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Maya et l'évolution de la conception de Dieu

Volume2 lecture
4,596 mots · 18 min de lecture · Jnana-Yoga

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Français

CHAPITRE IV

MÂYÂ ET L'ÉVOLUTION DE LA CONCEPTION DE DIEU

(Conférence prononcée à Londres, le 20 octobre 1896)

Nous avons vu comment l'idée de Mâyâ (l'illusion cosmique), qui constitue pour ainsi dire l'une des doctrines fondamentales de l'Advaita Vedânta (le Vedânta non-dualiste), se trouve déjà en germe dans les Samhitâs (les hymnes védiques les plus anciens), et qu'en réalité toutes les idées développées dans les Upanishads se trouvent déjà sous une forme ou une autre dans les Samhitâs. La plupart d'entre vous sont désormais familiers avec l'idée de Mâyâ, et savent qu'on l'explique parfois à tort comme une illusion, de sorte que lorsqu'on dit que l'univers est Mâyâ, cela aussi doit être interprété comme étant une illusion. La traduction du mot n'est ni heureuse ni exacte. Mâyâ n'est pas une théorie ; c'est simplement un constat de faits concernant l'univers tel qu'il existe, et pour comprendre Mâyâ, nous devons remonter aux Samhitâs et commencer par la conception à l'état de germe.

Nous avons vu comment l'idée des Devas (les dieux védiques) est apparue. En même temps, nous savons que ces Devas n'étaient au départ que des êtres puissants, rien de plus. La plupart d'entre vous sont horrifiés en lisant les anciennes écritures, qu'elles soient grecques, hébraïques, persanes ou autres, de constater que les dieux anciens faisaient parfois des choses qui nous paraissent très répugnantes. Mais quand nous lisons ces livres, nous oublions entièrement que nous sommes des personnes du dix-neuvième siècle, et que ces dieux étaient des êtres existant il y a des milliers d'années. Nous oublions aussi que les peuples qui adoraient ces dieux ne trouvaient rien d'incongru dans leurs caractères, rien qui pût les effrayer, parce qu'ils leur ressemblaient beaucoup. Je puis aussi faire remarquer que c'est là la grande leçon que nous devons apprendre tout au long de notre vie. En jugeant les autres, nous les jugeons toujours selon nos propres idéaux. Il ne devrait pas en être ainsi. Chacun doit être jugé selon son propre idéal, et non selon celui d'un autre. Dans nos rapports avec nos semblables, nous commettons constamment cette erreur, et je suis d'avis que la grande majorité de nos querelles les uns avec les autres naissent simplement de cette unique cause : nous essayons toujours de juger les dieux des autres par les nôtres, les idéaux des autres par nos idéaux, et les motivations des autres par nos motivations. Dans certaines circonstances, je pourrais faire une certaine chose, et quand je vois une autre personne suivre la même voie, je pense qu'elle a aussi la même motivation, sans me douter le moins du monde que, bien que l'effet puisse être le même, bien d'autres causes peuvent produire la même chose. Elle a pu accomplir cette action avec un tout autre motif que celui qui m'a poussé à la faire. Ainsi, en jugeant ces religions anciennes, nous ne devons pas adopter le point de vue vers lequel nous inclinons, mais nous mettre dans la position de pensée et de vie de ces temps reculés.

L'idée du Jéhovah cruel et impitoyable de l'Ancien Testament a effrayé beaucoup de gens — mais pourquoi ? Quel droit ont-ils de supposer que le Jéhovah des anciens Juifs doive représenter l'idée conventionnelle du Dieu d'aujourd'hui ? Et en même temps, nous ne devons pas oublier que viendront après nous des hommes qui riront de nos idées sur la religion et Dieu de la même manière que nous rions de celles des anciens. Pourtant, à travers toutes ces conceptions diverses court le fil d'or de l'unité, et c'est le but du Vedânta de découvrir ce fil. « Je suis le fil qui traverse toutes ces idées diverses, dont chacune est comme une perle », dit le Seigneur Krishna ; et c'est le devoir du Vedânta d'établir ce fil conducteur, aussi incongrus ou repoussants que puissent paraître ces idées jugées selon les conceptions d'aujourd'hui. Ces idées, dans le cadre des temps passés, étaient harmonieuses et pas plus hideuses que nos idées actuelles. Ce n'est que lorsque nous essayons de les arracher à leur contexte et de les appliquer à nos propres circonstances présentes que la laideur devient évidente. Car l'ancien environnement est mort et disparu. De même que l'ancien Juif s'est transformé en le Juif moderne vif et avisé, et l'ancien Aryen en l'Hindou intellectuel, de même Jéhovah a grandi, et les Devas ont grandi.

La grande erreur consiste à reconnaître l'évolution des adorateurs, tout en refusant de reconnaître l'évolution de l'Adoré. On ne lui accorde pas l'avance que ses dévots ont réalisée. C'est-à-dire que vous et moi, en tant que représentants d'idées, avons grandi ; ces dieux aussi, en tant que représentants d'idées, ont grandi. Cela peut vous sembler quelque peu curieux — que Dieu puisse grandir. Il ne le peut pas. Il est immuable. De la même manière, l'homme réel ne grandit jamais. Mais les idées que l'homme se fait de Dieu changent et s'élargissent constamment. Nous verrons plus tard comment l'homme réel derrière chacune de ces manifestations humaines est immobile, immuable, pur et toujours parfait ; et de la même manière, l'idée que nous formons de Dieu n'est qu'une manifestation, notre propre création. Derrière cela se trouve le vrai Dieu qui ne change jamais, l'éternellement pur, l'immuable. Mais la manifestation change sans cesse, révélant de plus en plus la réalité qui se tient derrière. Quand elle révèle davantage du fait qui se cache derrière, on appelle cela la progression ; quand elle en cache davantage, on appelle cela la régression. Ainsi, à mesure que nous grandissons, les dieux grandissent. Du point de vue ordinaire, de même que nous nous révélons à mesure que nous évoluons, les dieux se révèlent.

