Maya et illusion
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Français
CHAPITRE III
MAYA ET L'ILLUSION
( Prononcé à Londres )
Presque tous, vous avez entendu le mot maya (l'illusion cosmique). On l'emploie généralement, quoique de façon incorrecte, pour désigner l'illusion, ou la méprise, ou quelque chose de semblable. Mais la théorie de la maya constitue l'un des piliers sur lesquels repose le Vedanta (la tradition philosophique vedantique) ; il est donc nécessaire de bien la comprendre. Je vous demande un peu de patience, car il y a grand danger qu'elle soit mal interprétée. La plus ancienne idée de la maya que nous trouvions dans la littérature védique est celle de la méprise ; mais la véritable théorie n'avait pas encore été atteinte. Nous rencontrons des passages tels que : « Indra, par sa maya, revêtit des formes diverses. » Ici, il est vrai, le mot maya désigne quelque chose qui ressemble à la magie, et nous trouvons divers autres passages prenant toujours le même sens. Puis le mot maya disparut entièrement de la vue. Mais entre-temps, l'idée se développait. Plus tard, la question fut soulevée : « Pourquoi ne pouvons-nous pas connaître ce secret de l'univers ? » Et la réponse donnée fut très significative : « Parce que nous parlons en vain, parce que nous nous contentons des choses des sens, et parce que nous courons après les désirs ; ainsi, en quelque sorte, nous voilons la Réalité d'une brume. » Ici, le mot maya n'est pas du tout employé, mais nous obtenons l'idée que la cause de notre ignorance est une sorte de brume venue se placer entre nous et la Vérité. Bien plus tard, dans l'une des dernières Upanishads (les traités philosophiques des Vedas), nous voyons réapparaître le mot maya, mais cette fois une transformation s'est opérée en lui, et une masse de significations nouvelles s'y est attachée. Des théories avaient été proposées et répétées, d'autres avaient été reprises, jusqu'à ce qu'enfin l'idée de la maya se fixât. Nous lisons dans la Shvetashvatara Upanishad : « Sache que la nature est maya, et que le Maître de cette maya est le Seigneur Lui-même. » En venant à nos philosophes, nous constatons que ce mot maya a été manié de diverses manières, jusqu'à ce que nous parvenions au grand Shankaracharya. La théorie de la maya fut aussi quelque peu maniée par les bouddhistes, mais entre leurs mains elle devint très semblable à ce qu'on appelle l'idéalisme, et c'est là le sens que l'on donne aujourd'hui généralement au mot maya. Lorsque l'hindou dit que le monde est maya, aussitôt les gens en concluent que le monde est une illusion. Cette interprétation a quelque fondement, puisqu'elle nous vient des philosophes bouddhistes, car il existait une école de philosophes qui ne croyaient pas du tout au monde extérieur. Mais la maya du Vedanta, dans sa forme la plus développée, n'est ni l'idéalisme ni le réalisme, et ce n'est pas non plus une théorie. C'est un simple énoncé de faits — ce que nous sommes et ce que nous voyons autour de nous.
Comme je vous l'ai déjà dit, les esprits des hommes dont sont issus les Vedas (les écritures les plus anciennes) étaient résolus à suivre des principes, à découvrir des principes. Ils n'avaient pas le temps de travailler sur les détails ni de les attendre ; ils voulaient pénétrer au cœur des choses. Quelque chose au-delà les appelait, pour ainsi dire, et ils ne pouvaient attendre. Dispersés à travers les Upanishads, nous trouvons que les détails de sujets que nous appelons aujourd'hui sciences modernes sont souvent fort erronés, mais qu'en même temps leurs principes sont justes. Par exemple, l'idée d'éther, qui est l'une des théories les plus récentes de la science moderne, se trouve dans notre littérature ancienne sous des formes bien plus développées que la théorie scientifique moderne de l'éther d'aujourd'hui, mais ce n'était qu'au niveau du principe. Lorsqu'ils tentèrent de démontrer le fonctionnement de ce principe, ils commirent bien des erreurs. La théorie du principe de vie qui pénètre tout, dont toute vie dans cet univers n'est qu'une manifestation différente, était comprise dès l'époque védique ; elle se trouve dans les Brahmanas. Il y a un long hymne dans les Samhitas à la louange du prana (le souffle vital), dont toute vie n'est qu'une manifestation. Soit dit en passant, il pourra intéresser certains d'entre vous de savoir qu'il existe dans la philosophie védique des théories sur l'origine de la vie sur cette terre très semblables à celles qu'ont avancées certains savants européens modernes. Vous savez tous, bien sûr, qu'il existe une théorie selon laquelle la vie serait venue d'autres planètes. C'est une doctrine bien établie chez certains philosophes védiques que la vie vient ainsi de la lune.
En venant aux principes, nous trouvons ces penseurs védiques très courageux et merveilleusement hardis dans l'élaboration de théories vastes et généralisées. Leur solution du mystère de l'univers, à partir du monde extérieur, était aussi satisfaisante qu'elle pouvait l'être. Les analyses détaillées de la science moderne ne rapprochent pas la question d'un seul pas de sa solution, car les principes ont échoué. Si la théorie de l'éther a échoué dans les temps anciens à donner une solution du mystère de l'univers, en développer les détails ne nous rapprocherait guère de la vérité. Si la théorie de la vie qui pénètre tout a échoué en tant que théorie de cet univers, elle ne signifierait rien de plus une fois développée dans le détail, car les détails ne changent pas le principe de l'univers. Ce que je veux dire, c'est que dans leur recherche du principe, les penseurs hindous furent aussi hardis, et dans certains cas bien plus hardis, que les modernes. Ils accomplirent quelques-unes des plus grandioses généralisations jamais atteintes, et certaines demeurent encore à l'état de théories que la science moderne n'a pas même encore obtenues comme théories. Par exemple, non seulement ils parvinrent à la théorie de l'éther, mais ils allèrent au-delà et classèrent aussi l'esprit comme un éther encore plus raréfié. Au-delà encore, ils trouvèrent un éther plus raréfié encore. Pourtant ce n'était pas là une solution, cela ne résolvait pas le problème. Aucune somme de connaissance du monde extérieur ne pouvait résoudre le problème. « Mais, dit le savant, nous ne faisons que commencer à connaître un peu : attendez quelques milliers d'années et nous obtiendrons la solution. » « Non, dit le vedantin », car il a prouvé au-delà de tout doute que l'esprit est limité, qu'il ne peut aller au-delà de certaines bornes — au-delà du temps, de l'espace et de la causalité. De même qu'aucun homme ne peut sauter hors de son propre soi, aucun homme ne peut franchir les limites que lui ont imposées les lois du temps et de l'espace. Toute tentative de résoudre les lois de la causalité, du temps et de l'espace serait vaine, car la tentative elle-même devrait être faite en tenant pour acquise l'existence de ces trois choses. Que signifie donc l'affirmation de l'existence du monde ? « Ce monde n'a pas d'existence. » Qu'entend-on par là ? Cela signifie qu'il n'a pas d'existence absolue. Il n'existe qu'en relation avec mon esprit, avec votre esprit, et avec l'esprit de chacun. Nous voyons ce monde avec les cinq sens, mais si nous avions un autre sens, nous y verrions quelque chose de plus. Si nous avions encore un autre sens, il apparaîtrait comme quelque chose de plus différent encore. Il n'a donc pas d'existence réelle ; il n'a pas d'existence immuable, immobile, infinie. On ne peut non plus l'appeler non-existence, puisqu'il existe et que nous peinons à œuvrer en lui et à travers lui. C'est un mélange d'existence et de non-existence.
