous ne pouviez rien faire, et vous devenez des néants chaque jour. Ce dont nous avons besoin, c'est de la force, alors croyez en vous-mêmes. Nous sommes devenus faibles, et c'est pourquoi l'occultisme et le mysticisme viennent à nous — ces choses rampantes ; il peut y avoir de grandes vérités en eux, mais ils nous ont presque détruits. Rendez vos nerfs forts. Ce dont nous avons besoin, c'est de muscles de fer et de nerfs d'acier. Nous avons assez pleuré. Plus de pleurs, mais debout sur vos pieds et soyez des hommes. C'est une religion qui fait des hommes que nous voulons. Ce sont des théories qui font des hommes que nous voulons. C'est une éducation qui fait des hommes en tout que nous voulons. Et voici le critère de la vérité — tout ce qui vous rend faibles physiquement, intellectuellement et spirituellement, rejetez-le comme du poison ; il n'y a pas de vie dedans, ce ne peut être vrai. La vérité est fortifiante. La vérité est pureté, la vérité est toute connaissance ; la vérité doit être fortifiante, doit être éclairante, doit être vivifiante. Ces mysticismes, malgré quelques grains de vérité en eux, sont généralement affaiblissants. Croyez-moi, j'ai une expérience de toute une vie en la matière, et la seule conclusion que j'en tire est que c'est affaiblissant. J'ai voyagé dans toute l'Inde, fouillé presque chaque grotte ici, et vécu dans l'Himalaya. Je connais des gens qui y ont vécu toute leur vie. J'aime ma nation, je ne peux pas vous voir dégradés, affaiblis plus que vous ne l'êtes maintenant. C'est pourquoi je suis tenu, pour votre bien et pour l'amour de la vérité, de crier « Halte ! » et d'élever la voix contre cette dégradation de ma race. Renoncez à ces mysticismes affaiblissants et soyez forts. Retournez à vos Upanishads — la philosophie lumineuse, fortifiante, brillante — et séparez-vous de toutes ces choses mystérieuses, de toutes ces choses affaiblissantes. Adoptez cette philosophie ; les plus grandes vérités sont les choses les plus simples du monde, simples comme votre propre existence. Les vérités des Upanishads sont devant vous. Adoptez-les, vivez-les, et le salut de l'Inde sera à portée de main.
Un mot de plus et j'ai fini. On parle de patriotisme. Je crois au patriotisme, et j'ai aussi mon propre idéal de patriotisme. Trois choses sont nécessaires pour les grands accomplissements. Premièrement, sentir du fond du cœur. Qu'y a-t-il dans l'intellect ou la raison ? Ils font quelques pas et s'arrêtent. Mais par le cœur vient l'inspiration. L'amour ouvre les portes les plus impossibles ; l'amour est la porte de tous les secrets de l'univers. Sentez donc, mes réformateurs en herbe, mes patriotes en herbe ! Sentez-vous ? Sentez-vous que des millions et des millions de descendants des dieux et des sages sont devenus les voisins de la bête ? Sentez-vous que des millions meurent de faim aujourd'hui, et que des millions ont eu faim pendant des âges ? Sentez-vous que l'ignorance a recouvert le pays comme un nuage sombre ? Cela vous rend-il agités ? Cela vous empêche-t-il de dormir ? Cela est-il entré dans votre sang, courant dans vos veines, en accord avec les battements de votre cœur ? Cela vous a-t-il presque rendus fous ? Êtes-vous saisis par cette seule idée de misère et de ruine, et avez-vous oublié tout de votre nom, de votre renommée, de vos épouses, de vos enfants, de votre propriété, même de vos propres corps ? L'avez-vous fait ? C'est le premier pas pour devenir un patriote, le tout premier pas. Je ne suis pas allé en Amérique, comme la plupart d'entre vous le savent, pour le Parlement des Religions, mais ce démon de sentiment était en moi et dans mon âme. J'ai voyagé douze ans dans toute l'Inde, ne trouvant aucun moyen de travailler pour mes compatriotes, et c'est pourquoi je suis allé en Amérique. La plupart d'entre vous le savent, qui me connaissiez alors. Qui se souciait de ce Parlement des Religions ? C'était ma propre chair et mon propre sang qui sombraient chaque jour, et qui se souciait d'eux ? Ce fut mon premier pas.
Vous pouvez sentir, alors ; mais au lieu de dépenser vos énergies en paroles creuses, avez-vous trouvé une issue, une solution pratique, un peu d'aide au lieu de condamnation, quelques douces paroles pour adoucir leurs misères, pour les tirer de cette mort vivante ?