Nous serons maintenant en mesure de comprendre la théorie de Mâyâ. Dans toutes les régions du monde, la seule question que l'on propose de discuter est celle-ci : Pourquoi y a-t-il de la disharmonie dans l'univers ? Pourquoi y a-t-il ce mal dans l'univers ? Nous ne trouvons pas cette question à l'origine même des idées religieuses primitives, parce que le monde ne paraissait pas incongru à l'homme primitif. Les circonstances n'étaient pas inharmonieuses pour lui ; il n'y avait pas de conflit d'opinions ; pour lui il n'y avait pas d'antagonisme entre le bien et le mal. Il y avait simplement un sentiment dans son propre cœur de quelque chose qui disait oui, et de quelque chose qui disait non. L'homme primitif était un homme d'impulsion. Il faisait ce qui lui venait à l'esprit et essayait d'exprimer par ses muscles toute pensée qui lui traversait la tête, et il ne s'arrêtait jamais pour juger, et essayait rarement de réprimer ses impulsions. Il en allait de même des dieux : ils étaient aussi des créatures d'impulsion. Indra vient et fracasse les forces des démons. Jéhovah est satisfait d'une personne et mécontent d'une autre, sans que personne sache ou demande pourquoi. L'habitude de la réflexion n'avait pas encore surgi, et tout ce qu'il faisait était considéré comme juste. Il n'y avait pas d'idée de bien ou de mal. Les Devas firent beaucoup de choses méchantes au sens où nous l'entendons ; maintes et maintes fois Indra et d'autres dieux commirent des actes très pervers, mais pour les adorateurs d'Indra les idées de méchanceté et de mal ne se présentaient pas, de sorte qu'ils ne les remettaient pas en question.

Avec le progrès des idées éthiques vint le combat. Il naquit chez l'homme un certain sens, appelé dans les différentes langues et nations par des noms différents. Appelez-le la voix de Dieu, ou le résultat de l'éducation passée, ou tout ce que vous voudrez, mais l'effet en était qu'il exerçait un pouvoir de contrôle sur les impulsions naturelles de l'homme. Il y a une impulsion dans notre esprit qui dit : fais. Derrière elle s'élève une autre voix qui dit : ne fais pas. Il y a un ensemble d'idées dans notre esprit qui lutte sans cesse pour sortir par les canaux des sens, et derrière cela, bien qu'elle puisse être ténue et faible, il y a une voix infiniment petite qui dit : ne sors pas. Les deux beaux mots sanskrits pour ces phénomènes sont Pravritti et Nivritti (la tendance centrifuge et la tendance centripète), « tourner vers l'extérieur » et « tourner vers l'intérieur ». C'est le mouvement vers l'extérieur qui gouverne habituellement nos actions. La religion commence avec ce mouvement vers l'intérieur. La religion commence avec ce « ne fais pas ». La spiritualité commence avec ce « ne fais pas ». Quand le « ne fais pas » n'est pas là, la religion n'a pas commencé. Et ce « ne fais pas » est venu, faisant grandir les idées des hommes, malgré les dieux combattants qu'ils avaient adorés.

Un peu d'amour s'éveilla dans le cœur de l'humanité. Il était en vérité très petit, et même aujourd'hui il n'est guère plus grand. Il se limitait d'abord à une tribu, embrassant peut-être les membres de la même tribu ; ces dieux aimaient leurs tribus et chaque dieu était un dieu tribal, le protecteur de cette tribu. Et parfois les membres d'une tribu se considéraient comme les descendants de leur dieu, tout comme les clans dans les différentes nations pensent qu'ils sont les descendants communs de l'homme qui fut le fondateur du clan. Il y avait dans les temps anciens, et il y en a encore aujourd'hui, des gens qui prétendent descendre non seulement de ces dieux tribaux, mais aussi du Soleil et de la Lune. On lit dans les anciens livres sanskrits l'histoire des grands empereurs héroïques des dynasties solaire et lunaire. Ils furent d'abord des adorateurs du Soleil et de la Lune, et en vinrent progressivement à se considérer comme les descendants du dieu du Soleil, de la Lune, et ainsi de suite. Ainsi, quand ces idées tribales commencèrent à se développer, vint un peu d'amour, une légère idée du devoir envers les uns et les autres, un peu d'organisation sociale. Puis, naturellement, l'idée vint : Comment pouvons-nous vivre ensemble sans supporter et tolérer ? Comment un homme peut-il vivre avec un autre sans avoir de temps en temps à réprimer ses impulsions, à se contenir, à s'abstenir de faire les choses que son esprit le pousserait à faire ? C'est impossible. Ainsi naît l'idée de la retenue. Tout le tissu social repose sur cette idée de retenue, et nous savons tous que l'homme ou la femme qui n'a pas appris la grande leçon de supporter et de tolérer mène la vie la plus misérable.

Or, quand ces idées de religion vinrent, un aperçu de quelque chose de plus élevé, de plus éthique, commença à poindre dans l'intellect de l'humanité. Les anciens dieux se révélèrent incongrus — ces dieux bruyants, combattants, buveurs, mangeurs de bœuf des anciens — dont le délice était l'odeur de la chair brûlée et les libations de liqueur forte. Parfois Indra buvait tant qu'il tombait à terre et parlait de façon inintelligible. On ne pouvait plus tolérer ces dieux. La notion d'examiner les motifs était née, et les dieux devaient à leur tour être soumis à cet examen. On demandait la raison de telle ou telle action, et la raison faisait défaut. C'est pourquoi l'homme abandonna ces dieux, ou plutôt il développa des idées plus élevées les concernant. Il fit un inventaire, pour ainsi dire, de toutes les actions et qualités des dieux, rejeta celles qu'il ne pouvait harmoniser, garda celles qu'il pouvait comprendre, les combina, et leur donna un seul nom : Deva-deva, le Dieu des dieux. Le dieu à adorer n'était plus un simple symbole de puissance ; quelque chose de plus était exigé. Il était un dieu éthique ; il aimait l'humanité et faisait du bien à l'humanité. Mais l'idée de dieu demeurait toujours. On accrut sa signification éthique, et l'on accrut aussi sa puissance. Il devint l'être le plus éthique de l'univers, en même temps que quasi tout-puissant.