En passant des abstractions aux détails communs et quotidiens de nos vies, nous découvrons que notre vie entière est une contradiction, un mélange d'existence et de non-existence. Il y a cette contradiction dans la connaissance. Il semble que l'homme puisse tout connaître, s'il le désire seulement ; mais avant d'avoir fait quelques pas, il rencontre un mur de diamant qu'il ne peut franchir. Tout son travail se fait en cercle, et il ne peut sortir de ce cercle. Les problèmes qui lui sont les plus proches et les plus chers le poussent en avant et l'appellent, jour et nuit, vers une solution, mais il ne peut les résoudre, car il ne peut aller au-delà de son intellect. Et pourtant ce désir est fortement implanté en lui. Or nous savons que le seul bien s'obtient en le maîtrisant et en le réfrénant. À chaque souffle, chaque impulsion de notre cœur nous invite à l'égoïsme. En même temps, il y a en nous quelque pouvoir qui dit que c'est le désintéressement seul qui est bon. Tout enfant est un optimiste-né ; il rêve des rêves d'or. Dans la jeunesse, il devient plus optimiste encore. Il est difficile à un jeune homme de croire qu'il existe une chose telle que la mort, une chose telle que la défaite ou la déchéance. La vieillesse vient, et la vie n'est plus qu'un amas de ruines. Les rêves se sont évanouis dans les airs, et l'homme devient pessimiste. Ainsi nous allons d'un extrême à l'autre, ballottés par la nature, sans savoir où nous allons. Cela me rappelle un chant célèbre du Lalita Vistara, la biographie du Bouddha. Le Bouddha naquit, dit le livre, comme le sauveur de l'humanité, mais il s'oublia lui-même dans le luxe de son palais. Des anges vinrent et chantèrent un chant pour l'éveiller. Et le refrain de tout le chant est que nous flottons au fil du fleuve de la vie, lequel change continuellement, sans arrêt ni repos. Telles sont nos vies, qui s'en vont, toujours et encore, sans connaître aucun repos. Que devons-nous faire ? L'homme qui a assez à manger et à boire est un optimiste, et il évite toute mention de la misère, car elle l'effraie. Ne lui parlez pas des chagrins et des souffrances du monde ; allez à lui et dites-lui que tout est bien. « Oui, je suis en sécurité, dit-il. Regardez-moi ! J'ai une belle maison où vivre. Je ne crains ni le froid ni la faim ; ne placez donc pas ces tableaux horribles devant moi. » Mais, d'autre part, il en est d'autres qui meurent de froid et de faim. Si vous allez leur enseigner que tout est bien, ils ne vous écouteront pas. Comment pourraient-ils souhaiter le bonheur d'autrui alors qu'ils sont misérables ? Ainsi nous oscillons entre l'optimisme et le pessimisme.
Puis il y a le fait formidable de la mort. Le monde entier va vers la mort ; tout meurt. Tous nos progrès, nos vanités, nos réformes, nos luxes, nos richesses, nos connaissances ont cette seule fin — la mort. C'est tout ce qui est certain. Les cités viennent et s'en vont, les empires s'élèvent et tombent, les planètes se brisent en morceaux et s'effondrent en poussière, pour être emportées par les atmosphères d'autres planètes. Ainsi cela se poursuit depuis un temps sans commencement. La mort est la fin de toute chose. La mort est la fin de la vie, de la beauté, de la richesse, du pouvoir, de la vertu aussi. Les saints meurent et les pécheurs meurent, les rois meurent et les mendiants meurent. Tous vont vers la mort, et pourtant cet attachement formidable à la vie subsiste. Sans savoir pourquoi, nous nous accrochons d'une manière ou d'une autre à la vie ; nous ne pouvons y renoncer. Et cela, c'est la maya.
La mère soigne son enfant avec un soin extrême ; toute son âme, toute sa vie sont dans cet enfant. L'enfant grandit, devient un homme, et peut-être devient une fripouille et une brute, la frappe et la roue de coups chaque jour ; et pourtant la mère s'attache à l'enfant ; et quand sa raison s'éveille, elle recouvre cet attachement de l'idée d'amour. Elle ne soupçonne guère que ce n'est pas de l'amour, que c'est quelque chose qui s'est emparé de ses nerfs, dont elle ne peut se défaire ; quelque effort qu'elle fasse, elle ne peut secouer le joug dans lequel elle est. Et cela, c'est la maya.
Nous sommes tous à la poursuite de la Toison d'or. Chacun de nous pense qu'elle sera sienne. Tout homme raisonnable voit que sa chance est peut-être d'une sur vingt millions, et pourtant chacun lutte pour l'obtenir. Et cela, c'est la maya.
La mort rôde jour et nuit sur cette terre qui est la nôtre, mais en même temps nous pensons que nous vivrons éternellement. Une question fut un jour posée au roi Yudhishthira : « Quelle est la chose la plus étonnante sur cette terre ? » Et le roi répondit : « Chaque jour, des gens meurent autour de nous, et pourtant les hommes pensent qu'ils ne mourront jamais. » Et cela, c'est la maya.
Ces formidables contradictions de notre intellect, de notre connaissance, oui, de tous les faits de notre vie, nous font face de toutes parts. Un réformateur se lève et veut remédier aux maux qui existent dans une certaine nation ; et avant même qu'on y ait remédié, mille autres maux surgissent en un autre lieu. C'est comme une vieille maison qui s'écroule : vous rapiécez un endroit et la ruine s'étend à un autre. En Inde, nos réformateurs crient et prêchent contre les maux du veuvage imposé. En Occident, le non-mariage est le grand mal. Aidez les célibataires d'un côté ; ils souffrent. Aidez les veuves de l'autre ; elles souffrent. C'est comme un rhumatisme chronique : vous le chassez de la tête, et il gagne le corps ; vous le chassez de là, et il gagne les pieds. Des réformateurs se lèvent et prêchent que le savoir, la richesse et la culture ne devraient pas être entre les mains d'un petit nombre d'élus ; et ils font de leur mieux pour les rendre accessibles à tous. Cela peut apporter plus de bonheur à quelques-uns, mais peut-être, à mesure que la culture vient, le bonheur physique diminue-t-il. La connaissance du bonheur apporte la connaissance du malheur. Quelle voie suivrons-nous donc ? La moindre prospérité matérielle dont nous jouissons cause une égale somme de misère ailleurs. Telle est la loi. Les jeunes, peut-être, ne le voient pas clairement, mais ceux qui ont vécu assez longtemps et ceux qui ont assez lutté le comprendront. Et cela, c'est la maya. Ces choses se poursuivent, jour et nuit, et trouver une solution à ce problème est impossible. Pourquoi en est-il ainsi ? Il est impossible de répondre à cela, car la question ne peut être formulée logiquement. Il n'y a en fait ni comment ni pourquoi ; nous savons seulement que cela est et que nous n'y pouvons rien. Même le saisir, en tracer une image exacte dans notre propre esprit, dépasse notre pouvoir. Comment alors le résoudrions-nous ?
La maya est un énoncé du fait de cet univers, de la manière dont il se déroule. Les gens s'effraient généralement quand on leur dit ces choses. Mais nous devons être hardis. Cacher les faits n'est pas le moyen de trouver un remède. Comme vous le savez tous, un lièvre poursuivi par les chiens baisse la tête et se croit en sûreté ; ainsi, lorsque nous nous réfugions dans l'optimisme, nous faisons exactement comme le lièvre, mais ce n'est pas là un remède. On élève des objections contre cela, mais vous remarquerez qu'elles viennent généralement de gens qui possèdent beaucoup des bonnes choses de la vie. Dans ce pays (l'Angleterre), il est très difficile de devenir pessimiste. Chacun me dit combien le monde va merveilleusement bien, combien il progresse ; mais ce qu'il est lui-même, voilà son propre monde. De vieilles questions surgissent : le christianisme doit être la seule vraie religion du monde, parce que les nations chrétiennes sont prospères ! Mais cette affirmation se contredit elle-même, car la prospérité de la nation chrétienne dépend de l'infortune des nations non chrétiennes. Il faut bien qu'il y ait des proies. Supposez que le monde entier devienne chrétien : alors les nations chrétiennes deviendraient pauvres, car il n'y aurait plus de nations non chrétiennes dont elles puissent faire leur proie. Ainsi l'argument se détruit lui-même. Les animaux vivent des plantes, les hommes des animaux et, pire que tout, les uns des autres, le fort vivant du faible. Cela se passe partout. Et cela, c'est la maya. Quelle solution y trouvez-vous ? Nous entendons chaque jour bien des explications, et l'on nous dit qu'à la longue tout sera bien. En admettant que cela soit possible, pourquoi devrait-il y avoir cette manière diabolique de faire le bien ? Pourquoi le bien ne peut-il être fait par le bien, plutôt que par ces méthodes diaboliques ? Les descendants des êtres humains d'aujourd'hui seront heureux ; mais pourquoi faut-il toute cette souffrance maintenant ? Il n'y a pas de solution. C'est la maya.