Pourtant ce n'est pas tout. Avez-vous la volonté de surmonter des obstacles hauts comme des montagnes ? Si le monde entier se dresse contre vous l'épée à la main, oseriez-vous encore faire ce que vous pensez être juste ? Si vos femmes et vos enfants sont contre vous, si tout votre argent s'en va, votre nom meurt, votre richesse s'évanouit, y tiendriez-vous encore ? Le poursuivriez-vous encore et avanceriez-vous fermement vers votre propre but ? Comme le dit le grand roi Bhartrihari : « Que les sages blâment ou qu'ils louent ; que la déesse de la fortune vienne ou qu'elle s'en aille où elle veut ; que la mort vienne aujourd'hui, ou qu'elle vienne dans des centaines d'années ; en vérité, c'est celui-là l'homme ferme qui ne dévie pas d'un pouce de la voie de la vérité. » Avez-vous cette fermeté ? Si vous avez ces trois choses, chacun de vous fera des miracles. Vous n'avez pas besoin d'écrire dans les journaux, vous n'avez pas besoin de courir donner des conférences ; votre visage même brillera. Si vous vivez dans une grotte, vos pensées pénétreront même à travers les murs de roc, iront vibrer dans le monde entier pendant des centaines d'années, peut-être, jusqu'à ce qu'elles se fixent sur quelque cerveau et y accomplissent leur œuvre. Telle est la puissance de la pensée, de la sincérité et de la pureté d'intention.
J'ai peur de vous retenir, mais un mot de plus. Ce vaisseau national, mes compatriotes, mes amis, mes enfants — ce vaisseau national a transporté des millions et des millions d'âmes à travers les eaux de la vie. Pendant des dizaines de siècles resplendissants, il a navigué à travers ces eaux, et par son intermédiaire, des millions d'âmes ont été emmenées vers l'autre rive, vers la béatitude. Mais aujourd'hui, peut-être par votre propre faute, ce bateau s'est un peu endommagé, il a une voie d'eau ; allez-vous pour autant le maudire ? Convient-il que vous vous dressiez et prononciez des malédictions contre lui, lui qui a fait plus d'œuvre que toute autre chose au monde ? S'il y a des trous dans ce vaisseau national, cette société qui est la nôtre, nous en sommes les enfants. Allons-y et colmatons les trous. Faisons-le avec joie avec le sang de nos cœurs ; et si nous ne le pouvons pas, alors mourons. Nous ferons un bouchon de nos cerveaux et les mettrons dans le vaisseau, mais ne le condamnons jamais. Ne dites pas un mot dur contre cette société. Je l'aime pour sa grandeur passée. Je vous aime tous parce que vous êtes les enfants des dieux, et parce que vous êtes les enfants des ancêtres glorieux. Comment pourrais-je donc vous maudire ! Jamais. Que toutes les bénédictions soient sur vous ! Je suis venu à vous, mes enfants, pour vous dire tous mes plans. Si vous les écoutez, je suis prêt à travailler avec vous. Mais si vous ne voulez pas les écouter, et même si vous me chassez de l'Inde, je reviendrai et vous dirai que nous sombrons tous ! Je suis venu maintenant m'asseoir au milieu de vous, et si nous devons sombrer, sombrons tous ensemble, mais que jamais les malédictions ne montent à nos lèvres.
English
MY PLAN OF CAMPAIGN
(Delivered at the Victoria Hall, Madras)
As the other day we could not proceed, owing to the crowd, I shall take this opportunity of thanking the people of Madras for the uniform kindness that I have received at their hands. I do not know how better to express my gratitude for the beautiful words that have been expressed in the addresses than by praying to the Lord to make me worthy of the kind and generous expressions and by working all my life for the cause of our religion and to serve our motherland; and may the Lord make me worthy of them.
With all my faults, I think I have a little bit of boldness. I had a message from India to the West, and boldly I gave it to the American and the English peoples. I want, before going into the subject of the day, to speak a few bold words to you all. There have been certain circumstances growing around me, tending to thwart me, oppose my progress, and crush me out of existence if they could. Thank God they have failed, as such attempts will always fail. But there has been, for the last three years, a certain amount of misunderstanding, and so long as I was in foreign lands, I held my peace and did not even speak one word; but now, standing upon the soil of my motherland, I want to give a few words of explanation. Not that I care what the result will be of these words — not that I care what feeling I shall evoke from you by these words. I care very little, for I am the same Sannyâsin that entered your city about four years ago with this staff and Kamandalu; the same broad world is before me. Without further preface let me begin.
First of all, I have to say a few words about the Theosophical Society. It goes without saying that a certain amount of good work has been done to India by the Society; as such every Hindu is grateful to it, and especially to Mrs. Besant; for though I know very little of her, yet what little I know has impressed me with the idea that she is a sincere well-wisher of this motherland of ours, and that she is doing the best in her power to raise our country. For that, the eternal gratitude of every trueborn Indian is hers, and all blessings be on her and hers for ever. But that is one thing — and joining the Society of the Theosophists is another. Regard and estimation and love are one thing, and swallowing everything any one has to say, without reasoning, without criticising, without analysing, is quite another. There is a report going round that the Theosophists helped the little achievements of mine in America and England. I have to tell you plainly that every word of it is wrong, every word of it is untrue. We hear so much tall talk in this world, of liberal ideas and sympathy with differences of opinion. That is very good, but as a fact, we find that one sympathises with another only so long as the other believes in everything he has to say, but as soon as he dares to differ, that sympathy is gone, that love vanishes. There are others, again, who have their own axes to grind, and if anything arises in a country which prevents the grinding of them, their hearts burn, any amount of hatred comes out, and they do not know what to do. What harm does it do to the Christian missionary that the Hindus are trying to cleanse their own houses? What injury will it do to the Brâhmo Samâj and other reform bodies that the Hindus are trying their best to reform themselves? Why should they stand in opposition? Why should they be the greatest enemies of these movements? Why? — I ask. It seems to me that their hatred and jealousy are so bitter that no why or how can be asked there.