Mais tout ce travail de raccommodage ne pouvait suffire. À mesure que l'explication prenait de plus grandes proportions, la difficulté qu'elle cherchait à résoudre faisait de même. Si les qualités du dieu augmentaient en progression arithmétique, la difficulté et le doute augmentaient en progression géométrique. La difficulté de Jéhovah était bien peu de chose à côté de la difficulté du Dieu de l'univers, et cette question demeure jusqu'à nos jours. Pourquoi, sous le règne d'un Dieu de l'univers tout-puissant et infiniment aimant, des choses diaboliques devraient-elles être tolérées ? Pourquoi tant plus de misère que de bonheur, et tant plus de méchanceté que de bien ? Nous pouvons fermer les yeux sur toutes ces choses, mais le fait demeure que ce monde est un monde hideux. Au mieux, c'est l'enfer de Tantale. Nous sommes ici avec de fortes impulsions et des désirs encore plus forts de jouissances sensuelles, mais nous ne pouvons les satisfaire. S'élève une vague qui nous pousse en avant malgré notre propre volonté, et dès que nous faisons un pas, vient un coup. Nous sommes tous condamnés à vivre ici comme Tantale. Des idéaux entrent dans notre tête bien au-delà de la limite de nos idéaux sensoriels, mais quand nous cherchons à les exprimer, nous ne le pouvons pas. D'un autre côté, nous sommes écrasés par la masse bouillonnante autour de nous. Et pourtant, si j'abandonne toute idéalité et ne fais que me débattre à travers ce monde, mon existence est celle d'une brute, et je dégénère et me dégrade moi-même. Ni l'un ni l'autre chemin ne mène au bonheur. Le malheur est le lot de ceux qui se contentent de vivre dans ce monde, nés comme ils le sont. Un malheur mille fois plus grand est le lot de ceux qui osent se lever pour la vérité et pour des choses plus élevées et qui osent demander quelque chose de plus élevé qu'une simple existence de brute ici-bas. Ce sont des faits ; mais il n'y a pas d'explication — il ne peut y en avoir. Mais le Vedânta montre la voie de sortie. Vous devez garder à l'esprit que je dois vous dire des faits qui vous effraieront parfois, mais si vous vous souvenez de ce que je dis, si vous y réfléchissez et le digérez, il sera vôtre, il vous élèvera plus haut et vous rendra capables de comprendre et de vivre dans la vérité.

Or, c'est un constat de fait que ce monde est un enfer de Tantale, que nous ne savons rien de cet univers, et qu'en même temps nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas. Je ne puis dire que cette chaîne existe, quand je pense que je ne la connais pas. Ce peut être une illusion totale de mon cerveau. Je suis peut-être en train de rêver tout le temps. Je rêve que je vous parle, et que vous m'écoutez. Personne ne peut prouver que ce n'est pas un rêve. Mon cerveau lui-même est peut-être un rêve, et quant à cela, personne n'a jamais vu son propre cerveau. Nous tenons tout cela pour acquis. Il en va ainsi de tout. Mon propre corps, je le tiens pour acquis. En même temps, je ne peux pas dire : je ne sais pas. Ce fait d'être suspendu entre le savoir et l'ignorance, ce crépuscule mystique, ce mélange de vérité et de fausseté — et là où ils se rencontrent — nul ne le sait. Nous marchons au milieu d'un rêve. À moitié endormis, à moitié éveillés, passant toutes nos vies dans une brume ; tel est le sort de chacun d'entre nous. Tel est le sort de toute connaissance sensorielle. Tel est le sort de toute philosophie, de toute science dont on se glorifie, de tout savoir humain dont on se vante. Tel est l'univers.

Ce que vous appelez matière, ou esprit, ou mental, ou tout autre nom qu'il vous plaira de leur donner, le fait demeure le même : nous ne pouvons pas dire qu'ils sont, nous ne pouvons pas dire qu'ils ne sont pas. Nous ne pouvons pas dire qu'ils sont un, nous ne pouvons pas dire qu'ils sont multiples. Ce jeu éternel de lumière et d'obscurité — indistinct, indifférencié, inséparable — est toujours là. Un fait, et cependant en même temps pas un fait ; éveillé et en même temps endormi. Ceci est un constat de faits, et c'est ce qu'on appelle Mâyâ. Nous naissons dans cette Mâyâ, nous vivons en elle, nous pensons en elle, nous rêvons en elle. Nous sommes philosophes en elle, nous sommes des hommes spirituels en elle, bien plus, nous sommes des démons dans cette Mâyâ, et nous sommes des dieux dans cette Mâyâ. Étendez vos idées aussi loin que vous le pouvez, rendez-les de plus en plus élevées, appelez-les infinies ou par tout autre nom qui vous plaira, même ces idées sont dans cette Mâyâ. Il ne peut en être autrement, et la totalité du savoir humain est une généralisation de cette Mâyâ essayant de la connaître telle qu'elle apparaît être. C'est le travail de Nâma-Rûpa (le nom et la forme). Tout ce qui a une forme, tout ce qui éveille une idée dans votre esprit, est dans Mâyâ ; car tout ce qui est soumis aux lois du temps, de l'espace et de la causalité est dans Mâyâ.