De même, nous entendons souvent que l'une des caractéristiques de l'évolution est qu'elle élimine le mal, et que ce mal étant continuellement éliminé du monde, il ne restera finalement que le bien. Cela est fort agréable à entendre, et cela flatte la vanité de ceux qui ont assez des biens de ce monde, qui n'ont pas une dure lutte à affronter chaque jour et ne sont pas écrasés sous la roue de cette prétendue évolution. C'est en effet fort bon et réconfortant pour de tels privilégiés. La foule commune peut bien souffrir, ils ne s'en soucient pas ; qu'elle meure, elle est sans importance. Fort bien, et pourtant cet argument est fallacieux du début à la fin. Il tient pour acquis, en premier lieu, que le bien et le mal manifestés dans ce monde sont deux réalités absolues. En second lieu, il fait une supposition pire encore : que la quantité de bien est une grandeur croissante et la quantité de mal une grandeur décroissante. Ainsi, si le mal est éliminé de cette façon par ce qu'ils appellent l'évolution, viendra un temps où tout ce mal sera éliminé, et ce qui restera sera tout bien. Très facile à dire, mais peut-on prouver que le mal est une grandeur qui diminue ? Prenez, par exemple, l'homme qui vit dans la forêt, qui ne sait pas cultiver son esprit, ne peut lire un livre, n'a jamais entendu parler d'une chose telle que l'écriture. S'il est grièvement blessé, il est bientôt rétabli ; tandis que nous mourons, nous, pour une simple égratignure. Les machines rendent les choses bon marché, elles favorisent le progrès et l'évolution, mais des millions d'hommes sont écrasés pour qu'un seul puisse s'enrichir ; tandis que l'un s'enrichit, des milliers d'autres deviennent en même temps de plus en plus pauvres, et des masses entières d'êtres humains sont réduites en esclavage. C'est ainsi que cela se passe. L'homme animal vit dans les sens. S'il n'a pas assez à manger, il est misérable ; ou si quelque chose arrive à son corps, il est misérable. Dans les sens commencent et finissent à la fois sa misère et son bonheur. Dès que cet homme progresse, dès que son horizon de bonheur s'élargit, son horizon de malheur s'élargit proportionnellement. L'homme de la forêt ne sait pas ce que c'est que d'être jaloux, d'être traîné devant les tribunaux, de payer des impôts, d'être blâmé par la société, d'être gouverné jour et nuit par la plus formidable tyrannie que la malice humaine ait jamais inventée, laquelle fouille les secrets de chaque cœur humain. Il ne sait pas comment l'homme devient mille fois plus diabolique que tout autre animal, avec toute sa vaine science et tout son orgueil. C'est ainsi qu'en émergeant des sens, nous développons des pouvoirs de jouissance supérieurs, et qu'en même temps nous devons développer aussi des pouvoirs de souffrance supérieurs. Les nerfs s'affinent et deviennent capables de plus de souffrance. Dans toute société, nous trouvons souvent que l'homme ignorant et commun, lorsqu'on l'injurie, ne ressent pas grand-chose, mais qu'il ressent une bonne raclée. L'homme de qualité, en revanche, ne peut supporter un seul mot d'injure ; il a les nerfs si finement accordés. La misère a augmenté en proportion de sa sensibilité au bonheur. Cela ne contribue guère à prouver la thèse de l'évolutionniste. À mesure que nous accroissons notre pouvoir d'être heureux, nous accroissons aussi notre pouvoir de souffrir, et parfois je suis enclin à penser que si nous accroissons notre pouvoir de devenir heureux en progression arithmétique, nous accroîtrons, d'autre part, notre pouvoir de devenir misérables en progression géométrique. Nous qui progressons, nous savons que plus nous progressons, plus s'ouvrent de voies vers la douleur comme vers le plaisir. Et cela, c'est la maya.
Ainsi nous trouvons que la maya n'est pas une théorie pour l'explication du monde ; c'est simplement un énoncé des faits tels qu'ils existent : que le fondement même de notre être est contradiction, que partout nous avons à nous mouvoir à travers cette formidable contradiction, que partout où il y a du bien, il doit y avoir aussi du mal, et partout où il y a du mal, il doit y avoir quelque bien ; partout où il y a la vie, la mort doit suivre comme son ombre, et quiconque sourit devra pleurer, et inversement. Et cet état de choses ne peut être corrigé. Nous pouvons certes imaginer qu'il y aura un lieu où il n'y aura que du bien et point de mal, où nous ne ferons que sourire sans jamais pleurer. Cela est impossible dans la nature même des choses, car les conditions resteront les mêmes. Partout où existe le pouvoir de produire un sourire en nous, là se cache le pouvoir de produire des larmes. Partout où existe le pouvoir de produire le bonheur, là se cache quelque part le pouvoir de nous rendre misérables.
Ainsi la philosophie du Vedanta n'est ni optimiste ni pessimiste. Elle exprime ces deux points de vue et prend les choses telles qu'elles sont. Elle admet que ce monde est un mélange de bien et de mal, de bonheur et de misère, et que pour augmenter l'un, il faut nécessairement augmenter l'autre. Il n'y aura jamais de monde parfaitement bon ni parfaitement mauvais, car l'idée même en est une contradiction dans les termes. Le grand secret révélé par cette analyse, c'est que le bien et le mal ne sont pas deux existences séparées, toutes tranchées et figées. Il n'y a pas une seule chose dans notre monde que vous puissiez étiqueter comme bonne et bonne seulement, et il n'y a pas une seule chose dans l'univers que vous puissiez étiqueter comme mauvaise et mauvaise seulement. Le phénomène même qui paraît bon aujourd'hui pourra paraître mauvais demain. La même chose qui produit la misère chez l'un peut produire le bonheur chez l'autre. Le feu qui brûle l'enfant peut cuire un bon repas pour un homme affamé. Les mêmes nerfs qui transmettent les sensations de la misère transmettent aussi les sensations du bonheur. Le seul moyen d'arrêter le mal est donc d'arrêter aussi le bien ; il n'y a pas d'autre moyen. Pour arrêter la mort, il nous faudra arrêter aussi la vie. La vie sans la mort et le bonheur sans la misère sont des contradictions, et ni l'un ni l'autre ne peut se trouver seul, car chacun d'eux n'est qu'une manifestation différente de la même chose. Ce que je croyais bon hier, je ne le crois plus bon aujourd'hui. Quand je regarde ma vie en arrière et que je considère quels étaient mes idéaux à différentes époques, je trouve qu'il en est ainsi. À un moment, mon idéal était de conduire un puissant attelage de chevaux ; à un autre moment, je pensais que si je pouvais fabriquer une certaine sorte de friandise, je serais parfaitement heureux ; plus tard, j'imaginai que je serais entièrement satisfait si j'avais une femme, des enfants et beaucoup d'argent. Aujourd'hui, je ris de tous ces idéaux comme de pures niaiseries d'enfant.