Four years ago, when I, a poor, unknown, friendless Sannyasin was going to America, going beyond the waters to America without any introductions or friends there, I called on the leader of the Theosophical Society. Naturally I thought he, being an American and a lover of India, perhaps would give me a letter of introduction to somebody there. He asked me, "Will you join my Society?" "No," I replied, "how can I? For I do not believe in most of your doctrines." "Then, I am sorry, I cannot do anything for you," he answered. That was not paving the way for me. I reached America, as you know, through the help of a few friends of Madras. Most of them are present here. Only one is absent, Mr. Justice Subramania Iyer, to whom my deepest gratitude is due. He has the insight of a genius and is one of the staunchest friends I have in this life, a true friend indeed, a true child of India. I arrived in America several months before the Parliament of Religions began. The money I had with me was little, and it was soon spent. Winter approached, and I had only thin summer clothes. I did not know what to do in that cold, dreary climate, for if I went to beg in the streets, the result would have been that I would have been sent to jail. There I was with the last few dollars in my pocket. I sent a wire to my friends in Madras. This came to be known to the Theosophists, and one of them wrote, "Now the devil is going to die; God bless us all." Was that paving the way for me? I would not have mentioned this now; but, as my countrymen wanted to know, it must come out. For three years I have not opened my lips about these things; silence has been my motto; but today the thing has come out. That was not all. I saw some Theosophists in the Parliament of Religions, and I wanted to talk and mix with them. I remember the looks of scorn which were on their faces, as much as to say, "What business has the worm to be here in the midst of the gods?" After I had got name and fame at the Parliament of Religions, then came tremendous work for me; but at every turn the Theosophists tried to cry me down. Theosophists were advised not to come and hear my lectures, for thereby they would lose all sympathy of the Society, because the laws of the esoteric section declare that any man who joins that esoteric section should receive instruction from Kuthumi and Moria, of course through their visible representatives — Mr. Judge and Mrs. Besant — so that, to join the esoteric section means to surrender one's independence. Certainly I could not do any such thing, nor could I call any man a Hindu who did any such thing. I had a great respect for Mr. Judge. He was a worthy man, open, fair, simple, and he was the best representative the Theosophists ever had. I have no right to criticise the dispute between him and Mrs. Besant when each claims that his or her Mahâtmâ is right. And the strange part of it is that the same Mahatma is claimed by both. Lord knows the truth: He is the Judge, and no one has the right to pass judgement when the balance is equal. Thus they prepared the way for me all over America!
They joined the other opposition — the Christian missionaries. There is not one black lie imaginable that these latter did not invent against me. They blackened my character from city to city, poor and friendless though I was in a foreign country. They tried to oust me from every house and to make every man who became my friend my enemy. They tried to starve me out; and I am sorry to say that one of my own countrymen took part against me in this. He is the leader of a reform party in India. This gentleman is declaring every day, "Christ has come to India." Is this the way Christ is to come to India? Is this the way to reform India? And this gentleman I knew from my childhood; he was one of my best friends; when I saw him — I had not met for a long time one of my countrymen — I was so glad, and this was the treatment I received from him. The day the Parliament cheered me, the day I became popular in Chicago, from that day his tone changed; and in an underhand way, he tried to do everything he could to injure me. Is that the way that Christ will come to India? Is that the lesson that he had learnt after sitting twenty years at the feet of Christ? Our great reformers declare that Christianity and Christian power are going to uplift the Indian people. Is that the way to do it? Surely, if that gentleman is an illustration, it does not look very hopeful.