Revenons un peu à ces premières idées de Dieu et voyons ce qu'elles sont devenues. Nous percevons aussitôt que l'idée d'un Être qui nous aime éternellement — éternellement désintéressé et tout-puissant, gouvernant cet univers — ne pouvait satisfaire. « Où est le Dieu juste et miséricordieux ? » demandait le philosophe. Ne voit-Il pas des millions et des millions de Ses enfants périr, sous forme d'hommes et d'animaux ; car qui peut vivre un seul instant ici-bas sans tuer d'autres êtres ? Pouvez-vous aspirer une seule bouffée d'air sans détruire des milliers de vies ? Vous vivez, parce que des millions meurent. Chaque instant de votre vie, chaque souffle que vous respirez, est la mort pour des milliers ; chaque mouvement que vous faites est la mort pour des millions. Chaque bouchée que vous mangez est la mort pour des millions. Pourquoi devraient-ils mourir ? Il y a un vieux sophisme selon lequel ce sont des existences très basses. Supposons qu'ils le soient — ce qui est discutable, car qui sait si la fourmi est plus grande que l'homme, ou l'homme plus grand que la fourmi — qui peut le prouver dans un sens ou dans l'autre ? Indépendamment de cette question, même en tenant pour acquis que ce sont des êtres très bas, pourquoi devraient-ils mourir ? S'ils sont bas, ils ont d'autant plus de raisons de vivre. Pourquoi pas ? Parce qu'ils vivent davantage dans les sens, ils ressentent le plaisir et la douleur mille fois plus que vous ou moi. Lequel d'entre nous mange un repas avec la même avidité qu'un chien ou un loup ? Aucun, parce que nos énergies ne sont pas dans les sens ; elles sont dans l'intellect, dans l'esprit. Mais chez les animaux, toute leur âme est dans les sens, et ils deviennent fous et jouissent de choses que nous, êtres humains, ne rêvons jamais, et la douleur est proportionnelle au plaisir. Le plaisir et la douleur sont distribués en mesure égale. Si le plaisir ressenti par les animaux est beaucoup plus vif que celui ressenti par l'homme, il s'ensuit que le sens de la douleur des animaux est aussi vif, sinon plus vif que celui de l'homme. Ainsi le fait est que la douleur et la misère que les hommes ressentent en mourant sont intensifiées mille fois chez les animaux, et pourtant nous les tuons sans nous soucier de leur misère. Ceci est Mâyâ. Et si nous supposons qu'il y a un Dieu personnel semblable à un être humain, qui a fait toutes choses, ces prétendues explications et théories qui tentent de prouver que du mal sort le bien ne sont pas suffisantes. Que vingt mille bonnes choses arrivent, mais pourquoi devraient-elles provenir du mal ? Selon ce principe, je pourrais couper la gorge des autres parce que je veux la pleine jouissance de mes cinq sens. Ce n'est pas une raison. Pourquoi le bien devrait-il sortir du mal ? La question reste posée et ne peut trouver de réponse. La philosophie de l'Inde fut contrainte de l'admettre.

Le Vedânta était (et est) le système de religion le plus audacieux. Il ne s'arrêtait nulle part, et il avait un avantage. Il n'y avait pas de corps de prêtres cherchant à supprimer tout homme qui essayait de dire la vérité. Il y eut toujours une liberté religieuse absolue. En Inde, l'asservissement de la superstition est d'ordre social ; ici en Occident, la société est très libre. Les questions sociales en Inde sont très strictes, mais l'opinion religieuse est libre. En Angleterre, un homme peut s'habiller comme il veut, ou manger ce qu'il veut — personne n'y trouve à redire ; mais s'il manque d'assister à l'office religieux, alors Mme Grundy s'abat sur lui. Il doit d'abord se conformer à ce que la société dit en matière de religion, et ensuite il peut penser à la vérité. En Inde, par contre, si un homme dîne avec quelqu'un qui n'appartient pas à sa propre caste, la société s'abat avec tous ses terribles pouvoirs et l'écrase sur-le-champ. S'il veut s'habiller un peu différemment de la façon dont son ancêtre s'habillait il y a des siècles, c'en est fait de lui. J'ai entendu parler d'un homme qui fut exclu de la société parce qu'il avait parcouru plusieurs miles pour voir le premier train de chemin de fer. Eh bien, nous présumerons que ce n'était pas vrai ! Mais en religion, nous trouvons des athées, des matérialistes et des bouddhistes, des croyances, des opinions et des spéculations de toute nuance et variété, certaines d'un caractère des plus saisissants, vivant côte à côte. Les prédicateurs de toutes les sectes vont prêcher et gagner des adhérents, et aux portes mêmes des temples des dieux, les Brâhmanes — à leur honneur soit-il dit — permettent même aux matérialistes de se tenir debout et d'exprimer leurs opinions.

Le Bouddha mourut à un âge avancé. Je me souviens d'un de mes amis, un grand scientifique américain, qui aimait lire sa vie. Il n'aimait pas la mort du Bouddha, parce qu'il n'avait pas été crucifié. Quelle fausse idée ! Pour qu'un homme soit grand, il faudrait qu'il soit assassiné ! De telles idées n'ont jamais prévalu en Inde. Ce grand Bouddha voyagea à travers toute l'Inde, dénonçant ses dieux et même le Dieu de l'univers, et pourtant il vécut jusqu'à un bel âge. Pendant quatre-vingts ans il vécut, et avait converti la moitié du pays.

Puis, il y avait les Chârvâkas (les matérialistes anciens), qui prêchaient des choses horribles, le matérialisme le plus effronté et le plus cru, tel qu'au dix-neuvième siècle on n'oserait pas le prêcher ouvertement. Ces Chârvâkas avaient le droit de prêcher de temple en temple et de ville en ville que la religion n'était que sottise, qu'elle n'était que supercherie de prêtres, que les Védas étaient les paroles et les écrits de fous, de coquins et de démons, et qu'il n'y avait ni Dieu ni âme éternelle. S'il y avait une âme, pourquoi ne revenait-elle pas après la mort, attirée par l'amour de l'épouse et de l'enfant ? Leur idée était que s'il y avait une âme, elle devait encore aimer après la mort et vouloir de bonnes choses à manger et de beaux vêtements. Et pourtant personne ne faisait de mal à ces Chârvâkas.

Ainsi l'Inde a toujours eu cette magnifique idée de liberté religieuse, et vous devez vous rappeler que la liberté est la première condition de la croissance. Ce que vous ne rendez pas libre ne grandira jamais. L'idée que vous pouvez faire croître les autres et les aider à grandir, que vous pouvez les diriger et les guider, en conservant toujours pour vous-même la liberté du maître, est une absurdité, un mensonge dangereux qui a retardé la croissance de millions et de millions d'êtres humains dans ce monde. Laissez les hommes avoir la lumière de la liberté. C'est la seule condition de la croissance.