Le Vedanta dit qu'il doit venir un temps où nous regarderons en arrière et rirons des idéaux qui nous font craindre de renoncer à notre individualité. Chacun de nous veut conserver ce corps pour une durée indéfinie, pensant que nous serons très heureux, mais il viendra un temps où nous rirons de cette idée. Or, si telle est la vérité, nous sommes dans un état de contradiction sans espoir — ni existence ni non-existence, ni misère ni bonheur, mais un mélange de tout cela. À quoi servent donc le Vedanta et toutes les autres philosophies et religions ? Et, par-dessus tout, à quoi sert-il de faire le bien ? Voilà une question qui se présente à l'esprit. S'il est vrai que vous ne pouvez faire le bien sans faire le mal, et que chaque fois que vous essayez de créer le bonheur il y aura toujours de la misère, les gens vous demanderont : « À quoi sert-il de faire le bien ? » La réponse est, en premier lieu, que nous devons travailler à diminuer la misère, car c'est là le seul moyen de nous rendre nous-mêmes heureux. Chacun de nous le découvre tôt ou tard dans sa vie. Les esprits vifs le découvrent un peu plus tôt, et les esprits lents un peu plus tard. Les lents paient très cher cette découverte, et les vifs moins cher. En second lieu, nous devons faire notre part, car c'est le seul moyen de sortir de cette vie de contradiction. Les deux forces du bien et du mal maintiendront l'univers vivant pour nous, jusqu'à ce que nous nous éveillions de nos rêves et renoncions à cette construction de pâtés de boue. Cette leçon, il nous faudra l'apprendre, et il faudra fort longtemps pour l'apprendre.
On a tenté en Allemagne d'édifier un système de philosophie sur la base que l'Infini est devenu le fini. De telles tentatives se font aussi en Angleterre. Et l'analyse de la position de ces philosophes est celle-ci : que l'Infini tente de s'exprimer dans cet univers, et qu'il viendra un temps où l'Infini réussira à le faire. Tout cela est fort bien, et nous avons employé les mots Infini, manifestation, expression, et ainsi de suite, mais les philosophes demandent naturellement un fondement logique à l'affirmation que le fini peut pleinement exprimer l'Infini. L'Absolu et l'Infini ne peuvent devenir cet univers que par limitation. Tout ce qui vient par les sens, ou par l'esprit, ou par l'intellect, doit être limité ; et que le limité soit l'illimité est tout simplement absurde et ne peut jamais être. Le Vedanta, en revanche, dit qu'il est vrai que l'Absolu, ou l'Infini, tente de s'exprimer dans le fini, mais qu'il viendra un temps où il découvrira que cela est impossible, et où il devra alors battre en retraite ; et cette retraite signifie le renoncement, qui est le véritable commencement de la religion. De nos jours, il est très difficile même de parler de renoncement. On a dit de moi, en Amérique, que j'étais un homme issu d'une terre morte et enterrée depuis cinq mille ans, et qui parlait de renoncement. Ainsi parle peut-être aussi le philosophe anglais. Pourtant il est vrai que c'est là le seul chemin vers la religion. Renoncez et abandonnez. Qu'a dit le Christ ? « Celui qui perdra sa vie à cause de moi la trouvera. » Maintes et maintes fois, il prêcha le renoncement comme la seule voie vers la perfection. Il vient un temps où l'esprit s'éveille de ce long et morne rêve — l'enfant abandonne son jeu et veut retourner auprès de sa mère. Il découvre la vérité de cette parole : « Le désir n'est jamais apaisé par la jouissance des désirs ; il ne fait que croître davantage, comme le feu lorsqu'on y verse du beurre. »
Cela est vrai de toutes les jouissances des sens, de toutes les jouissances de l'intellect, et de toutes les jouissances dont l'esprit humain est capable. Elles ne sont rien, elles sont à l'intérieur de la maya, à l'intérieur de ce filet au-delà duquel nous ne pouvons aller. Nous pouvons y courir durant un temps infini sans en trouver la fin, et chaque fois que nous nous efforçons d'obtenir un peu de jouissance, une masse de misère s'abat sur nous. Quelle chose terrible ! Et quand j'y songe, je ne puis m'empêcher de considérer que cette théorie de la maya, cet énoncé que tout est maya, est la meilleure et la seule explication. Quelle somme de misère il y a dans ce monde ; et si vous voyagez parmi diverses nations, vous trouverez qu'une nation tente de guérir ses maux par un moyen, et une autre par un autre. Le même mal a été pris en main par diverses races, et des tentatives ont été faites de diverses manières pour l'enrayer, et pourtant aucune nation n'a réussi. S'il a été réduit en un point, une masse de maux s'est entassée en un autre point. Ainsi cela va. Les hindous, pour maintenir dans la race un haut degré de chasteté, ont sanctionné le mariage des enfants, lequel, à la longue, a dégradé la race. En même temps, je ne puis nier que ce mariage des enfants rende la race plus chaste. Que voudriez-vous ? Si vous voulez que la nation soit plus chaste, vous affaiblissez physiquement les hommes et les femmes par le mariage des enfants. D'autre part, êtes-vous mieux lotis, vous, en Angleterre ? Non, car la chasteté est la vie d'une nation. Ne trouvez-vous pas dans l'histoire que le premier signe de mort d'une nation a été l'absence de chasteté ? Quand celle-ci s'est introduite, la fin de la race est en vue. Où trouverons-nous donc une solution à ces misères ? Si les parents choisissent les époux et les épouses de leurs enfants, alors ce mal est réduit. Les filles de l'Inde sont plus pratiques que sentimentales. Mais il reste fort peu de poésie dans leurs vies. À l'inverse, si les gens choisissent eux-mêmes leur époux et leur épouse, cela ne semble pas apporter beaucoup de bonheur. La femme indienne est généralement très heureuse ; les cas de querelle entre mari et femme ne sont pas nombreux. À l'inverse, aux États-Unis, où règne la plus grande liberté, le nombre de foyers et de mariages malheureux est grand. Le malheur est ici, là, et partout. Qu'est-ce que cela montre ? Qu'après tout, on n'a pas gagné beaucoup de bonheur par tous ces idéaux. Nous luttons tous pour le bonheur et, dès que nous obtenons un peu de bonheur d'un côté, de l'autre côté survient le malheur.
Ne devrons-nous donc pas travailler à faire le bien ? Si, avec plus d'ardeur que jamais, mais ce que cette connaissance fera pour nous, c'est briser notre fanatisme. L'Anglais ne sera plus un fanatique qui maudit l'hindou. Il apprendra à respecter les coutumes des différentes nations. Il y aura moins de fanatisme et plus de travail réel. Les fanatiques ne peuvent travailler, ils gaspillent les trois quarts de leur énergie. C'est l'homme pondéré, calme et pratique qui travaille. Ainsi, le pouvoir de travailler s'accroîtra grâce à cette idée. Sachant que tel est l'état des choses, il y aura plus de patience. La vue de la misère ou du mal ne pourra plus nous faire perdre l'équilibre ni nous faire courir après des ombres. Ainsi, la patience nous viendra, sachant que le monde devra suivre son propre cours. Si, par exemple, tous les hommes étaient devenus bons, les animaux auraient entre-temps évolué en hommes, et devraient passer par le même état, et de même pour les plantes. Mais une seule chose est certaine : le fleuve puissant se précipite vers l'océan, et toutes les gouttes qui composent le courant seront avec le temps entraînées dans cet océan sans bornes. Ainsi, dans cette vie, avec toutes ses misères et ses chagrins, ses joies, ses sourires et ses larmes, une chose est certaine : que toutes choses se précipitent vers leur but, et ce n'est qu'une question de temps que vous et moi, et les plantes et les animaux, et chaque particule de vie qui existe, devions atteindre l'Océan Infini de la Perfection, devions parvenir à la Liberté, à Dieu.