One word more: I read in the organ of the social reformers that I am called a Shudra and am challenged as to what right a Shudra has to become a Sannyasin. To which I reply: I trace my descent to one at whose feet every Brahmin lays flowers when he utters the words — यमाय धर्मराजाय चित्रगुप्ताय वै नमः — and whose descendants are the purest of Kshatriyas. If you believe in your mythology or your Paurânika scriptures, let these so-called reformers know that my caste, apart from other services in the past, ruled half of India for centuries. If my caste is left out of consideration, what will there be left of the present-day civilisation of India? In Bengal alone, my blood has furnished them with their greatest philosopher, the greatest poet, the greatest historian, the greatest archaeologist, the greatest religious preacher; my blood has furnished India with the greatest of her modern scientists. These detractors ought to have known a little of our own history, and to have studied our three castes, and learnt that the Brahmin, the Kshatriya, and the Vaishya have equal right to be Sannyasins: the Traivarnikas have equal right to the Vedas. This is only by the way. I just refer to this, but I am not at all hurt if they call me a Shudra. It will be a little reparation for the tyranny of my ancestors over the poor. If I am a Pariah, I will be all the more glad, for I am the disciple of a man, who — the Brahmin of Brahmins — wanted to cleanse the house of a Pariah. Of course the Pariah would not allow him; how could he let this Brahmin Sannyasin come and cleanse his house! And this man woke up in the dead of night, entered surreptitiously the house of this Pariah, cleansed his latrine, and with his long hair wiped the place, and that he did day after day in order that he might make himself the servant of all. I bear the feet of that man on my head; he is my hero; that hero's life I will try to imitate. By being the servant of all, a Hindu seeks to uplift himself. That is how the Hindus should uplift the masses, and not by looking for any foreign influence. Twenty years of occidental civilisation brings to my mind the illustration of the man who wants to starve his own friend in a foreign land, simply because this friend is popular, simply because he thinks that this man stands in the way of his making money. And the other is the illustration of what genuine, orthodox Hinduism itself will do at home. Let any one of our reformers bring out that life, ready to serve even a Pariah, and then I will sit at his feet and learn, and not before that. One ounce of practice is worth twenty thousand tons of big talk.
Now I come to the reform societies in Madras. They have been very kind to me. They have given me very kind words, and they have pointed out, and I heartily agree with them, that there is a difference between the reformers of Bengal and those of Madras. Many of you will remember what I have very often told you, that Madras is in a very beautiful state just now. It has not got into the play of action and reaction as Bengal has done. Here there is steady and slow progress all through; here is growth, and not reaction. In many cases, end to a certain extent, there is a revival in Bengal; but in Madras it is not a revival, it is a growth, a natural growth. As such, I entirely agree with what the reformers point out as the difference between the two peoples; but there is one difference which they do not understand. Some of these societies, I am afraid, try to intimidate me to join them. That is a strange thing for them to attempt. A man who has met starvation face to face for fourteen years of his life, who has not known where he will get a meal the next day and where to sleep, cannot be intimidated so easily. A man, almost without clothes, who dared to live where the thermometer registered thirty degrees below zero, without knowing where the next meal was to come from, cannot be so easily intimidated in India. This is the first thing I will tell them — I have a little will of my own. I have my little experience too; and I have a message for the world which I will deliver without fear and without care for the future. To the reformers I will point out that I am a greater reformer than any one of them. They want to reform only little bits. I want root-and-branch reform. Where we differ is in the method. Theirs is the method of destruction, mine is that of construction. I do not believe in reform; I believe in growth. I do not dare to put myself in the position of God and dictate to our society, "This way thou shouldst move and not that." I simply want to be like the squirrel in the building of Râma's bridge, who was quite content to put on the bridge his little quota of sand-dust. That is my position. This wonderful national machine has worked through ages, this wonderful river of national life is flowing before us. Who knows, and who dares to say whether it is good and how it shall move? Thousands of circumstances are crowding round it, giving it a special impulse, making it dull at one time and quicker at another. Who dares command its motion? Ours is only to work, as the Gita says, without looking for results. Feed the national life with the fuel it wants, but the growth is its own; none can dictate its growth to it. Evils are plentiful in our society, but so are there evils in every other society. Here the earth is soaked sometimes with widows' tears; there in the West, the air is rent with the sighs of the unmarried. Here poverty is the great bane of life; there the life-weariness of luxury is the great bane that is upon the race. Here men want to commit suicide because they have nothing to eat; there they commit suicide because they have so much to eat. Evil is everywhere; it is like chronic rheumatism. Drive it from the foot, it goes to the head; drive it from there, it goes somewhere else. It is a question of chasing it from place to place; that is all. Ay, children, to try to remedy evil is not the true way. Our philosophy teaches that evil and good are eternally conjoined, the obverse and the reverse of the same coin. If you have one, you must have the other; a wave in the ocean must be at the cost of a hollow elsewhere. Nay, all life is evil. No breath can be breathed without killing some one else; not a morsel of food can be eaten without depriving some one of it. This is the law; this is philosophy. Therefore the only thing we can do is to understand that all this work against evil is more subjective than objective. The work against evil is more educational than actual, however big we may talk. This, first of all, is the idea of work against evil; and it ought to make us calmer, it ought to take fanaticism out of our blood. The history of the world teaches us that wherever there have been fanatical reforms, the only result has been that they have defeated their own ends. No greater upheaval for the