Nous, en Inde, avons accordé la liberté en matière spirituelle, et nous possédons une immense puissance spirituelle en matière de pensée religieuse, même aujourd'hui. Vous accordez la même liberté en matière sociale, et c'est pourquoi vous avez une splendide organisation sociale. Nous n'avons donné aucune liberté à l'expansion des questions sociales, et la nôtre est une société étriquée. Vous n'avez jamais donné aucune liberté en matière religieuse, mais par le fer et par le feu vous avez imposé vos croyances, et le résultat est que la religion est une croissance rabougrie et dégénérée dans l'esprit européen. En Inde, nous devons ôter les chaînes de la société ; en Europe, les chaînes doivent être retirées des pieds du progrès spirituel. Alors viendra un merveilleux développement de l'homme. Si nous découvrons qu'il y a une unité courant à travers tous ces développements — spirituels, moraux et sociaux — nous trouverons que la religion, dans le sens le plus plein du mot, doit entrer dans la société et dans notre vie quotidienne. À la lumière du Vedânta, vous comprendrez que toutes les sciences ne sont que des manifestations de la religion, et il en va de même de tout ce qui existe dans ce monde.

Nous voyons donc que c'est par la liberté que les sciences ont été construites ; et en elles nous trouvons deux ensembles d'opinions, l'un matérialiste et dénonciateur, l'autre positif et constructif. C'est un fait des plus curieux que dans toute société on les trouve. Supposez qu'il y ait un mal dans la société, vous verrez aussitôt un groupe se lever et le dénoncer avec vindicte, ce qui dégénère parfois en fanatisme. Il y a des fanatiques dans toute société, et les femmes se joignent fréquemment à ces clameurs, en raison de leur nature impulsive. Tout fanatique qui se lève et dénonce quelque chose peut se procurer un public. Il est très facile de détruire ; un maniaque peut détruire tout ce qu'il veut, mais il lui serait difficile de construire quoi que ce soit. Ces fanatiques peuvent faire quelque bien, selon leur lumière, mais beaucoup plus de mal. Car les institutions sociales ne se font pas en un jour, et les changer signifie en supprimer la cause. Supposez qu'il y ait un mal ; le dénoncer ne le supprimera pas, mais vous devez travailler à la racine. Trouvez d'abord la cause, puis supprimez-la, et l'effet sera supprimé aussi. Les simples clameurs ne produisent aucun effet, à moins qu'elles ne produisent du malheur.

Il en est d'autres qui avaient la sympathie dans le cœur et qui comprirent l'idée qu'il faut aller au fond de la cause : ceux-là furent les grands saints. Un fait dont vous devez vous souvenir est que tous les grands maîtres du monde ont déclaré qu'ils venaient non pour détruire mais pour accomplir. Maintes fois cela n'a pas été compris, et leur tolérance a été prise pour un compromis indigne avec les opinions populaires existantes. Même aujourd'hui, vous entendez parfois dire que ces prophètes et grands maîtres étaient plutôt lâches et n'osaient pas dire et faire ce qu'ils pensaient être juste ; mais il n'en était pas ainsi. Les fanatiques ne comprennent guère le pouvoir infini de l'amour dans le cœur de ces grands sages qui regardaient les habitants de ce monde comme leurs enfants. Ils étaient les vrais pères, les vrais dieux, emplis d'une sympathie et d'une patience infinies pour chacun ; ils étaient prêts à supporter et à tolérer. Ils savaient comment la société humaine devait grandir, et patiemment, lentement, sûrement, continuaient à appliquer leurs remèdes, non en dénonçant et en effrayant les gens, mais en les menant doucement et avec bonté vers le haut, pas à pas. Tels furent les auteurs des Upanishads. Ils savaient parfaitement que les anciennes idées de Dieu n'étaient pas conciliables avec les idées éthiques avancées de l'époque ; ils savaient parfaitement que ce que les athées prêchaient contenait une bonne part de vérité, bien plus, de grandes pépites de vérité ; mais en même temps, ils comprirent que ceux qui voulaient couper le fil reliant les perles, qui voulaient construire une nouvelle société dans les airs, échoueraient entièrement.

Nous ne construisons jamais à neuf, nous changeons simplement de place ; nous ne pouvons rien avoir de nouveau, nous ne changeons que la position des choses. La graine pousse pour devenir un arbre, patiemment et doucement ; nous devons diriger nos énergies vers la vérité et accomplir la vérité qui existe, et non essayer de fabriquer de nouvelles vérités. Ainsi, au lieu de dénoncer ces anciennes idées de Dieu comme impropres aux temps modernes, les anciens sages commencèrent à chercher la réalité qui était en elles. Le résultat fut la philosophie du Vedânta, et à partir des anciennes divinités, à partir du Dieu monothéiste, Souverain de l'univers, ils trouvèrent des idées toujours plus élevées dans ce qu'on appelle l'Absolu Impersonnel ; ils découvrirent l'unité à travers l'univers.

Celui qui voit dans ce monde de multiplicité cet Un qui court à travers tout, dans ce monde de mort celui qui trouve cette Vie Infinie unique, et dans ce monde d'insensibilité et d'ignorance celui qui trouve cette Lumière et cette Connaissance uniques, à lui appartient la paix éternelle. À nul autre, à nul autre.

English

CHAPTER IV

MAYA AND THE EVOLUTION OF THE CONCEPTION OF GOD

( Delivered in London, 20th October 1896 )

We have seen how the idea of Mâyâ, which forms, as it were, one of the basic doctrines of the Advaita Vedanta, is, in its germs, found even in the Samhitâs, and that in reality all the ideas which are developed in the Upanishads are to be found already in the Samhitas in some form or other. Most of you are by this time familiar with the idea of Maya, and know that it is sometimes erroneously explained as illusion, so that when the universe is said to be Maya, that also has to be explained as being illusion. The translation of the word is neither happy nor correct. Maya is not a theory; it is simply a statement of facts about the universe as it exists, and to understand Maya we must go back to the Samhitas and begin with the conception in the germ.