Permettez-moi de répéter, une fois de plus, que la position vedantique n'est ni pessimisme ni optimisme. Elle ne dit pas que ce monde est tout mal ou tout bien. Elle dit que notre mal n'a pas moins de valeur que notre bien, et notre bien pas plus de valeur que notre mal. Ils sont liés ensemble. Tel est le monde, et le sachant, vous travaillez avec patience. Pourquoi ? Pourquoi devrions-nous travailler ? Si tel est l'état des choses, que ferons-nous ? Pourquoi ne pas devenir agnostiques ? Les agnostiques modernes savent eux aussi qu'il n'y a pas de solution à ce problème, pas de moyen de sortir de ce mal de la maya, comme nous le disons dans notre langue ; c'est pourquoi ils nous disent de nous contenter et de jouir de la vie. Là encore se trouve une erreur, une formidable erreur, une erreur des plus illogiques. Et la voici. Qu'entendez-vous par la vie ? N'entendez-vous que la vie des sens ? En cela, chacun de nous ne diffère que légèrement des brutes. Je suis certain qu'il n'est personne ici présent dont la vie ne réside que dans les sens. Alors, cette vie présente signifie quelque chose de plus que cela. Nos sentiments, nos pensées et nos aspirations font tous partie intégrante de notre vie ; et l'effort vers l'idéal, vers la perfection, n'est-il pas l'un des plus importants éléments de ce que nous appelons la vie ? Selon les agnostiques, nous devons jouir de la vie telle qu'elle est. Mais cette vie signifie, par-dessus tout, cette recherche de l'idéal ; l'essence de la vie est de tendre vers la perfection. Nous devons l'avoir, et c'est pourquoi nous ne pouvons être agnostiques ni prendre le monde tel qu'il apparaît. La position agnostique tient cette vie, moins sa composante idéale, pour tout ce qui existe. Et cela, prétend l'agnostique, ne peut être atteint ; il doit donc renoncer à la recherche. C'est là ce qu'on appelle la maya — cette nature, cet univers.
Toutes les religions sont plus ou moins des tentatives pour dépasser la nature — les plus grossières comme les plus développées, exprimées à travers la mythologie ou le symbolisme, des récits de dieux, d'anges ou de démons, ou à travers des récits de saints ou de voyants, de grands hommes ou de prophètes, ou à travers les abstractions de la philosophie — toutes ont ce seul objet, toutes s'efforcent de dépasser ces limitations. En un mot, toutes luttent pour la liberté. L'homme sent, consciemment ou inconsciemment, qu'il est lié ; il n'est pas ce qu'il veut être. Cela lui fut enseigné à l'instant même où il commença à regarder autour de lui. À cet instant même, il apprit qu'il était lié, et il découvrit aussi qu'il y avait en lui quelque chose qui voulait s'envoler au-delà, là où le corps ne pouvait suivre, mais qui était encore enchaîné par cette limitation. Même dans les plus basses des idées religieuses, où l'on adore les ancêtres défunts et d'autres esprits — pour la plupart violents et cruels, rôdant autour des maisons de leurs amis, friands de sang versé et de boissons fortes —, là même nous trouvons ce facteur commun, celui de la liberté. L'homme qui veut adorer les dieux voit en eux, par-dessus toute chose, une liberté plus grande qu'en lui-même. Si une porte est fermée, il pense que les dieux peuvent la traverser, et que les murs n'ont pour eux aucune limite. Cette idée de liberté grandit jusqu'à parvenir à l'idéal d'un Dieu personnel, dont le concept central est qu'Il est un Être au-delà de la limitation de la nature, de la maya. Je vois pour ainsi dire devant moi que, dans certaines de ces retraites forestières, cette question est débattue par les antiques sages de l'Inde ; et dans l'une d'elles, où même les plus anciens et les plus saints échouent à atteindre la solution, un jeune homme se lève au milieu d'eux et déclare : « Écoutez, ô enfants de l'immortalité, écoutez, vous qui demeurez dans les lieux les plus élevés : j'ai trouvé la voie. En connaissant Celui qui est au-delà des ténèbres, nous pouvons aller au-delà de la mort. »
Cette maya est partout. Elle est terrible. Pourtant nous devons œuvrer à travers elle. L'homme qui dit qu'il travaillera quand le monde sera devenu tout bon et qu'alors il jouira de la félicité a autant de chances de réussir que l'homme qui s'assied au bord du Gange et dit : « Je traverserai le fleuve à gué quand toute l'eau se sera écoulée dans l'océan. » La voie n'est pas avec la maya, mais contre elle. Voilà un autre fait à apprendre. Nous ne sommes pas nés comme auxiliaires de la nature, mais comme ses concurrents. Nous en sommes les maîtres souverains, mais nous nous enchaînons nous-mêmes. Pourquoi cette maison est-elle ici ? La nature ne l'a pas bâtie. La nature dit : va vivre dans la forêt. L'homme dit : je bâtirai une maison et lutterai contre la nature, et il le fait. Toute l'histoire de l'humanité est une lutte continuelle contre les prétendues lois de la nature, et l'homme finit par l'emporter. En venant au monde intérieur, là aussi la même lutte se poursuit, cette lutte entre l'homme animal et l'homme spirituel, entre la lumière et les ténèbres ; et là aussi l'homme devient victorieux. Il se taille pour ainsi dire un chemin hors de la nature, vers la liberté.
Nous voyons alors qu'au-delà de cette maya les philosophes vedantiques trouvent quelque chose qui n'est pas lié par la maya ; et si nous pouvons parvenir là, nous ne serons plus liés par la maya. Cette idée est, sous une forme ou une autre, le bien commun de toutes les religions. Mais, pour le Vedanta, ce n'est que le commencement de la religion et non sa fin. L'idée d'un Dieu personnel, le Maître et le Créateur de cet univers, comme on L'a appelé, le Maître de la maya, ou de la nature, n'est pas la fin de ces idées vedantiques ; ce n'en est que le commencement. L'idée croît et croît jusqu'à ce que le vedantin découvre que Celui qu'il croyait se tenir au-dehors est lui-même et se trouve en réalité au-dedans. Il est celui qui est libre, mais qui, à travers la limitation, se croyait lié.
English
CHAPTER III
MAYA AND ILLUSION
( Delivered in London )
Almost all of you have heard of the word Mâyâ. Generally it is used, though incorrectly, to denote illusion, or delusion, or some such thing. But the theory of Maya forms one of the pillars upon which the Vedanta rests; it is, therefore, necessary that it should be properly understood. I ask a little patience of you, for there is a great danger of its being misunderstood. The oldest idea of Maya that we find in Vedic literature is the sense of delusion; but then the real theory had not been reached. We find such passages as, "Indra through his Maya assumed various forms." Here it is true the word Maya means something like magic, and we find various other passages, always taking the same meaning. The word Maya then dropped out of sight altogether. But in the meantime the idea was developing. Later, the question was raised: "Why can't we know this secret of the universe?" And the answer given was very significant: "Because we talk in vain, and because we are satisfied with the things of the senses, and because we are running after desires; therefore, we, as it were, cover the Reality with a mist." Here the word Maya is not used at all, but we get the idea that the cause of our ignorance is a kind of mist that has come between us and the Truth. Much later on, in one of the latest Upanishads, we find the word Maya reappearing, but this time, a transformation has taken place in it, and a mass of new meaning has attached itself to the word. Theories had been propounded and repeated, others had been taken up, until at last the idea of Maya became fixed. We read in the Shvetâshvatara Upanishad, "Know nature to be Maya and the Ruler of this Maya is the Lord Himself." Coming to our philosophers, we find that this word Maya has been manipulated in various fashions, until we come to the great Shankarâchârya. The theory of Maya was manipulated a little by the Buddhists too, but in the hands of the Buddhists it became very much like what is called Idealism, and that is the meaning that is now generally given to the word Maya. When the Hindu says the world is Maya, at once people get the idea that the world is an illusion. This interpretation has some basis, as coming through the Buddhistic philosophers, because there was one section of philosophers who did not believe in the external world at all. But the Maya of the Vedanta, in its last developed form, is neither Idealism nor Realism, nor is it a theory. It is a simple statement of facts — what we are and what we see around us.