establishment of right and liberty can be imagined than the war for the abolition of slavery in America. You all know about it. And what has been its results? The slaves are a hundred times worse off today than they were before the abolition. Before the abolition, these poor negroes were the property of somebody, and, as properties, they had to be looked after, so that they might not deteriorate. Today they are the property of nobody. Their lives are of no value; they are burnt alive on mere presences. They are shot down without any law for their murderers; for they are niggers, they are not human beings, they are not even animals; and that is the effect of such violent taking away of evil by law or by fanaticism. Such is the testimony of history against every fanatical movement, even for doing good. I have seen that. My own experience has taught me that. Therefore I cannot join any one of these condemning societies. Why condemn? There are evils in every society; everybody knows it. Every child of today knows it; he can stand upon a platform and give us a harangue on the awful evils in Hindu Society. Every uneducated foreigner who comes here globe-trotting takes a vanishing railway view of India and lectures most learnedly on the awful evils in India. We admit that there are evils. Everybody can show what evil is, but he is the friend of mankind who finds a way out of the difficulty. Like the drowning boy and the philosopher — when the philosopher was lecturing him, the boy cried, "Take me out of the water first" — so our people cry: "We have had lectures enough, societies enough, papers enough; where is the man who will lend us a hand to drag us out? Where is the man who really loves us? Where is the man who has sympathy for us?" Ay, that man is wanted. That is where I differ entirely from these reform movements. For a hundred years they have been here. What good has been done except the creation of a most vituperative, a most condemnatory literature? Would to God it was not here! They have criticised, condemned, abused the orthodox, until the orthodox have caught their tone and paid them back in their own coin; and the result is the creation of a literature in every vernacular which is the shame of the race, the shame of the country. Is this reform? Is this leading the nation to glory? Whose fault is this?
There is, then, another great consideration. Here in India, we have always been governed by kings; kings have made all our laws. Now the kings are gone, and there is no one left to make a move. The government dare not; it has to fashion its ways according to the growth of public opinion. It takes time, quite a long time, to make a healthy, strong, public opinion which will solve its own problems; and in the interim we shall have to wait. The whole problem of social reform, therefore, resolves itself into this: where are those who want reform? Make them first. Where are the people? The tyranny of a minority is the worst tyranny that the world ever sees. A few men who think that certain things are evil will not make a nation move. Why does not the nation move? First educate the nation, create your legislative body, and then the law will be forthcoming. First create the power, the sanction from which the law will spring. The kings are gone; where is the new sanction, the new power of the people? Bring it up. Therefore, even for social reform, the first duty is to educate the people, and you will have to wait till that time comes. Most of the reforms that have been agitated for during the past century have been ornamental. Every one of these reforms only touches the first two castes, and no other. The question of widow marriage would not touch seventy per cent of the Indian women, and all such questions only reach the higher castes of Indian people who are educated, mark you, at the expense of the masses. Every effort has been spent in cleaning their own houses. But that is no reformation. You must go down to the basis of the thing, to the very root of the matter. That is what I call radical reform. Put the fire there and let it burn upwards and make an Indian nation. And the solution of the problem is not so easy, as it is a big and a vast one. Be not in a hurry, this problem has been known several hundred years.
Today it is the fashion to talk of Buddhism and Buddhistic agnosticism, especially in the South. Little do they dream that this degradation which is with us today has been left by Buddhism. This is the legacy which Buddhism has left to us. You read in books written by men who had never studied the rise and fall of Buddhism that the spread of Buddhism was owing to the wonderful ethics and the wonderful personality of Gautama Buddha. I have every respect and veneration for Lord Buddha, but mark my words, the spread of Buddhism was less owing to the doctrines and the personality of the great preacher, than to the temples that were built, the idols that were erected, and the gorgeous ceremonials that were put before the nation. Thus Buddhism progressed. The little fire-places in the houses in which the people poured their libations were not strong enough to hold their own against these gorgeous temples and ceremonies; but later on the whole thing degenerated. It became a mass of corruption of which I cannot speak before this audience; but those who want to know about it may see a little of it in those big temples, full of sculptures, in Southern India; and this is all the inheritance we have from the Buddhists.
Then arose the great reformer Shankarâchârya and his followers, and during these hundreds of years, since his time to the present day, there has been the slow bringing back of the Indian masses to the pristine purity of the Vedantic religion. These reformers knew full well the evils which existed, yet they did not condemn. They did not say, "All that you have is wrong, and you must throw it away." It can never be so. Today I read that my friend Dr. Barrows says that in three hundred years Christianity overthrew the Roman and Greek religious influences. That is not the word of a man who has seen Europe, and Greece, and Rome. The influence of Roman and Greek religion is all there, even in Protestant countries, only with changed names — old gods rechristened in a new fashion. They change their names; the goddesses become Marys and the gods become saints, and the ceremonials become new; even the old title of Pontifex Maximus is there. So, sudden changes cannot be and Shankaracharya knew it. So did Râmânuja. The only way left to them was slowly to bring up to the highest ideal the existing religion. If they had sought to apply the other method, they would have been hypocrites, for the very fundamental doctrine of their religion is evolution, the soul going towards the highest goal, through all these various stages and phases, which are, therefore necessary and helpful. And who dares condemn them?