We have seen how the idea of the Devas came. At the same time we know that these Devas were at first only powerful beings, nothing more. Most of you are horrified when reading the old scriptures, whether of the Greeks, the Hebrews, the Persians, or others, to find that the ancient gods sometimes did things which, to us, are very repugnant. But when we read these books, we entirely forget that we are persons of the nineteenth century, and these gods were beings existing thousands of years ago. We also forget that the people who worshipped these gods found nothing incongruous in their characters, found nothing to frighten them, because they were very much like themselves. I may also remark that that is the one great lesson we have to learn throughout our lives. In judging others we always judge them by our own ideals. That is not as it should be. Everyone must be judged according to his own ideal, and not by that of anyone else. In our dealings with our fellow-beings we constantly labour under this mistake, and I am of opinion that the vast majority of our quarrels with one another arise simply from this one cause that we are always trying to judge others' gods by our own, others' ideals by our ideals, and others' motives by our motives. Under certain circumstances I might do a certain thing, and when I see another person taking the same course I think he has also the same motive actuating him, little dreaming that although the effect may be the same, yet many other causes may produce the same thing. He may have performed the action with quite a different motive from that which impelled me to do it. So in judging of those ancient religions we must not take the standpoint to which we incline, but must put ourselves into the position of thought and life of those early times.

The idea of the cruel and ruthless Jehovah in the Old Testament has frightened many — but why? What right have they to assume that the Jehovah of the ancient Jews must represent the conventional idea of the God of the present day? And at the same time, we must not forget that there will come men after us who will laugh at our ideas of religion and God in the same way that we laugh at those of the ancients. Yet, through all these various conceptions runs the golden thread of unity, and it is the purpose of the Vedanta to discover this thread. "I am the thread that runs through all these various ideas, each one of which is; like a pearl," says the Lord Krishna; and it is the duty of Vedanta to establish this connecting thread, how ever incongruous or disgusting may seem these ideas when judged according to the conceptions of today. These ideas, in the setting of past times, were harmonious and not more hideous than our present ideas. It is only when we try to take them out of their settings and apply to our own present circumstances that the hideousness becomes obvious. For the old surroundings are dead and gone. Just as the ancient Jew has developed into the keen, modern, sharp Jew, and the ancient Aryan into the intellectual Hindu similarly Jehovah has grown, and Devas have grown.

The great mistake is in recognising the evolution of the worshippers, while we do not acknowledge the evolution of the Worshipped. He is not credited with the advance that his devotees have made. That is to say, you and I, representing ideas, have grown; these gods also, as representing ideas, have grown. This may seem somewhat curious to you — that God can grow. He cannot. He is unchangeable. In the same sense the real man never grows. But man's ideas of God are constantly changing and expanding. We shall see later on how the real man behind each one of these human manifestations is immovable, unchangeable, pure, and always perfect; and in the same way the idea that we form of God is a mere manifestation, our own creation. Behind that is the real God who never changes, the ever pure, the immutable. But the manifestation is always changing revealing the reality behind more and more. When it reveals more of the fact behind, it is called progression, when it hides more of the fact behind, it is called retrogression. Thus, as we grow, so the gods grow. From the ordinary point of view, just as we reveal ourselves as we evolve, so the gods reveal themselves.

We shall now be in a position to understand the theory of Maya. In all the regions of the world the one question they propose to discuss is this: Why is there disharmony in the universe? Why is there this evil in the universe? We do not find this question in the very inception of primitive religious ideas, because the world did not appear incongruous to the primitive man. Circumstances were not inharmonious for him; there was no dash of opinions; to him there was no antagonism of good and evil. There was merely a feeling in his own heart of something which said yea, and something which said nay. The primitive man was a man of impulse. He did what occurred to him, and tried to bring out through his muscles whatever thought came into his mind, and he never stopped to judge, and seldom tried to check his impulses. So with the gods, they were also creatures of impulse. Indra comes and shatters the forces of the demons. Jehovah is pleased with one person and displeased with another, for what reason no one knows or asks. The habit of inquiry had not then arisen, and whatever he did was regarded as right. There was no idea of good or evil. The Devas did many wicked things in our sense of the word; again and again Indra and other gods committed very wicked deeds, but to the worshippers of Indra the ideas of wickedness and evil did not occur, so they did not question them.

With the advance of ethical ideas came the fight. There arose a certain sense in man, called in different languages and nations by different names. Call it the voice of God, or the result of past education, or whatever else you like, but the effect was this that it had a checking power upon the natural impulses of man. There is one impulse in our minds which says, do. Behind it rises another voice which says, do not. There is one set of ideas in our mind which is always struggling to get outside through the channels of the senses, and behind that, although it may be thin and weak, there is an infinitely small voice which says, do not go outside. The two beautiful Sanskrit words for these phenomena are Pravritti and Nivritti, "circling forward" and "circling inward". It is the circling forward which usually governs our actions. Religion begins with this circling inward. Religion begins with this "do not". Spirituality begins with this "do not". When the "do not" is not there, religion has not begun. And this "do not" came, causing men's ideas to grow, despite the fighting gods which they had worshipped.

A little love awoke in the hearts of mankind. It was very small indeed, and even now it is not much greater. It was at first confined to a tribe embracing perhaps members of the same tribe; these gods loved their tribes and each god was a tribal god, the protector of that tribe. And sometimes the members of a tribe would think of themselves as the descendants of their god, just as the clans in different nations think that they are the common descendants of the man who was the founder of the clan. There were in ancient times, and are even now, some people who claim to be descendants not only of these tribal gods, but also of the Sun and the Moon. You read in the ancient Sanskrit books of the great heroic emperors of the solar and the lunar dynasties. They were first worshippers of the Sun and the Moon, and gradually came to think of themselves as descendants of the god of the Sun of the Moon, and so forth. So when these tribal ideas began to grow there came a little love, some slight idea of duty towards each other, a little social organisation. Then, naturally, the idea came: How can we live together without bearing and forbearing? How can one man live with another without having some time or other to check his impulses, to restrain himself, to forbear from doing things which his mind would prompt him to do? It is impossible. Thus comes the idea of restraint. The whole social fabric is based upon that idea of restraint, and we all know that the man or woman who has not learnt the great lesson of bearing and forbearing leads a most miserable life.