As I have told you before, the minds of the people from whom the Vedas came were intent upon following principles, discovering principles. They had no time to work upon details or to wait for them; they wanted to go deep into the heart of things. Something beyond was calling them, as it were, and they could not wait. Scattered through the Upanishads, we find that the details of subjects which we now call modern sciences are often very erroneous, but, at the same time, their principles are correct. For instance, the idea of ether, which is one of the latest theories of modern science, is to be found in our ancient literature in forms much more developed than is the modern scientific theory of ether today, but it was in principle. When they tried to demonstrate the workings of that principle, they made many mistakes. The theory of the all-pervading life principle, of which all life in this universe is but a differing manifestation, was understood in Vedic times; it is found in the Brâhmanas. There is a long hymn in the Samhitâs in praise of Prâna of which all life is but a manifestation. By the by, it may interest some of you to know that there are theories in the Vedic philosophy about the origin of life on this earth very similar to those which have been advanced by some modern European scientists. You, of course, all know that there is a theory that life came from other planets. It is a settled doctrine with some Vedic philosophers that life comes in this way from the moon.
Coming to the principles, we find these Vedic thinkers very courageous and wonderfully bold in propounding large and generalised theories. Their solution of the mystery of the universe, from the external world, was as satisfactory as it could be. The detailed workings of modern science do not bring the question one step nearer to solution, because the principles have failed. If the theory of ether failed in ancient times to give a solution of the mystery of the universe, working out the details of that ether theory would not bring us much nearer to the truth. If the theory of all-pervading life failed as a theory of this universe, it would not mean anything more if worked out in detail, for the details do not change the principle of the universe. What I mean is that in their inquiry into the principle, the Hindu thinkers were as bold, and in some cases, much bolder than the moderns. They made some of the grandest generalizations that have yet been reached, and some still remain as theories, which modern science has yet to get even as theories. For instance, they not only arrived at the ether theory, but went beyond and classified mind also as a still more rarefied ether. Beyond that again, they found a still more rarefied ether. Yet that was no solution, it did not solve the problem. No amount of knowledge of the external world could solve the problem. "But", says the scientist, "we are just beginning to know a little: wait a few thousand years and we shall get the solution." "No," says the Vedantist, for he has proved beyond all doubt that the mind is limited, that it cannot go beyond certain limits — beyond time, space, and causation. As no man can jump out of his own self, so no man can go beyond the limits that have been put upon him by the laws of time and space. Every attempt to solve the laws of causation, time, and space would be futile, because the very attempt would have to be made by taking for granted the existence of these three. What does the statement of the existence of the world mean, then? "This world has no existence." What is meant by that? It means that it has no absolute existence. It exists only in relation to my mind, to your mind, and to the mind of everyone else. We see this world with the five senses but if we had another sense, we would see in it something more. If we had yet another sense, it would appear as something still different. It has, therefore, no real existence; it has no unchangeable, immovable, infinite existence. Nor can it be called non-existence, seeing that it exists, and we slave to work in and through it. It is a mixture of existence and non-existence.
Coming from abstractions to the common, everyday details of our lives, we find that our whole life is a contradiction, a mixture of existence and non-existence. There is this contradiction in knowledge. It seems that man can know everything, if he only wants to know; but before he has gone a few steps, he finds an adamantine wall which he cannot pass. All his work is in a circle, and he cannot go beyond that circle. The problems which are nearest and dearest to him are impelling him on and calling, day and night, for a solution, but he cannot solve them, because he cannot go beyond his intellect. And yet that desire is implanted strongly in him. Still we know that the only good is to be obtained by controlling and checking it. With every breath, every impulse of our heart asks us to be selfish. At the same time, there is some power beyond us which says that it is unselfishness alone which is good. Every child is a born optimist; he dreams golden dreams. In youth he becomes still more optimistic. It is hard for a young man to believe that there is such a thing as death, such a thing as defeat or degradation. Old age comes, and life is a mass of ruins. Dreams have vanished into the air, and the man becomes a pessimist. Thus we go from one extreme to another, buffeted by nature, without knowing where we are going. It reminds me of a celebrated song in the Lalita Vistara, the biography of Buddha. Buddha was born, says the book, as the saviour of mankind, but he forgot himself in the luxuries of his palace. Some angels came and sang a song to rouse him. And the burden of the whole song is that we are floating down the river of life which is continually changing with no stop and no rest. So are our lives, going on and on without knowing any rest. What are we to do? The man who has enough to eat and drink is an optimist, and he avoids all mention of misery, for it frightens him. Tell not to him of the sorrows and the sufferings of the world; go to him and tell that it is all good. "Yes, I am safe," says he. "Look at me! I have a nice house to live in. I do not fear cold and hunger; therefore do not bring these horrible pictures before me." But, on the other hand, there are others dying of cold and hunger. If you go and teach them that it is all good, they will not hear you. How can they wish others to be happy when they are miserable? Thus we are oscillating between optimism and pessimism.
Then, there is the tremendous fact of death. The whole world is going towards death; everything dies. All our progress, our vanities, our reforms, our luxuries, our wealth, our knowledge, have that one end — death. That is all that is certain. Cities come and go, empires rise and fall, planets break into pieces and crumble into dust, to be blown about by the atmospheres of other planets. Thus it has been going on from time without beginning. Death is the end of everything. Death is the end of life, of beauty, of wealth, of power, of virtue too. Saints die and sinners die, kings die and beggars die. They are all going to death, and yet this tremendous clinging on to life exists. Somehow, we do not know why, we cling to life; we cannot give it up. And this is Maya.
The mother is nursing a child with great care; all her soul, her life, is in that child. The child grows, becomes a man, and perchance becomes a blackguard and a brute, kicks her and beats her every day; and yet the mother clings to the child; and when her reason awakes, she covers it up with the idea of love. She little thinks that it is not love, that it is something which has got hold of her nerves, which she cannot shake off; however she may try, she cannot shake off the bondage she is in. And this is Maya.
We are all after the Golden Fleece. Every one of us thinks that this will be his. Every reasonable man sees that his chance is, perhaps, one in twenty millions, yet everyone struggles for it. And this is Maya.
Death is stalking day and night over this earth of ours, but at the same time we think we shall live eternally. A question was once asked of King Yudhishthira, "What is the most wonderful thing on this earth?" And the king replied, "Every day people are dying around us, and yet men think they will never die." And this is Maya.
These tremendous contradictions in our intellect, in our knowledge, yea, in all the facts of our life face us on all sides. A reformer arises and wants to remedy the evils that are existing in a certain nation; and before they have been remedied, a thousand other evils arise in another place. It is like an old house that is falling; you patch it up in one place and the ruin extends to another. In India, our reformers cry and preach against the evils of enforced widowhood. In the West, non-marriage is the great evil. Help the unmarried on one side; they are suffering. Help the widows on the other; they are suffering. It is like chronic rheumatism: you drive from the head, and it goes to the body; you drive it from there, and it goes to the feet. Reformers arise and preach that learning, wealth, and culture should not be in the hands of a select few; and they do their best to make them accessible to all. These may bring more happiness to some, but, perhaps, as culture comes, physical happiness lessens. The knowledge of happiness brings the knowledge of unhappiness. Which way then shall we go? The least amount of material prosperity that we enjoy is causing the same amount of misery elsewhere. This is the law. The young, perhaps, do not see it clearly, but those who have lived long enough and those who have struggled enough will understand it. And this is Maya. These things are going on, day and night, and to find a solution of this problem is impossible. Why should it be so? It is impossible to answer this, because the question cannot be logically formulated. There is neither how nor why in fact; we only know that it is and that we cannot help it. Even to grasp it, to draw an exact image of it in our own mind, is beyond our power. How can we solve it then?