It has become a trite saying that idolatry is wrong, and every man swallows it at the present time without questioning. I once thought so, and to pay the penalty of that I had to learn my lesson sitting at the feet of a man who realised everything through idols; I allude to Ramakrishna Paramahamsa. If such Ramakrishna Paramahamsas are produced by idol-worship, what will you have — the reformer's creed or any number of idols? I want an answer. Take a thousand idols more if you can produce Ramakrishna Paramahamsas through idol worship, and may God speed you! Produce such noble natures by any means you can. Yet idolatry is condemned! Why? Nobody knows. Because some hundreds of years ago some man of Jewish blood happened to condemn it? That is, he happened to condemn everybody else's idols except his own. If God is represented in any beautiful form or any symbolic form, said the Jew, it is awfully bad; it is sin. But if He is represented in the form of a chest, with two angels sitting on each side, and a cloud hanging over it, it is the holy of holies. If God comes in the form of a dove, it is holy. But if He comes in the form of a cow, it is heathen superstition; condemn it! That is how the world goes. That is why the poet says, "What fools we mortals be!" How difficult it is to look through each other's eyes, and that is the bane of humanity. That is the basis of hatred and jealousy, of quarrel and of fight. Boys, moustached babies, who never went out of Madras, standing up and wanting to dictate laws to three hundred millions of people with thousands of traditions at their back! Are you not ashamed? Stand back from such blasphemy and learn first your lessons! Irreverent boys, simply because you can scrawl a few lines upon paper and get some fool to publish them for you, you think you are the educators of the world, you think you are the public opinion of India! Is it so? This I have to tell to the social reformers of Madras that I have the greatest respect and love for them. I love them for their great hearts and their love for their country, for the poor, for the oppressed. But what I would tell them with a brother's love is that their method is not right; It has been tried a hundred years and failed. Let us try some new method.
Did India ever stand in want of reformers? Do you read the history of India? Who was Ramanuja? Who was Shankara? Who was Nânak? Who was Chaitanya? Who was Kabir? Who was Dâdu? Who were all these great preachers, one following the other, a galaxy of stars of the first magnitude? Did not Ramanuja feel for the lower classes? Did he not try all his life to admit even the Pariah to his community? Did he not try to admit even Mohammedans to his own fold? Did not Nanak confer with Hindus and Mohammedans, and try to bring about a new state of things? They all tried, and their work is still going on. The difference is this. They had not the fanfaronade of the reformers of today; they had no curses on their lips as modern reformers have; their lips pronounced only blessings. They never condemned. They said to the people that the race must always grow. They looked back and they said, "O Hindus, what you have done is good, but, my brothers, let us do better." They did not say, "You have been wicked, now let us be good." They said, "You have been good, but let us now be better." That makes a whole world of difference. We must grow according to our nature. Vain is it to attempt the lines of action that foreign societies have engrafted upon us; it is impossible. Glory unto God, that it is impossible, that we cannot be twisted and tortured into the shape oil other nations. I do not condemn the institutions of other races; they are good for them, but not for us. What is meat for them may be poison for us. This is the first lesson to learn. With other sciences, other institutions, and other traditions behind them, they have got their present system. We, with our traditions, with thousands of years of Karma behind us, naturally can only follow our own bent, run in our own grooves; and that we shall have to do.
What is my plan then? My plan is to follow the ideas of the great ancient Masters. I have studied their work, and it has been given unto me to discover the line of action they took. They were the great originators of society. They were the great givers of strength, and of purity, and of life. They did most marvellous work. We have to do most marvellous work also. Circumstances have become a little different, and in consequence the lines of action have to be changed a little, and that is all. I see that each nation, like each individual, has one theme in this life, which is its centre, the principal note round which every other note comes to form the harmony. In one nation political power is its vitality, as in England, artistic life in another, and so on. In India, religious life forms the centre, the keynote of the whole music of national life; and if any nation attempts to throw off its national vitality — the direction which has become its own through the transmission of centuries — that nation dies if it succeeds in the attempt. And, therefore, if you succeed in the attempt to throw off your religion and take up either politics, or society, or any other things as your centre, as the vitality of your national life, the result will be that you will become extinct. To prevent this you must make all and everything work through that vitality of your religion. Let all your nerves vibrate through the backbone of your religion. I have seen that I cannot preach even religion to Americans without showing them its practical effect on social life. I could not preach religion in England without showing the wonderful political changes the Vedanta would bring. So, in India, social reform has to be preached by showing how much more spiritual a life the new system will bring; and politics has to be preached by showing how much it will improve the one thing that the nation wants — its spirituality. Every man has to make his own choice; so has every nation. We made our choice ages ago, and we must abide by it. And, after all, it is not such a bad choice. Is it such a bad choice in this world to think not of matter but of spirit, not of man but of God? That intense faith in another world, that intense hatred for this world, that intense power of renunciation, that intense faith in God, that intense faith in the immortal soul, is in you. I challenge anyone to give it up. You cannot. You may try to impose upon me by becoming materialists, by talking materialism for a few months, but I know what you are; if I take you by the hand, back you come as good theists as ever were born. How can you change your nature?