Now, when these ideas of religion came, a glimpse of something higher, more ethical, dawned upon the intellect of mankind. The old gods were found to be incongruous — these boisterous, fighting, drinking, beef-eating gods of the ancients — whose delight was in the smell of burning flesh and libations of strong liquor. Sometimes Indra drank so much that he fell upon the ground and talked unintelligibly. These gods could no longer be tolerated. The notion had arisen of inquiring into motives, and the gods had to come in for their share of inquiry. Reason for such-and-such actions was demanded and the reason was wanting. Therefore man gave up these gods, or rather they developed higher ideas concerning them. They took a survey, as it were, of all the actions and qualities of the gods and discarded those which they could not harmonise, and kept those which they could understand, and combined them, labelling them with one name, Deva-deva, the God of gods. The god to be worshipped was no more a simple symbol of power; something more was required than that. He was an ethical god; he loved mankind, and did good to mankind. But the idea of god still remained. They increased his ethical significance, and increased also his power. He became the most ethical being in the universe, as well as almost almighty.

But all this patchwork would not do. As the explanation assumed greater proportions, the difficulty which it sought to solve did the same. If the qualities of the god increased in arithmetical progression, the difficulty and doubt increased in geometrical progression. The difficulty of Jehovah was very little beside the difficulty of the God of the universe, and this question remains to the present day. Why under the reign of an almighty and all-loving God of the universe should diabolical things be allowed to remain? Why so much more misery than happiness, and so much more wickedness than good? We may shut our eyes to all these things, but the fact still remains that this world is a hideous world. At best, it is the hell of Tantalus. Here we are with strong impulses and stronger cravings for sense-enjoyments, but cannot satisfy them. There rises a wave which impels us forward in spite of our own will, and as soon as we move one step, comes a blow. We are all doomed to live here like Tantalus. Ideals come into our head far beyond the limit of our sense-ideals, but when we seek to express them, we cannot do so. On the other hand, we are crushed by the surging mass around us. Yet if I give up all ideality and merely struggle through this world, my existence is that of a brute, and I degenerate and degrade myself. Neither way is happiness. Unhappiness is the fate of those who are content to live in this world, born as they are. A thousand times greater misery is the fate of those who dare to stand forth for truth and for higher things and who dare to ask for something higher than mere brute existence here. These are facts; but there is no explanation — there cannot be any explanation. But the Vedanta shows the way out. You must bear in mind that I have to tell you facts that will frighten you sometimes, but if you remember what I say, think of it, and digest it, it will be yours, it will raise you higher, and make you capable of understanding and living in truth.

Now, it is a statement of fact that this world is a Tantalus's hell, that we do not know anything about this universe, yet at the same time we cannot say that we do not know. I cannot say that this chain exists, when I think that I do not know it. It may be an entire delusion of my brain. I may be dreaming all the time. I am dreaming that I am talking to you, and that you are listening to me. No one can prove that it is not a dream. My brain itself may be a dream, and as to that no one has ever seen his own brain. We all take it for granted. So it is with everything. My own body I take for granted. At the same time I cannot say, I do not know. This standing between knowledge and ignorance, this mystic twilight, the mingling of truth and falsehood — and where they meet — no one knows. We are walking in the midst of a dream. Half sleeping, half waking, passing all our lives in a haze; this is the fate of everyone of us. This is the fate of all sense-knowledge. This is the fate of all philosophy, of all boasted science, of all boasted human knowledge. This is the universe.

What you call matter, or spirit, or mind, or anything else you may like to call them, the fact remains the same: we cannot say that they are, we cannot say that they are not. We cannot say they are one, we cannot say they are many. This eternal play of light and darkness — indiscriminate, indistinguishable, inseparable — is always there. A fact, yet at the same time not a fact; awake and at the same time asleep. This is a statement of facts, and this is what is called Maya. We are born in this Maya, we live in it, we think in it, we dream in it. We are philosophers in it, we are spiritual men in it, nay, we are devils in this Maya, and we are gods in this Maya. Stretch your ideas as far as you can make them higher and higher, call them infinite or by any other name you please, even these ideas are within this Maya. It cannot be otherwise, and the whole of human knowledge is a generalization of this Maya trying to know it as it appears to be. This is the work of Nâma-Rupa — name and form. Everything that has form, everything that calls up an idea in your mind, is within Maya; for everything that is bound by the laws of time, space, and causation is within Maya.

Let us go back a little to those early ideas of God and see what became of them. We perceive at once that the idea of some Being who is eternally loving us — eternally unselfish and almighty, ruling this universe — could not satisfy. "Where is the just, merciful God?" asked the philosopher. Does He not see millions and millions of His children perish, in the form of men and animals; for who can live one moment here without killing others? Can you draw a breath without destroying thousands of lives? You live, because, millions die. Every moment of your life, every breath that you breathe, is death to thousands; every movement that you make is death to millions. Every morsel that you eat is death to millions. Why should they die? There is an old sophism that they are very low existences. Supposing they are — which is questionable, for who knows whether the ant is greater than the man, or the man than the ant — who can prove one way or the other? Apart from that question, even taking it for granted that these are very low beings, still why should they die? If they are low, they have more reason to live. Why not? Because they live more in the senses, they feel pleasure and pain a thousandfold more than you or I can do. Which of us eats a dinner with the same gusto as a dog or wolf? None, because our energies are not in the senses; they are in the intellect, in the spirit. But in animals, their whole soul is in the senses, and they become mad and enjoy things which we human beings never dream of, and the pain is commensurate with the pleasure. Pleasure and pain are meted out in equal measure. If the pleasure felt by animals is so much keener than that felt by man, it follows that the animals' sense of pain is as keen, if not keener than man's. So the fact is, the pain and misery men feel in dying is intensified a thousandfold in animals, and yet we kill them without troubling ourselves about their misery. This is Maya. And if we suppose there is a Personal God like a human being, who made everything, these so-called explanations and theories which try to prove that out of evil comes good are not sufficient. Let twenty thousand good things come, but why should they come from evil? On that principle, I might cut the throats of others because I want the full pleasure of my five senses. That is no reason. Why should good come through evil? The question remains to be answered, and it cannot be answered. The philosophy of India was compelled to admit this.