Maya is a statement of the fact of this universe, of how it is going on. People generally get frightened when these things are told to them. But bold we must be. Hiding facts is not the way to find a remedy. As you all know, a hare hunted by dogs puts its head down and thinks itself safe; so, when we run into optimism; we do just like the hare, but that is no remedy. There are objections against this, but you may remark that they are generally from people who possess many of the good things of life. In this country (England) it is very difficult to become a pessimist. Everyone tells me how wonderfully the world is going on, how progressive; but what he himself is, is his own world. Old questions arise: Christianity must be the only true religion of the world because Christian nations are prosperous! But that assertion contradicts itself, because the prosperity of the Christian nation depends on the misfortune of non-Christian nations. There must be some to prey on. Suppose the whole world were to become Christian, then the Christian nations would become poor, because there would be no non-Christian nations for them to prey upon. Thus the argument kills itself. Animals are living upon plants, men upon animals and, worst of all, upon one another, the strong upon the weak. This is going on everywhere. And this is Maya. What solution do you find for this? We hear every day many explanations, and are told that in the long run all will be good. Taking it for granted that this is possible, why should there be this diabolical way of doing good? Why cannot good be done through good, instead of through these diabolical methods? The descendants of the human beings of today will be happy; but why must there be all this suffering now? There is no solution. This is Maya.
Again, we often hear that it is one of the features of evolution that it eliminates evil, and this evil being continually eliminated from the world, at last only good will remain. That is very nice to hear, and it panders to the vanity of those who have enough of this world's goods, who have not a hard struggle to face every clay and are not being crushed under the wheel of this so-called evolution. It is very good and comforting indeed to such fortunate ones. The common herd may surfer, but they do not care; let them die, they are of no consequence. Very good, yet this argument is fallacious from beginning to end. It takes for granted, in the first place, that manifested good and evil in this world are two absolute realities. In the second place, it make, at still worse assumption that the amount of good is an increasing quantity and the amount of evil is a decreasing quantity. So, if evil is being eliminated in this way by what they call evolution, there will come a time when all this evil will be eliminated and what remains will be all good. Very easy to say, but can it be proved that evil is a lessening quantity? Take, for instance, the man who lives in a forest, who does not know how to cultivate the mind, cannot read a book, has not heard of such a thing as writing. If he is severely wounded, he is soon all right again; while we die if we get a scratch. Machines are making things cheap, making for progress and evolution, but millions are crushed, that one may become rich; while one becomes rich, thousands at the same time become poorer and poorer, and whole masses of human beings are made slaves. That way it is going on. The animal man lives in the senses. If he does not get enough to eat, he is miserable; or if something happens to his body, he is miserable. In the senses both his misery and his happiness begin and end. As soon as this man progresses, as soon as his horizon of happiness increases, his horizon of unhappiness increases proportionately. The man in the forest does not know what it is to be jealous, to be in the law courts, to pay taxes, to be blamed by society, to be ruled over day and night by the most tremendous tyranny that human diabolism ever invented, which pries into the secrets of every human heart. He does not know how man becomes a thousand times more diabolical than any other animal, with all his vain knowledge and with all his pride. Thus it is that, as we emerge out of the senses, we develop higher powers of enjoyment, and at the same time we have to develop higher powers of suffering too. The nerves become finer and capable off more suffering. In every society, we often find that the ignorant, common man, when abused, does not feel much, but he feels a good thrashing. But the gentleman cannot bear a single word of abuse; he has become so finely nerved. Misery has increased with his susceptibility to happiness. This does not go much to prove the evolutionist's case. As we increase our power to be happy, we also increase our power to suffer, and sometimes I am inclined to think that if we increase our power to become happy in arithmetical progression, we shall increase, on the other hand, our power to become miserable in geometrical progression. We who are progressing know that the more we progress, the more avenues are opened to pain as well as to pleasure. And this is Maya.
Thus we find that Maya is not a theory for the explanation of the world; it is simply a statement of facts as they exist, that the very basis of our being is contradiction, that everywhere we have to move through this tremendous contradiction, that wherever there is good, there must also be evil, and wherever there is evil, there must be some good, wherever there is life, death must follow as its shadow, and everyone who smiles will have to weep, and vice versa. Nor can this state of things be remedied. We may verily imagine that there will be a place where there will be only good and no evil, where we shall only smile and never weep. This is impossible in the very nature of things; for the conditions will remain the same. Wherever there is the power of producing a smile in us, there lurks the power of producing tears. Wherever there is the power of producing happiness, there lurks somewhere the power of making us miserable.
Thus the Vedanta philosophy is neither optimistic nor pessimistic. It voices both these views and takes things as they are. It admits that this world is a mixture of good and evil, happiness and misery, and that to increase the one, one must of necessity increase the other. There will never be a perfectly good or bad world, because the very idea is a contradiction in terms. The great secret revealed by this analysis is that good and bad are not two cut-and-dried, separate existences. There is not one thing in this world of ours which you can label as good and good alone, and there is not one thing in the universe which you can label as bad and bad alone. The very same phenomenon which is appearing to be good now, may appear to be bad tomorrow. The same thing which is producing misery in one, may produce happiness in another. The fire that burns the child, may cook a good meal for a starving man. The same nerves that carry the sensations of misery carry also the sensations of happiness. The only way to stop evil, therefore, is to stop good also; there is no other way. To stop death, we shall have to stop life also. Life without death and happiness without misery are contradictions, and neither can be found alone, because each of them is but a different manifestation of the same thing. What I thought to be good yesterday, I do not think to be good now. When I look back upon my life and see what were my ideals at different times, I final this to be so. At one time my ideal was to drive a strong pair of horses; at another time I thought, if I could make a certain kind of sweetmeat, I should be perfectly happy; later I imagined that I should be entirely satisfied if I had a wife and children and plenty of money. Today I laugh at all these ideals as mere childish nonsense.
The Vedanta says, there must come a time when we shall look back and laugh at the ideals which make us afraid of giving up our individuality. Each one of us wants to keep this body for an indefinite time, thinking we shall be very happy, but there will come a time when we shall laugh at this idea. Now, if such be the truth, we are in a state of hopeless contradiction — neither existence nor non-existence, neither misery nor happiness, but a mixture of them. What, then, is the use of Vedanta and all other philosophies and religions? And, above all, what is the use of doing good work? This is a question that comes to the mind. If it is true that you cannot do good without doing evil, and whenever you try to create happiness there will always be misery, people will ask you, "What is the use of doing good?" The answer is in the first place, that we must work for lessening misery, for that is the only way to make ourselves happy. Every one of us finds it out sooner or later in our lives. The bright ones find it out a little earlier, and the dull ones a little later. The dull ones pay very dearly for the discovery and the bright ones less dearly. In the second place, we must do our part, because that is the only way of getting out of this life of contradiction. Both the forces of good and evil will keep the universe alive for us, until we awake from our dreams and give up this building of mud pies. That lesson we shall have to learn, and it will take a long, long time to learn it.