So every improvement in India requires first of all an upheaval in religion. Before flooding India with socialistic or political ideas, first deluge the land with spiritual ideas. The first work that demands our attention is that the most wonderful truths confined in our Upanishads, in our scriptures, in our Purânas must be brought out from the books, brought out from the monasteries, brought out from the forests, brought out from the possession of selected bodies of people, and scattered broadcast all over the land, so that these truths may run like fire all over the country from north to south and east to west, from the Himalayas to Comorin, from Sindh to the Brahmaputra. Everyone must know of them, because it is said, "This has first to be heard, then thought upon, and then meditated upon." Let the people hear first, and whoever helps in making the people hear about the great truths in their own scriptures cannot make for himself a better Karma today. Says our Vyasa, "In the Kali Yuga there is one Karma left. Sacrifices and tremendous Tapasyâs are of no avail now. Of Karma one remains, and that is the Karma of giving." And of these gifts, the gift of spirituality and spiritual knowledge is the highest; the next gift is the gift of secular knowledge; the next is the gift of life; and the fourth is the gift of food. Look at this wonderfully charitable race; look at the amount of gifts that are made in this poor, poor country; look at the hospitality where a man can travel from the north to the south, having the best in the land, being treated always by everyone as if he were a friend, and where no beggar starves so long as there is a piece of bread anywhere!
In this land of charity, let us take up the energy of the first charity, the diffusion of spiritual knowledge. And that diffusion should not be confined within the bounds of India; it must go out all over the world. This has been the custom. Those that tell you that Indian thought never went outside of India, those that tell you that I am the first Sannyasin who went to foreign lands to preach, do not know the history of their own race. Again and again this phenomenon has happened. Whenever the world has required it, this perennial flood of spirituality has overflowed and deluged the world. Gifts of political knowledge can be made with the blast of trumpets and the march of cohorts. Gifts of secular knowledge and social knowledge can be made with fire and sword. But spiritual knowledge can only be given in silence like the dew that falls unseen and unheard, yet bringing into bloom masses of roses. This has been the gift of India to the world again and again. Whenever there has been a great conquering race, bringing the nations of the world together, making roads and transit possible, immediately India arose and gave her quota of spiritual power to the sum total of the progress of the world. This happened ages before Buddha was born, and remnants of it are still left in China, in Asia Minor, and in the heart of the Malayan Archipelago. This was the case when the great Greek conqueror united the four corners of the then known world; then rushed out Indian spirituality, and the boasted civilisation of the West is but the remnant of that deluge. Now the same opportunity has again come; the power of England has linked the nations of the world together as was never done before. English roads and channels of communication rush from one end of the world to the other. Owing to English genius, the world today has been linked in such a fashion as has never before been done. Today trade centres have been formed such as have never been before in the history of mankind. And immediately, consciously or unconsciously, India rises up and pours forth her gifts of spirituality; and they will rush through these roads till they have reached the very ends of the world. That I went to America was not my doing or your doing; but the God of India who is guiding her destiny sent me, and will send hundreds of such to all the nations of the world. No power on earth can resist it. This also has to be done. You must go out to preach your religion, preach it to every nation under the sun, preach it to every people. This is the first thing to do. And after preaching spiritual knowledge, along with it will come that secular knowledge and every other knowledge that you want; but if you attempt to get the secular knowledge without religion, I tell you plainly, vain is your attempt in India, it will never have a hold on the people. Even the great Buddhistic movement was a failure, partially on account of that.