The Vedanta was (and is) the boldest system of religion. It stopped nowhere, and it had one advantage. There was no body of priests who sought to suppress every man who tried to tell the truth. There was always absolute religious freedom. In India the bondage of superstition is a social one; here in the West society is very free. Social matters in India are very strict, but religious opinion is free. In England a man may dress any way he likes, or eat what he lilies — no one objects; but if he misses attending church, then Mrs. Grundy is down on him. He has to conform first to what society says on religion, and then he may think of the truth. In India, on the other hand, if a man dines with one who does not belong to his own caste, down comes society with all its terrible powers and crushes him then and there. If he wants to dress a little differently from the way in which his ancestor dressed ages ago, he is done for. I have heard of a man who was cast out by society because he went several miles to see the first railway train. Well, we shall presume that was not true! But in religion, we find atheists, materialists, and Buddhists, creeds, opinions, and speculations of every phase and variety, some of a most startling character, living side by side. Preachers of all sects go about reaching and getting adherents, and at the very gates of the temples of gods, the Brâhmins — to their credit be it said — allow even the materialists to stand and give forth their opinions.

Buddha died at a ripe old age. I remember a friend of mine, a great American scientist, who was fond of reading his life. He did not like the death of Buddha, because he was not crucified. What a false idea! For a man to be great he must be murdered! Such ideas never prevailed in India. This great Buddha travelled all over India, denouncing her gods and even the God of the universe, and yet he lived to a good old age. For eighty years he lived, and had converted half the country.

Then, there were the Chârvâkas, who preached horrible things, the most rank, undisguised materialism, such as in the nineteenth century they dare not openly preach. These Charvakas were allowed to preach from temple to temple, and city to city, that religion was all nonsense, that it was priestcraft, that the Vedas were the words and writings of fools, rogues, and demons, and that there was neither God nor an eternal soul. If there was a soul, why did it not come back after death drawn by the love of wife and child. Their idea was that if there was a soul it must still love after death, and want good things to eat and nice dress. Yet no one hurt these Charvakas.

Thus India has always had this magnificent idea of religious freedom, and you must remember that freedom is the first condition of growth. What you do not make free, will never grow. The idea that you can make others grow and help their growth, that you can direct and guide them, always retaining for yourself the freedom of the teacher, is nonsense, a dangerous lie which has retarded the growth of millions and millions of human beings in this world. Let men have the light of liberty. That is the only condition of growth.

We, in India, allowed liberty in spiritual matters, and we have a tremendous spiritual power in religious thought even today. You grant the same liberty in social matters, and so have a splendid social organisation. We have not given any freedom to the expansion of social matters, and ours is a cramped society. You have never given any freedom in religious matters but with fire and sword have enforced your beliefs, and the result is that religion is a stunted, degenerated growth in the European mind. In India, we have to take off the shackles from society; in Europe, the chains must be taken from the feet of spiritual progress. Then will come a wonderful growth and development of man. If we discover that there is one unity running through all these developments, spiritual, moral, and social, we shall find that religion, in the fullest sense of the word, must come into society, and into our everyday life. In the light of Vedanta you will Understand that all sciences are but manifestations of religion, and so is everything that exists in this world.

We see, then, that through freedom the sciences were built; and in them we have two sets of opinions, the one the materialistic and denouncing, and the other the positive and constructive. It is a most curious fact that in every society you find them. Supposing there is an evil in society, you will find immediately one group rise up and denounce it in vindictive fashion, which sometimes degenerates into fanaticism. There are fanatics in every society, and women frequently join in these outcries, because of their impulsive nature. Every fanatic who gets up and denounces something can secure a following. It is very easy to break down; a maniac can break anything he likes, but it would be hard for him to build up anything. These fanatics may do some good, according to their light, but much morn harm. Because social institutions are not made in a day, and to change them means removing the cause. Suppose there is an evil; denouncing it will not remove it, but you must go to work at the root. First find out the cause, then remove it, and the effect will be removed also. Mere outcry not produce any effect, unless indeed it produces misfortune.

There are others who had sympathy in their hearts and who understood the idea that we must go deep into the cause, these were the great saints. One fact you must remember, that all the great teachers of the world have declared that they came not to destroy but to fulfil. Many times his has not been understood, and their forbearance has been thought to be an unworthy compromise with existing popular opinions. Even now, you occasionally hear that these prophets and great teachers were rather cowardly, and dared not say and do what they thought was right; but that was not so. Fanatics little understand the infinite power of love in the hearts of these great sages who looked upon the inhabitants of this world as their children. They were the real fathers, the real gods, filled with infinite sympathy and patience for everyone; they were ready to bear and forbear. They knew how human society should grow, and patiently slowly, surely, went on applying their remedies, not by denouncing and frightening people, but by gently and kindly leading them upwards step by step. Such were the writers of the Upanishads. They knew full well how the old ideas of God were not reconcilable with the advanced ethical ideas of the time; they knew full well that what the atheists were preaching contained a good deal of truth, nay, great nuggets of truth; but at the same time, they understood that those who wished to sever the thread that bound the beads, who wanted to build a new society in the air, would entirely fail.

We never build anew, we simply change places; we cannot have anything new, we only change the position of things. The seed grows into the tree, patiently and gently; we must direct our energies towards the truth and fulfil the truth that exists, not try to make new truths. Thus, instead of denouncing these old ideas of God as unfit for modern times, the ancient sages began to seek out the reality that was in them. The result was the Vedanta philosophy, and out of the old deities, out of the monotheistic God, the Ruler of the universe, they found yet higher and higher ideas in what is called the Impersonal Absolute; they found oneness throughout the universe.

He who sees in this world of manifoldness that One running through all, in this world of death he who finds that One Infinite Life, and in this world of insentience and ignorance he who finds that One Light and Knowledge, unto him belongs eternal peace. Unto none else, unto none else.


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