Attempts have been made in Germany to build a system of philosophy on the basis that the Infinite has become the finite. Such attempts are also made in England. And the analysis of the position of these philosophers is this, that the Infinite is trying to express itself in this universe, and that there will come a time when the Infinite will succeed in doing so. It is all very well, and we have used the words Infinite and manifestation and expression, and so on, but philosophers naturally ask for a logical fundamental basis for the statement that the finite can fully express the Infinite. The Absolute and the Infinite can become this universe only by limitation. Everything must be limited that comes through the senses, or through the mind, or through the intellect; and for the limited to be the unlimited is simply absurd and can never be. The Vedanta, on the other hand, says that it is true that the Absolute or the Infinite is trying to express itself in the finite, but there will come a time when it will find that it is impossible, and it will then have to beat a retreat, and this beating a retreat means renunciation which is the real beginning of religion. Nowadays it is very hard even to talk of renunciation. It was said of me in America that I was a man who came out of a land that had been dead and buried for five thousand years, and talked of renunciation. So says, perhaps, the English philosopher. Yet it is true that that is the only path to religion. Renounce and give up. What did Christ say? "He that loseth his life for my sake shall find it." Again and again did he preach renunciation as the only way to perfection. There comes a time when the mind awakes from this long and dreary dream — the child gives up its play and wants to go back to its mother. It finds the truth of the statement, "Desire is never satisfied by the enjoyment of desires, it only increases the more, as fire, when butter is poured upon it."
This is true of all sense-enjoyments, of all intellectual enjoyments, and of all the enjoyments of which the human mind is capable. They are nothing, they are within Maya, within this network beyond which we cannot go. We may run therein through infinite time and find no end, and whenever we struggle to get a little enjoyment, a mass of misery falls upon us. How awful is this! And when I think of it, I cannot but consider that this theory of Maya, this statement that it is all Maya, is the best and only explanation. What an amount of misery there is in this world; and if you travel among various nations you will find that one nation attempts to cure its evils by one means, and another by another. The very same evil has been taken up by various races, and attempts have been made in various ways to check it, yet no nation has succeeded. If it has been minimised at one point, a mass of evil has been crowded at another point. Thus it goes. The Hindus, to keep up a high standard of chastity in the race, have sanctioned child-marriage, which in the long run has degraded the race. At the same time, I cannot deny that this child-marriage makes the race more chaste. What would you have? If you want the nation to be more chaste, you weaken men and women physically by child-marriage. On the other hand, are you in England any better off? No, because chastity is the life of a nation. Do you not find in history that the first death-sign of a nation has been unchastity? When that has entered, the end of the race is in sight. Where shall we get a solution of these miseries then? If parents select husbands and wives for their children, then this evil is minimised. The daughters of India are more practical than sentimental. But very little of poetry remains in their lives. Again, if people select their own husbands and wives, that does not seem to bring much happiness. The Indian woman is generally very happy; there are not many cases of quarrelling between husband and wife. On the other hand in the United States, where the greatest liberty obtains, the number of unhappy homes and marriages is large. Unhappiness is here, there, and everywhere. What does it show? That, after all, not much happiness has been gained by all these ideals. We all struggle for happiness and as soon as we get a little happiness on one side, on the other side there comes unhappiness.
Shall we not work to do good then? Yes, with more zest than ever, but what this knowledge will do for us is to break down our fanaticism. The Englishman will no more be a fanatic and curse the Hindu. He will learn to respect the customs of different nations. There will be less of fanaticism and more of real work. Fanatics cannot work, they waste three-fourths of their energy. It is the level-headed, calm, practical man who works. So, the power to work will increase from this idea. Knowing that this is the state of things, there will be more patience. The sight of misery or of evil will not be able to throw us off our balance and make us run after shadows. Therefore, patience will come to us, knowing that the world will have to go on in its own way. If, for instance, all men have become good, the animals will have in the meantime evolved into men, and will have to pass through the same state, and so with the plants. But only one thing is certain; the mighty river is rushing towards the ocean, and all the drops that constitute the stream will in time be drawn into that boundless ocean. So, in this life, with all its miseries and sorrows, its joys and smiles and tears, one thing is certain, that all things are rushing towards their goal, and it: is only a question of time when you and I, and plants and animals, and every particles of life that exists must reach the Infinite Ocean of Perfection, must attain to Freedom, to God.
Let me repeat, once more, that the Vedantic position is neither pessimism nor optimism. It does not say that this world is all evil or all good. It says that our evil is of no less value than our good, and our good of no more value than our evil. They are bound together. This is the world, and knowing this, you work with patience. What for? Why should we work? If this is the state of things, what shall we do? Why not become agnostics? The modern agnostics also know there is no solution of this problem, no getting out of this evil of Maya, as we say in our language; therefore they tell us to be satisfied and enjoy life. Here, again, is a mistake, a tremendous mistake, a most illogical mistake. And it is this. What do you mean by life? Do you mean only the life of the senses? In this, every one of us differs only slightly from the brutes. I am sure that no one is present here whose life is only in the senses. Then, this present life means something more than that. Our feelings, thoughts, and aspirations are all part and parcel of our life; and is not the struggle towards the area, ideal, towards perfection, one of the most important components of what we call life? According to the agnostics, we must enjoy life as it is. But this life means, above all, this search after the ideal; the essence of life is going towards perfection. We must have that, and, therefore, we cannot be agnostics or take the world as it appears. The agnostic position takes this life, minus the ideal component, to be all that exists. And this, the agnostic claims, cannot be reached, therefore he must give up the search. This is what is called Maya — this nature, this universe.
All religions are more or less attempts to get beyond nature — the crudest or the most developed, expressed through mythology or symbology, stories of gods, angels or demons, or through stories of saints or seers, great men or prophets, or through the abstractions of philosophy — all have that one object, all are trying to get beyond these limitations. In one word, they are all struggling towards freedom. Man feels, consciously or unconsciously, that he is bound; he is not what he wants to be. It was taught to him at the very moment he began to look around. That very instant he learnt that he was bound, and be also found that there was something in him which wanted to fly beyond, where the body could not follow, but which was as yet chained down by this limitation. Even in the lowest of religious ideas, where departed ancestors and other spirits — mostly violent and cruel, lurking about the houses of their friends, fond of bloodshed and strong drink — are worshipped, even there we find that one common factor, that of freedom. The man who wants to worship the gods sees in them, above all things, greater freedom than in himself. If a door is closed, he thinks the gods can get through it, and that walls have no limitations for them. This idea of freedom increases until it comes to the ideal of a Personal God, of which the central concept is that He is a Being beyond the limitation of nature, of Maya. I see before me, as it were, that in some of those forest retreats this question is being, discussed by those ancient sages of India; and in one of them, where even the oldest and the holiest fail to reach the solutions a young man stands up in the midst of them, and declares, "Hear, ye children of immortality, hear, who live in the highest places, I have found the way. By knowing Him who is beyond darkness we can go beyond death."
This Maya is everywhere. It is terrible. Yet we have to work through it. The man who says that he will work when the world has become all good and then he will enjoy bliss is as likely to succeed as the man who sits beside the Ganga and says, "I will ford the river when all the water has run into the ocean." The way is not with Maya, but against it. This is another fact to learn. We are not born as helpers of nature, but competitors with nature. We are its bond-masters, but we bind ourselves down. Why is this house here? Nature did not build it. Nature says, go and live in the forest. Man says, I will build a house and fight with nature, and he does so. The whole history of humanity is a continuous fight against the so-called laws of nature, and man gains in the end. Coming to the internal world, there too the same fight is going on, this fight between the animal man and the spiritual man, between light and darkness; and here too man becomes victorious. He, as it were, cuts his way out of nature to freedom.
We see, then, that beyond this Maya the Vedantic philosophers find something which is not bound by Maya; and if we can get there, we shall not be bound by Maya. This idea is in some form or other the common property of all religions. But, with the Vedanta, it is only the beginning of religion and not the end. The idea of a Personal God, the Ruler and Creator of this universe, as He has been styled, the Ruler of Maya, or nature, is not the end of these Vedantic ideas; it is only the beginning. The idea grows and grows until the Vedantist finds that He who, he thought, was standing outside, is he himself and is in reality within. He is the one who is free, but who through limitation thought he was bound.
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