Therefore, my friends, my plan is to start institutions in India, to train our young men as preachers of the truths of our scriptures in India and outside India. Men, men, these are wanted: everything else will be ready, but strong, vigorous, believing young men, sincere to the backbone, are wanted. A hundred such and the world becomes revolutionized. The will is stronger than anything else. Everything must go down before the will, for that comes from God and God Himself; a pure and a strong will is omnipotent. Do you not believe in it? Preach, preach unto the world the great truths of your religion; the world waits for them. For centuries people have been taught theories of degradation. They have been told that they are nothing. The masses have been told all over the world that they are not human beings. They have been so frightened for centuries, till they have nearly become animals. Never were they allowed to hear of the Atman. Let them hear of the Atman — that even the lowest of the low have the Atman within, which never dies and never is born — of Him whom the sword cannot pierce, nor the fire burn, nor the air dry — immortal, without beginning or end, the all-pure, omnipotent, and omnipresent Atman! Let them have faith in themselves, for what makes the difference between the Englishman and you? Let them talk their religion and duty and so forth. I have found the difference. The difference is here, that the Englishman believes in himself and you do not. He believes in his being an Englishman, and he can do anything. That brings out the God within him, and he can do anything he likes. You have been told and taught that you can do nothing, and nonentities you are becoming every day. What we want is strength, so believe in yourselves. We have become weak, and that is why occultism and mysticism come to us — these creepy things; there may be great truths in them, but they have nearly destroyed us. Make your nerves strong. What we want is muscles of iron and nerves of steel. We have wept long enough. No more weeping, but stand on your feet and be men. It is a man-making religion that we want. It is man-making theories that we want. It is man-making education all round that we want. And here is the test of truth — anything that makes you weak physically, intellectually, and spiritually, reject as poison; there is no life in it, it cannot be true. Truth is strengthening. Truth is purity, truth is all-knowledge; truth must be strengthening, must be enlightening, must be invigorating. These mysticisms, in spite of some grains of truth in them, are generally weakening. Believe me, I have a lifelong experience of it, and the one conclusion that I draw is that it is weakening. I have travelled all over India, searched almost every cave here, and lived in the Himalayas. I know people who lived there all their lives. I love my nation, I cannot see you degraded, weakened any more than you are now. Therefore I am bound for your sake and for truth's sake to cry, "Hold!" and to raise my voice against this degradation of my race. Give up these weakening mysticisms and be strong. Go back to your Upanishads — the shining, the strengthening, the bright philosophy — and part from all these mysterious things, all these weakening things. Take up this philosophy; the greatest truths are the simplest things in the world, simple as your own existence. The truths of the Upanishads are before you. Take them up, live up to them, and the salvation of India will be at hand.
One word more and I have finished. They talk of patriotism. I believe in patriotism, and I also have my own ideal of patriotism. Three things are necessary for great achievements. First, feel from the heart. What is in the intellect or reason? It goes a few steps and there it stops. But through the heart comes inspiration. Love opens the most impossible gates; love is the gate to all the secrets of the universe. Feel, therefore, my would-be reformers, my would-be patriots! Do you feel? Do you feel that millions and millions of the descendants of gods and of sages have become next-door neighbours to brutes? Do you feel that millions are starving today, and millions have been starving for ages? Do you feel that ignorance has come over the land as a dark cloud? Does it make you restless? Does it make you sleepless? Has it gone into your blood, coursing through your veins, becoming consonant with your heartbeats? Has it made you almost mad? Are you seized with that one idea of the misery of ruin, and have you forgotten all about your name, your fame, your wives, your children, your property, even your own bodies? Have you done that? That is the first step to become a patriot, the very first step. I did not go to America, as most of you know, for the Parliament of Religions, but this demon of a feeling was in me and within my soul. I travelled twelve years all over India, finding no way to work for my countrymen, and that is why I went to America. Most of you know that, who knew me then. Who cared about this Parliament of Religions? Here was my own flesh and blood sinking every day, and who cared for them? This was my first step.
You may feel, then; but instead of spending your energies in frothy talk, have you found any way out, any practical solution, some help instead of condemnation, some sweet words to soothe their miseries, to bring them out of this living death?
Yet that is not all. Have you got the will to surmount mountain-high obstructions? If the whole world stands against you sword in hand, would you still dare to do what you think is right? If your wives and children are against you, if all your money goes, your name dies, your wealth vanishes, would you still stick to it? Would you still pursue it and go on steadily towards your own goal? As the great King Bhartrihari says, "Let the sages blame or let them praise; let the goddess of fortune come or let her go wherever she likes; let death come today, or let it come in hundreds of years; he indeed is the steady man who does not move one inch from the way of truth." Have you got that steadfastness? If you have these three things, each one of you will work miracles. You need not write in the newspapers, you need not go about lecturing; your very face will shine. If you live in a cave, your thoughts will permeate even through the rock walls, will go vibrating all over the world for hundreds of years, maybe, until they will fasten on to some brain and work out there. Such is the power of thought, of sincerity, and of purity of purpose.
I am afraid I am delaying you, but one word more. This national ship, my countrymen, my friends, my children — this national ship has been ferrying millions and millions of souls across the waters of life. For scores of shining centuries it has been plying across this water, and through its agency, millions of souls have been taken to the other shore, to blessedness. But today, perhaps through your own fault, this boat has become a little damaged, has sprung a leak; and would you therefore curse it? Is it fit that you stand up and pronounce malediction upon it, one that has done more work than any other thing in the world? If there are holes in this national ship, this society of ours, we are its children. Let us go and stop the holes. Let us gladly do it with our hearts' blood; and if we cannot, then let us die. We will make a plug of our brains and put them into the ship, but condemn it never. Say not one harsh word against this society. I love it for its past greatness. I love you all because you are the children of gods, and because you are the children of the glorious forefathers. How then can I curse you! Never. All blessings be upon you! I have come to you, my children, to tell you all my plans. If you hear them I am ready to work with you. But if you will not listen to them, and even kick me out of India, I will come back and tell you that we are all sinking! I am come now to sit in your midst, and if we are to sink, let us all sink together, but never let curses rise to our lips.
Texte issu de Wikisource, domaine public. Publication originale par Advaita Ashrama.